L’écureuil du Vél d’Hiv

L’ÉCUREUIL DU VÉL D’HIV, par Christian Lax (Futuropolis, 2012)

1940, à Paris. Sam et Eddie Ancelin sont deux frères. Sam est coureur cycliste, pistard spécialiste au Vélodrome d’Hiver (surnommé « Vél d’hiv »), tandis qu’Eddie, handicapé d’un bras, n’arrive pas à s’affirmer vis-à-vis de son père qui ne voit qu’à travers les yeux de Sam, qui remporte toutes les courses cyclistes. Le père, médecin, est accro au jeu et fréquente des hauts-dignitaires nazis lors de soirées poker qui lui coûtent cher…  Eddie rêve de percer dans le journalisme, et parvient à publier certains de ses papiers dans des journaux parisiens contrôlés par la censure. Signant « l’écureuil » en hommage au surnom de son frère, il parvient à publier des articles de plus en plus incisifs envers le pouvoir en place et ses alliés. De plus en plus menacé, il est contraint de passer dans le journalisme clandestin, puis en zone libre. Sam quant à lui court au Vél d’Hiv lorsqu’il n’est pas réquisitionné en mai 1940 comme lieu de regroupement des femmes fuyant le nazisme, comme lieu de réunion de la légion des volontaires français pro-hitlériens en juillet 1941 ou encore lors de la rafle de plus de 12000 juifs en juillet 1942. Le temple du sport parisien est parfois utilisé pour d’autres buts que celui de départ, mais les courses cyclistes ont toujours lieu pendant la guerre, même si l’enjeu politique est bien plus présent qu’auparavant…

Voici l’album qui clôture la trilogie de Christian Lax autour du cyclisme, après les très beaux L’aigle sans orteils et Pain d’alouette tome 1 et tome 2. Il s’agit là d’une autre époque, celle de l’Occupation, et les personnages sont encore différents. La grande histoire se mêle à la petite. La famille Ancelin n’est pas très unie : le père a clairement une préférence pour son fils aîné et il fricote avec l’occupant. Les fils, eux, sont dès le départ plutôt du côté de la résistance, et la mère oeuvre dans une association de charité pour les enfants juifs. Le cyclisme occupe une bonne place dans leur vie, mais ce n’est pas la majeure partie de cet album. Christian Lax parvient à distiller des informations sur le cyclisme à l’époque, mais les lecteurs qui ne s’intéressent pas au sport ne seront pas pour autant inondés d’informations. Le côté historique est aussi présent, avec par exemple les usages autres que sportifs du stade : lieu de réunions politiques et surtout lieu de rafles d’ennemis du régime en place. Le narrateur est extérieur aux personnages, c’est une sorte de voix-off, qui parle en utilisant parfois le futur. C’est le seul bémol que j’ai envers cet album, car cette narration ne m’a pas rendu les nombreux personnages très proches. J’ai eu du mal à m’intéresser à eux au départ. Puis Christian Lax explorant plusieurs pistes en parallèle qui s’entremêlent parfois (le sport, l’histoire, la famille), on trouve forcément une piste ou une autre qui nous intéresse plus et on ne peut que s’intéresser à cet album, pas transcendant, certes, mais riche d’informations. C’est un bel hommage rendu à un lieu depuis disparu et principalement connoté comme lieu de rafle. On oublie souvent qu’il y a eu de nombreux spectacles sportifs dans ce lieu, et Lax sait utiliser ce lieu mythique pour retracer quelque chose de bien plus large. Le dessin est intéressant, les couleurs travaillées pour nous immerger dans cette période sombre. Les scènes de cyclisme sont bien représentées, et on entendrait presque le public s’exprimer lors des victoires de Sam Ancelin, c’est dire si l’auteur parvient à faire une histoire réaliste ! J’ai beaucoup aimé cette histoire vraiment très riche, je crois être passée à côté de certaines choses, mais je suis contente d’en avoir appris plus sur cette période historique…

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Un amour de BD, Sulli raconte sa BDPromenades et méditations, Miss Alfie croqueuse de livres, Chroniques de l’invisible

Quelques planches sur le site de l’éditeur.

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3 réflexions sur “L’écureuil du Vél d’Hiv

  1. noukette 6 mai 2014 / 11:46

    J’avais moi aussi bien aimé ce tome, même si je n’avais pas lu les précédents. Un bon souvenir !

    J'aime

    • caro 6 mai 2014 / 21:59

      Si tu as l’occasion de lire les autres, n’hésite pas, c’est du très bon aussi !!

      J'aime

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