Malpasset (causes et effets d’une catastrophe)

MALPASSET (CAUSES ET EFFETS D’UNE CATASTROPHE), par Corbeyran (scénario) et Horne (dessin) (Delcourt, 2014, coll. Mirages)

Le 2 décembre 1959, près de Fréjus dans le Var, le barrage de Malpasset, construction pourtant récente, a rompu. Des quantités inimaginables d’eau se sont abattues sur la ville en aval, avant d »atteindre la mer. Sur son passage, la vague a causé la mort de plus de 420 personnes et laissé 7000 sinistrés. Le paysage a été dévasté : des maisons, des entreprises, des routes, des vergers… ont disparu sous la violence de l’eau, ne laissant plus que mort et désolation. C’est à travers les témoignages d’une quinzaine de personnes ayant vécu la catastrophe parfois de très près que Corbeyran, habitué de la région, retrace les causes et les conséquences à différentes échelles d’une catastrophe qui a traumatisé la France à la fin des années 1950…

Voici encore un album qui figurait sur les présentoirs des nouveautés à la bibliothèque. Sorti en mars dernier, je dois avouer que je n’avais pas vu passer ce titre parmi les nombreuses sorties. Le nom de Malpasset ne me disait rien du tout, j’ai donc ouvert ce livre sans aucun a priori ni aucune attente. Il s’agit du récit d’une catastrophe qui a endeuillé une région entière, il y a près de 55 ans maintenant. L’album de 160 pages est bien construit, amenant des éléments d’informations sur la catastrophe et d’explications sur les raisons au fur et à mesure des témoignages des survivants. On commence avec une situation banale en janvier 1960, dans un pressing, puis on a le retour en arrière sur la catastrophe, avec la représentation du barrage qui se rompt (alors qu’aucune image n’existe de ce moment-là, il s’agit donc d’une reconstitution). Puis le récit est constitué de témoignages plus ou moins longs de rescapés qui ont vécu ces heures tragiques. On a plein de détails qui nous plongent plus de 50 ans en arrière : les occupations des gens étaient différentes (ils écoutaient la radio, se parlaient plus…), il y avait moins de téléphone pour communiquer, l’information n’était pas immédiate : l’annonce de la catastrophe ne s’est pas propagée tout de suite et les secours ont parfois tardé à arriver. Le panel de témoignages est large et s’entrecoupe parfois : cela va de ceux qui ont vécu la catastrophe alors qu’ils étaient enfants à celui qui est né la veille du drame, en passant par des personnes plus âgées qui ont vécu la rupture du barrage en tant qu’adulte. Ces récits sont dramatiques et bouleversants, les témoins ayant souvent perdu des membres de leur famille ou des amis, les corps n’ayant pas été retrouvés tout de suite. Les causes de la rupture du barrage sont aussi expliquées par des habitants, avec des traces écrites : économies budgétaires, insuffisance des études géologiques préalables… Il n’y a pas de volonté de revanche, mais plutôt de transmettre l’histoire. On apprend plein de choses en lisant les témoignages, et ce n’est pas facile de lire l’album sans s’arrêter, les histoires étant fortes. Il m’a seulement manqué un plan pour situer les lieux mentionnés par les rescapés, mais sinon l’album se lit très bien, et n’occulte aucun détail.

Par contre, au niveau du dessin, je suis mitigée : il n’a rien d’exceptionnel. Souvent, on dirait des photos redessinées (comme on peut le faire avec des logiciels informatiques), qui donne une impression de réalisme intéressante, mais un peu surfaite. Il en est de même pour les portraits, et on s’en rend encore plus compte sur la fin, avec les photos des témoins et l’explication de Corbeyran : le dessinateur n’a pas rencontré les survivants, et s’est donc uniquement servi des clichés pour dessiner au plus près et au plus juste possible les récits. J’ai trouvé que les témoignages des personnes étaient très intéressants, mais je suis déçue du traitement par le dessin, qui est uniquement en noir et blanc. En effet, parfois, certains dessins sont inutiles et ne sont là que pour éviter d’avoir trop de texte sur une même page. Je m’explique : on nous parle du procès qui a eu lieu après la catastrophe pour déterminer les responsabilités, et pour illustrer est dessiné un gros dossier rempli de papiers. On nous indique que Fréjus avant la catastrophe était encore rural et qu’il y avait des chevaux et donc un cheval de trait est dessiné… Il y a plein d’exemples comme cela dans l’album, ça m’a parfois donné l’impression de remplir des cases pour illustrer, car le dessin n’apporte parfois pas d’information complémentaire. Cet ouvrage constitué de témoignages aurait tout aussi bien pu être un livre documentaire classique, constitué de photos et/ou de dessins, mais surtout de textes. Peut-être que la BD permet de faire connaître plus largement la catastrophe, à un public différent qui n’aurait sinon pas lu un livre documentaire, mais je doute que les choix du dessinateur aient toujours été pertinents dans cet album : à faire trop simple ou trop illustré pour « remplir », on en oublie le principal : le témoignage des victimes. C’est juste un bémol que j’émets sur le dessin, mais sinon, je dois dire que les témoignages des survivants sont toujours forts et émouvants. Certains éléments du récit m’ont fait pensé à ce qu’ont dû vivre des familles qui ont affronté la tempête Xynthia dans le sud-Vendée et en Charente Maritime en 2010, lorsque l’eau montait et dévastait tout sur son passage. Les causes de la tragédie ne sont pas les mêmes, mais la peur ressentie face à la puissance de l’eau devait être semblable.

Malpasset est un album documentaire pas facile à lire, mais un témoignage très utile pour ne pas oublier ce qui s’est passé et éviter la reproduction de telles erreurs.

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : BD passion, Climaginaire, Murmures, Hop blog, L’attrape-bulles

Les premières planches à lire sur Izneo.

Interview des deux auteurs à lire sur Bah alors ?

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