Au bout du fleuve

AU BOUT DU FLEUVE, par Jean-Denis Pendanx (Futuropolis, 2017)

au bou du fleuve

Kemi est un jeune garçon qui vit au Bénin. Orphelin de mère depuis plusieurs années, il vivait avec son père et son frère jumeau Yao, mais son père est mort en transportant de l’essence frelatée. Son frère disparaît alors, et après avoir lui aussi tenté de transporter de l’essence illégale, Kemi va tout faire pour retrouver son frère, le seul membre de sa famille qui lui reste. D’autant plus que les croyances sont fortes et que  selon le rite vodun, perdre son jumeau, c’est perdre la moitié de son âme… Alors le voici qui quitte Cotonou pour le Nigéria voisin, et plus particulièrement le dangereux delta du fleuve Niger, occupé par de grandes entreprises pétrolières mais aussi par les trafics en tout genre… Lire la suite

Ma petite sœur d’occasion [roman]

MA PETITE SŒUR D’OCCASION, par Eric Sanvoisin (Nathan, 2016, coll. Nathanpoche)

soeur occasion

Hugo Blanc est fils unique. En dernière année à l’école primaire, il est bien content d’avoir ses parents pour lui tout seul. Alors quand un jour ces derniers lui annoncent qu’ils vont adopter en Ethiopie Fabyby, une petite fille, Hugo se fâche et refuse de les écouter. Et lorsqu’ils se rendent en Ethiopie pour la chercher, Hugo est obligé d’aller loger chez sa grand-mère pendant leur absence. Comment annoncer cela à sa bande de copains qui martyrisent les plus petits sur la cour de récré ? Comment vont-ils réagir s’il leur annonce qu’il va avoir une petite sœur noire ? Lire la suite

Africa dreams, tome 1 : L’ombre du roi

AFRICA DREAMS, tome 1 : L’OMBRE DU ROI, par Maryse Charles, Jean-François Charles (scénario) et Frédéric Bihel (dessin et couleurs) (Casterman, 2010)

1960, dans un musée colonial belge, un groupe d’enfants découvre l’histoire coloniale de leur pays. Un enfant tombe nez à nez avec une statue du roi Léopold II dit le roi bâtisseur. Retour en arrière : fin du XIXème siècle, ce même roi prend possession du Congo, un territoire 80 fois plus grand que le royaume qu’il dirige. Il rencontre Stanley, le célèbre explorateur, et détermine avec lui les frontières de ce pays qu’il veut civiliser, alors que d’autres pays européens s’intéressent eux aussi à ces terres inexplorées… Au Congo, un jeune séminariste, Paul Delisle, arrive sur place, à la recherche de son père, colon devenu prospère planteur, que sa famille a déclaré mort. Il y découvre aussi sa jeune femme et ses nombreux demi-frères et sœurs… Mais son père, farouche opposant à la religion, n’accueille pas si chaleureusement son fils venu d’Europe. Cependant, les deux vont s’apprivoiser, et Augustin va découvrir la réalité du Congo belge, loin de l’image idyllique qu’il en avait…

Encore un album pris un peu au hasard dans les rayons de la bibliothèque, cette fois grâce au nom des scénaristes (Red bridge tomes 1 et 2, Far away). Il s’agit là du début d’une série de 3 tomes, et donc ce volume pose les bases. L’histoire commence en 1960, alors que la décolonisation a largement commencé, mais ne revient jamais ensuite à cette époque-là. Les scénaristes posent les bases de l’histoire, et de nombreuses questions apparaissent, que ce soit sur la grande ou la petite histoire. La colonisation belge n’est pas un sujet qui me parle, je n’y connais pas grand-chose, et donc j’ai ouvert cet album de façon innocente. On sent bien que le roi Léopold n’a pas été très clair sur ses motivations à coloniser des terres d’Afrique, et que la recherche du profit l’a emporté sur les valeurs humanistes. On est bien loin de l’image naïve de Tintin au Congo… Ce premier tome est donc intéressant et bien mené, même si les auteurs utilisent des retours en arrière qui m’ont parfois un peu perturbée dans ma lecture. Par contre les dessins de Frédéric Bihel (déjà lu sur Tout sauf l’amour) sont magnifiques, avec des portraits très jolis (surtout ceux des femmes) et des couleurs tirant vers le pastel, mettant en valeur les personnages lorsqu’il le faut. Le trait n’est pas toujours le même, étant plus flouté à certains moments pour accentuer certains passages du scénario. On a donc là un premier tome globalement agréable qui incite à lire la suite… Cela sera pour bientôt je pense…

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Lecturissime, Le bibliophare, Samba BD, Blog Bd Sud-Ouest

Premières planches à lire sur Izneo.

Plus d’infos sur la colonisation belge par Léopold II sur le site de la LDH de Toulon, le site spécialisé CoBelCo, et l’encyclopédie Larousse.

Sang noir

SANG NOIR, par Frédéric Chabaud (scénario) et Julien Monier (dessin) (Physalis, 2013)

Août 1914, au Sénégal. Yacouba vit dans son village. Paysan (« badolo ») et orphelin depuis longtemps, il vit avec son oncle, sa tante et son cousin. Amoureux de la fille du chef de village, il sait que les convenances et son niveau social ne peuvent permette cette histoire d’amour. Lorsque des soldats français arrivent dans le village pour demander des hommes, Yacouba s’engage avec d’autres jeunes de son village. Ils prennent le bateau à Dakar, direction Marseille. C’est la première fois qu’il quitte son pays. En caserne, les sénégalais vont apprendre à manier les armes et découvrir le froid de l’hiver. Envoyés au front en septembre 1915, ils vont combattre les allemands et aussi découvrir le racisme ambiant, surtout de la part de certains officiers français. Malgré toutes ces déconvenues et la mort de nombre de ses camarades, Yacouba garde toujours espoir de revoir son pays et sa belle…

Voici de nouveau un album sur la première guerre mondiale, sujet de saison. Là encore, l’angle est original car on suit le parcours d’un tirailleur sénégalais, depuis son village africain jusqu’aux tranchées boueuses du nord-est de la France. L’histoire est très bien racontée, sans à tout prix vouloir être pédagogique. Le racisme ambiant contre les noirs d’Afrique et autres colonisés est bien montré, c’est juste impensable de voir le peu de considération que certains militaires français avaient pour les tirailleurs qui étaient envoyés au front comme de la chair à canon. Heureusement que tous n’étaient pas comme cela. La différence de religion est aussi montrée, et je trouve que c’est un aspect bien intéressant, souvent méconnu. Les références historiques et culturelles sont aussi présentes dans cet album, avec en préface une citation de Léopold Sedar Senghor, puis le début de la l’album qui expose les derniers moments de Jean Jaurès avant son assassinat. Enfin, dans l’album, Yacouba blessé rencontre l’écrivain Blaise Cendrars. Ces éléments raccrochent l’histoire fictive de Yacouba à l’histoire réelle, c’est une façon originale de traiter de la première guerre. J’ai donc beaucoup aimé le scénario, qui ajoute des éléments d’Afrique, avec une légende africaine ou encore des mots en wolof en guise de titres de chapitres. Le dessin n’est pas en reste dans cet album : même s’il n’est pas lumineux, il colle à l’ambiance. Le trait de Julien Monier est assez épais, mais toujours régulier. Intéressant, il est expressif juste comme il faut, et on ne peut pas confondre les personnages. A noter que les couleurs de la couverture sont en réalité plus claires qu’il n’y paraît. Les horreurs des tranchées sont bien représentées, sans cacher les scènes les plus dures. Le dessin restitue bien l’aspect émouvant de la vie de Yacouba, et on se sent proche de ce personnage. La fin, sans la dévoiler, n’est pas décevante mais au contraire ouverte, et j’ai trouvé cela astucieux pour clôturer les 94 pages. Cet album est vraiment bien fait sous tous les plans, imprimé en plus sur du papier de qualité, ce qui en fait un bel objet. A noter enfin qu’il comporte à la fin un dossier explicatif de 2 doubles pages, illustré de documents d’époque avec des informations complémentaires. Un album à essayer, vraiment.

A partir de 10 ans selon l@BD.

On n’en parle quasiment pas sur les blogs : je n’ai pas trouvé d’avis sur des blogs, seulement sur Babelio.

Aller voir le blog de Julien Monier.

Coeur tam-tam

COEUR TAM-TAM, par Tonino Benacquista (scénario) et Olivier Berlion (dessin) (Dargaud, 2003, coll. Long courrier)

Eugène Rabier est un homme qui a vécu une bonne partie de sa vie en Afrique, au Congo belge, au début des années 1960. Là-bas, il avait fait prospérer une palmeraie et était reconnu. Mais en France, dans son village à la campagne, il passe pour un vieux râleur, surtout depuis qu’il refuse de vendre son terrain à la mairie pour que celle-ci puisse construire une usine flambant neuve, qui engendrerait du travail pour la communauté mais aussi de la pollution… Alors sur son terrain, Eugène tente de faire pousser un palmier comme en Afrique, mais le climat n’est pas le même sous ces latitudes, et surtout des habitants lui en veulent. Une nuit, Eugène est attaqué par un groupe armé, et croit au départ à un canular, une intimidation de la part des habitants du village, mais il se rend vite compte qu’il n’en est rien, et que les cambrioleurs s’intéressent à quelque chose qu’il avait oublié et qui s’était passé en Afrique : un livre désormais introuvable, mais qui pourrait bien révéler l’emplacement d’un trésor de diamants…

Encore un album choisi au hasard à la bibliothèque, pour sa couverture lumineuse et son palmier central, majestueux. Cet album de la très bonne collection « Long courrier » se lit facilement, malgré un premier abord difficile avec le dessin que je trouvais au départ assez grossier. Le trait est épais et pas forcément engageant, mais ceci n’est au final valable que pour certaines cases (alors que d’autres sont bien plus soignées selon moi), et il y a de grandes cases qui valent vraiment le détour. Les couleurs sont aussi lumineuses à l’intérieur de l’album, c’est vraiment un point positif qui m’a fait passer un agréable moment en compagnie du héros solitaire, qui vit dans le souvenir de l’Afrique, là où il a réussi avec sa palmeraie. L’histoire est quant à elle assez simple, et mêle l’Europe et l’Afrique à travers le héros. Il y a quelques ellipses temporelles, pour nous faire voyager dans le temps, en arrière lorsque Eugène était en Afrique, ou pour sauter quelques passages : ainsi on a Eugène en Europe qui apprend pour les diamants qui seraient cachés dans la palmeraie, puis la page suivante, Eugène se retrouve au Congo dans la palmeraie, son voyage est donc éclipsé pour un récit plus fluide. J’ai beaucoup aimé le scénario qui nous fait voyager et sentir l’ambiance de l’Afrique, pas forcément celle à laquelle on s’attendrait puisqu’il est question de dictature, de vol, d’assassinat, mais aussi de souvenirs et de nostalgie, ainsi que de retrouvailles… C’est un peu facile et ça peut faire parfois un peu « monde des Bisounours », mais ça fait aussi parfois du bien des histoires comme ça. Bref, un album riche et intéressant, qui change un peu de mes lectures habituelles. Un album avec un héros au caractère déterminé auquel on s’attache forcément…

A noter enfin que cet album est l’adaptation d’une nouvelle intitulée « La culture de l’Elaeis au Congo belge », tirée du recueil « La machine à broyer les petites filles ».

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : BDblog, Doucettement, Lecture Café du web, Les coups de coeur de Géraldine

Consulter le blog du dessinateur consacré à cet album ainsi que son blog classique.

Les premières planches sont à voir sur Izneo.

Kililana song, seconde partie

KILILANA SONG, seconde partie, par Benjamin Flao (Futuropolis, 2013)

Suite et fin du tome 1. Naïm se retrouve sur un bateau avec un vieil homme qui prétend être le gardien de la sépulture d’un géant légendaire qui va être perturbé par de futures constructions immobilières. Sauf que dans le bateau dans lequel le jeune garçon se trouvait, il y avait de la drogue destinée à un européen, et que le vieil homme pioche dedans sans se soucier des conséquences. Naïm comprend que cela va poser problème, mais ne peut rien faire. Il continue d’écouter les légendes que raconte le vieil homme…

Je suis beaucoup plus enthousiaste sur ce tome que sur le premier ! Le scénario est beaucoup plus clair même s’il se densifie, tout se relie dans ce volume, et on comprend les liens entre les différents personnages, j’ai même enfin compris le titre du diptyque, ce qui n’est pas désagréable ! L’histoire dans ce volume-là est beaucoup plus fluide, et je n’ai pas eu de mal à lire cet album, contrairement au tome précédent où je m’y suis reprise à plusieurs fois. Autant dans la première partie, Naïm semblait insouciant, autant dans cette seconde partie, il devient craintif des esprits et des fantômes. Son comportement est tout autre, il découvre quelque chose qui le dépasse et grandit. J’ai aimé ce changement d’attitude chez le garçon, on s’attache à ce héros ordinaire, qui va être confronté à quelque chose d’extraordinaire. Le dessin arrive particulièrement bien à rendre compte de la violence de la mer lors des tempêtes. Benjamin Flao retrace magnifiquement une ambiance africaine et parvient à nous faire voyager avec son diptyque. Les couleurs lumineuses, les pleines pages et les nombreux portraits relatent une vision de l’Afrique, qui à la fois donne envie mais aussi fait peur (trafics, terrorisme, violence, escroqueries, corruption…). Certains personnages sont en effet peu fréquentables et la violence n’est jamais vraiment loin d’eux. L’album est dense au niveau du scénario et du dessin, ce n’est donc pas un album que l’on lit à la légère, car il y a plein de détails à observer et à retenir (contrairement à certaines personnes qui croient que la BD est un art de 2nde catégorie…).  Kililana Song est une bien jolie histoire qui ne peut laisser indifférent, oscillant entre dénonciation de l’industrialisation grandissante des terrains préservés et atmosphère fantastique (avec les esprits et les croyances africaines). On peut avoir l’impression que le scénario part dans plusieurs directions, ce qui n’est pas faux, mais livre un récit dans lequel chacun pourra retenir ce qui l’intéresse le plus. Cela peut donc permettre de viser un public large. L’épilogue est particulièrement long et apporte pas mal d’informations intéressantes, et le mot tout à la fin de l’histoire nous rappelle que même si l’histoire est inventée, certains passages ne sont pas bien loin de la réalité. C’est donc une BD engagée qui se cache sous un album aux faux airs d’hommage aux enfants aventuriers du style Tom Sawyer. Je ne suis pas mécontente du tout d’avoir lu ce diptyque !

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle (beaucoup) sur les blogs : Sin City, Les coups de cœur de Géraldine, La bibliothèque de Noukette, Samba BD, Livresse des mots, Chroniques de l’invisible

Premières planches à voir sur Izneo.

Cet album a reçu le Grand Prix RTL de la BD 2013.

La vieille ville de Lamu est inscrite sur la liste du patrimoine mondiale de l’Unesco.

Consulter le site Save Lamu (en anglais) qui vise à préserver l’archipel.

Kililana song, première partie

KILILANA SONG, première partie, par Benjamin Flao (Futuropolis, 2012)

Naïm est un petit garçon de 11 ans qui vit dans l’archipel de Lamu, au large du Kenya, dans l’océan indien. Il n’aime pas l’école coranique, où Hassan son frère (ou plutôt fils de sa tante) veut l’envoyer de force. Alors il parvient à échapper aux poursuites d’Hassan, qui le suit partout dans l’archipel. Naïm gagne un peu d’argent en fournissant du Qat, la drogue locale, à un vieil homme, et préfère se promener dans les ruelles seul ou avec ses amis. Il connaît tous les coins et les recoins de l’île, et est particulièrement débrouillard, surtout lorsqu’il s’agit d’échapper à Hassan. Le jeune garçon est observateur et écoute tout ce qui se dit, même les histoires sur les djinns et autres croyances locales. Il sert aussi parfois de guide pour des touristes européens. De leur côté, des européens vivent aussi sur l’île et chercheraient à acheter des terrains…

J’ai attendu que la bibliothèque acquiert les deux tomes de cette histoire pour pouvoir enfin les lire. Après avoir lu le premier tome uniquement, mon avis est mitigé, mais c’est plus à cause du scénario qu’en raison des dessins… Kililana Song est un joli album comme Futuro sait si bien les faire. L’objet en lui-même est de qualité : la couverture et les pages sont soignées. Les dessins de Benjamin Flao sont magnifiques. Il utilise la technique de l’aquarelle d’une manière très maîtrisée, alternant les paysages lumineux en pleine page et les cases plus traditionnelles. Il y a certaines pages qui comportent beaucoup de texte, et je dois avouer au départ que j’ai eu des difficultés à lire les bulles : l’écriture manuscrite est particulière et originale. Il y a quelques fautes d’orthographe qui dénotent et c’est un peu dommage, mais c’est un détail comparé aux magnifiques paysages et portraits que nous trace Benjamin Flao. C’est vraiment très joli, et les couleurs renforcent encore cette impression. C’est grâce à un album comme celui-là qu’on peut dire que la BD est un véritable art… Par contre, comme je l’ai annoncé plus haut, c’est au niveau du scénario que ça coince : il se développe très lentement, trop lentement pour moi. Il n’y a pas de fil conducteur clair pendant un long moment, et ce n’est que vers la fin de l’album qu’on commence à voir un lien entre Naïm et les hommes blancs qui vivent eux aussi sur l’île… Les deux histoires restent parallèles trop longtemps à mon goût. Bref, un scénario un peu trop étiré en longueur, mais qui est sauvé par les magnifiques dessins de l’auteur qui nous offre de sublimes cartes postales d’une région éloignée. Des paysages idéaux pour partir en vacances depuis son fauteuil, même si la situation en Afrique est loin d’être réjouissante… Un album à savourer, avant de se lancer sans hésiter vers le second tome.

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle(beaucoup) sur les blogs : Mille et une frasques, Chroniques de l’invisible, La bibliothèque de Noukette, La tanière du champi, Suivez mon regard, D’une berge à l’autre, Sin City

Le début de l’album à voir sur Izneo, même si ce ne sont pas les plus belles planches…

Cet album a obtenu le prix Ouest-France Quai des Bulles en 2012.

Consulter le blog de Benjamin Flao.