BD adaptation, BD polar

J’irai cracher sur vos tombes

J’IRAI CRACHER SUR VOS TOMBES, par Jean-David Morvan (scénario), Ray Macutay, Rafael Ortiz et Scietronc (dessin), Hiroyuki Ooshima (couleurs) (Glénat, 2020), d’après Vernon Sullivan, alias Boris Vian.

cracherLee Anderson est un jeune homme qui trouve un emploi de libraire dans une petite ville de Buckton, dans le sud des Etats-Unis. Il a quitté sa ville natale après un événement tragique, la mort de son frère. Malgré sa peau blanche et ses cheveux blonds, Lee a une part de sang noir qui coule dans ses veines, sa mère étant métisse. Il ne subit pas le racisme omniprésent dans cette région, et son physique est plutôt apprécié des jeunes filles. Son goût pour la musique, guitare à la main, et son approche facile en font un jeune homme recherché par la gente féminine. Il en profite bien, menant une vie de débauche, sans pour autant perdre son objectif premier : venger la mort de son frère, en tuant des blanches. Il va trouver en les deux soeurs Lou et Jean, issues d’une riche famille, les deux proies pour mettre à bien sa vengeance…

Deuxième tome pour moi de cette série dont le point commun est l’adaptation des romans de Vernon Sullivan. Ce titre est un des plus connus de l’auteur derrière lequel se dissimulait Boris Vian. Je comprends tout à fait qu’il ait pu faire scandale à sa sortie d’après guerre, d’ailleurs un dossier documentaire en parle à la fin de l’album, avec des reproductions de documents d’époque (couverture, article de presse, compte-rendu de jugement…). Je n’ai pas lu le texte original, je ne pourrai donc pas comparer mais dans la bande dessinée, les scènes de sexe sont assez nombreuses et prennent des planches entières, au départ je ne m’y attendais pas vraiment… Les auteurs s’attardent même parfois sur ces scènes, pour signifier l’emprise qu’exerce Lee sur les jeunes filles : scène de viol orchestré par une de ses amies Judy, relation avec une prostituée et un de ses amis… Cela a un côté assez dérangeant au final car on se fait surprendre au détour d’une page par une double page avec des personnages sans vêtements… 😉 

L’histoire est assez semblable au tome que j’ai déjà pu lire (Les morts ont tous la même peau) : le héros est noir « à l’intérieur » et a la peau blanche, l’antagonisme entre noirs et blancs est forte aux Etats-Unis à cette époque (est-ce que cela a beaucoup changé ? je n’en suis pas sûre…). Ici, Lee cherche uniquement à se venger, en tuant sauvagement comme son frère l’a été, en cherchant des ‘bourgeoises’ blanches qui sont à l’opposé de lui pour pouvoir mieux les attirer dans son piège. Le tout se resserre de façon presque machiavélique, jusqu’au retournement de situation, où on se rend compte qu’il n’y a d’issue pour personne.

Au niveau du dessin, les dessinateurs s’y sont mis à trois pour nous proposer un trait parfois assez brut, parfois plus doux (des portraits par exemple). Le trait ressemble parfois à ceux des comics US (même si je m’y connais assez peu), ou alors c’est les tenues et le décor qui donnent vraiment une impression américaine. Les décors ne sont pas toujours très détaillés, mais suffisamment quand même pour qu’on s’y arrête, surtout dans certaines cases un peu plus grandes. On a vraiment une image d’une certaine Amérique de l’après-guerre, avec les grosses voitures, les coupes de cheveux typiques… On est plongés dans une époque révolue, il ne manque plus que le son de la guitare de Lee. Les corps nus sont dessinés avec moult détails, et les angles choisis sont variés pour montrer des corps humains aux formes plus que généreuses. La conclusion de l’histoire est assez rapide, une fois que Lee a atteint son objectif, et on se doute vite que la découverte de son « secret » va accélérer sa chute… Le tout donne vraiment une histoire assez glauque et parfois malsaine…

Bref, cet album ne laisse pas de marbre, il fait forcément réagir. Je serai maintenant curieuse de lire le texte original, pour voir si les auteurs ont dû procéder à des coupes pour maintenir ce récit dessiné sans véritable temps mort.

Non mentionné sur l@BD, mais je dirais certainement pas avant 15 ans.

On en parle sur les blogs : Un bouquin sinon rien, L’oeil de Sauron, You can read, L’étagère imaginaire, Les mots de la fin… 

Premières planches à lire sur Izneo.

Cet album participe à labd bleu, aujourd’hui chez Moka au milieu des livres.

20 réflexions au sujet de “J’irai cracher sur vos tombes”

  1. Je suis loin d’avoir lu tous les titres de Vian et celui ci en fait partie. Oubli à réparer avant d’attaquer un jour la BD dont l’esthétisme, à priori, n’est pas trop ma tasse de thé. A voir 😉

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  2. Je suis très intriguée! (pour les scènes de sexe il me semble que c’est aussi le cas dans le roman d’où une raison du scandal de l’époque?) Si je le croise ou l’autre dont tu parles aussi, je me laisserai tenter!

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    1. Oui, le scandale de l’époque était lié à ces scènes-là… A la fin de l’album, on a des coupures de journaux et autres documents d’époque qui montrent comment le texe a été mal reçu à sa sortie.

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