Erwann, tome 1

ERWANN, tome 1 : LA LOI DU SKATEPARK, par Cédric Mayen (scénario) et Yann Cozic (dessin) (Jungle, 2019)

erwann.jpgJeff, le grand frère d’Erwann est mort dans une compétition de glisse deux ans auparavant. C’est depuis ce jour que ses parents, séparés depuis, lui interdisent toute planche à roulette. Pourtant, Erwann avait promis à son frère, avant son départ pour la compétition, de s’entraîner à faire 15 ollies à la suite. Le jeune garçon a toujours gardé dans un coin de sa tête sa promesse et s’entraîne discrètement loin des regards maternels. Un jour, il fait la rencontre d’un groupe de riders qui l’emmènent au skatepark tout proche… La passion d’Erwann se renforce, et il s’entraîne de plus en plus…

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Un maillot pour l’Algérie

UN MAILLOT POUR L’ALGÉRIE, par Kris et Bertrand Galic (scénario), Javi Rey (dessin) (Dupuis, 2016, coll. Aire libre)

maillotEn 1945, alors que la France fête l’armistice qui vient d’être signée, en Algérie, on manifeste contre la présence des colonisateurs français. Le jeune Rachid et ses amis vivent ces moments sans trop se rendre compte de ce qui se passe. Très doués au football, ils sont repérés par des agents français, et en 1958, alors que la guerre d’indépendance de l’Algérie a commencé depuis 4 ans, ils jouent dans des clubs français et s’apprêtent à jouer sous le maillot français lors de la coupe du monde. Mais deux mois avant la date, contactés par le FLN en France, les joueurs algériens les plus doués quittent la métropole, désertent, pour créer la première équipe nationale d’Algérie… Ils vont s’entraîner tous ensemble en Tunisie, puis partir en tournée en Europe de l’est puis en Russie. Leur objectif est d’obtenir la paix par le sport, et de faire accepter l’Algérie en tant que pays… Lire la suite

Max Winson tome 2

MAX WINSON, tome 2 : L’ÉCHANGE, par Jérémie Moreau (Delcourt, 2015, coll. Encrages)

Suite du tome 1 et fin des aventures du plus grand joueur de tennis de tous les temps, célèbre pour ne jamais avoir perdu un match et qui avait disparu suite à la mort de son père. Seul, il décide de partir se mettre au vert dans un endroit inconnu, là où aucun média ne pourra le retrouver. Pendant six années, il vit aux côtés d’une ancienne gloire du tennis des années 1970, qui s’est reconvertie en entraîneur d’un jeune garçon, Pedro, issu d’une famille très modeste. Là, le jeune homme profite de la vie, joue au tennis simplement, sans pression. Jusqu’à ce que le petit garçon grandisse et affiche ses ambitions… Max va alors tout faire pour éloigner son protégé du star system, mais les appels sont trop forts…

Voici la fin du diptyque sportif du dessinateur du singe de Hartlepool. Dans ce second tome, il n’y a malheureusement pas de rappel de l’histoire du premier tome, mais de nombreux liens sont tissés avec faits dans l’histoire. J’ai eu un peu de mal à me rappeler tous les faits du tome 1, il aurait été préférable de lire les deux volumes à la suite. Dans ce tome, Max n’étant plus dans le circuit du tennis, on ne voit plus de match ‘officiel’, seulement quelques échanges. L’album est plus tourné vers l’aspect psychologique, avec des questionnements de l’ancienne star devenue adulte. C’est intéressant, même si les rebondissements ne sont pas bien fréquents. Par contre au niveau du dessin, on reconnait le trait particulier, original, un peu rapide dans certaines cases. Il n’y a toujours pas de couleurs, mais une palette de gris, qui fait un peu étrange au départ, mais les couleurs n’auraient certainement pas apporté grand-chose au récit. Le découpage des cases est par contre très dynamique, avec beaucoup de cases découpées en biais, pour donner du rythme. Il y a aussi quelques jolies planches entières. Enfin, la fin est originale, lorsque les joueurs prennent les spectateurs et les gérants du tennis de court. Max Winson est un bon diptyque même si ce tome 2 quitte le monde du sport, pour aborder la psychologie d’un enfant star qui a grandi avec la pression des médias et des adultes qui l’entourent. C’est un aspect rarement abordé en BD, mais je ne garderai pas un souvenir impérissable de ce diptyque. A essayer absolument  pour les fans de sport, les autres peuvent, je pense, passer leur tour…

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Rocambolivresque, Vu des yeux doliBD, U lost control, Des flaneries et des mots

Premières planches sur Izneo.

Louca tome 3 : si seulement

LOUCA, tome 3 : SI SEULEMENT, par Bruno Dequier (Dupuis, 2014)

Suite du tome 2. Louca doit jouer dans l’équipe de foot du lycée le dernier match de la saison, face à l’équipe d’un autre lycée menée par Hugo. Le fantôme Nathan quant à lui a réussi à sortir de l’enceinte de l’école, et retourne chez ses parents, mais il découvre un appartement vide et son père qui le quitte en voiture, sans qu’il ne comprenne les raisons de ce départ. Nathan n’étant plus avec lui, mais occupé à enquêter sur sa propre mort, Louca redevient aux yeux de tous l’ado très maladroit qui ne maîtrise pas du tout les règles du foot. Alors la première mi-temps du match est catastrophique pour son équipe qui se fait écraser par l’adversaire… Heureusement que Nathan revient à son secours lors de la 2ème mi-temps… Mais les ennuis ne sont pas terminés…

J’ai eu l’occasion récemment de lire le troisième tome de cette série jeunesse, presque juste après le 2. Je crois que je n’aurais peut-être pas dû, car je suis de plus en plus déçue par cette série. Tout d’abord, les tomes sont de plus en plus courts : on était à 80 pages sur le volume 1, 68 sur le 2 et là on n’est plus qu’à 56 pages…  L’histoire avance de moins en moins vite, en tout cas on n’a pas assez de réponses par tome. Au contraire, les questions s’accumulent et j’ai l’impression qu’il va y avoir bien trop de tomes dans cette série. Le scénario prend des chemins de plus en plus compliqués, pour au final avancer de moins en moins. Il y a pas mal de flash-backs, pour expliquer le comportement froid d’Hugo et aussi la mort encore inexpliquée de Nathan, mais à chaque fois le scénariste choisit de ne lever qu’une part du mystère. Bien sûr, il y a quelques scènes de football tout de même, qui m’ont fait penser au dessin animé « Olive et Tom », avec un cadrage manga marqué (cases coupées en biais, impression de vitesse dessinée, mais où les terrains font aussi 3,5 km de long…). Il y a aussi quelques scènes drôles (lorsque par exemple le fantôme aide le héros à faire des figures improbables devant le but), mais également des éléments qui ne sont pas du tout crédibles (par exemple lorsque Louca demande à Julie d’aller chercher chez lui un ballon pendant le match). Je trouve le héros de moins en moins attachant, car il ne cherche pas à s’améliorer, que ce soit en foot ou dans sa relation avec Julie, il se complaît presque dans sa maladresse. Bref, je suis de moins en moins convaincue par cette série… J’ai la mauvaise impression d’être menée en bateau (le prochain tome est prévu pour début 2015, alors qu’au départ j’avais lu que ce serait une trilogie). Seul le dessin (entrecoupé parfois de cases de style manga ou enfantin) reste agréable, sans évolution majeure depuis les autres tomes, en alternant aussi les cadrages et la taille des cases, mais ça ne sauve pas mon avis plus que mitigé sur cet album…

A partir de 10 ans selon l@BD.

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Premières planches à lire sur Izneo.

Louca, tome 2 : face à face

LOUCA, tome 2 : FACE À FACE, par Bruno Dequier (Dupuis, 2013)

Suite du tome 1. Louca est toujours amoureux de Julie, sans pour autant lui avouer ses sentiments. Nathan, le fantôme d’un élève footballeur décédé mystérieusement, l’aide à s’améliorer au football, et Louca est devenu une pièce maîtresse de l’équipe du lycée. Mais le classement de l’équipe n’est pas bon, et le directeur menace d’arrêter l’équipe si celle-ci perd le dernier match de l’année. Pendant ce temps-là, Louca va observer d’une façon qu’il croit discrète l’équipe adverse à l’entraînement, mais cela ne va pas se passer du tout comme prévu : Hugo, un adversaire que Nathan connaissait, va provoquer Louca en duel…

Je ne suis pas restée sur mon impression globalement négative du tome 1, et lorsque j’ai trouvé la suite des aventures de l’ado footeux en bibliothèque, je l’ai emprunté pour me faire un avis. Et bien, j’ai trouvé ce volume beaucoup moins misogyne que le premier, les quelques références aux filles étant bien moins machos que dans le premier album. L’histoire n’avance pas spécialement, on n’a même pas en intégralité le match ultime que doit jouer l’équipe pour éviter la dissolution. De nouvelles pistes sont lancées, avec dès le début de l’album plusieurs planches qui se passent quelques années avant l’histoire de Louca : on y parle de Nathan, du moment de sa mort du point de vue de l’entraîneur. Ce point de vue fait qu’on ne sait pas ce qui a tué le jeune footballeur, ni pourquoi il est devenu un fantôme… Bref, pas de réponses dans ce tome, mais encore plus de questions pour aller lire le tome 3 (je trouve ça un peu moyen de la part de l’éditeur de faire un tome intermédiaire où pas grand-chose ne se passe…!). Louca est pourtantun ado touchant, manquant complètement de confiance en lui, et complètement gaffeur. Les situations qu’il vit sont souvent drôles pour nous lecteurs, mais pas du tout pour lui : une sorte de Gaston Lagaffe moderne. Le dessin quant à lui est agréable, clair, simple. Quelques cases font penser au style manga, avec des yeux exorbités, des décors simplifiés au maximum pour signifier l’action. L’humour est présent dans les dessins à travers les petits dessins presque pixelisés qui sont souvent drôles. Il y a pas mal de cases où on a des portraits resserrés, là encore comme dans les BD japonaises. Quand on sait que l’auteur est issu du monde de l’animation, on comprend aussi ces choix, qui franchement, passent très bien et donnent un récit fluide. Il y a pas mal de scènes de foot, qui réjouiront les lecteurs et l’histoire d’amour (impossible ?) entre Julie et Louca plaira certainement aux lectrices. C’est donc un album agréable qui plaira aux collégiens, sans nul doute, même s’ils n’ont pas lu le premier tome : il faut noter qu’un résumé simple permet de se raccrocher sans problème à ce tome. L’histoire n’avance pas beaucoup, c’est bien dommage, on va donc avoir besoin du tome 3…

A partir de 10 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Mr Zombi’s place, Blog-o-noisettes, Un thé à la bibliothèque, Foot champagne

Premières planches à lire sur Izneo.

A l’ombre de la gloire

À L’OMBRE DE LA GLOIRE, par Denis Lapière (scénario) et Aude Samama (Futuropolis, 2012)

Biographies des destins croisés de Mireille Balin et Victor Perez. Elle est née à Monte Carlo dans une famille aisée et a vécu à Paris avant de voir sa carrière cinématographique se lancer, pour devenir l’incarnation de la femme fatale du cinéma de l’entre-deux-guerres. Lui est né en Tunisie dans une famille juive pauvre, et décide d’arrêter l’école pour se lancer dans la boxe. Il gravit les échelons de sa discipline et devient même le plus jeune champion du monde dans sa catégorie… Mireille et Victor se croisèrent et devinrent amants, mais Mireille dans sa quête de célébrité laissera tomber le jeune homme lorsqu’il ne parviendra pas à retrouver son niveau de champion. La seconde guerre mondiale les verra prendre des chemins diamétralement opposés : elle fréquente les galas de bienfaisance à l’ambassade d’Allemagne à Paris et tombe follement amoureuse d’un officier autrichien de la Wehrmacht, tandis que lui refuse de rentrer en Tunisie avec son frère, vivant à Paris, puis dénoncé, il est déporté à Auschwitz et meurt lors d’une « marche de la mort » en 1945…

Voici un album qui oscille entre plusieurs genres : la biographie, le récit sportif, l’histoire d’amour… Les deux récits sur Victor Perez et Mireille Balin sont habilement mêlés de façon chronologique : au départ, on a leur enfance, leurs débuts dans leurs domaines respectifs, puis leur rencontre manquée alors qu’elle commençait à être reconnue et que lui était commis dans un magasin de chaussures chic. Ensuite, une bonne part de l’album est sur leur temps ensemble, alors qu’ils sont au sommet de leur gloire, mais leurs chemins se séparent lorsque Victor perd son statut de champion du monde, elle ne fréquentant que des hommes de la bonne société. C’est une histoire somme toute assez banale, mais au final bien triste qui nous est proposée là, les destins des deux héros se finissant bien mal. Le récit nous est raconté par une voix off, dans les cartouches, ce qui ne nous rapproche pas forcément des deux personnages, mais permet d’apporter des compléments intéressants sur leur psychologie. C’est un peu le regret que j’ai à la lecture de l’album, cette impression de ne pas avoir été touchée, impliquée dans l’histoire. L’histoire est trop effleurée à mon goût, c’est bien dommage car l’aspect graphique de cet album vaut le coup. Il s’agit là de peintures plus que de dessins, et c’est vraiment splendide à regarder. On voit tout le travail effectué pour représenter artistiquement cette histoire, et il y a quelques grandes planches particulièrement jolies. Bien sûr, cette technique implique l’absence de détails précis, mais cela n’est pas dérangeant car cela confère une ambiance particulière à l’album et le style d’Aude Samama, que je trouve très agréable, porte joliment cette histoire, que j’aurais aimée plus détaillée (mais j’ai trouvé les réponses à mes questions en faisant ensuite mes recherches biographiques sur Internet…!). Un album tout de même intéressant, à découvrir autour de deux personnages plus ou moins oubliés de nos jours…

Non mentionné sur l@BD.

On en parle sur les blogs : Salon littéraire, Le bibliophare, Les sentiers de l’imaginaire, BDdog

Premières planches à voir sur Digibidi.

Interview des deux auteurs à lire sur SambaBD.

Max Winson, tome 1

MAX WINSON, tome 1 : LA TYRANNIE, par Jérémie Moreau (Delcourt, 2014, coll. Encrages)

Max Winson est un joueur de tennis adulé par le public. A 23 ans, cela fait 7 ans qu’il fréquente les plus grands tournois de la planète, sans jamais perdre. Il est numéro un mondial, et distance très largement ses adversaires, en leur infligeant des scores sans appel. Entraîné par son père, qui vit, dort et mange tennis tout comme lui, le jeune homme ne vit que pour gagner. Son père connaissant de gros problèmes de santé, il doit arrêter de l’entraîner, et le jeune homme doit recruter un nouvel entraîneur, épaulé M. Tyle, le responsable de la compagnie Max Winson. De nombreux prétendants au poste se présentent, mais Max choisit de travailler avec Andy Madison, un jeune inconnu qui va lui faire suivre un programme d’entraînement inédit et pour le moins original… Il va préparer le champion à un match hors du commun, contre un joueur d’un pays dictatorial menacé de mort s’il perd contre Max… Entre temps, Max rencontre en interview une jeune journaliste qui va à contre courant, en l’accusant d’être un bourreau pour les autres joueurs et cela va le faire réfléchir un peu sur son statut hors du commun…

Voici un album choisi pour son auteur, déjà dessinateur du Singe de Hartlepool. La couverture indique qu’il s’agit d’un tome 1, et comme souvent ce premier volume pose les bases de l’histoire et laisse des questions en suspens pour donner envie de lire le tome suivant. Le scénario est intelligemment construit, il prend le temps de s’installer, nous délivre juste assez d’infos pour continuer la lecture, mais sans trop en dire. D’ailleurs, le titre de ce premier volume ne se comprend pas dès le début. Les personnages autour de Max Winson sont exubérants, un peu trop enthousiastes à mon goût, mais cela est sûrement fait pour mettre en avant le caractère extrêmement calme et posé du jeune champion (comme on peut le voir sur la couverture). De plus, leur comportement est complètement irréaliste (La scène entre employés au bureau par exemple, lorsque l’un d’entre eux propose au patron : « On pourrait même tous travailler ce week-end, profitons de l’émulation du match pour tripler le rendement ! » et que ce dernier accepte et qu’ils reprennent tous en choeur ‘ »allez, tous au boulot dimanche ! »), et cette motivation sans limite liée aux succès de Max qui est drôle. Il y a vraiment des petits moments savoureux dans cet album, car les personnages autour du champion sont hauts en couleur. Des éléments sur la vie de Max sont distillés au fur et à mesure, et on se demande qui est vraiment ce jeune homme, à la limite de l’humain parfois… Le trait de Jérémie Moreau est simple et différent de celui du Singe. C’est assez déconcertant au départ, surtout que l’auteur n’utilise absolument pas la couleur dans l’album, mais que du noir, du blanc et différentes teintes de gris. Les personnages sont bien représentés, sous des angles différents. On les distingue sans problème, surtout Max et sa coiffure en étoile, dont le sujet constitue le début de l’album. J’ai aussi aimé le découpage des cases, qui est original : à un endroit de l’histoire, on a des cases qui diminuent au fur et à mesure. Les matchs de tennis ne constituent pas la majeure partie de l’album, l’auteur ne s’adresse pas qu’aux férus de ce sport, mais on sent qu’il se fait plaisir sur les dessins de échanges de balles. C’est un trait semi-réaliste, assez proche du manga, mais au final ce ne sont pas ces échanges qui sont le plus important, mais vraiment ce qui se passe au fil du temps dans la tête du jeune champion élevé dans la culture de la victoire. Finalement, cet album ne parle pas que de sport, mais aussi interroge sur ceux qui nous entourent, sur ce qu’on veut vraiment. A lire même si on n’aime pas spécialement le tennis, car on ne peut qu’être touché par l’histoire de ce jeune homme solitaire et aux sentiments dissimulés… En tout cas, moi, j’irai lire la suite !

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : La ribambulle, Biblioman(u), Strip by strip, Sans connivence, Sin City

Premières planches à voir sur Izneo.

Aller voir du côté du blog de l’auteur. Son interview à l’occasion de la sortie de cet album est à lire sur le site 9ème art.

Chronique radio sur cet album à écouter sur France Inter.

L’écureuil du Vél d’Hiv

L’ÉCUREUIL DU VÉL D’HIV, par Christian Lax (Futuropolis, 2012)

1940, à Paris. Sam et Eddie Ancelin sont deux frères. Sam est coureur cycliste, pistard spécialiste au Vélodrome d’Hiver (surnommé « Vél d’hiv »), tandis qu’Eddie, handicapé d’un bras, n’arrive pas à s’affirmer vis-à-vis de son père qui ne voit qu’à travers les yeux de Sam, qui remporte toutes les courses cyclistes. Le père, médecin, est accro au jeu et fréquente des hauts-dignitaires nazis lors de soirées poker qui lui coûtent cher…  Eddie rêve de percer dans le journalisme, et parvient à publier certains de ses papiers dans des journaux parisiens contrôlés par la censure. Signant « l’écureuil » en hommage au surnom de son frère, il parvient à publier des articles de plus en plus incisifs envers le pouvoir en place et ses alliés. De plus en plus menacé, il est contraint de passer dans le journalisme clandestin, puis en zone libre. Sam quant à lui court au Vél d’Hiv lorsqu’il n’est pas réquisitionné en mai 1940 comme lieu de regroupement des femmes fuyant le nazisme, comme lieu de réunion de la légion des volontaires français pro-hitlériens en juillet 1941 ou encore lors de la rafle de plus de 12000 juifs en juillet 1942. Le temple du sport parisien est parfois utilisé pour d’autres buts que celui de départ, mais les courses cyclistes ont toujours lieu pendant la guerre, même si l’enjeu politique est bien plus présent qu’auparavant…

Voici l’album qui clôture la trilogie de Christian Lax autour du cyclisme, après les très beaux L’aigle sans orteils et Pain d’alouette tome 1 et tome 2. Il s’agit là d’une autre époque, celle de l’Occupation, et les personnages sont encore différents. La grande histoire se mêle à la petite. La famille Ancelin n’est pas très unie : le père a clairement une préférence pour son fils aîné et il fricote avec l’occupant. Les fils, eux, sont dès le départ plutôt du côté de la résistance, et la mère oeuvre dans une association de charité pour les enfants juifs. Le cyclisme occupe une bonne place dans leur vie, mais ce n’est pas la majeure partie de cet album. Christian Lax parvient à distiller des informations sur le cyclisme à l’époque, mais les lecteurs qui ne s’intéressent pas au sport ne seront pas pour autant inondés d’informations. Le côté historique est aussi présent, avec par exemple les usages autres que sportifs du stade : lieu de réunions politiques et surtout lieu de rafles d’ennemis du régime en place. Le narrateur est extérieur aux personnages, c’est une sorte de voix-off, qui parle en utilisant parfois le futur. C’est le seul bémol que j’ai envers cet album, car cette narration ne m’a pas rendu les nombreux personnages très proches. J’ai eu du mal à m’intéresser à eux au départ. Puis Christian Lax explorant plusieurs pistes en parallèle qui s’entremêlent parfois (le sport, l’histoire, la famille), on trouve forcément une piste ou une autre qui nous intéresse plus et on ne peut que s’intéresser à cet album, pas transcendant, certes, mais riche d’informations. C’est un bel hommage rendu à un lieu depuis disparu et principalement connoté comme lieu de rafle. On oublie souvent qu’il y a eu de nombreux spectacles sportifs dans ce lieu, et Lax sait utiliser ce lieu mythique pour retracer quelque chose de bien plus large. Le dessin est intéressant, les couleurs travaillées pour nous immerger dans cette période sombre. Les scènes de cyclisme sont bien représentées, et on entendrait presque le public s’exprimer lors des victoires de Sam Ancelin, c’est dire si l’auteur parvient à faire une histoire réaliste ! J’ai beaucoup aimé cette histoire vraiment très riche, je crois être passée à côté de certaines choses, mais je suis contente d’en avoir appris plus sur cette période historique…

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Un amour de BD, Sulli raconte sa BDPromenades et méditations, Miss Alfie croqueuse de livres, Chroniques de l’invisible

Quelques planches sur le site de l’éditeur.

Sagarmatha

SAGARMATHA, la montagne dont la tête touche le ciel, par Patrick Weber (scénario) et Renaud Pennelle (Emmanuel Proust éditions, 2008, coll. Atmosphères sport)

Les parents d’Arnaud sont séparés, et son père est parti assouvir sa passion de l’alpinisme au Népal, où il organise des expéditions sur l’Everest avec des clients européens. L’ado ne supporte pas la situation et a pas mal de rancœur envers son père qu’il considère comme un égoïste. Sa mère lui propose un jour de rejoindre son père au Népal. Refusant tout net au départ, Arnaud ne peut finalement rien refuser à sa mère et va s’exercer d’abord en France. Il reprend le sport de façon intensive et avec un guide de Chamonix, va gravir le Mont-Blanc. Ces six heures d’ascension sont laborieuses et difficiles pour le corps d’Arnaud, mais il vient d’attraper le virus de l’altitude et cela motive finalement l’adolescent à aller au Népal. Là-bas il fait connaissance de la nouvelle compagne de son père et d’un népalais qui aurait plutôt tendance à l’énerver parfois… La vie avec ces nouvelles personnes ne va pas être si simple, mais la relation entre le père et le fils en sortira renforcée… En effet, tous deux vont entreprendre l’ascension de l’Everest, ou Sagarmatha pour les Népalais.

Voici un album sur un sujet assez peu abordé en BD, la montagne. J’ai bien pensé parfois au sommet des dieux de Taniguchi, mais là, on a une histoire de famille qui se met en parallèle de l’aventure sportive et humaine, et puis, le jeune héros n’est au départ pas attiré du tout par le milieu montagnard. J’ai beaucoup aimé l’introduction de Serge Koenig, vice-consul de France à Chengdu en Chine, 251ème alpiniste à avoir gravi le sommet de l’Everest. On apprend plein de choses sur le sommet le plus élevé du monde, les noms népalais (Sagarmatha), tibétain (Chomolanga) et européen (Everest, en hommage au géographe Sir George Everest qui dirigeait depuis Delhi le groupe de cartographes qui a repéré et mesuré officiellement le sommet en 1865). C’est donc très instructif sur l’histoire de la découverte de ce sommet. Cet album mêle une histoire familiale à une histoire d’aventure et d’ascension.

L’histoire familiale est assez classique, mais je trouve que le jeune Arnaud est trop facilement convaincu par sa mère pour aller au Népal, qu’il accepte trop facilement de se lancer dans l’ascension de l’Everest. Lorsqu’il menace de renoncer, il change d’avis peu de temps après, il n’a pas un avis vraiment fixe. Bref, l’ado au centre de cette histoire n’est pas forcément fiable, je ne l’ai pas trouvé particulièrement attachant. La relation avec son père est conflictuelle, mais c’est le fait de changer de lieu, d’être à Katmandou, ville culturellement totalement éloignée de ce qu’il pouvait connaître en France, qui va lui faire découvrir une facette inattendue de son père et comprendre son amour de la montagne. Je ne m’y connais pas du tout en alpinisme, mais j’ai aussi trouvé que les ascensions, que ce soit du  Mont-Blanc ou de l’Everest, paraissent relativement faciles. Bien sûr, la montée n’est pas de tout repos, mais cet album donne l’impression que n’importe qui en bonne santé et un minimum préparé pourrait faire l’ascension, alors que je me doute bien que ce n’est pas le cas dans la réalité. En même temps, difficile pour les auteurs dans cet album d’une petite cinquantaine de pages d’aborder les difficultés et les intenses préparations nécessaires aux ascensions. Au niveau du dessin, il est agréable, parfois un peu statique au niveau des portraits, mais les paysages de montagnes sont magnifiques et cela est accentué par les couleurs utilisées. Un joli dessin, servi par un scénario un peu faible et survolant le sujet. Dommage… A noter en fin d’album la présence d’un dossier de 4 pages avec des conseils pour affronter la montagne et ses sommets, en partenariat avec la FFME (fédération française de la montagne et de l’escalade).

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Montagne-cool, M. Picaud sur paperblog

Aller voir du côté du site du dessinateur Renaud Pennelle, dont c’était là la première bande dessinée.

199 combats : l’histoire vraie de Michel Papazian, boxeur de la guerre froide

199 COMBATS : L’HISTOIRE VRAIE DE MICHEL PAPAZIAN, BOXEUR DE LA GUERRE FROIDE, par Michel Papazian, Jean-Blaise Djian (scénario), Nicolas Brachet (dessin et couleurs) (Emmanuel Proust éditions, 2008, coll. Atmosphères sport)

Histoire de Michel Papazian, français né à Nice en 1934 de parents arméniens, exilés depuis le génocide de 1915. Son père décède en 1940, et fait promettre à son épouse de ramener ses trois fils en Arménie, promesse qu’elle réalise en 1947. Le voyage en bateau se déroule bien au départ, les autorités soviétiques faisant tout pour que le trajet soit agréable, mais une fois le détroit des Dardanelles traversé et l’arrivée en territoire soviétique, l’attitude des autorités change : surveillance des nouveaux arrivants, trajets moins agréables en train surchargé, promesse d’une maison individuelle non tenue… La vie en Union Soviétique est bien moins réjouissante qu’il n’y paraissait. Michel avait découvert la boxe à Marseille auprès d’un camp militaire américain, et il a poursuivi son sport en Arménie. Il gagne tous les titres dans les différentes catégories, est reconnu comme le meilleur boxeur de sa génération, mais il n’est pas autorisé à sortir du territoire pour les jeux olympiques de Melbourne. En effet, les autorités ont peur qu’une fois le rideau de fer traversé, il reste à l’ouest, lui qui se dit plus français qu’arménien (il a conservé sa nationalité française)… Il va falloir attendre des années pour que Michel et toute sa famille puissent retourner à l’ouest…

Voici un album original de par son sujet. Il mêle la biographie d’un boxeur reconnu en son temps avec la grande Histoire, celle de la guerre froide. J’ai beaucoup aimé la lecture de cet album, qui comporte assez de scènes de combat pour satisfaire les passionnés de sport, mais qui apporte aussi bon nombre d’informations historiques sur la vie en URSS. Bref, un très bon scénario, qui passe parfois assez vite sur des périodes (l’album ne fait que 52 pages, et retrace la vie de Michel Papazian d’avant sa naissance à nos jours, avec la rencontre du scénariste avec le héros de l’histoire). Bref, beaucoup d’événements relatés dans cet album assez dense mais à la lecture aisée. Le seul bémol que je mettrais serait au niveau du dessin, qui comporte parfois certaines incohérences : des jambes qui se plient bizarrement, une main un peu trop grosse par rapport au corps, un bras un peu trop court. Ces étrangetés gênent un peu à la lecture, et même si le trait est parfois hésitant, ce sont vraiment des détails, et pour moi c’est vraiment le récit de la vie de Michel qui est plus important que le dessin. Les couleurs sont assez pastels, un peu passées, et nous plongent bien dans l’ambiance peu réjouissante de la guerre froide. En fin d’album, en une page, il y a la biographie de Michel Papazian (au cas où le lecteur n’aurait pas compris les 52 pages précédentes !), ça peut être utile pour les jeunes qui n’ont pas forcément les clés pour comprendre le contexte, mais cela n’a pour les adultes pas spécialement d’intérêt. Il y a aussi quelques photos d’époque, pas mal pour prolonger quelque peu la lecture. 199 combats est pour moi une lecture bien intéressante, un témoignage dessiné qui pourra intéresser bon nombre de lecteurs de BD.

A partir de 10 ans selon l@BD.

On en parle (bien peu) sur les blogs : Le bateau livre

Consulter le site du dessinateur Nicolas Brachet.

Une planche à voir sur Bédéthèque.

En cherchant un peu sur le site de la fédération française de boxe, je me suis rendue compte que le héros de l’album est décédé en février dernier, à l’âge de 79 ans… 😦