Au vent mauvais

AU VENT MAUVAIS, par Rascal (scénario) et Thierry Murat (dessin) (Futuropolis, 2013)

Abel Mérian vient de sortir de prison. Lâché en pleine nature avec des vêtements miteux et peu d’argent après sept ans derrière les barreaux, il erre un peu en ville, avant de choisir de prendre la route pour retrouver l’argent qu’il a planqué dans une usine désaffectée. Mais ce lieu s’avère être devenu depuisun musée d’art contemporain et l’argent a disparu. Désemparé, l’homme ne sait que faire. Assis sur une banquette du musée, un téléphone interrompt ses pensées. Il décroche et une jeune femme lui répond qu’elle est la propriétaire du téléphone et qu’elle aimerait récupérer l’appareil. Elle lui communique l’adresse pour l’envoi, mais Abel, au lieu d’attendre à la Poste, va préférer le lui rendre directement. Surtout depuis qu’il a vu des photos de la jolie propriétaire du mobile, il est motivé pour rejoindre cette inconnue, partie s’aérer quelques jours en Italie après une rupture amoureuse…C’est le début d’un road movie pour l’ancien prisonnier…

A vrai dire, je n’attendais rien de cet album, que j’ai emprunté par hasard à la bibliothèque, et dont le titre est tiré du poème « chanson d’automne » de Verlaine (qui commence par « les sanglots longs des violons de l’automne blessent mon coeur d’une langueur monotone »…). Et bien on peut dire que la sérendipité a du bon, puisque j’ai passé un bien joli moment de lecture avec cet homme seul qui a besoin de grands espaces après avoir vu son carré de ciel pendant des années derrière une fenêtre flanquée de trois barreaux. Le scénario n’est pas palpitant, dans le sens où il n’y a pas d’actions toutes les deux pages, mais on suit non sans déplaisir cet homme qui trouve dans l’objectif de rendre un téléphone un but nouveau à sa vie, l’occasion de redémarrer de zéro. Il tombe sous le charme de la jeune femme du téléphone, et comprend, grâce aux sms et aux photos de l’appareil, une tranche de vie de sa propriétaire. C’est l’occasion de réfléchir sur lui-même, sur ce qu’il est devenu après l’enfermement, c’est pour lui une véritable introspection, entrecoupée de rencontres pour le moins étonnantes : un vieux chien, un jeune fugueur… La voix off du personnage principal raconte l’histoire, qui comporte au final assez peu de bulles. Le style littéraire est souvent un style oral, et de nombreuses images sont utilisées. Le texte ne se lit donc pas sans un minimum de concentration, pour pouvoir saisir tout le sens du texte. Ce style rend le récit très crédible, j’ai beaucoup aimé, car ce n’est pas lisse, comme certains récits parfois. Au départ un peu désarçonnée par le dessin, j’ai fini par le trouver intéressant et original. En fait, aucune des cases n’a de fond blanc, c’est à chaque fois du papier légèrement coloré dont on voit le grain. Cela donne une ambiance particulière, parfois un peu terne, mais jamais triste. J’ai eu l’impression que certaines cases étaient des photos mises en dessin, comme on peut le faire parfois avec certains logiciels de retouche. Cela donne un fort réalisme et presque une impression de reportage à cette histoire. Le dessin est clair, sans fioritures, le trait est assez sec mais très lisible. Difficile de se détacher de ce personnage principal. Enfin, la chute de l’histoire fut inattendue pour moi. Bref, une belle alliance entre un scénario plus complexe qu’il n’y paraît et un dessin intéressant et original. A essayer !

Non mentionné sur l@BD, je dirais à partir de 15 ans.

On en parle sur les blogs : Bédépolar, Sin City, Blog BD sud-ouest, Au milieu des livres, Chroniques de l’invisible

Premières planches à voir sur  Izneo.

Cet album fait partie d’un BD-concert par le groupe Les Hyènes : voici le 1er teaser ci-dessous. Plus d’infos sur live-boutique.

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5 réflexions sur “Au vent mauvais

    • caro 19 juin 2014 / 14:38

      J’aime bien ces livres dont je n’attends rien au départ, et qui s’avèrent être des albums bien agréables au final…! ^^

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  1. Lusionnelle 19 juin 2014 / 19:32

    Je ne suis pas fan à priori du style de dessin, mais ton article m’a donné envie. Je vais voir si j’arrive à le dénicher dans une bibliothèque !

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    • caro 19 juin 2014 / 22:21

      Il est vrai que le dessin est particulier, certes, mais on s’y fait vite et surtout, l’histoire vaut le coup !

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