Kersten tome 2 : au nom de l’humanité

KERSTEN MEDECIN D’HIMMLER, TOME 2 : AU NOM DE L’HUMANITE, par Patrice Perna et Fabien Bedouel (Glénat, 2015)

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Suite et fin du tome 1. Kersten est toujours le médecin particulier d’Himmler, proche collaborateur d’Hitler. En parallèle, il utilise les informations délivrées par son patient pour sauver des personnes de la mort à laquelle ils étaient promis. Alors que le chef de la Gestapo pressentait que Kersten n’était pas net, il est assassiné et replacé par un autre homme encore pire, plus dangereux et sournois. Dans le même temps, Himmler devient de plus en plus dépendant des massages de son médecin, et lui dévoile plus ou moins involontairement des informations importantes sur les opposants au régime nazi… Lire la suite

Irena, tome 1 : le ghetto

IRENA, tome 1 : LE GHETTO, par Jean-David Morvan, Severine Tréfouël (scénario), David Evrard (dessin) et Walter (couleurs) (Glénat, 2017, coll. Tchô !)

En 1940, alors que l’armée nazie a envahi la Pologne, les juifs de Varsovie ont été parqués dans le ghetto. Cet espace au coeur de la ville est particulièrement surveillé, les accès sont contrôlés par des gardes et des barrières, et ceux qui tentent de s’en échapper sont abattus sans sommation. Personne ne vient, sauf des membres du département d’aide sociale, financés par les occupants, qui transportent dans leur camion un peu de vivres, de médicaments et de vêtements pour soutenir les habitants désoeuvrés. Parmi ces membres des services sociaux, il y a Irena Sendlerowa, une jeune femme adorée des enfants, connue de tous, et dont le mari est prisonnier. Courageuse, elle tient tête aux gardiens, qui n’aiment pas ceux qui viennent aider ceux qu’ils considèrent comme des « sous-hommes ». Un jour, alors qu’elle est présente aux côtés des habitants, Irena est appelée au chevet d’une femme mourante qui lui demande de sortir son enfant de cet enfer. Dès lors, après de nombreuses hésitations, aidée d’un collègue, Irena décide de sortir clandestinement des orphelins du ghetto, mais elle risque gros, très gros… Lire la suite

Jules B, l’histoire d’un Juste

JULES B, L’HISTOIRE D’UN JUSTE, par Armelle Modéré (Des ronds dans l’O, 2016)

jules-bJules est un cordonnier célibataire qui supporte très difficilement sa solitude depuis que sa femme l’a quitté pour un autre. L’armée allemande empêche l’artisan de se fournir en cuir et en clous, et il ne peut donc plus travailler. Bref, rien ne va pour cet homme (ou plutôt ce cochon) qui a tendance à noyer sa détresse dans l’alcool. Un jour, il découvre une voiture accidentée sur le bord de la route. Son conducteur et sa passagère sont morts, mais trois enfants (ou plutôt des chatons) sont bien vivants, cachés dans le coffre. Jules les recueille mais comprend qu’ils sont juifs. Malgré les risques encourus, et face à la lâcheté de ses voisins et de ceux qu’il croyait être ses amis, il va tout de même essayer de sauver les trois orphelins, d’abord en les ramenant à Paris, puis en les sauvant d’une rafle annoncée… Lire la suite

Les enfants de la Résistance, tome 1

LES ENFANTS DE LA RÉSISTANCE, tome 1 : PREMIÈRES ACTIONS, par Vincent Dugomier (scénariste) et Benoît Ers (dessin) (Le Lombard, 2015)

En 1940, Pontain l’Ecluse, petit village (fictif) de l’est de la France, est occupé par l’armée allemande. Deux amis, François et Eusèbe, décident de ne pas se laisser soumettre à l’ennemi, contrairement aux adultes, qui croient en les discours du maréchal Pétain. Pour ce faire, ils commencent à imprimer de façon artisanale des textes pour dénoncer des exactions allemandes dans la région. François décide aussi de saboter des installations allemandes, pour que le canal voisin de la commune ne puisse plus être utilisé par les péniches qui transportent des machines industrielles. C’est pour eux le début de la résistance, dans laquelle ils vont entraîner Lisa, une jeune réfugiée belge qui dit avoir perdu ses parents sur la route de l’exil…

Encore un album historique portant sur la seconde guerre mondiale. Cette fois, il est original par les héros, qui se rebellent, à leur manière, contre l’envahisseur. A partir d’une histoire locale, cet album a le mérite de montrer aux jeunes lecteurs des aspects vécus un peu partout dans les campagnes et les villes occupées à partir de 1940 : comment Pétain était perçu par les populations, la cohabitation avec l’armée allemande, la mise en place du rationnement… Il a aussi une volonté didactique, en intégrant au récit des notions historiques, en montrant par exemple des caractéristiques du parti nazi sous le IIIe Reich (interdiction des autres partis politiques, persécution des juifs…). A noter aussi que ce premier volume est suivi d’un intéressant dossier pédagogique qui permet de rendre encore plus crédible le propos de la bande dessinée, et qu’une carte de l’Europe illustrée de drapeaux (en 2ème et 3ème de couverture) permet aussi de situer les parties en présence. Je n’ai pas trouvé ça trop scolaire, mais j’ai vu dans cet album la volonté de faire une histoire qui aurait pu exister, à travers le regard de deux jeunes ados. A propos des deux jeunes héros, je les ai trouvés attachants. Ils sont vifs et leurs réflexions sont bien souvent pertinentes, même s’ils ne réfléchissent pas toujours aux conséquences de leurs actes avant de les réaliser. Ils sont rejoints à un moment du récit par la jeune Lisa, réfugiée belge germanophone, qui est aussi futée que ses camarades, et m’a fait penser parfois au personnage de Luce dans « La guerre des Lulus », à la différence que cette série se déroule pendant la première guerre mondiale. Bref, les personnages principaux sont très bien, et on prend plaisir à les suivre tout au long de cette histoire. Je regrette seulement l’anachronisme sur la 4ème de couverture, où il est question de « pote », un terme qui ne sonne pas du tout 1940, mais plus fin du 20e siècle.

Le dessin de Benoît Ers est très fouillé, fourmillant de détails. Le choix a été fait de découper les planches en de nombreuses petites cases, ce qui peut parfois rebuter, mais montre aussi la volonté des auteurs de faire un récit complexe. De même, les textes en allemand ne sont pas traduits, ce qui peut être un peu difficile à aborder pour les plus jeunes lecteurs. Ils ne sont pas bien nombreux non plus, et peuvent se comprendre, selon le sens de l’histoire. Personnellement, cela ne m’a pas dérangé, j’ai trouvé au contraire que cela crédibilisait le récit. Les enfants de la résistance est donc une série à suivre, mêlant à la fois fiction et informations historiques, pour nous offrir une BD jeunesse de qualité.

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : D’une berge à l’autre, Samba BDCunéipage, Cases d’histoire,

Premières planches à voir sur Izneo.

Voir aussi le mini-site dédié à la série (très bien fait, avec entre autres un espace pédagogique) sur le site de l’éditeur.

Cet album participe à , cette semaine chez Stéphie.

Kersten tome 1

KERSTEN MEDECIN D’HIMMLER, tome 1 : PACTE AVEC LE MAL, par Patrice Perna (scénario) et Fabien Bedouel (dessin) (Glénat, 2015)

L’histoire commence en 1945 en Suède, à Stockholm. Le docteur Kersten demande l’asile ainsi que des papiers. Mais tout cela lui est refusé par le nouveau ministre des affaires étrangères. L’homme repart, dépité et incompris. Retour en 1939 : le docteur Kersten, finlandais mais ayant un diplôme allemand, est le seul à pouvoir soulager avec ses mains Himmler, un des proches collaborateurs d’Hitler. Au fil des séances avec le haut-dignitaire nazi, il en devient le confident. Lorsqu’il apprend la déportation de la population hollandaise, il va tout faire pour l’empêcher ce désastre. Himmler l’apprécie tellement qu’il lui fait entièrement confiance et accède positivement à ses demandes, en allant voir le Führer même si besoin, ou en faisant libérer un des amis du médecin, emprisonné de façon arbitraire. En même temps, Kersten donne des infos aux anglais en parallèle, et malgré sa répulsion de plus en plus grande pour Himmler, doit risquer sa vie à chaque instant.

Cet album traite de la seconde guerre mondiale sous un angle que je trouve inédit, et est inspirée d’une histoire vraie. J’ai beaucoup aimé ce volume, car l’histoire est bien écrite et bien menée. En effet, au départ on ne sait quoi penser de cet homme qui côtoie les nazis, mais plus les planches défilent et plus on comprend qu’il est pris dans une grosse machine qui le dépasse, lorsqu’il doit suivre Himmler en Yougoslavie ou lors que le dirigeant nazi quitte Berlin, en obligeant son médecin à le suivre. Sentant la pression de plus en plus forte exercée par Himmler qui pourrait très vite devenir menaçant et dangereux, Kersten ne veut plus jouer un double jeu et se voit donc pris au piège. Ce volume se termine en 1941, mais on sait dès le départ que Kersten survit à la guerre, donc on espère seulement lire la suite pour voir comment il va se sortir de cette situation. Graphiquement parlant, j’ai eu au départ un peu de difficultés avec le dessin, un peu étrange, avec un trait fin pas forcément très assuré. Puis finalement, cela convient bien à l’histoire, servie par des couleurs ternes, qui aide à créer une ambiance du genre « chape de plomb » (l’auteur est le même que dans « Un long destin de sang« ). A noter aussi qu’il y a pas mal de portraits en gros plan dans de petites cases, ce qui accentue le côté sombre ettragique de l’histoire. Le scénario quant à lui est très bien écrit, utilisant bon nombre de mots de vocabulaire « d’époque » (les tournures de phrases des nazis et leur peu de considération des autres peuples par exemple). Le découpage de l’histoire est dynamique et m’a permis de bien accrocher à cet album au sujet peu réjouissant. Happée par cette histoire, j’espère maintenant pouvoir lire la suite rapidement…

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Samba BD, Chroniques de l’invisibleCases d’histoire, Les 8 plumes, Bar à BD

Premières planches à voir sur Izneo.

Cet album participe à , cette semaine chez Noukette.

Trompe la mort

TROMPE LA MORT, par Alexandre Clérisse (Dargaud, 2008, coll. Long courrier)

Marcel, veuf, vit seul depuis quelques années. Sa petite-fille vient souvent lui rendre visite, même s’ils ne se comprennent pas toujours. Un jour, le vieux monsieur tombe sur un clairon qui lui rappelle la guerre à laquelle il a participé et l’instrument qu’il a dû abandonner lors de la débâcle de 1940… Têtu comme une mule, il se met alors en tête de retrouver le fameux instrument, aidée de sa petite-fille conductrice de bus à la campagne… Les souvenirs vont en même temps remonter à la surface pour Marcel.

Voici un album choisi au hasard en bibliothèque. C’est loin d’être une nouveauté, mais « Long courrier » est une bonne collection qui m’a rarement déçue. Aussi je suis partie avec un bon a-priori dans la lecture de cet album. Le dessin est désarçonnant au départ : il est rond, tendre, sans contours noirs. Cela n’est pas habituel dans un album traitant de la guerre et des souvenirs.Chaque personnage a une tête bien particulière, on ne peut les confondre ou les mélanger. Certaines gueules sont assez savoureuses d’ailleurs. Au niveau du scénario, j’ai trouvé l’histoire bien menée, malgré de nombreux allers retours dans le temps entre 2008 (temps du récit principal) et 1940 (lorsque Marcel vient d’intégrer l’armée avec son clairon). En effet, le passage entre les deux époques est toujours clairement distinguable, avec les couleurs jaunies de 1940 mais aussi avec la date mentionnée clairement à chaque changement d’époque. On ne peut donc pas se perdre dans les périodes historiques, et c’est très bien ainsi. L’album manie aussi l’humour d’une façon pertinente, les personnages de Marcel et sa petite-fille étant parfois assez déjantés. Des dialogues entre eux prêtent à sourire, et apportent un peu de légèreté à un sujet qui ne l’est pourtant pas au départ. Les autres personnages sont bien présentés, physiquement mais aussi au niveau du caractère, et on se rend facilement compte de leur amabilité (ou pas, avec le maire et son fils par exemple). Les couleurs sont agréables, un peu exagérées quelquefois, mais cela contribue aussi à la touche humoristique de l’album. J’ai aussi aimé les cases de présentation du musée municipal qui expose des objets incongrus (clairon en fromage, en allumettes…). En bref, beaucoup de petits éléments dans cet album, qui accumulés, font de ce récit une histoire drôle et touchante, sans prétention. Seul regret, les quelques fautes d’orthographe qui parsèment le récit (oubli du « ne » de la négation par exemple) m’ont un peu gâché le plaisir de la lecture…

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle (trop peu) sur les blogs : Hop BD

Consulter le blog de l’auteur.

Premières planches sur le site de l’éditeur.

L’enfant maudit, tome 2 : la marque O

L’ENFANT MAUDIT, tome 2 ; LA MARQUE O, par Laurent Galandon (scénario) et Arno Monin (dessin) (Bamboo, 2012, coll. Grand Angle)

Suite et fin du tome 1. Gabriel est toujours à la recherche de sa mère biologique, et on se doute dès le départ de cet album que cela ne va pas être si facile, que les non-dits sont nombreux et que certains sont au courant. En effet, le jeune homme continue son enquête, et découvre qui est vraiment sa mère. Ses relations amicales vont l’aider à découvrir la vérité en France et à l’étranger, et on ne soupçonne pas que ces dernières puissent avoir d’autres idées derrière la tête. La vérité que va révéler Gabriel au grand jour ne sera pas du goût de tous…

J’ai lu ce second volume dans la suite du premier, qui se terminait abruptement. J’ai replongé sans difficulté dans cette ambiance de Mai 1968, sans me douter de la fin. L’histoire n’est pas si simple qu’il n’y paraît au premier abord, et les pistes sont nombreuses, parfois n’aboutissant pas. Gabriel cumule les déceptions, avec par exemple une rencontre musclée avec son oncle… Il y a plein de rebondissements dans ce tome, on ne sait plus trop bien si le héros va retrouver sa mère et savoir qui est son père biologique. On comprend que certains le surveillent, mais on ne sait pas vraiment pourquoi. L’histoire est donc assez complexe, et le scénariste est parvenu à m’embarquer totalement avec cette histoire ; il parvient à faire de son héros un personnage attachant, et la fin de l’album est inattendue, avec un sacré retournement jouant dans le registre du tragique. Bref, un scénario sans temps mort, toujours prêt à surprendre le lecteur avec des fausses pistes et des explications intéressantes sur les origines du héros. Le dessin d’Arno Monin est lui aussi sans fautes, réaliste, tant au niveau du trait que des couleurs. Un bon diptyque, comme souvent dans cette collection Grand Angle…

A partir de 13 ans selon l@BD.

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Premières planches sur Izneo.