Le fils de l’Ursari

LE FILS DE L’URSARI, par Isabelle Merlet (scénario) et Cyrille Pomès (dessin) (Rue de Sèvres, 2019), d’après un roman de Xavier-Laurent Petit à L’école des Loisirs.

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Ciprian est rom, et fils d’un montreur d’ours (ou Ursari). En Roumanie où la famille vit, la famille est rejetée dès qu’elle s’installe à un endroit. Leur voiture les lâche une fois sur la route, et ils doivent rester près d’une ville où un boucher et sa bande menacent de les tuer. C’est alors que deux hommes en berline leur proposent un contrat. Ils les envoient à Paris, en échange d’un remboursement rapide du coût de leur trajet. Mais la somme est tellement énorme qu’ils ne vont pas pouvoir rembourser et vont se retrouver pris au piège, dans une capitale qui ne s’avère pas être la ville-Lumière tant espérée. Chacun tente de réunir une part de l’argent, en mendiant, volant des portefeuilles ou du métal, mais cela n’est pas suffisant… Ciprian, au détour de ses promenades quotidiennes, atterrit un jour aux jardins du Luxembourg où il découvre deux grosses personnes en train de jouer à un mystérieux jeu, qui même s’il n’en saisit pas toutes les règles, le fascine…

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Mais pourquoi j’ai acheté tout ça !?

MAIS POURQUOI J’AI ACHETÉ TOUT ÇA !? STOP À LA SURCONSOMMATION, par Elise Rousseau (Delachaux & Niestlé, 2017, coll. Planète graphique)

pourquoi

Un jour, alors que la narratrice chante à tue-tête au rythme de sa radio, son appareil chéri tombe en panne… La garantie venant juste d’expirer, elle va tout de même se plaindre au magasin d’électroménager, où un vendeur lui conseille d’en racheter une autre, vu qu’il s’agit là d’obsolescence programmée, et que réparer coûte toujours plus cher que de racheter… Dégoûtée, la narratrice découvre alors au fur et à mesure le poids de la publicité, de la pression sociale… qui font qu’on achète toujours plus, sans véritable raison, juste pour posséder, faire comme les autres ou vouloir se simplifier la vie, mais toujours au détriment de la planète… Il existe pourtant des réponses citoyennes pour consommer de façon responsable, et cet ouvrage est l’occasion de les mettre en avant.

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Paroles d’honneur

PAROLES D’HONNEUR, par Leïla Slimani (scénario) et Laetitia Coryn (dessin) (Les Arènes BD, 2017)

paroles d'honneur2015, Rabat. Leïla Slimani fait la connaissance de Nour, une marocaine qui lui raconte sans tabou ni retenue sa sexualité et les tragédies intimes que subissent la plupart des femmes qu’elle connaît. Elle poursuit ses entretiens à Casablanca, en rencontrant des jeunes femmes et des jeunes hommes qui confirment l’écart entre la tradition musulmane de la société marocaine et la vraie vie…

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Culottées tome 2

CULOTTÉES tome 2, des femmes qui ne font que ce qu’elles veulent, par Pénélope Bagieu (Gallimard BD, 2017)
Suite du tome 1, avec de nouvelles biographies de femmes aux parcours hors du commun, un peu partout dans le monde, de l’Inde à la France, de l’Afghanistan aux Etats-Unis, dans des domaines aussi variés que la vulcanologie, la musique et le chant, le bien-être animal, le droit, le banditisme, le journalisme, l’utopisme réaliste… Ainsi, on passe de Katia Krafft aux Shaggs, de Sonita Alizadeh à Betty Davis, de Thérèse Clerc à Phulann Devi, de Mae Jemison à Cheryl Bridges… Lire la suite

Culottées tome 1

CULOTTEES tome 1 : des femmes qui ne font que ce qu’elles veulent, par Pénélope Bagieu  (Gallimard, 2016)

culotteesAlbum de courtes biographies de femmes aux destins hors du commun. On retrouve toutes les époques, tous les continents et toutes sortes de destins : impératrice en Chine, travailleuse sociale africaine prix Nobel de la paix 2011, femme à barbe au XIXe siècle, reine africaine au XVIIe siècle, gynécologue grecque antique, guerrière chamane au XIXe,  nageuse australienne au XXe siècle, gardienne de phare américaine, créatrice finlandaise de trolls après la guerre … Les histoires racontent le plus souvent la vie complète de la femme, ou parfois juste un événement particulier, mais à chaque fois, cela montre des femmes qui font voler en éclats les préjugés sur leur sexe, à une époque où elles étaient considérées inférieures, incapables ou encore soumises aux hommes… Lire la suite

Un certain Cervantès

UN CERTAIN CERVANTÈS, par Christian Lax (Futuropolis, 2015)

2008. Mike Cervantès est un homme solitaire, qui fait le cow-boy dans un village pour touristes au fin fond des Etats-Unis. Arrêté par la police pour plantations de marijuana, il s’enrôle dans l’armée et se retrouve en Afghanistan, où avec son groupe il saute sur une mine. Il est le seul à en réchapper vivant, mais est capturé par les Talibans qui l’ampute d’un bras atteint de gangrène. Après plusieurs tentatives, il parvient à s’échapper et à rentrer aux Etats-Unis où l’armée, après quelques temps, lui fournit une prothèse adaptée à son handicap. Sortant un temps avec la prothésiste, Mike reste néanmoins un sanguin et pour aider un ami qui lui prête une voiture mais dont l’entreprise vient d’être saisie, il explose une agence bancaire et retourne alors en prison. Là, il se met à lire Don Quichotte de son presque homonyme Miguel de Cervantès. Se passionnant pour les nombreux parallèles entre la vie du Cervantès du 16e siècle et la sienne, il rencontre même l’auteur espagnol et les deux conversent souvent ensemble. Sorti de prison, décidé à vaincre les injustices, Cervantès va aider un migrant qui a traversé la frontière mexicaine, et surnomme l’homme Sancho. C’est le début d’un road movie pour les deux hommes. Cervantès voulant toujours défendre les causes qu’il estime justes, il est toujours recherché par la police, et la cavale va les mener de San Francisco à New-York

J’ai emprunté cet album sans trop savoir de quoi il retournait, il faisait juste partie des nouveautés à la bibliothèque. Je suis ravie de retrouver le dessin de Christian Lax, que je connaissais dans le domaine du cyclisme (Pain d’alouette première et deuxième époque, L’aigle sans orteils, L’écureuil du Vel d’Hiv’), dans cette très jolie histoire se déroulant sur 200 pages. En effet, le dessin est toujours au top, et les personnages croqués de manière toujours juste. Le héros Mike est sanguin, utilisant plus facilement les poings plutôt que sa tête pour combattre les injustices (les banques qui revendent les biens de leurs clients à la suite de la crise des subprimes, les bibliothèques qui censurent certains titres de manière qu’il juge arbitraire…) et fréquente à plusieurs reprises les prisons. Ce côté rebelle et voulant combattre toutes les injustices de l’Amérique des années 2000 rend le personnage attachant, et le côté fantastique avec les dialogues avec le Cervantès espagnol passe tout à fait, tellement les parallèles sont troublants. En effet, les combats contre l’injustice n’ont pas faibli, 5 siècles après… J’ai beaucoup aimé ce côté fantastique, où on pense être dans la tête de Mike qui aurait des hallucinations, revivant les aventures de Miguel au 21ème siècle, comme si cela écrivait sa destinée au présent… Cela apporte une touche très originale et qui, étrangement, ne cloche pas du tout avec l’histoire. Je n’ai pas lu le texte original du 16ème siècle, mais j’ai entendu parler de certains passages, et Christian Lax fournit de nombreuses informations sur Miguel de Cervantès, ce qui fait qu’il est relativement aisé de faire les parallèles entre les deux époques, entre le comportement de Mike et celui de Miguel. J’en ai certainement raté quelques uns, mais ceux que j’ai repérés m’ont fortement plu. Voici donc un album bien original, qui plaira certainement aux fans de Don Quichotte tout comme à ceux de Lax, que je découvre là sur un thème complètement différent. J’aime toujours autant, et vais aller continuer sans trop attendre ma découverte de cet auteur auprès de ma bibliothèque !

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle (beaucoup) sur les blogs : Chroniques de l’invisible, D’une berge à l’autre, Miss Alfie croqueuse de livres, Sin City, Biblio du dolmen, Un amour de BD

Premières planches à voir sur Izneo.

Cet album participe à , cette semaine chez Noukette.

Dessinateurs de presse [hommage aux dessinateurs de Charlie Hebdo]

DESSINATEURS DE PRESSE : ENTRETIENS AVEC CABU, CHARB, KROLL, LUZ, PETILLON, SINE, WILLEM ET WOLINSKI, par Numa Sadoul (Glénat, 2014)

Interviews de grands dessinateurs de presse belge ou français réalisées depuis 2006, sur leur métier, la satire, la caricature, la liberté d’expression, les scandales qui ont émaillé leurs carrières… Parmi ces dessinateurs, trois faisaient partie de l’équipe de Charlie Hebdo décimée le 7 janvier 2015 : Cabu, Charb et Wolinski.

Voici un ouvrage que j’ai lu (en partie seulement) dans le cadre de l’hommage organisé aujourd’hui sur la blogosphère, une semaine après l’horrible attentat dont ont été victimes des dessinateurs et journalistes de l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo ainsi que d’autres français anonymes, lors de ce qui était le premier des trois jours de terreur qu’a connus la France en ce début janvier 2015. Difficile pour moi de trouver un ouvrage d’un des dessinateurs disparus que ce soit en bibliothèque ou en librairie, donc je me suis rabattue sur ce documentaire, le seul ouvrage qu’il restait dans ma petite librairie locale… 213 pages d’interviews ponctuées de fiches d’identité des auteurs (remplies le plus souvent avec humour) et de nombreux dessins de presse (sourcés et datés uniquement en fin d’ouvrage, ce qui est un peu dommage). Environ 25 pages d’interview par dessinateur, cela donne un livre dense et riche d’informations, qui ne peut se lire d’un seul trait, mais plutôt par « touches ». J’ai parcouru uniquement pour l’instant les interviews des trois dessinateurs disparus, et j’ai réellement appris plein de choses sur Charlie Hebdo et Hara Kiri, sur le processus de création d’un dessin de presse et sur la façon dont on considérait la presse dans les années 1960 et ensuite… Les questions des menaces et des risques sont aussi posées sans détour, de même que celles sur l’engagement politique. Les interviews sont retranscrites telles quelles et on a presque l’impression de les entendre répondre, d’entendre les intonations… puisque le style est très oral parfois. Je crois que je continuerai très bientôt avec les autres interviewés de ce livre, pour voir comment eux aussi, actuels ou anciens de Charlie Hebdo ou d’autres titres de presse, voient la liberté d’expression au 21ème siècle.

Dessinateurs de presse est, encore plus après les événements tragiques de la semaine dernière, un ouvrage à placer en première ligne dans sa bibliothèque.

A partir de 15 ans selon l@BD.

Plus d’infos sur cet hommage de la blogosphère sur l’article consacré sur « Chroniques de l’invisible », le blog de Yaneck.

Voir sur le site l@BD la (très courte) sélection hommage à Charlie Hebdo.

Pour cette journée spéciale dessinateurs de Charlie Hebdo, allez voir les avis et articles des autres blogueurs :