BD historique

Fritz Haber, tome 1 : L’esprit du temps

FRITZ HABER, tome 1 : L’ESPRIT DU TEMPS, par David Vandermeulen (Delcourt, 2005, coll. Mirages)

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Biographie de Jacob Fritz Haber, fils d’industriel juif allemand, né en 1868, mort en 1934. Reconnu comme le spécialiste de son domaine,  après des études de chimie, il publie un livre réputé. Mais pourtant, on lui refuse tous les postes auxquels il postule. La raison n’est jamais invoquée, mais il la connaît, c’est son origine juive. L’antisémitisme commence à s’insinuer dans la société allemande de la fin du 19ème et du début du 20ème. Côté vie privée, Fritz entame une relation avec Clara, elle aussi juive et chimiste de formation, qui devient ensuite sa fiancée puis son épouse. Ensemble, ils ont un fils, Hermann, mais Fritz s’en occupe peu, car sa carrière commence enfin à décoller. Il est impliqué dans des affaires avec des dirigeants de grandes industries chimiques allemandes (BASF, Bayer, Agfa) et électriques (AEG). Enfin, il fait aussi partie du mouvement sioniste. Rempli d’ambitions, c’est un homme qui vit mal sa judaïté et s’est même converti au protestantisme.

Voici la première biographie en français d’un homme peu connu de ce côté du Rhin. Bienfaiteur de l’humanité (prix Nobel de chimie) et père de la guerre chimique moderne (c’est esquissé à la fin de l’album lorsqu’il suggère d’utiliser les avancées de la chimie dans le domaine militaire, et non pas seulement pour l’industrie), Fritz Haber est un personnage ambigü. Loin d’être présenté comme un personnage sympathique, cet album retrace son enfance et son début de carrière. Je l’ai choisi car j’avais vu l’exposition consacrée à la série lors d’un festival de la BD à Blois (BDboum). Je n’ai pas accroché à l’histoire, peut-être à cause du dessin, qui m’a vraiment perturbée dans ma lecture. Uniquement dans les tons marrons, utilisant les différentes teintes de la couleur, l’aquarelle engendre des cases agréables à regarder, surtout les portraits en rapproché. Mais le trait flou ainsi que la difficulté à distinguer les différents personnages m’ont un peu perdu dans l’histoire. Le texte est mis en forme de façon originale : il n’y a pas de bulles mais des cadres sous les cases, ou dans des cases qui ressemblent à la configuration des films muets (cases décorées sur les angles, et texte centré). Le texte est tel un dialogue de roman, et on ne sait pas toujours qui parle. Parfois on trouve aussi du texte explicatif, assez long. Pour moi, ça a été vraiment difficile à suivre, j’ai failli lâcher la lecture plusieurs fois, il a fallu que je m’accroche. Le contexte difficile de l’époque n’est pas très clair, il m’aurait fallu un dossier explicatif au début ou à la fin de l’album, car l’histoire se développe lentement et est très détaillée. Une fois la lecture laborieusement terminée, je n’ai pas spécialement envie de continuer avec les deux autres volumes sortis (il parait qu’il y aurait en tout 5 tomes), même si je lis un peu partout sur la toile que c’est une super série…

Tome non mentionné sur l@BD, mais le volume 3 est à partir de 15 ans.

On en parle sur les blogs : Bibliothèque du Dolmen, Colimasson, In girum.

Un mini-site est consacré à Fritz Haber sur le site de l’éditeur. Biographie à lire aussi sur Wikipédia. Blog tenu par l’auteur sur cette série. Interview de David Vandermeulen à lire sur Bdinde.

BD historique, BD hors de nos frontières

De l’autre côté

DE L’AUTRE CÔTÉ, par Simon Schwartz (Sarbacane, 2011)

https://i0.wp.com/media.leslibraires.fr/media/attachments/large/5/9/0/001009590.jpgRécit autobiographique de l’auteur et de ses parents, vivant en RDA dans les années 1970 et 1980 et ayant choisi de quitter le régime communiste pour aller à l’ouest. Le chemin va être difficile. D’origines sociales différentes, ils ont tous deux mené des études, et ont eu plus de moins de contacts avec l’ouest. Sa mère rêvait même d’épouser Mick Jagger ! Son père était enseignant à l’université d’Erfurt. Dans un monde qui se transforme, leur choix de quitter la RDA étant pris, ils vont devoir affronter leurs parents, certains convaincus du bien fondé du régime de la RDA et farouchement opposés à leur décision. Ils vont aussi devoir persévérer pour obtenir l’autorisation de sortie du territoire, affronter la surveillance de la police politique (la stasi), les arrestations des amis… et une fois le mur traversé, ne jamais revenir en arrière… Simon ne connaîtra toute sa famille restée à l’est qu’à la chute du mur, en 1989.

Voici un récit d’un jeune auteur allemand, né en 1982 en RDA. Il effectue beaucoup d’allers-retours chronologiques dans son récit, pour ne pas retracer de façon linéaire l’histoire de ses parents, dans la RDA des années 70 et 80. Le récit commence en 1987 à l’ouest pour revenir aux origines des parents à l’est, puis revient dans les années 80. C’est un peu difficile à suivre au départ, mais finalement on s’y repère assez vite, grâce à la présence ou non de Simon. LE sujet choisi est finalement un thème universel, car d’autres familles ont quitté le régime communiste dans ces années-là, après le plus souvent une longue bataille administrative.

Le dessin est assez simple, les personnages sont bien reconnaissables. C’est un album très abordable. Seule la couverture est colorée, les 108 pages de l’album sont dans les tons noir, blanc et gris décliné du plus foncé au plus clair. L’espace entre les cases (le plus souvent 4 par page) est noir, ce qui renforce le côté sombre de l’histoire. Cela donne plus de relief aux nombreux gris également. De l’autre côté est un bon album sur cette période troublée du XXème siècle, mais qui aurait mérité d’être plus longuement exposée. Ce n’est pas que le récit ait été trop court, mais j’ai été un peu sur ma faim avec la fin de l’histoire. En tout cas, Simon Schwartz rend un bel hommage à ses parents à travers cet album plein d’émotion, qui mêle histoire politique et histoire familiale.

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Les routes de l’imaginaire, Le blog de mimi, Tortoise, BDgest.

L’auteur a son site personnel, en allemand et en anglais. Une planche extraite de l’album sur Bedetheque.

BD historique, BD hors de nos frontières

L’espion de Staline

L’ESPION DE STALINE, par Isabel Kreitz (Casterman, coll. Ecritures, 2010)

https://i1.wp.com/www.decitre.fr/gi/37/9782203029637FS.gif1941, l’Europe est en guerre. Eta Harich-Steiner, une pianiste allemande, arrive au Japon, sous le prétexte d’une tournée de concerts. En fait, elle fuit le nazisme de plus en plus prégnant à Berlin. Logée chez les Ott, ambassadeurs du Reich au pays du soleil levant, elle va rencontrer Richard Sorge, officiellement journaliste, officieusement espion à la solde de l’URSS. Sorge, en fréquentant l’ambassade, ses soirées et ses collaborateurs, va apprendre que l’opération Barbarossa (attaque de la Russie par les nazis) est prévue à partir du 20 juin et va alors rompre le pacte germano-soviétique (pacte de non-agression signé en août 1939 entre Hitler et Staline). Sorge, communiste convaincu, transmet cette information capitale aux autorités soviétiques, mais Staline ignore cette information. Il se méfie de cet espion, connu pour ses penchants alcooliques… Sorge, hors de lui, continue tout de même ses activités secrètes, tout en ayant connaissance de ce que l’Allemagne projette pour faire entrer le Japon dans la guerre…

Voici un album d’une dessinatrice allemande, sur Richard Sorge, un personnage ayant réellement existé. Exécuté en 1944 dans une prison japonaise, il est fait « héros du peuple sociétique » dans les années 1960. Cette histoire d’espionnage est assez compliquée à comprendre. D’ailleurs je n’avais pu terminer ma première lecture il y a quelques mois, trouvant l’histoire décousue et complexe.

Les explications historiques nécessaires à la compréhension (contexte, personnages, faits…) sont d’ailleurs à la fin de l’album, avec des photos d’époque. Dommage, car en introduction, cela aurait été plus pertinent (et surtout plus facile pour les lecteurs !). Il n’empêche que cette histoire d’un espion communiste parmi les nazis reste tout de même intéressante. Son sujet est hors du commun, et apporte un éclairage différent sur la seconde guerre mondiale vue du Japon.

Le dessin est vraiment très travaillé. Tout en crayonné, il est très précis : les visages sont très détaillés, mais parfois un peu difficiles à différencier. Les décors ne sont pas oubliés non plus. Vraiment un bel objet graphique, en noir et blanc.

A noter enfin qu’il s’agit du premier album d’Isabel Kreitz traduit en français.

A partir de 15 ans selon le site l@BD.

On en parle sur les blogs : Chez Mathilde, Mémoires de guerre, Cecile’s blog, BDblog

Interview (en français) de l’auteur à lire sur Auracan, avec de nombreuses planches de L’espion de Staline.