Les enfants de l’envie

LES ENFANTS DE L’ENVIE, par Gabrielle Piquet (Casterman, 2010, coll. Ecritures)

1999, à Laon en Picardie. Basile est un homme trentenaire qui vit encore chez sa mère. Passionné par les Etats-Unis depuis sa plus tendre enfance, son père serait un américain qui travaillait dans la base américaine de la ville qui a fermé en 1967. Il se prénommerait Henry, mais Basile n’en sait pas plus, sa mère ne voulant plus parler de ce sujet, leur relation ayant été très furtive… C’est par sa grand-mère que Basile sait ce qu’était la ville de Laon lorsque la base américaine était encore en service. Sa passion pour le pays de son père est née là, et Basile a un seul sujet de prédilection dans ses peintures : les rues de New-York. Un jour, le maire de la ville lui demande s’il veut participer à une exposition d’art sur les Etats-Unis, car une commémoration va bientôt se passer et des vétérans de la base américaine de Laon sont invités. Malgré la réserve de son meilleur ami, Basile accepte et rêve de retrouver son père parmi les américains en visite…

Les enfants de l’envie fait partie de la très bonne collection « écritures » chez Casterman, et j’ai rarement été déçue par cette collection, c’est la raison pour laquelle je me suis lancée dans cette lecture dont le dessin de la couverture me plaisait pas mal. J’ai été un peu décontenancée par le dessin à l’intérieur : le trait est très fin, et donne un dessin à l’apparence très dépouillé. Aucune couleur n’est utilisée, sauf les aplats de noir pour distinguer le héros de l’histoire (ou plutôt ses cheveux et sa veste) parmi la foule de personnages. Le trait est au départ assez déroutant, surtout pour suivre le fil de l’histoire car il n’y a pas de gaufrier, et donc le sens de lecture n’est pas si simple au départ, certains dessins se chevauchant même. Le style est réellement original, je n’avais jamais rencontré ce style-là auparavant, et cela ne m’a pas empêchée d’être vraiment immergée dans l’histoire. Le dessin est parfois un peu plat, du fait de l’absence de nuances dans les couleurs et de son côté un peu « brut », mais au final il donne un côté touchant et sensible au récit. L’auteur parvient très bien à signifier la folie dans ses dessins, en partant un peu en vrille, avec un trait pas toujours net. Certains traits sont en effets moins maîtrisés que d’autres, c’est un souhait de l’auteur pour entrer dans la tête de ses personnages, ou pour éviter un récit trop linéaire. J’ai trouvé ce procédé extra, totalement en adéquation avec l’histoire. J’ai été conquise par ce dessin si délicat et qui interprète bien les pensées des personnages. Au niveau du scénario, le côté quelque peu fataliste du héros (qui ne voit pas sa vie autre part qu’à Laon alors qu’il est réellement talentueux) m’a un peu gênée, j’ai eu pitié de cet homme qui a presque toujours vécu dans sa petite ville et qui vit dans ses souvenirs et ses espoirs, ou plutôt dans les souvenirs de sa grand-mère. L’histoire telle que la raconte Gabrielle Piquet est très touchante et sensible. Cette impression est peut-être renforcée par le trait simple mais empli de poésie. Cela me donne envie de me renseigner sur d’autres œuvres de cette jeune auteure, qui choisit un parti-pris original dans l’interprétation dessinée de l’histoire, qui est basée sur des faits réels (la base américaine de Laon a réellement existé, dans les dates indiquées par l’auteur : voir cet article et des photos sur ce site). J’ai vraiment passé un bon moment de lecture, et même si je pressentais un peu la chute, certains passages m’interrogeant sur leur présence dans le récit, j’ai complètement adhéré à cette histoire au final assez triste… A essayer !

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Carnets de sel, Cchez Canel, Dédicaces & vide-grenier, Le rose et le noir

Le site de Gabrielle Piquet, avec quelques planches issues de cet album.

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