Sang noir

SANG NOIR, par Frédéric Chabaud (scénario) et Julien Monier (dessin) (Physalis, 2013)

Août 1914, au Sénégal. Yacouba vit dans son village. Paysan (« badolo ») et orphelin depuis longtemps, il vit avec son oncle, sa tante et son cousin. Amoureux de la fille du chef de village, il sait que les convenances et son niveau social ne peuvent permette cette histoire d’amour. Lorsque des soldats français arrivent dans le village pour demander des hommes, Yacouba s’engage avec d’autres jeunes de son village. Ils prennent le bateau à Dakar, direction Marseille. C’est la première fois qu’il quitte son pays. En caserne, les sénégalais vont apprendre à manier les armes et découvrir le froid de l’hiver. Envoyés au front en septembre 1915, ils vont combattre les allemands et aussi découvrir le racisme ambiant, surtout de la part de certains officiers français. Malgré toutes ces déconvenues et la mort de nombre de ses camarades, Yacouba garde toujours espoir de revoir son pays et sa belle…

Voici de nouveau un album sur la première guerre mondiale, sujet de saison. Là encore, l’angle est original car on suit le parcours d’un tirailleur sénégalais, depuis son village africain jusqu’aux tranchées boueuses du nord-est de la France. L’histoire est très bien racontée, sans à tout prix vouloir être pédagogique. Le racisme ambiant contre les noirs d’Afrique et autres colonisés est bien montré, c’est juste impensable de voir le peu de considération que certains militaires français avaient pour les tirailleurs qui étaient envoyés au front comme de la chair à canon. Heureusement que tous n’étaient pas comme cela. La différence de religion est aussi montrée, et je trouve que c’est un aspect bien intéressant, souvent méconnu. Les références historiques et culturelles sont aussi présentes dans cet album, avec en préface une citation de Léopold Sedar Senghor, puis le début de la l’album qui expose les derniers moments de Jean Jaurès avant son assassinat. Enfin, dans l’album, Yacouba blessé rencontre l’écrivain Blaise Cendrars. Ces éléments raccrochent l’histoire fictive de Yacouba à l’histoire réelle, c’est une façon originale de traiter de la première guerre. J’ai donc beaucoup aimé le scénario, qui ajoute des éléments d’Afrique, avec une légende africaine ou encore des mots en wolof en guise de titres de chapitres. Le dessin n’est pas en reste dans cet album : même s’il n’est pas lumineux, il colle à l’ambiance. Le trait de Julien Monier est assez épais, mais toujours régulier. Intéressant, il est expressif juste comme il faut, et on ne peut pas confondre les personnages. A noter que les couleurs de la couverture sont en réalité plus claires qu’il n’y paraît. Les horreurs des tranchées sont bien représentées, sans cacher les scènes les plus dures. Le dessin restitue bien l’aspect émouvant de la vie de Yacouba, et on se sent proche de ce personnage. La fin, sans la dévoiler, n’est pas décevante mais au contraire ouverte, et j’ai trouvé cela astucieux pour clôturer les 94 pages. Cet album est vraiment bien fait sous tous les plans, imprimé en plus sur du papier de qualité, ce qui en fait un bel objet. A noter enfin qu’il comporte à la fin un dossier explicatif de 2 doubles pages, illustré de documents d’époque avec des informations complémentaires. Un album à essayer, vraiment.

A partir de 10 ans selon l@BD.

On n’en parle quasiment pas sur les blogs : je n’ai pas trouvé d’avis sur des blogs, seulement sur Babelio.

Aller voir le blog de Julien Monier.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s