Le voyage de Marcel Grob

1LE VOYAGE DE MARCEL GROB, par Philippe Collin (scénario) et Sébastien Goethals (scénario et dessin) (Futuropolis, 2018)

grob.jpg2009, dans le bureau du juge Tonelli, comparaît un vieux monsieur, Marcel Grob, qui ne comprend pas ce qu’il fait ici. Le juge l’interroge sur sa vie, son nom de naissance Marzell, donné en Alsace allemande en 1926, et surtout sur son incorporation forcée dans la Waffen SS en 1944. Au départ réticent, ayant oublié cette partie sombre de son passé, le vieil homme se braque, puis semble retrouver des bribes de son histoire. Le voilà qui raconte la vie chez les Waffen SS, le piège dans lequel il est tombé avec son ami Antoine Guebwiller, le massacre de population civile à Marzabotto, auquel il a participé, malgré lui. Pour lui, non, il n’est pas un criminel nazi, mais est lui aussi une victime… Le juge n’est pas convaincu par ces explications et poursuit avec véhémence l’interrogatoire…

Voici un album dont j’ai beaucoup entendu parler à France Inter, parce que le co-scénariste y anime une émission. (Petit aparté : j’ai eu parfois la désagréable impression de publicité déguisée, tellement le matraquage de cet album y a été fort, à mon goût). Pour autant, j’étais tentée par l’histoire, dont le thème est proche de « Malgré nous« , une série lue il y a fort longtemps et qui m’avait marquée.

Au départ, je m’étais dit que j’achèterais cet album, et il m’est passé littéralement sous le nez à la librairie. Alors je me suis rabattue sur l’album quand il est arrivé en bibliothèque, et au final, je suis contente de ne pas avoir acheté cet album. Le propos est intéressant, oui, mais le dessin… Comment dire ? Parfois, assez souvent même, j’arrive à dépasser un trait qui ne me plaît pas (et il m’arrive même de l’apprécier au fil de ma lecture), mais là, mon a-priori sur le dessin n’a pas bougé d’un iota : je n’ai pas aimé le trait, surtout les portraits, trop arides à mon goût. J’ai parfois eu du mal à reconnaître les personnages, surtout que ce sont des soldats et donc qu’ils sont tous vêtus de la même manière ! Bref, pas du tout convaincue par l’aspect graphique, c’est pour moi le gros point noir de cet album. Il y a aussi une assez grossière erreur qui m’a fait tiquer : le livre que tient l’untersturmführer (La cerisaie d’Anton Tchekov) est clairement à l’envers (1e et 4e de couverture inversées), et il est dans le sens correct ensuite, vers la fin de l’histoire… C’est un détail, certes, mais disons que ça n’a pas contribué à me faire apprécier véritablement cette lecture.

Par contre, les couleurs sépia ou grisées sont totalement adaptées, donnant un peu de distance au récit, qui comporte parfois des cases très violentes (celles du massacre de Marzabotto le 29 septembre 1944 sont parfois insoutenables). Les couleurs pour les cases qui se déroulent en 2009, avec l’unique scène dans le bureau du juge, ne sont pas plus vives, mais redonnent un peu d’humanité au propos. Elles font une sorte de parenthèse dans ce récit, souvent assez lourd. Comme le juge, on ne sait pas trop si Grob, grenadier, était volontaire ou non, quel rôle il a joué, volontairement ou non. C’est assez ambigü au final. La révélation à la fin est vraiment inattendue, même si elle paraît presque trop « grosse » pour être vraie. Il n’empêche que ce récit d’environ 180 planches est tout de même fort, difficile à lire d’une seule traite. Il permet de découvrir la vie d’une unité de Waffen SS de l’intérieur, avec tous ses travers et ses rites (je ne savais pas pour l’histoire du tatouage…), et de nous faire connaître, à nous lecteurs français, Marzabotto, un massacre en Italie semblable à celui d’Oradour-sur-Glane, par exemple. Le dossier documentaire proposé complète le propos, mais je dois dire que je n’ai pas lu entièrement…

Pour conclure, peut-être que le fait d’avoir déjà lu « Malgré nous », une série sur ce sujet (tome 1, tome 2tome 3) ne m’a pas fait comme d’autres lecteurs qui ont découvert les « malgré-nous » avec cet album. Mais je retiendrai que c’est surtout l’aspect graphique qui m’a empêché de rentrer dans cette histoire…

Je conseillerais à partir de 14/15 ans.

On en parle sur les blogs : Blog O Noisettes, Capocapesdoc, Les lectures de Lailai, Tu vas t’abîmer les yeux, Il était une fois

Quelques planches à voir sur le site de l’éditeur.

 

Comme chaque mercredi, cet album participe à labd bleu, et aujourd’hui, c’est chez Noukette que ça se passe !

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17 réflexions sur “Le voyage de Marcel Grob

  1. Antigone 5 juin 2019 / 08:14

    Ah pour ma part je n’avais pas entendu parler de cet album, mais là tes bémols ne me donnent pas envie de le chercher en bibliothèque !

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    • caro 10 septembre 2019 / 22:21

      Il a eu de bons échos quand même (et aussi une bonne pub !)

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  2. noukette 5 juin 2019 / 10:03

    Je lui tourne autour depuis un moment mais à chaque fois que je l’ai feuilleté je les reposé pour les mêmes raisons que tu avances…

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    • caro 10 septembre 2019 / 22:20

      Aïe aïe… A tenter quand même, sait-on jamais…

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  3. Jérôme 5 juin 2019 / 12:16

    On me l’a offert dédicacé à Angoulême et malgré tes bémols il me fait toujours très envie. Je dois juste trouver le bon moment pour m’y plonger.

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  4. saxaoul 5 juin 2019 / 17:03

    Je suis bien plus enthousiaste que toi ! Je trouve que cette BD a le mérite de faire découvrir de l’intérieur le sort réservé aux malgré-nous. Le passage sur Marzabotto est à ce titre trés intéressant.

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    • caro 10 septembre 2019 / 22:19

      Je me tâte pour l’acheter pour le collège…

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  5. Blandine 10 juin 2019 / 10:32

    Je reste tentée malgré tes bémols.
    Et je n’ai pas lu « Malgré nous », que je note!

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    • caro 10 septembre 2019 / 22:19

      Je ne sais pas si « Malgré nous » est encore édité par contre…

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  6. nathaliesci 17 juin 2019 / 21:23

    L’histoire m’intéressait, mais une de mes collègues l’a lu et elle a eu le même problème que toi. Par moments elle ne reconnaissait pas le personnage principal, qui change plusieurs fois de coiffure au cours de l’album.

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