BD fait de société

USA, Uriel Samuel Andrew

USA, URIEL SAMUEL ANDREW, par Will Argunas (Casterman, 2013, coll. Ecritures)

2008. Uriel, Samuel et Andrew sont trois amis soldats en Irak qui rentrent dans leur petite ville américaine. Mais le retour à la vie réelle n’est pas simple : comment vivre après avoir vécu l’enfer ? Comment retrouver ses marques dans une société dont ils se sentent coupés ? Isolés et très fragiles psychologiquement, les trois hommes tentent de reprendre une vie normale, mais ils ne sont pas toujours épaulés par leur famille et sont confrontés à de nombreux cauchemars et hallucinations. L’un va se marier avec sa compagne et devient père, un peu malgré lui et alors qu’il est sans travail. L’autre, victime de ses visions, perd pied, réagit de façon incontrôlée, ne parvenant pas à vaincre ses angoisses. Le troisième va aussi partir à la dérive, contre ses parents et le système en général, tomber dans la drogue et devenir SDF. Tous trois continuent pourtant de se voir, et n’en oublient pas pour autant la famille de Hill, un de leurs camarades qui est mort là-bas, et dont la femme et les fils tentent de survivre tant bien que mal. La guerre est une expérience qui laisse forcément des traces, que ce soit sur les soldats ou leurs familles… Difficile de retrouver un sens à sa vie après ça.

USA, Uriel Samuel Andrew est un album qui fait froid dans le dos tellement il sonne réaliste. Les hommes sont touchés par le stress post-traumatique, qui frappe nombre de vétérans de guerre. Les familles ne peuvent pas faire grand-chose pour les aider, et on sent l’énorme fossé qui existe entre les soldats (qui ont partagé des moments difficiles à la guerre) et leurs familles. Cela m’a un peu fait penser à certains passages de la série américaine Homeland, lorsque le soldat rentre en Amérique mais qu’il est complètement déconnecté du reste du monde, qu’il ne peut dormir sans faire des cauchemars, qu’il est obsédé par ce qui s’est passé sur les lieux du conflit. Dans l’album, il n’est pas question du tout de terrorisme comme dans la série télé que je viens de mentionner, mes comparaisons s’arrêteront donc là. J’ai beaucoup aimé lire cet album dans lequel les trois destins se croisent, pour finalement s’éloigner sur la fin. Chacun tente de surmonter, avec ses capacités, la terreur psychologique vécue, la plupart du temps sans grand succès. L’album s’étend sur un peu plus d’un an, et pas un ancien soldat parmi les trois n’a remonté la pente. Le sujet n’est donc pas très réjouissant, mais l’interprétation de Will Argunas est frappante de réalisme en tout cas. Même si l’auteur est français (il s’agit d’un pseudonyme), je trouve qu’il réussit son pari haut la main, car ce qu’il décrit s’est sûrement produit chez nombre de vétérans de guerre, et se produit certainement encore aujourd’hui. Au niveau du dessin, il est réaliste, soigné. Lorsque des personnalités connues sont dessinées, on les reconnaît sans problème, et cela accentue encore un peu plus le côté réaliste, presque témoignage, de l’album. L’usage du gris est parfaitement approprié dans cette histoire marquante, dont on ne peut qu’être sonné par la fin…

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Le blog BD de Madmoizelle, Tête de lecture, La bibliothèque du dolmen, Samba BD, Comics records

Aller voir du côté du blog de l’auteur (français), aussi sérigraphe et illustrateur, et fan de musique métal (lien vers sa boutique d’artbooks et de badges)

1 réflexion au sujet de “USA, Uriel Samuel Andrew”

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