La faute au midi

LA FAUTE AU MIDI, par Jean-Yves Le Naour (scénario) et A. Dan (Bamboo, 2014, coll. Grand angle)

Août 1914, la France est mobilisée. Tous les jeunes hommes sont appelés à combattre l’ennemi en allant à l’est. En Provence, on n’échappe pas à la règle. Ces soldats forment le XVème corps d’armée, envoyé en Lorraine annexée pour combattre l’ennemi. Mais les officiers ne voulant pas suivre les conseils des locaux accusés de trahison ou d’un aviateur parti en repérage, les soldats français sont massacrés par l’artillerie allemande. Pour se dédouaner de cette défaite, le général Joffre, alors à la tête des armées françaises, accuse les soldats du sud-est de la France de trahison et de lâcheté. Plusieurs soldats passent alors en cour martiale soupçonnés de mutilation volontaire suite à la bataille pour défendre Nancy, et pour l’exemple, deux sont condamnés à mort sans la moindre défense possible : Auguste un varois et Joseph un corse ne comprenant pas bien le français. Exécutés par d’autres soldats français, il se révèle par la suite que leurs mutilations n’étaient pas volontaires mais consécutives à la bataille. Mais c’est la guerre et pour ne pas saper le moral des troupes, la nouvelle n’est pas ébruitée. Ce n’est que 4 ans plus tard, à la fin du conflit, que la situation pourra se rétablir pour les deux soldats exécutés…

Voici un album portant sur un épisode peu connu de la première guerre : les exécutions sans fondement, soi-disant pour faire des exemples et motiver les troupes. Nous avons donc là un album qui a la vocation de sortir de l’oubli un épisode jusqu’alors méconnu. Le récit est assez linéaire, alternant entre voix off qui raconte les décisions militaires et extraits de lettres du soldat Auguste à sa mère restée au pays. Le racisme intérieur et les clichés envers les Provençaux sont très bien montrés, témoins de l’absence d’unité de la nation en 1914, et de la supériorité des officiers qui dissimulent leurs erreurs stratégiques en faisant payer de simples soldats. Cet côté « pot de fer contre pot de terre » est clairement exposé, on sent que les soldats ne peuvent rien faire, leur défense étant totalement négligée. Le scénariste se base sur des archives d’époque, ce qui accentue un peu plus le réalisme de cette histoire touchante. Pourtant, il m’a manqué un je-ne-sais-quoi pour être totalement emballée par cet album. D’abord le dessin est assez conventionnel, même si je reconnais qu’il est totalement adapté à ce type de récit. Il y a la volonté de reproduire avec exactitude les faits et les personnages, ce qui est une bonne idée pour une BD historique, surtout quand elle est une demande des archives départementales des Bouches-du-Rhône. Cet album est instructif, exposant les faits de façon précise et le fonctionnement de l’armée française, mais je trouve la fin un peu trop abrupte, lors de l’épisode des excuses officielles, mais aussi auparavant lors de la réhabilitation de deux exécutés. De plus, le dossier de 8 pages qui suit la bande dessinée est moyennement intéressant : on n’en apprend pas beaucoup plus sur l’histoire, les événements sont une nouvelles fois exposés, mais on ne sait pas quelles ont été les sources qui ont servi à l’élaboration du scénario. Bref, impression mitigée sur cet album à la thématique pourtant intéressante pour remettre en lumière une période noire de l’armée française.

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Miss Alfie croqueuse de livresA voir à lire, The frenchbooklover, Historicoblog

Premières planches à voir sur le site de l’éditeur.

Interview des deux auteurs à lire sur Ligneclaire.info.

Consulter le site de l’historien scénariste de cet album, spécialiste du XXème siècle.

Consulter ce site (perso ?) spécialisé sur le XVème corps d’armée.

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2 réflexions sur “La faute au midi

  1. evasoryarenucci 20 novembre 2014 / 17:24

    Lu il y a quelques temps. Très instructif effectivement par rapport à cet épisode inconnu. Concernant la BD elle-même, Jean-Yves Le Naour est un historien spécialiste de la Première guerre mondiale et il adapte régulièrement ces travaux ou des recherches en format BD, c’est pour cela qu’il n’y a pas de références dans le dossier… Je suis d’accord, dommage, parce qu’on a réellement envie d’aller plus loin. Je n’ai pas eu moi-même le temps de les faire, qui sait…

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    • caro 22 novembre 2014 / 17:07

      C’est d’autant plus étrange que si je me souviens bien, il s’agit d’une commande des archives départementales des Bouches du Rhône, alors on aurait pu avoir les références des textes et autres sources qui ont servi à construire le scénario… Mais il n’empêche que cet album reste tout de même intéressant, on est bien d’accord.

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