En Italie, il n’y a que des vrais hommes

EN ITALIE, IL N’Y A QUE DES VRAIS HOMMES : un roman graphique sur le confinement des homosexuels à l’époque du fascisme, par Luca de Santis et Sara Colaone (Dargaud, 2010)

De nos jours, deux journalistes rencontrent Ninella, un vieil homme qui va leur raconter ce qui lui est arrivé avant la seconde guerre mondiale. Alors que le fascisme connaissait son apogée en Italie et que des lois anti-homosexuels avaient été proclamées, Ninella et d’autres jeunes hommes ont été envoyés sur une île regroupant les « déviés », sans véritable preuve ni procès. Là, pendant près de deux ans, le petit groupe va vivre confiné. Il leur est impossible de se regrouper, de se déplacer sans gardien, de vivre normalement. C’est une mise à l’écart de la société, car aucun contact n’est autorisé avec la famille restée au village. Un jour arrive Mimi, un jeune garçon terrorisé. Alors que Ninella veut l’aider, le jeune homme est violenté par certains membres du groupe. Ninella se retrouve impliqué… Les journalistes décident d’amener le vieil homme sur l’île où il a été confiné, mais le récit du vieil homme va aussi faire écho à leurs histoires personnelles..

Voici un album sur un sujet méconnu : le traitement des homosexuels sous le régime fasciste en Italie d’avant-guerre. Dès le titre, on connaît l’opinion officielle du régime, car le titre est une phrase prononcée par Mussolini lors d’un de ses discours d’avant-guerre. La mise à l’écart des homosexuels a commencé en 1938, et l’histoire de Ninella permet d’aborder cet aspect longtemps ignoré. En effet, ce n’est que dans les années 1980 que des recherches universitaires ont commencé à être menées et que certaines victimes se sont mises à témoigner. D’ailleurs, on a une interview d’une victime de cette déportation en fin d’album, et les auteurs s’en sont largement inspiré pour créer le personnage de Ninella et ses propos. Heureusement que l’interview est en fin d’album car selon moi, elle dévoilerait trop le scénario. C’est un peu comme la préface qui à mon goût dévoile trop d’éléments de l’histoire, et ne laisse pas pleinement la place à la découverte de l’histoire dessinée. Au niveau du dessin, comme on peut le voir sur la couverture, il est un peu particulier : les portraits des protagonistes font assez durs, car les traits sont vifs et les visages ne sont pas ronds. Cela donne un côté aride au récit, et ce procédé est accentué par les couleurs utilisées : uniquement du noir, blanc et du ocre, comme dans des photos jaunies. Cela donne un côté rétro à l’album, et plonge le lecteur en pleine période fasciste. J’ai eu parfois un peu de mal à distinguer les personnages, mais sinon, cet album est très instructif sur comment un régime politique extrémiste considère certains de ses membres. Ce n’est pas un sujet réjouissant, mais c’est un album utile pour ne pas oublier les atrocités qui se sont passées pendant une période noire…

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : In cold blog, Les lectures de Cachou, Bibliothèque la Régence, Le jardin de Natiora, Hop BD

Interview des deux auteurs à lire sur le blog Clair de plume.

Quelques planches à voir sur le site de l’éditeur (cliquer sur la flèche à droite de la couverture).

 

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