The hate U give / La haine qu’on donne [roman]

THE HATE U GIVE / LA HAINE QU’ON DONNE, par Angie Thomas (Nathan, 2018)

the hate u give

Starr a seize ans. Noire, fille d’un épicier ayant fait de la prison pour protéger le chef d’un gang une dizaine d’années plus tôt, elle est scolarisée à Williamson, un établissement privé à près d’une heure de route de son quartier de Garden Heights, surtout connu pour ses descentes de police, sa guerre des gangs et son trafic de drogue. Dans son lycée, elle est presque la seule noire parmi les blancs. Ainsi, selon là où elle se trouve, il y a la Starr du quartier considéré comme un ghetto par les blancs et la Starr de Williamson. Mais lors d’une soirée dans son quartier, Starr retrouve Khalil, un ami d’enfance perdu de vue depuis quelques temps. La fête se termine précipitamment et Starr et Khalil prennent la route. Quelques minutes plus tard, ils sont arrêtés par un policier blanc nerveux qui tire sur Khalil alors que celui n’était pas armé… Dans le quartier et ailleurs, tout le monde pense que Khalil était un dealer, mais Starr, seule témoin présente sur les lieux, sait la vérité. Que doit-elle faire ? Parler, ce qui embrasera le quartier ? Ou se taire ? Et si le policier n’est pas mis en cause, où est la justice ? Comment rendre justice à Khalil justement ?

Voici un roman qui a circulé sur les réseaux au printemps dernier lors de sa sortie. Je ne connaissais pas le thème du livre quand je l’ai emprunté (j’aime assez emprunter « à l’aveugle », sans rien savoir du document). Je dois aussi avouer que le commentaire de John Green sur la couverture m’avait aussi un peu donné envie d’essayer ce titre. Mais je dois avouer que j’ai grignoté ce long roman de pas loin de 500 pages par petits bouts, voire même parfois par tous petits bouts. J’ai eu du mal à entrer dedans, alors pourtant que l’action commence dès le départ (Khalil est tué au bout de 30 pages seulement). Mais ensuite, cela met du temps à décoller : Starr se terre, et sa famille (dont un oncle policier) est la seule à savoir qu’elle est témoin du meurtre. Elle met du temps avant de décider de témoigner pour que le policier soit condamné (en même temps, on peut comprendre son traumatisme d’avoir vu son ami mourir dans ses bras), car les gangs pour qui Khalil ‘travaillait’ font pression pour ne pas être impliqués tandis qu’une association de défense des noirs veut médiatiser l’affaire pour dénoncer le racisme dans la police et la justice…

De plus, les personnages sont assez compliqués à situer. Les situations de chacun ne sont vraiment pas des plus faciles : il y a une famille avec 2 enfants, Starr et son frère Sekani, ainsi que le demi-frère Seven considéré comme un frère à part entière, mais qui a aussi du côté maternelle deux sœurs, Kenya (amie de Starr) et une autre dont j’ai oublié le nom et un beau-père chef de gang. Il y a aussi les deux amies de Starr, Hailey et Maya, et son petit ami blanc, Chris, ainsi que de nombreux autres personnages qui vivent à Garden Heights, dans des gangs différents… Pas facile du tout pour se repérer. Le vocabulaire aussi désarçonne au départ : c’est du langage oral mis par écrit, avec de l’argot américain par exemple (nunya : none of your business, pour « pas vos affaires », est celui qui m’a le plus marqué), du langage familier à toutes les phrases ou presque… Pas toujours bien agréables à lire. Les références culturelles ne sont pas les miennes non plus, avec des rappeurs (dont Tupac qui a donné avec une de ses citations le titre du roman), des séries que je ne connaissais que de nom (et encore), mais aussi des références historiques dont je sais bien peu de choses (les Black Panthers, Martin Luther King, Malcolm X)… Le récit est donc à la fois dense et richement documenté, on s’imagine assez bien les lieux avec les descriptions de Starr (qui sont plus de l’ambiance que vraiment la description architecturale des lieux).

Ce premier roman a obtenu des prix aux Etats-Unis et y a été salué par la critique. Il est vraiment ancré dans une situation américaine assez éloignée de ce que l’on peut vivre dans nos campagnes de ce côté de l’Atlantique (enfin il me semble). On y voit bien le lien avec les mouvements actuels aux Etats-Unis qui dénoncent la violence policière face aux noirs (« black lives matter »).  J’ai trouvé ce texte intéressant sur certains passages, en lien avec l’amitié et la relation entre noirs et blancs (surtout sur la fin), et on sent que Starr a grandi entre le début et la fin du roman : alors qu’il se passe peu de semaines dans le texte, on constate aisément son évolution. Je me suis attachée à l’héroïne au fil des pages, alors qu’elle ne m’était pas particulièrement sympathique au début. Enfin, je suis contente d’avoir pu terminer ce texte qui s’inscrit dans un contexte particulier aux Etats-Unis, mais je ne sais pas si nous Français pouvons en avoir la même lecture.. J’ai trouvé ce texte très américain au final, mais intéressant sur certains points.

A partir de 13 ans selon Ricochet, mais en ce qui me concerne, je ne le mettrai pas en CDI de collège (les élèves que je côtoie tous les jours sont bien éloignés de ces thèmes-là)

On en parle (beaucoup) sur les blogs : Petits madeleines, Lecture en blog, Une souris et des livres, Idées à lire, MéliMélo de livres, Les lectures d’Agathe, Sous le feuillage

A noter enfin que le livre sorti en avril 2018 en France et en 2017 aux USA va être adapté en film : sortie prévue le 19 octobre outre-Atlantique et le 20 février 2019 dans l’hexagone

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5 réflexions sur “The hate U give / La haine qu’on donne [roman]

  1. Usva K. 8 octobre 2018 / 13:02

    Je m’intéresse beaucoup à l’histoire de la ségrégation et c’est vrai que ce livre, entre les mains des plus jeunes, demande peut-être une étape de médiation et de contextualisation. Mais bien amené, je pense qu’il peut être une belle ressource. 🙂

    Aimé par 1 personne

    • caro 10 octobre 2018 / 14:51

      Pour moi, c’est un roman pour des lycéens, pas avant… car les collégiens n’auraient pas les clés pour comprendre ce texte dense. Mais oui, cela peut être un bon témoignage-fiction.

      Aimé par 1 personne

  2. petitenoisette 14 octobre 2018 / 16:12

    Finalement je n’ai lu quasiment que des critiques négatives sur ce livre malgré le tapage qui a été fait à sa sortie française… Et je crois que ton avis est un des plus positifs que j’ai lu ! Je crois que je vais passer mon tour, mais j’irai peut-être voir le film 😉

    Aimé par 1 personne

    • caro 15 octobre 2018 / 22:24

      J’ai vu quelques avis plus positifs que moi (regarde dans les liens que je mets en fin d’article), mais globalement ce ne sont pas des avis hyper-enthousiastes non plus…

      J'aime

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