BD historique, BD jeunesse

La guerre des Lulus, tome 3 : 1916, le tas de briques

LA GUERRE DES LULUS, tome 3 : 1916, LE TAS DE BRIQUES, par Régis Hautière et Hardoc (Casterman, 2015)

Suite du tome 2. Leur ami Hans étant mort, les jeunes Lulus tentent de survivre. Ils trouvent refuge en forêt auprès de Gaston, un vieux sabotier vivant reclus dans sa cabane. Ce dernier leur raconte comment c’était avant la guerre et ne pouvant nourrir autant de bouches, leur conseille de tenter leur chance à Guise, la ville la plus proche. Dans cette commune occupée par l’armée allemande, la jeune troupe trouve pendant un temps refuge dans le familistère, une structure très particulière où les employés . Mais malgré leur volonté d’être discrets, ils ne tardent pas à se faire remarquer et à mettre en danger les habitants de cette communauté…

J’ai mis un peu de temps avant de lire cette suite, et à la fin de la lecture, j’ai eu un sentiment mitigé, pas si enthousiaste que j’aurais aimé l’être. Pourtant, le dessin est toujours super, quoique assez sombre. Les couleurs sont toujours autant de qualité. L’histoire de ce tome est elle aussi plus sombre : les jeunes héros ont grandi, physiquement pour certains et mentalement, pour tous. La guerre qui dure depuis déjà deux ans leur a volé une part de leur enfance et de leur innocence, mais ils semblent toujours soudés, prêts à s’entraider et à se sortir de n’importe quel faux-pas. Le scénario s’attarde grandement dans la première partie du volume sur le familistère de Guise. Pour moi, ce lieu n’était pas une découverte, car j’ai lu il y a quelques temps déjà De briques et de sang, par le même scénariste (la référence est d’ailleurs mentionnée en bas d’une planche) et j’ai eu une impression de redondance. J’ai aussi trouvé cette partie très pédagogique, peut-être un peu trop parfois. L’originalité par rapport à l’album cité précédemment réside par contre dans les angles insolites sous lesquels est dépeint le familistère : escaliers, greniers… et au-delà de l’aspect explicatif (presque trop didactique quelquefois), cela donne envie de s’y rendre pour voir à quoi cela ressemble plus d’un siècle après sa construction. Sinon l’histoire reste tout de même bien intéressante, les héros évoluent et surtout la fin a été pour moi inattendue, elle ne peut qu’inciter à lire la suite. En tout cas, cette série de qualité mérite vraiment qu’on s’y attarde ! Vivement la suite !

A partir de 13 ans selon l@BD.

Premières planches à voir sur Izneo.

BD historique, BD polar

Un long destin de sang

UN LONG DESTIN DE SANG, intégrale, par Laurent-Frédéric Bollée (scénario) et Fabien Bedouel (dessin) (12bis, 2012)

Au coeur de la première guerre mondiale, en avril 1917, un soldat français revient dans sa tranchée et découvre ses compagnons d’armes morts, sans en comprendre la raison. C’est alors que les mortels gaz toxiques arrivent et tuent ce dernier survivant de ce régiment d’infanterie qui a juste le temps d’enfouir en terre son appareil photo, avant que les corps ne soient évacués par des inconnus portant des masques à gaz. Un an plus tard, en mars 1918, alors que Paris est bombardé par un canon allemand à longue portée, un scandale impliquant l’armée et son rôle dans la mystérieuse disparition du régiment est prêt d’éclater grâce à l’obstination d’un journaliste qui a analysé les photos retrouvées dans cette fameuse tranchée où a péri le régiment maudit. Mais ces révélations ne plaisent pas à tous, et les embûches vont être nombreuses avant de pouvoir rétablir la vérité sur ces soldats sacrifiés…

Cet album d’un peu plus de 100 pages regroupe les deux tomes parus initialement en 2010 et 2011. Je l’ai emprunté pour son scénariste, dont j’avais apprécié le travail dans Deadline. Et bien, cette fois non plus, je ne suis pas déçue : le scénario est très bien construit, à la façon d’un film. On saute d’un personnage à l’autre de façon très rapide, parfois trop, si bien qu’on ne sait plus trop où on se trouve. L’histoire commence en avril 1917, se poursuit en mars 1918, et revient ensuite à la veille. En bref, la révélation du scandale tient sur deux jours, ces deux jours de mars 1918. Les personnages sont nombreux, heureusement qu’ils sont présentés au début de l’album, à la manière d’une pièce de théâtre. Le récit est fort bien mené, servi par un dessin agréable, même si parfois je le trouve un peu trop brut et sec. Les couleurs sont assez ternes, mais cela ne contraste pas avec les propos : bien au contraire, elles parviennent à entretenir l’ambiance très noire de cette histoire. Les personnages se différencient bien les uns des autres, et on comprend facilement le rôle qu’ils jouent. Chaque caractère est suffisamment creusé pour que le lecteur se sente impliqué dans l’histoire. Au final, tous les personnages et toutes les situations présentées finissent par converger vers la résolution de l’énigme de la mort des soldats du régiment un an auparavant, et toutes les pièces du puzzle se replacent. Par son scénario sacrément efficace et son dessin réaliste et simple, j’ai passé un très agréable moment de lecture, même si certaines cases sont difficilement supportables au départ, ne dissimulant pas l’horreur de la guerre. Un long destin de sang est un album qui mérite véritablement le détour.

A partir de 15 ans selon l@BD.

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Premières planches du tome 1 et du tome 2 à lire sur Izneo.

Cet album participe à la-bd-de-la-semaine-150x150, cette semaine chez Noukette.

BD aventure, BD historique, BD jeunesse

Les Godillots, tome 2 : L’oreille coupée

LES GODILLOTS, tome 2 : L’OREILLE COUPÉE, par Olier (scénario) et Marko (dessin) (Bamboo, 2013)

Suite du tome 1. 1917. La guerre dure depuis trois ans, et Palette, Le Bourhis et le jeune Bixente sont toujours soldats. Par hasard, ils découvrent une oreille d’un soldat allemand qui a été découpée par un soldat français. Le capitaine Mougin qui a le sens de l’honneur va sur les lignes allemandes pour s’excuser et nos trois héros le suivent, tandis qu’une inspection générale a lieu dans les rangs français pour savoir qui a fait cela. Mais parlementer avec l’ennemi, même pour reconnaître sa faute, n’est pas du tout bien vu par l’état-major français. Lorsqu’ils vont rentrer à leur base, les soldats français vont comprendre qu’il ne fait pas bon s’entendre avec un soldat ennemi, même si c’est un très bon cuisinier…

De retour avec la série jeunesse « Les Godillots », très bien écrite et dessinée. L’histoire avec les mêmes personnages est différente du premier tome, dans le sens où elle est plus sérieuse et réellement tragique. A noter d’ailleurs que le principal fait raconté a réellement existé. C’est un aspect rare et souvent caché qui est évoqué dans cet album : le crime de guerre. Le récit n’est donc pas spécialement drôle, et cela est renforcé par le personnage auteur de ce crime, qui paraît vraiment méchant, sans foi ni loi. Dans ce volume, les personnages principaux héros de la série sont installés, il n’y a donc plus besoin de les présenter, on se concentre plus sur les péripéties. Il y a toujours de l’humour dans les dialogues, ce qui permet de mieux faire passer ce scénario qui peut être complexe pour les plus jeunes. L’aspect évoqué dans l’album du crime de guerre n’est pas souvent évoqué dans les albums de bande dessinée, c’est donc là encore un angle original. On découvre aussi que dans l’armée allemande au front, il n’y avait pas que des allemands, mais aussi leurs alliés, dont des Hongrois. C’est intéressant de montrer qu’il n’y avait pas que des Français et des Allemands qui se battaient mais qu’il s’agissait de jeux d’alliances. J’adhère complètement à cette série qui parvient à mêler l’aspect historique avec l’humour, le devoir de mémoire avec l’anecdotique. Les Godillots sont donc une série jeunesse de qualité, à conseiller aux plus jeunes mais pas que…!

A partir de 13 ans selon l@BD.

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Premières planches à voir sur Izneo.

BD historique

La patrouille des invisibles

LA PATROUILLE DES INVISIBLES, par Olivier Supiot (Glénat, 2014, coll. Mille feuilles)

1914. Hubert Lessac est un jeune homme de bonne famille, qui s’engage dans la guerre en tant qu’aviateur, contre l’avis de sa famille. Se formant au début du conflit, il passe ensuite en tant que chasseur, en poursuivant et abattant des avions ennemis. Sa fiancée lui annonce par courrier qu’elle rompt avec lui, ayant trop peur qu’il lui arrive malheur. Désespéré, le jeune homme veut voler une dernière fois et mourir à bord de son avion. Touché par l’ennemi, il tombe au beau milieu des tranchées, où il est recueilli par des poilus qui constituent un groupe original, formé entre autres d’anciens bagnards de Cayenne qui ont accepté de combattre pour quitter la Guyane. Hubert va découvrir la vie aux côtés de ces hommes dont l’un, répondant au surnom de Titan à cause de sa carrure, est une vraie brute avide de tuer et crainte par tous les ennemis. Il s’avère qu’un lourd secret est caché au sein de cette patrouille, et Hubert ne le découvrira que bien plus tard…

Je continue ma lecture d’albums sur la première guerre mondiale, car la production dans ce domaine a été nombreuse à l’occasion de la commémoration des 100 ans du début du conflit. La couverture, au début de ma lecture, m’a paru trompeuse, car il est question dès le début de l’histoire d’un aviateur qui s’engage dans le conflit, dans une escadrille d’aviateurs. On a le récit de plusieurs de ses combats, et de la rencontre avec d’autres aviateurs, c’est d’autant plus intéressant que l’armée de l’air n’en était qu’à ses débuts. Ce one-shot commençait fort avec l’aviateur et au final il change de registre, en revenant sur terre, avec une vue quotidienne des tranchées et des hommes engagés plus ou moins volontairement, surtout pour échapper au bagne. L’histoire est vraiment bien construite, et la fin tragique est surprenante, faisant référence à des faits d’avant-guerre. J’ai été surprise par cette fin à laquelle je ne m’attendais absolument pas. Bref, malgré ma réserve au départ de la lecture, j’ai adoré ce scénario fort bien construit sur 92 pages. Le dessin est particulier, mais dans le bon sens du terme, car il est très expressif. Souvent cela m’a fait penser à des peintures, surtout quand l’auteur dessine en pleine page. Olivier Supiot, auteur angevin, maîtrise complètement sa technique pour faire passer de sacrées émotions à travers son dessin. Le dessin est très joli et agréable à regarder, malgré le sujet dur. Il ne montre pas tout, mais représente très bien les horreurs de la guerre sans les dissimuler, en usant d’une large palette de couleurs, qui varient selon les pages : certaines ont des tons plus claires que d’autres, selon l’humeur de la scène. C’est vraiment du joli travail, qui m’incite à aller voir les autres productions de cet auteur. A noter enfin le cahier graphique qui conclut l’album, regroupant esquisses, croquis et autres recherches préparatoires. C’est très sympa de partager avec les lecteurs cette partie non-négligeable du travail de dessinateur. La patrouille des invisibles est une histoire que je conseillerais sans hésiter sur la Première Guerre Mondiale, car j’ai eu un joli coup de cœur pour cet album !

Non mentionné sur l@BD.

On en parle sur les blogs : GBD la BD décryptée, Les Boggans, Une autre histoire, Les sentiers de l’imaginaireLalydo’s blog

Premières planches à lire sur Izneo.

Article sur la création de l’album à lire sur AngersMag.

BD fait de société, BD historique, BD hors de nos frontières

Ennemis de sang, tome 1 : Les moissons funestes

ENNEMIS DE SANG, tome 1 : LES MOISSONS FUNESTES, par Francis Carin (scénario) et David Caryn (dessin) (Glénat, 2014)

1914, Omer est un jeune homme qui arrive à la gare d’Anvers. Ne connaissant personne dans cette ville belge, il suit d’abord une jeune femme qui tente de l’escroquer, puis est recueilli par un jeune homme docker qui l’accueille dans son appartement atelier d’artiste. Omer lui raconte son histoire : né avec son jumeau en 1896 dans une famille bourgeoise, les Van Tongen, lui seul a été kidnappé à l’âge de six mois par un couple de paysans, les Desmet, qui avaient perdu leur bébé peu de temps auparavant. Fuyant la région, les Desmet quittent la Flandre occidentale pour se rendre en Wallonie. Le père y trouve du travail à la mine, et Omer grandit sans se douter de son histoire. Mais c’est à l’âge de 11 ans, lorsqu’il va travailler lui aussi à la mine, qu’il va retrouver par hasard son père qui a pris la direction de l’entreprise. Ses parents adoptifs jugés puis condamnés, Omer retourne dans sa famille biologique, mais son frère jumeau Oscar supporte mal Omer à qui tout réussit. Il va lui faire vivre un enfer, et Omer après avoir enduré de multiples souffrances, choisit de quitter les Van Tongen…

Voici un album sorti en février dernier, dont je n’aurais jamais entendu parler s’il n’avait fait partie des nouveautés à la bibliothèque. Il s’agit là encore d’un tome 1, mais qui peut bien se lire seul sans trop de difficultés. L’histoire est intéressante et originale, la fin est ouverte vers un autre tome qui devrait parler d’un autre continent, mais la conclusion passe tout de même très bien si on ne lit que cet album-là. Le scénario est parfois un peu rapide et un peu facile (les retrouvailles avec sa famille biologique, la médaille avec son prénom qu’il a toujours conservé sur lui alors que sa mère adoptive ne lui avait jamais raconté son histoire…). De plus, certains moments sont racontés brièvement, mais on suit l’histoire avec plaisir, avec en plus des informations dispersées ça et là sur la Belgique, par exemple les inimitiés entre Wallons et Flamands et la considération envers leurs voisins hollandais. La relation entre Omer et Oscar est racontée très brièvement, un peu trop à mon goût, car on n’a l’impression qu’ils ne se sont jamais vraiment parlé. Il y a quelques incohérences de temps, mais sinon le reste est bien raconté, même si le hasard fait un peu trop bien les choses parfois. Le dessin de David Caryn est agréable et réaliste, sauf pour les portraits des bébés, qui ont plus des visages d’adultes. J’ai passé un agréable moment de lecture malgré les quelques défauts relevés, et j’espère vraiment lire le tome 2 lorsqu’il sortira.

Non mentionné sur l@BD, mais peut-être à partir de 13 ans.

On en parle sur les blogs : SambaBD, Les chroniques de Madoka, Ligne claire

Premières planches sur le site de l’éditeur.

Interview des auteurs à lire sur ActuaBD, où j’ai appris que le scénariste est le père du dessinateur !

BD aventure, BD historique

Les poilus d’Alaska, tome 1 : Moufflot, hiver 1914

LES POILUS D’ALASKA, tome 1 : MOUFFLOT, HIVER 1914, par Michael Delbosco et Daniel Duhand (scénario) et Félix Brune (dessin) (Casterman, 2014)

1914. Alors que la guerre commence en Europe, des hommes qui vivaient en Alaska, dans le village perdu de Nome, rentrent sur le vieux continent avant même d’avoir reçu leur ordre de mobilisation. Ils quittent l’Amérique en laissant sur place leurs chiens de traîneau, dans cette ville née lors de la ruée de l’or. Ils confient les animaux à Scotty Allan, un drôle d’individu. Louis Moufflot et René Haas rentrent en France et sont intégrés dans l’infanterie. L’hiver est plus que rigoureux et devenu capitaine, Moufflot est blessé au combat . Laissé pour mort avant d’être sauvé par l’ennemi, il parvient à s’enfuir de l’hôpital en prenant en otage la femme médecin qui le soignait. Ecarté de l’armée suite à ses blessures, Moufflot ronge son frein, quand lui vient une idée lorsqu’il retrouve son compagnon d’Alaska Haas : faire venir plusieurs centaines e chiens de traîneau d’outre-Atlantique, pour aider au transport de matériel et aux communications sur le front des Vosges. Il lui reste à convaincre les autorités militaires et le ministère de l’intérêt d’une telle entreprise…

Encore un album sur la première guerre mondiale, une nouvelle fois sous un angle différent et méconnu. Basée sur une histoire vraie, cette histoire est réellement originale, mais le résumé qu’en fait l’éditeur en 4ème de couverture ne correspond pas tout à fait au récit dans cet album, car au final le transport de chiens d’Alaska n’a pas lieu dans cet album, on a juste les chiens au départ avant la guerre. Il s’agit donc là plus d’un tome introductif qui pose les bases et les protagonistes du récit, et une fois la lecture terminée, je me suis dit que j’aurais dû attendre que le tome 2 sorte pour au moins ne pas être frustrée de cette lecture incomplète. J’ai été moyennement séduite par le dessin, un peu étrange pour moi : je n’aime pas spécialement ce genre de trait, pas forcément très abouti. Il n’est pas désagréable, mais c’est juste une question de goûts personnels. Autre bémol : les changements de lieu ne sont pas forcément indiqués par exemple avec une nouvelle langue, comme lorsque le capitaine Moufflot atterrit dans un hôpital allemand où il est soigné et dont il parvient par la suite à s’échapper. Des ellipses un peu trop longues m’ont fait perdre le fil de cet album, et ne m’ont pas impliqué dans l’histoire. De plus, je n’ai pas spécialement été touchée par les personnages, pour lesquels je n’ai pas éprouvé d’empathie particulière. Il y a bien des liens entre eux, on se doute de quelque chose avec les allusions qui sont faites, mais on n’en sait pas beaucoup plus… Moyennement convaincue par cet album, je pense quand même lire le deuxième tome quand il sera sorti, pour mieux me faire une opinion sur cette série. A noter enfin l’intéressant dossier, avec pas mal de texte parfois un peu romancé, sur l’histoire vraie du capitaine Moufflot, avec des documents d’époque, qui permet de compléter le récit dessiné.

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Chroniques d’Asteline, Une autre histoire, Le blog de Bulles de Mantes, Bulles picardes, bobd

Quelques planches sur le site de l’éditeur.

Site dédié à cette histoire vraie, dans lequel on apprend qu’un documentaire sur le sujet a été diffusé récemment sur Arte (rediffusion le 8 décembre) et que des livres documentaires existent également.

BD historique

Sang noir

SANG NOIR, par Frédéric Chabaud (scénario) et Julien Monier (dessin) (Physalis, 2013)

Août 1914, au Sénégal. Yacouba vit dans son village. Paysan (« badolo ») et orphelin depuis longtemps, il vit avec son oncle, sa tante et son cousin. Amoureux de la fille du chef de village, il sait que les convenances et son niveau social ne peuvent permette cette histoire d’amour. Lorsque des soldats français arrivent dans le village pour demander des hommes, Yacouba s’engage avec d’autres jeunes de son village. Ils prennent le bateau à Dakar, direction Marseille. C’est la première fois qu’il quitte son pays. En caserne, les sénégalais vont apprendre à manier les armes et découvrir le froid de l’hiver. Envoyés au front en septembre 1915, ils vont combattre les allemands et aussi découvrir le racisme ambiant, surtout de la part de certains officiers français. Malgré toutes ces déconvenues et la mort de nombre de ses camarades, Yacouba garde toujours espoir de revoir son pays et sa belle…

Voici de nouveau un album sur la première guerre mondiale, sujet de saison. Là encore, l’angle est original car on suit le parcours d’un tirailleur sénégalais, depuis son village africain jusqu’aux tranchées boueuses du nord-est de la France. L’histoire est très bien racontée, sans à tout prix vouloir être pédagogique. Le racisme ambiant contre les noirs d’Afrique et autres colonisés est bien montré, c’est juste impensable de voir le peu de considération que certains militaires français avaient pour les tirailleurs qui étaient envoyés au front comme de la chair à canon. Heureusement que tous n’étaient pas comme cela. La différence de religion est aussi montrée, et je trouve que c’est un aspect bien intéressant, souvent méconnu. Les références historiques et culturelles sont aussi présentes dans cet album, avec en préface une citation de Léopold Sedar Senghor, puis le début de la l’album qui expose les derniers moments de Jean Jaurès avant son assassinat. Enfin, dans l’album, Yacouba blessé rencontre l’écrivain Blaise Cendrars. Ces éléments raccrochent l’histoire fictive de Yacouba à l’histoire réelle, c’est une façon originale de traiter de la première guerre. J’ai donc beaucoup aimé le scénario, qui ajoute des éléments d’Afrique, avec une légende africaine ou encore des mots en wolof en guise de titres de chapitres. Le dessin n’est pas en reste dans cet album : même s’il n’est pas lumineux, il colle à l’ambiance. Le trait de Julien Monier est assez épais, mais toujours régulier. Intéressant, il est expressif juste comme il faut, et on ne peut pas confondre les personnages. A noter que les couleurs de la couverture sont en réalité plus claires qu’il n’y paraît. Les horreurs des tranchées sont bien représentées, sans cacher les scènes les plus dures. Le dessin restitue bien l’aspect émouvant de la vie de Yacouba, et on se sent proche de ce personnage. La fin, sans la dévoiler, n’est pas décevante mais au contraire ouverte, et j’ai trouvé cela astucieux pour clôturer les 94 pages. Cet album est vraiment bien fait sous tous les plans, imprimé en plus sur du papier de qualité, ce qui en fait un bel objet. A noter enfin qu’il comporte à la fin un dossier explicatif de 2 doubles pages, illustré de documents d’époque avec des informations complémentaires. Un album à essayer, vraiment.

A partir de 10 ans selon l@BD.

On n’en parle quasiment pas sur les blogs : je n’ai pas trouvé d’avis sur des blogs, seulement sur Babelio.

Aller voir le blog de Julien Monier.

BD fait de société, BD historique, BD sentimentale

Mauvais genre

MAUVAIS GENRE (d’après La garçonne et l’assassin de Fabrice Virgili et Danièle Voldman), par Chloé Cruchaudet (Delcourt, 2013, coll. Mirages)

Au début du 20ème siècle, Louise et Paul sont amoureux. Après s’être tournés autour pendant quelques temps, ils se marient juste avant que Paul ne parte faire son service militaire. La guerre éclate alors que Paul devenu caporal est à la caserne. Il va vivre les horreurs de la guerre, et c’est la mort devant lui de son ami Marcel qui va le décider à s’automutiler. Mais sa convalescence allant prendre fin, il choisit de déserter pour retrouver Louise. Le couple va alors vivre pendant le reste de la guerre avec Paul caché, jusqu’au jour où après une énième dispute, Paul choisit de sortir à l’extérieur, déguisé avec une robe de son épouse. C’est le début de son travestisme. Aidé de Louise, Paul va travailler les moindres détails de son apparence pour apparaître crédible, jusqu’à en devenir Suzanne. Il va même trouver du travail et faire de nouvelles rencontres. Cette situation va perdurer pendant dix ans après la fin de la guerre, jusqu’à ce que les déserteurs soient amnistiés. Mais il lui est difficile de quitter celle qui a remplacé Paul, d’autant plus que son couple avec Louise vacille…

Voici un album qui a beaucoup fait parlé de lui l’an passé, que j’avais à la maison depuis Noël sans avoir pris le temps de le lire. J’avais un peu peur d’être déçue après les avis dithyrambiques publiés un peu partout. Je me suis finalement décidée et j’ai regretté de ne pas l’avoir lu avant. Le dessin est très beau, avec beaucoup d’ombres grisées. On n’a pas de mal à reconnaître les personnages. Paul est stylisé avec son grand nez pointu, et malgré sa coupe de cheveux et ses habits féminins, on parvient toujours à le distinguer parmi les autres femmes. Au niveau du dessin, je découvre le trait de Chloé Cruchaudet, et je dois avouer que j’ai bien envie d’ouvrir ses autres productions, car ce trait me plaît bien, tout comme ses choix de couleurs, noir, gris et rouge. L’histoire de Mauvais genre, adaptée d’un ouvrage de deux historiens, est vraiment bien amenée, avec une introduction dont on comprend qu’elle se passe en fait à la fin de l’histoire, sans pour autant savoir qui est accusé. Ensuite, la scène dans le tribunal ne revient qu’une fois dans le récit, et on retourne dans le récit de la vie de Paul/Suzanne, racontée de façon chronologique. Certains éléments de l’histoire du couple sont fictionnelles, notamment les dialogues, mais ceux-ci sonnent très justes. J’ai lu cette histoire d’une seule traite, c’est dire si j’ai été happée par ce couple hors normes où l’apprenti(e) va finalement dépasser le maître, dans le Paris des années 1920. L’histoire est réellement hors du commun et on se demande comment une telle situation (désertion puis transformisme) a pu se produire il y a près de 100 ans, alors que pourtant, les deux historiens (dont j’ai envie de lire l’ouvrage) ont montré grâce aux archives que Paul et Louise ont vraiment existé, avec la vie qui est racontée dans cette BD. Au delà de la vie du couple, les horreurs de la guerre sont aussi mentionnées dans des cases très travaillées, tout comme le retour des poilus à Paris en 1918-1919. J’ai aimé ce côté historique qui raccroche la petite histoire à la grande. Pas un faux pas dans cet album qui vaut vraiment le coup, même si elle n’est pas à mettre entre toutes les (jeunes) mains… C’est pour moi, un joli coup de cœur, même tardif !

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle (vraiment beaucoup) sur les blogs : Au milieu des livres, La bibliothèque de Noukette, Chroniques de l’invisible, Sin City, Twenty three peonies, Sulli raconte sa BDBlog brother, Le blog de ChadumeMadiMado’s blog…..

Quelques planches sur le site de l’éditeur.

Cet album a reçu de nombreux prix, dont le prix du public à Angoulême en 2014 et le prix coup de cœur à Quai des Bulles 2013.

Interview de l’auteur à lire et écouter sur RFI.

BD historique

La faute au midi

LA FAUTE AU MIDI, par Jean-Yves Le Naour (scénario) et A. Dan (Bamboo, 2014, coll. Grand angle)

Août 1914, la France est mobilisée. Tous les jeunes hommes sont appelés à combattre l’ennemi en allant à l’est. En Provence, on n’échappe pas à la règle. Ces soldats forment le XVème corps d’armée, envoyé en Lorraine annexée pour combattre l’ennemi. Mais les officiers ne voulant pas suivre les conseils des locaux accusés de trahison ou d’un aviateur parti en repérage, les soldats français sont massacrés par l’artillerie allemande. Pour se dédouaner de cette défaite, le général Joffre, alors à la tête des armées françaises, accuse les soldats du sud-est de la France de trahison et de lâcheté. Plusieurs soldats passent alors en cour martiale soupçonnés de mutilation volontaire suite à la bataille pour défendre Nancy, et pour l’exemple, deux sont condamnés à mort sans la moindre défense possible : Auguste un varois et Joseph un corse ne comprenant pas bien le français. Exécutés par d’autres soldats français, il se révèle par la suite que leurs mutilations n’étaient pas volontaires mais consécutives à la bataille. Mais c’est la guerre et pour ne pas saper le moral des troupes, la nouvelle n’est pas ébruitée. Ce n’est que 4 ans plus tard, à la fin du conflit, que la situation pourra se rétablir pour les deux soldats exécutés…

Voici un album portant sur un épisode peu connu de la première guerre : les exécutions sans fondement, soi-disant pour faire des exemples et motiver les troupes. Nous avons donc là un album qui a la vocation de sortir de l’oubli un épisode jusqu’alors méconnu. Le récit est assez linéaire, alternant entre voix off qui raconte les décisions militaires et extraits de lettres du soldat Auguste à sa mère restée au pays. Le racisme intérieur et les clichés envers les Provençaux sont très bien montrés, témoins de l’absence d’unité de la nation en 1914, et de la supériorité des officiers qui dissimulent leurs erreurs stratégiques en faisant payer de simples soldats. Cet côté « pot de fer contre pot de terre » est clairement exposé, on sent que les soldats ne peuvent rien faire, leur défense étant totalement négligée. Le scénariste se base sur des archives d’époque, ce qui accentue un peu plus le réalisme de cette histoire touchante. Pourtant, il m’a manqué un je-ne-sais-quoi pour être totalement emballée par cet album. D’abord le dessin est assez conventionnel, même si je reconnais qu’il est totalement adapté à ce type de récit. Il y a la volonté de reproduire avec exactitude les faits et les personnages, ce qui est une bonne idée pour une BD historique, surtout quand elle est une demande des archives départementales des Bouches-du-Rhône. Cet album est instructif, exposant les faits de façon précise et le fonctionnement de l’armée française, mais je trouve la fin un peu trop abrupte, lors de l’épisode des excuses officielles, mais aussi auparavant lors de la réhabilitation de deux exécutés. De plus, le dossier de 8 pages qui suit la bande dessinée est moyennement intéressant : on n’en apprend pas beaucoup plus sur l’histoire, les événements sont une nouvelles fois exposés, mais on ne sait pas quelles ont été les sources qui ont servi à l’élaboration du scénario. Bref, impression mitigée sur cet album à la thématique pourtant intéressante pour remettre en lumière une période noire de l’armée française.

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Miss Alfie croqueuse de livresA voir à lire, The frenchbooklover, Historicoblog

Premières planches à voir sur le site de l’éditeur.

Interview des deux auteurs à lire sur Ligneclaire.info.

Consulter le site de l’historien scénariste de cet album, spécialiste du XXème siècle.

Consulter ce site (perso ?) spécialisé sur le XVème corps d’armée.

BD aventure, BD historique, BD jeunesse

Les godillots, tome 1 : Le plateau du croquemitaine

LES GODILLOTS, tome 1 : LE PLATEAU DU CROQUEMITAINE, par Olier (scénario) et Marko (dessin) (Bamboo, 2011)

Pendant la première guerre mondiale, près du front, une équipe de deux soldats doit ravitailler les premières lignes avec la « roulante », la cuisine itinérante. Mais ce premier convoi ne revient pas et les soldats sont déclarés disparus. Alors un deuxième binôme est constitué pour effectuer la tournée, avec un boulanger et un cultivateur. Ce duo assez improbable (un petit maigrichon et un grand costaud) doit traverser un plateau connu pour sa dangerosité et surnommé « le plateau du croquemitaine », du nom d’une batterie d’armes qui vise tout ce qui passe par cet endroit. Le duo parvient à une maison abandonnée et découvre un jeune garçon, Bixente, qui cherche son grand frère soldat, avec son exemplaire du « tour de France de deux enfants » dans son sac. Perturbés par cette découverte, les deux soldats demandent à Bixente (qu’ils ont entre temps renommé Bichette) de les attendre là, mais le jeune garçon fougueux n’en fait qu’à sa tête et les suit malgré le danger vers la tranchée…

Voici une BD de saison, si on peut dire. Cette histoire est parue en épisodes dans le magazine Le Monde des Ados il y a quelques temps, et c’est là que je l’avais repérée. Je ne regrette pas du tout d’avoir essayé cet album qui permet d’aborder la première guerre mondiale avec les plus jeunes. Contrairement à La guerre des Lulus, série qui aborde la vie des civils à l’arrière, Les godillots relate la vie des soldats au front, sous un angle moins noir que peut le faire Tardi dans C’était la guerre des tranchées. La vie des soldats n’est pas enjolivée, loin de là, mais c’est juste que le propos est plus léger et plus compréhensible pour les jeunes. Le jeune Bixente permet aussi aux jeunes lecteurs de se sentir impliqués dans l’histoire. Il y a aussi de nombreux éléments historiques inclus dans le scénario, ce qui fait qu’on apprend des choses en même temps, ce qui rend cette BD encore plus intéressante. Des extraits du célèbre livre « Le tour de France de deux enfants », un classique du début du 20ème siècle, sont insérés dans les cases, et montrent une certaine vision de la France de l’époque. De nombreux thèmes de la guerre sont abordés, dont les mutilés volontaires ou encore l’occupation des soldats lorsqu’ils ne sont pas au front. Le vocabulaire utilisé par les soldats est… comment dire ? très fleuri : c’est un régal que de lire ces expressions souvent devenues désuettes, mais tellement imagées. Les dialogues sont ponctués de touches d’humour, souvent apportées par Bixente et le singe (Kronprinz rebaptisé ensuite Salopiot, et on comprend vite pourquoi…).

Le trait est clairement jeunesse, assez rond et les personnages sont croqués de façon élégante. Les couleurs sont soignées et réalistes, par exemple au niveau des tenues. Il n’est pas difficile de distinguer les personnages, sauf à un moment lorsqu’on passe du côté allemand. En effet, il n’y a pas de cartouche dans la planche pour signaler le changement de lieu, et les soldats allemands (en tenue vert foncé) parlent aussi en français dans les bulles, donc j’ai eu un léger temps de questionnement sur ces nouveaux personnages, avant de comprendre qu’il s’agissait de la vision opposée. Cela n’est pas inutile et permet de se détacher un peu des personnages principaux du récit. Bref, vous l’aurez sûrement compris, j’ai vraiment passé un bon moment de lecture, avec cet album historique jeunesse qui est loin d’être déprimant et barbant… A noter que l’édition originale comprend une gazette fictive de 8 pages qui permet d’en savoir plus. J’ai hâte de lire la suite, et j’ai été ravie d’apprendre que le tome 3 sort demain en librairie !

Album non mentionné sur l@BD, mais le roman y est conseillé à partir de 10 ans.

On en parle sur les blogs : Les chroniques de MadokaBlogonoisettes, Tête de lecture,

Premières planches sur le site de l’éditeur.

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