Paroles d’honneur

PAROLES D’HONNEUR, par Leïla Slimani (scénario) et Laetitia Coryn (dessin) (Les Arènes BD, 2017)

paroles d'honneur2015, Rabat. Leïla Slimani fait la connaissance de Nour, une marocaine qui lui raconte sans tabou ni retenue sa sexualité et les tragédies intimes que subissent la plupart des femmes qu’elle connaît. Elle poursuit ses entretiens à Casablanca, en rencontrant des jeunes femmes et des jeunes hommes qui confirment l’écart entre la tradition musulmane de la société marocaine et la vraie vie…

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Culottées tome 2

CULOTTÉES tome 2, des femmes qui ne font que ce qu’elles veulent, par Pénélope Bagieu (Gallimard BD, 2017)
Suite du tome 1, avec de nouvelles biographies de femmes aux parcours hors du commun, un peu partout dans le monde, de l’Inde à la France, de l’Afghanistan aux Etats-Unis, dans des domaines aussi variés que la vulcanologie, la musique et le chant, le bien-être animal, le droit, le banditisme, le journalisme, l’utopisme réaliste… Ainsi, on passe de Katia Krafft aux Shaggs, de Sonita Alizadeh à Betty Davis, de Thérèse Clerc à Phulann Devi, de Mae Jemison à Cheryl Bridges… Lire la suite

Culottées tome 1

CULOTTEES tome 1 : des femmes qui ne font que ce qu’elles veulent, par Pénélope Bagieu  (Gallimard, 2016)

culotteesAlbum de courtes biographies de femmes aux destins hors du commun. On retrouve toutes les époques, tous les continents et toutes sortes de destins : impératrice en Chine, travailleuse sociale africaine prix Nobel de la paix 2011, femme à barbe au XIXe siècle, reine africaine au XVIIe siècle, gynécologue grecque antique, guerrière chamane au XIXe,  nageuse australienne au XXe siècle, gardienne de phare américaine, créatrice finlandaise de trolls après la guerre … Les histoires racontent le plus souvent la vie complète de la femme, ou parfois juste un événement particulier, mais à chaque fois, cela montre des femmes qui font voler en éclats les préjugés sur leur sexe, à une époque où elles étaient considérées inférieures, incapables ou encore soumises aux hommes… Lire la suite

Un certain Cervantès

UN CERTAIN CERVANTÈS, par Christian Lax (Futuropolis, 2015)

2008. Mike Cervantès est un homme solitaire, qui fait le cow-boy dans un village pour touristes au fin fond des Etats-Unis. Arrêté par la police pour plantations de marijuana, il s’enrôle dans l’armée et se retrouve en Afghanistan, où avec son groupe il saute sur une mine. Il est le seul à en réchapper vivant, mais est capturé par les Talibans qui l’ampute d’un bras atteint de gangrène. Après plusieurs tentatives, il parvient à s’échapper et à rentrer aux Etats-Unis où l’armée, après quelques temps, lui fournit une prothèse adaptée à son handicap. Sortant un temps avec la prothésiste, Mike reste néanmoins un sanguin et pour aider un ami qui lui prête une voiture mais dont l’entreprise vient d’être saisie, il explose une agence bancaire et retourne alors en prison. Là, il se met à lire Don Quichotte de son presque homonyme Miguel de Cervantès. Se passionnant pour les nombreux parallèles entre la vie du Cervantès du 16e siècle et la sienne, il rencontre même l’auteur espagnol et les deux conversent souvent ensemble. Sorti de prison, décidé à vaincre les injustices, Cervantès va aider un migrant qui a traversé la frontière mexicaine, et surnomme l’homme Sancho. C’est le début d’un road movie pour les deux hommes. Cervantès voulant toujours défendre les causes qu’il estime justes, il est toujours recherché par la police, et la cavale va les mener de San Francisco à New-York

J’ai emprunté cet album sans trop savoir de quoi il retournait, il faisait juste partie des nouveautés à la bibliothèque. Je suis ravie de retrouver le dessin de Christian Lax, que je connaissais dans le domaine du cyclisme (Pain d’alouette première et deuxième époque, L’aigle sans orteils, L’écureuil du Vel d’Hiv’), dans cette très jolie histoire se déroulant sur 200 pages. En effet, le dessin est toujours au top, et les personnages croqués de manière toujours juste. Le héros Mike est sanguin, utilisant plus facilement les poings plutôt que sa tête pour combattre les injustices (les banques qui revendent les biens de leurs clients à la suite de la crise des subprimes, les bibliothèques qui censurent certains titres de manière qu’il juge arbitraire…) et fréquente à plusieurs reprises les prisons. Ce côté rebelle et voulant combattre toutes les injustices de l’Amérique des années 2000 rend le personnage attachant, et le côté fantastique avec les dialogues avec le Cervantès espagnol passe tout à fait, tellement les parallèles sont troublants. En effet, les combats contre l’injustice n’ont pas faibli, 5 siècles après… J’ai beaucoup aimé ce côté fantastique, où on pense être dans la tête de Mike qui aurait des hallucinations, revivant les aventures de Miguel au 21ème siècle, comme si cela écrivait sa destinée au présent… Cela apporte une touche très originale et qui, étrangement, ne cloche pas du tout avec l’histoire. Je n’ai pas lu le texte original du 16ème siècle, mais j’ai entendu parler de certains passages, et Christian Lax fournit de nombreuses informations sur Miguel de Cervantès, ce qui fait qu’il est relativement aisé de faire les parallèles entre les deux époques, entre le comportement de Mike et celui de Miguel. J’en ai certainement raté quelques uns, mais ceux que j’ai repérés m’ont fortement plu. Voici donc un album bien original, qui plaira certainement aux fans de Don Quichotte tout comme à ceux de Lax, que je découvre là sur un thème complètement différent. J’aime toujours autant, et vais aller continuer sans trop attendre ma découverte de cet auteur auprès de ma bibliothèque !

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle (beaucoup) sur les blogs : Chroniques de l’invisible, D’une berge à l’autre, Miss Alfie croqueuse de livres, Sin City, Biblio du dolmen, Un amour de BD

Premières planches à voir sur Izneo.

Cet album participe à , cette semaine chez Noukette.

Dessinateurs de presse [hommage aux dessinateurs de Charlie Hebdo]

DESSINATEURS DE PRESSE : ENTRETIENS AVEC CABU, CHARB, KROLL, LUZ, PETILLON, SINE, WILLEM ET WOLINSKI, par Numa Sadoul (Glénat, 2014)

Interviews de grands dessinateurs de presse belge ou français réalisées depuis 2006, sur leur métier, la satire, la caricature, la liberté d’expression, les scandales qui ont émaillé leurs carrières… Parmi ces dessinateurs, trois faisaient partie de l’équipe de Charlie Hebdo décimée le 7 janvier 2015 : Cabu, Charb et Wolinski.

Voici un ouvrage que j’ai lu (en partie seulement) dans le cadre de l’hommage organisé aujourd’hui sur la blogosphère, une semaine après l’horrible attentat dont ont été victimes des dessinateurs et journalistes de l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo ainsi que d’autres français anonymes, lors de ce qui était le premier des trois jours de terreur qu’a connus la France en ce début janvier 2015. Difficile pour moi de trouver un ouvrage d’un des dessinateurs disparus que ce soit en bibliothèque ou en librairie, donc je me suis rabattue sur ce documentaire, le seul ouvrage qu’il restait dans ma petite librairie locale… 213 pages d’interviews ponctuées de fiches d’identité des auteurs (remplies le plus souvent avec humour) et de nombreux dessins de presse (sourcés et datés uniquement en fin d’ouvrage, ce qui est un peu dommage). Environ 25 pages d’interview par dessinateur, cela donne un livre dense et riche d’informations, qui ne peut se lire d’un seul trait, mais plutôt par « touches ». J’ai parcouru uniquement pour l’instant les interviews des trois dessinateurs disparus, et j’ai réellement appris plein de choses sur Charlie Hebdo et Hara Kiri, sur le processus de création d’un dessin de presse et sur la façon dont on considérait la presse dans les années 1960 et ensuite… Les questions des menaces et des risques sont aussi posées sans détour, de même que celles sur l’engagement politique. Les interviews sont retranscrites telles quelles et on a presque l’impression de les entendre répondre, d’entendre les intonations… puisque le style est très oral parfois. Je crois que je continuerai très bientôt avec les autres interviewés de ce livre, pour voir comment eux aussi, actuels ou anciens de Charlie Hebdo ou d’autres titres de presse, voient la liberté d’expression au 21ème siècle.

Dessinateurs de presse est, encore plus après les événements tragiques de la semaine dernière, un ouvrage à placer en première ligne dans sa bibliothèque.

A partir de 15 ans selon l@BD.

Plus d’infos sur cet hommage de la blogosphère sur l’article consacré sur « Chroniques de l’invisible », le blog de Yaneck.

Voir sur le site l@BD la (très courte) sélection hommage à Charlie Hebdo.

Pour cette journée spéciale dessinateurs de Charlie Hebdo, allez voir les avis et articles des autres blogueurs :

Une métamorphose iranienne

UNE MÉTAMORPHOSE IRANIENNE, par Mana Neyestani (Editions Çà et là / Arte Editions, 2012)

Récit autobiographique de Mana Neyestani, dessinateur de presse iranien qui s’est reconverti dans les pages jeunesse d’un journal, et qui à cause d’un dessin avec un cafard tenant des propos azéris, est à l’origine de manifestations dans le pays. Les tensions en Iran et en Azerbaïdjan sont tellement fortes que le dessinateur et son rédacteur en chef Mehrdad sont arrêtés et jetés dans une prison du pays, officiellement le temps que les tensions dans les zones azéries se calment, mais en réalité, la détention se poursuit, et le jeune homme découvre un mode de vie très particulier, entre interrogatoires musclés, dénonciations et vie en cellule avec les autres prisonniers. Après plusieurs mois en prison, alors lorsqu’il est libéré de façon provisoire, il va en profiter pour fuir le pays avec sa femme Mansoureh, d’abord à Dubaï. Se heurtant aux nombreux problèmes administratifs, le couple va tout faire pour ne pas rentrer en Iran où la prison attend Mana…

J’avais un peu peur en empruntant cet album, peur de trouver un album trop fort, au sujet trop grave, moi qui en ce moment ai envie de BD légères et divertissantes… Et bien, oui, cet album n’est pas drôle du tout, il dénonce un régime et un système autoritaires, mais c’est un album obligatoire pour qui s’intéresse à la liberté de la presse dans le monde et à la liberté humaine en général. C’est donc un ouvrage très intéressant, mais pas forcément facile d’accès : le dessin en noir et blanc fait très dessin de presse (normal quand on sait le parcours du dessinateur), et le propos n’est pas forcément grand public non plus. L’auteur utilise beaucoup les hachures pour faire les nuances de couleurs, cela est au départ particulier, mais au final cela colle au propos, et donne un trait net et précis. L’auteur joue aussi avec la caricature, en accentuant certains personnages, en utilisant des plans originaux (plongée, contre-plongée), et en jouant avec les hauteurs des personnages. Il y a une petite touche fantastique parfois à ce niveau-là, car c’est vraiment l’interprétation, le ressenti de l’auteur qui est dessiné, et cela n’est pas du tout dérangeant, bien au contraire : un récit linéaire et ultra-réaliste aurait été assez pénible à lire je pense. J’ai beaucoup aimé les scènes où le personnage pour enfant prend vie et tient compagnie à l’auteur, pour souligner sa grande solitude. L’auteur utilise aussi l’humour (souvent acide) dans certains de ses dialogues ou superpose deux époques (on le voit par exemple dans une même case rasé (en homme libre, à la rédaction du journal) et barbu (emprisonné), et la situation est assez drôle, lorsqu’un parle à l’autre, connaissant la fin de l’histoire sur les dessins a priori anodins qu’il produit pour le compte du journal). L’image récurrente du cafard, souvent écrasé par Mana, est utilisée pour signifier les complexités de l’administration, cela donne un côté fil rouge à cette histoire. Le cafard revient souvent car l’auteur est pris dans un imbroglio administratif impressionnant, que ce soit en Iran ou lorsqu’il cherche une terre d’accueil en Europe ou au Canada après avoir fui son pays. Cette référence visible à Kafka (avec une allusion au héros de « La Métamorphose ») fait partie des références plus ou moins visibles dans l’album, avec par exemple des anecdotes sur l’actualité mondiale alors que Mana et Mehrdad étaient emprisonnés. C’est donc un album qui plaira à ceux qui s’intéressent à l’actualité internationale et aux droits de l’homme. Une BD engagée pas facile à lire, mais nécessaire.

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Chroniques de l’invisible, D’une berge à l’autre, La tanière du champi,Audouchoc

Extrait à télécharger depuis le site de l’éditeur.

Interview de l’auteur à lire sur Rue89.

Biographie de l’auteur, avec quelques uns de ses dessins sur le site Cartooning for Peace. Voir aussi sa page Facebook.

En chemin elle rencontre… tome 3

EN CHEMIN ELLE RENCONTRE… tome 3 : les artistes se mobilisent pour l’égalité femme-homme, par un collectif d’auteurs (Des ronds dans l’o / Amnesty international, 2013)

Nouvel album militant de la série « en chemin elle rencontre », avec cette fois le thème de l’égalité entre les femmes et les hommes, après avoir parlé de la violence (tome 1) et du respect du droit des femmes (tome 2). Il s’agit donc de montrer les inégalités entre hommes et femmes, dans de nombreux domaines. On pense facilement au salaire, tellement flagrant, mais on oublie souvent que l’inégalité entre les sexes existe aussi dans de nombreux autres secteurs, par exemple dans les termes employés au masculin et au féminin, souvent bien moins flatteurs au féminin (un gars / une garce, un homme public / une femme publique). Cette inégalité se produit aussi dès la petite enfance, avec la différenciation des enfants par les adultes : distingués dès leur plus jeune âge par leur sexe, on fera plus ainsi attention à une petite fille alors qu’un garçon sera forcément plus ‘apte’ à tomber, et on donnera une poupée aux fillettes, avec tous les clichés véhiculés sur les filles par ce jouet… Les inégalités se matérialisent aussi dans la tenue vestimentaire féminine qui comporterait forcément des sous-entendus selon certains messieurs, alors que les tenues masculines ne seraient quant à elles pas porteuses de clichés sexistes…

Cet album vise à dénoncer tous les clichés qui rendent inégaux les rapports entre les hommes et les femmes et qui placent la femme dans une situation d’infériorité plus ou moins flagrante selon les situations exposées. Certains récits sont vraiment très réalistes, et on ne peut que se sentir concerné(e) par les uns ou les autres. Tout cela m’a beaucoup parlé, ce sexisme ambiant dénoncé de façon plus ou moins virulente, parfois avec un humour un peu trash, parfois de façon plus délicate. Il suffit de voir comment les ados se comportent entre eux, au collège ou au lycée, pour placer d’autres noms et d’autres visages dans les histoires de cet album. Les violences montrées envers les femmes prennent diverses formes, parfois très visibles, parfois non, et c’est cette diversité de situations qui rend l’album particulièrement intéressant. J’ai trouvé très touchante l’histoire de la femme du chirurgien, qui s’est dévouée à sa vie de famille et ne peut quitter son mari de peur de tout perdre, dépendant complètement de lui. Cette chronique de la violence économique est l’histoire la plus développée, et même si le dessin est au prime abord assez sévère, je suis bien entrée dans cette histoire d’une vingtaine de pages, qui montre un thème souvent oublié, parce que touchant la sphère privée. Les autres histoires sont plus courtes, ne font parfois qu’une planche, mais elles sont tout aussi percutantes, utilisant alternativement le réalisme ou l’humour. Des pages documentaires coupent les récits, en apportant des chiffres récents et des compléments très intéressants. Les dessins sont variés : parmi les contributeurs, on trouve Aurélie Aurita, Anne Rouvin, Christelle Pécout, Anthony Moreau, Marc-Rénier, Damien May… (liste complète ici). Je suis moins fan de certains, mais c’est seulement une question de goût. J’aime moyennement la couverture, le trait de Florence Cestac me laissant perplexe, surtout les gros nez à visée humoristique, alors que le contenu de l’album ne l’est pas. Cependant, l’idée de la carte à jouer est bien trouvée, même si elle rompt avec les portraits des deux premiers volumes de la série. Mais vous l’aurez compris, En chemin elle rencontre, c’est un album incontournable à mettre entre toutes les mains, pour engager le dialogue et surtout faire évoluer (à défaut de faire changer) les mentalités !

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle (vraiment trop peu) sur les blogs, je n’ai pas trouvé d’article de blogueur…

Quelques planches à voir sur le site de l’éditeur.

Interview de Marie Moinard, à l’origine de ce concept d’albums, sur le blog BD Sud-Ouest.

Une lecture que j’ai le plaisir de partager avec Noukette : merci de m’avoir permis de ressortir cet album de mes étagères !! Au plaisir de recommencer !