Baby’s in black

BABY’S IN BLACK, l’histoire vraie d’Astrid Kirchherr et Stuart Sutcliffe, par Arne Bellstorf (Sarbacane, 2011)

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Au tout début des années 1960, Astrid est une jeune photographe, assistante d’un photographe renommé. Elle vit à Hambourg avec Klaus son petit ami, mais sent bien que leur relation tend à sa fin. Un soir après une dispute, ce dernier se rend à St Pauli, quartier malfamé de la ville, et entend une musique particulière sortir d’une cave : un groupe inconnu de Liverpool s’y produit. Klaus retourne raconter à Astrid ce qu’il a entendu, et les deux y retournent le soir suivant. Ils viennent de rencontrer les Beatles, alors à 5. Astrid tombe sous le charme d’un bassiste aux lunettes noires, Stuart, un artiste qui a suivi John sans trop savoir jouer. Les deux jeunes gens tombent follement amoureux, mais alors que la notoriété du groupe commence à grandir, on découvre que la présence des Anglais n’est pas légale… Stuart va alors être amené à choisir entre sa carrière musicale en Angleterre, sa passion pour la peinture et sa vie sentimentale à Hambourg… Lire la suite

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Amour austral

AMOUR AUSTRAL, par Jan Bauer (Warum, 2016,  coll. Civilisation)

amour-australJan est un trentenaire allemand quelque peu désabusé : il parvient avec peine à se défaire d’une histoire d’amour qui s’est mal terminée, et pour se ressourcer et se retrouver, il décide de partir effectuer une randonnée en solitaire dans le désert australien. Au programme, 450 km de marche dans le centre du pays, d’abord le long du Larapinta Trail, sentier de randonnée ponctué de réservoirs d’eau, puis sur une autre route moins fréquentée et peu approvisionnée en eau. Mais ce périple qu’il souhaitait au départ effectuer en solo va finalement se dérouler en partie aux côtés de Morgane, une jeune française rencontrée sur place. C’est l’occasion pour les deux européens de confronter leurs histoires ainsi que leurs conceptions des rapports humains et de l’attachement sentimental. Lire la suite

Irmina

IRMINA, par Barbara Yelin (Actes Sud / l’an 2, 2014)

Au milieu des années 1930, Irmina est une jeune femme qui veut être indépendante. Allemande originaire de Stuttgart, elle part en Angleterre suivre des cours dans une école internationale de secrétariat, aidée financièrement par ses parents. Là, elle rencontre un beau jour Howard, un jeune homme talentueux britannique, originaire de l’île caribéenne de la Barbade. Fascinée par le jeune étudiant noir, Irmina découvre à ses côtés Oxford, la ville où son ami poursuit ses études. Cette rencontre est aussi l’occasion pour elle de côtoyer un jeune homme différent qui rencontre fréquemment des situations de racisme lié à sa couleur de peau. Pour Irmina, c’est différent, c’est la situation politique en Allemagne qui pose question aux Anglais. Hitler a en effet gagné le pouvoir depuis 1933, et les relations diplomatiques se tendent de plus en plus. Irmina subit ces désagréments, en n’étant plus la bienvenue partout en Angleterre. Elle perd son logement à cause de ses origines, et l’argent que ses parents lui envoyaient ne lui parvient plus. N’ayant plus de nouvelles d’Howard, son seul ami en Angleterre, elle décide de rentrer dans son pays natal, persuadée qu’elle pourra retraverser la Manche facilement. Embauchée au ministère de la guerre, on lui fait espérer un poste à l’ambassade allemande à Londres, mais il n’en sera rien. L’emprise d’Hitler sur le peuple allemand va bloquer les relations diplomatiques, et le poste promis tarde à arriver. Pour se protéger et garder son confort, la jeune femme qui se voulait indépendante va mettre de côté ses ambitions et  fréquenter des jeunes hommes faisant partie des SS. Parmi eux, Gregor qui tombe amoureux d’elle. Ils se marient et ont un fils, mais la vie rêvée d’Irmina est bien lointaine…

Voici un gros pavé de 270 pages que j’ai acheté à Angoulême en janvier dernier. Si j’avais attendu un peu au stand de l’éditeur, j’aurais pu le faire dédicacer, mais ce jour-là, je n’ai pas pris le temps de revenir faire signer l’album de cette auteur allemande. J’ai dévoré cette histoire qui suit le parcours d’une jeune femme qui se veut indépendante, alors que les circonstances vont aller contre son destin et qu’elle va devoir revoir ses ambitions pour conserver un mode de vie. La grande et la petite histoire se mêlent de façon habile, et dès le début de l’histoire on entrevoit l’accumulation d’éléments qui aboutiront à la guerre. Irmina est souvent attachante, parfois naïve, parfois agaçante, mais on peut comprendre qu’en ces temps troublés, elle cherchait parfois plus à survivre, quitte à mettre de côté son indépendance. Le scénario est bien construit, de façon chronologique, et donc on n’est pas perdus. Le dessin de l’auteur allemande est très joli, très agréable, appuyé par des couleurs dans les tons gris, bleus, marrons, qui ajoutent encore de la consistance au récit, basé sur l’histoire de la grand-mère de l’auteure. J’ai beaucoup aimé les portraits qu’elle trace, ainsi que les pleines pages qui sont réellement magnifiques à admirer. La fin du récit est bouleversante, lorsqu’Irmina se rend compte que sa vie aurait pu être différente, s’il n’y avait pas eu la guerre, si les circonstances avaient été différentes, si elles avait fait d’autres choix… Il y a un côté doux-amer qui ressort de cet roman graphique, qui fait aussi réfléchir sur sa propre vie et ses choix. Vous l’aurez compris, j’ai beaucoup aimé cette fresque historique qui mêle l’histoire d’Irmina, allemande lambda prise dans un tourbillon plus grande qu’elle, et l’histoire officielle. Irmina est mon coup de cœur du moment !

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : La soupe de l’espace, A chacun sa vérité, Lettres exprès, Le goût des livres, Livresse des mots

Quelques planches sur le site de l’éditeur allemand.

Prix Artémisia 2015, récompensant un album réalisé par une femme.

C’est ma neuvième participation à la bd de la semaine, cette semaine chez Noukette

Dans les glaces

DANS LES GLACES, par Simon Schwartz (Sarbacane, 2013)

Récit romancé de la vie de Matthew Henson, le premier homme à avoir atteint le pôle Nord en 1909, alors qu’il faisait partie de l’équipe de l’explorateur Robert Peary. Mais du fait de sa peau noir, son exploit est passé inaperçu, au profit de l’explorateur blanc au caractère peu supportable. Timide, n’osant s’imposer face aux autres, Matthew Henson a subi depuis tout petit le racisme de la population blanche, et les explorateurs Robert Peary et Frederick Cook n’ont pas eu un comportement différent envers celui qui les a pourtant aidé à atteindre leur but suprême… La gloire en Amérique ne sera pas pour Matthew, mais par contre, il sera très reconnu chez les inuits, qui voient en lui l’incarnation d’un esprit traditionnel…

Voici un très bon album d’aventures, qui raconte de façon peut-être un peu lisse comment un homme noir a atteint le pôle nord au début du XXème siècle, sans être reconnu à la hauteur de son exploit. Le dessin est particulier, les visages ronds, et je peux comprendre qu’on n’y accroche pas, car les traits sont parfois grossiers, exagérés et irréalistes, mais c’est vraiment le trait du dessinateur allemand qui est comme ça. Je l’avais déjà repéré dans De l’autre côté, et il y a vraiment le même style très particulier. Dans les glaces est colorisé de façon particulière, toujours dans les tons bleus et gris, et ces couleurs froides n’ont pas tendance à réchauffer l’ambiance de l’album, mais sont complètement en adéquation avec le propos. Dans cet album, il y a un fort côté historique véridique, mais l’auteur prend le soin d’annoncer dès le début qu’il a pris quelques libertés avec le récit original de Matthew Henson. Son scénario est fluide et tout à fait plausible, mais on se rend compte des écarts avec la réalité en lisant la chronologie à la fin de l’oeuvre (ultra-détaillée et fort instructive pour apporter des compléments). Je suis un peu déçue tout de même par les différences avec la réalité, car Simon Schwartz a même été jusqu’à changer la mort de certains personnages. Certains sont présents dans l’album, alors qu’ils étaient en réalité morts. Cela ne me dérange pas qu’on modifie des petites choses, mais de là à faire grandir un enfant qui est mort enfant, je trouve ça un peu fort. il y a trop de changements par rapport à la réalité pour considérer cet album comme une véritable biographie. Et puis il y a aussi un côté mystique, avec les croyances des peuples du nord, qui voient en Matthew Henson l’incarnation d’un esprit. Cela est très étrange au départ, et puis finalement tout se relie sur la fin. L’auteur montre bien les croyances inuits, leur mythologie si particulière. Bref, un scénario original sur plus de 150 pages, portant sur un sujet méconnu du grand public, et servi par un dessin particulier mais attachant. A essayer !

A partir de 10 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Un dernier livre, Une autre histoire, Les buveurs d’encre, Maxoe

Cet ouvrage a obtenu le prix Max et Moritz 2012 de la meilleure BD de l’année en Allemagne (sous le titre original de Packeis).

La vague

LA VAGUE, par Stefani Kampmann (Jean-Claude Gawsewitch éditeur, 2009)

Au lycée Gordon, un professeur d’histoire étudie la période nazie avec ses élèves. Pour tenter de leur faire comprendre comment les allemands ont suivi Hitler, et comment une minorité a pu vouloir gouverner le monde, l’enseignant met au point une expérience, qui va parfois le griser mais aussi et surtout le dépasser. Une communauté, dénommée « La Vague », se met en place : son chef est le prof d’histoire, son symbole, une vague, est  porté par ses adhérents sur la poitrine… Bientôt, tous les lycéens ou presque adhèrent au mouvement, et ceux qui osent penser par eux-mêmes sont exclus des activités de l’établissement… La violence s’impose peu à peu, et La Vague sème la discorde entre des jeunes auparavant amis…

La vague est un roman graphique de 171 pages adapté du roman éponyme de Todd Strasser, et il existe aussi un film du même nom, sorti lui aussi en 2009. J’ai vu le film il y a deux ou trois ans, et je peux dire que j’ai préféré l’adaptation cinématographique à celle en bande dessinée. En effet, dans l’album, la soumission des élèves fait vraiment trop facile, personne ou presque dans la classe ne se pose de questions (sauf celle qui contribue au journal de l’école), et ils adhèrent presque tous du premier coup à la proposition de leur enseignant. J’ai trouvé le scénario trop haché, trop superficiel, manquant de subtilités, pour me faire croire que cette histoire a véritablement existé (alors que ça avait été l’inverse avec le film). Le film était plus subtil, même s’il allait plus dans le spectaculaire, avec les activités du groupe. Ici, dans la BD, l’action se déroule principalement dans l’établissement, ainsi qu’au domicile de l’enseignant. Je n’ai donc pas été emballée par cet album, d’autant plus que je n’ai pas spécialement aimé le trait de l’allemande Stefani Kampmann, surtout ses portraits, parfois déformés. Il est aussi dommage d’avoir utilisé un lettrage informatique, qui ne confère aucune ‘âme’ au texte… Par contre, l’usage du noir et blanc ainsi que des teintes de gris est tout à fait adapté à une telle histoire qui se noircit au fur et à mesure et dont on se demande comment l’adulte responsable va faire pour s’en sortir. Bref, avis très mitigé. Privilégiez le film (ou le roman original), car ce qui est décrit fait véritablement froid dans le dos !

Non mentionné sur l@BD.

On en parle sur les blogs : Le terrier de Chiffonnette, L’accro des livres, La bibliothèque du Dolmen, Sur les traces du chat

La bande annonce du film :

De l’autre côté

DE L’AUTRE CÔTÉ, par Simon Schwartz (Sarbacane, 2011)

https://i1.wp.com/media.leslibraires.fr/media/attachments/large/5/9/0/001009590.jpgRécit autobiographique de l’auteur et de ses parents, vivant en RDA dans les années 1970 et 1980 et ayant choisi de quitter le régime communiste pour aller à l’ouest. Le chemin va être difficile. D’origines sociales différentes, ils ont tous deux mené des études, et ont eu plus de moins de contacts avec l’ouest. Sa mère rêvait même d’épouser Mick Jagger ! Son père était enseignant à l’université d’Erfurt. Dans un monde qui se transforme, leur choix de quitter la RDA étant pris, ils vont devoir affronter leurs parents, certains convaincus du bien fondé du régime de la RDA et farouchement opposés à leur décision. Ils vont aussi devoir persévérer pour obtenir l’autorisation de sortie du territoire, affronter la surveillance de la police politique (la stasi), les arrestations des amis… et une fois le mur traversé, ne jamais revenir en arrière… Simon ne connaîtra toute sa famille restée à l’est qu’à la chute du mur, en 1989.

Voici un récit d’un jeune auteur allemand, né en 1982 en RDA. Il effectue beaucoup d’allers-retours chronologiques dans son récit, pour ne pas retracer de façon linéaire l’histoire de ses parents, dans la RDA des années 70 et 80. Le récit commence en 1987 à l’ouest pour revenir aux origines des parents à l’est, puis revient dans les années 80. C’est un peu difficile à suivre au départ, mais finalement on s’y repère assez vite, grâce à la présence ou non de Simon. LE sujet choisi est finalement un thème universel, car d’autres familles ont quitté le régime communiste dans ces années-là, après le plus souvent une longue bataille administrative.

Le dessin est assez simple, les personnages sont bien reconnaissables. C’est un album très abordable. Seule la couverture est colorée, les 108 pages de l’album sont dans les tons noir, blanc et gris décliné du plus foncé au plus clair. L’espace entre les cases (le plus souvent 4 par page) est noir, ce qui renforce le côté sombre de l’histoire. Cela donne plus de relief aux nombreux gris également. De l’autre côté est un bon album sur cette période troublée du XXème siècle, mais qui aurait mérité d’être plus longuement exposée. Ce n’est pas que le récit ait été trop court, mais j’ai été un peu sur ma faim avec la fin de l’histoire. En tout cas, Simon Schwartz rend un bel hommage à ses parents à travers cet album plein d’émotion, qui mêle histoire politique et histoire familiale.

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Les routes de l’imaginaire, Le blog de mimi, Tortoise, BDgest.

L’auteur a son site personnel, en allemand et en anglais. Une planche extraite de l’album sur Bedetheque.

L’espion de Staline

L’ESPION DE STALINE, par Isabel Kreitz (Casterman, coll. Ecritures, 2010)

https://i0.wp.com/www.decitre.fr/gi/37/9782203029637FS.gif1941, l’Europe est en guerre. Eta Harich-Steiner, une pianiste allemande, arrive au Japon, sous le prétexte d’une tournée de concerts. En fait, elle fuit le nazisme de plus en plus prégnant à Berlin. Logée chez les Ott, ambassadeurs du Reich au pays du soleil levant, elle va rencontrer Richard Sorge, officiellement journaliste, officieusement espion à la solde de l’URSS. Sorge, en fréquentant l’ambassade, ses soirées et ses collaborateurs, va apprendre que l’opération Barbarossa (attaque de la Russie par les nazis) est prévue à partir du 20 juin et va alors rompre le pacte germano-soviétique (pacte de non-agression signé en août 1939 entre Hitler et Staline). Sorge, communiste convaincu, transmet cette information capitale aux autorités soviétiques, mais Staline ignore cette information. Il se méfie de cet espion, connu pour ses penchants alcooliques… Sorge, hors de lui, continue tout de même ses activités secrètes, tout en ayant connaissance de ce que l’Allemagne projette pour faire entrer le Japon dans la guerre…

Voici un album d’une dessinatrice allemande, sur Richard Sorge, un personnage ayant réellement existé. Exécuté en 1944 dans une prison japonaise, il est fait « héros du peuple sociétique » dans les années 1960. Cette histoire d’espionnage est assez compliquée à comprendre. D’ailleurs je n’avais pu terminer ma première lecture il y a quelques mois, trouvant l’histoire décousue et complexe.

Les explications historiques nécessaires à la compréhension (contexte, personnages, faits…) sont d’ailleurs à la fin de l’album, avec des photos d’époque. Dommage, car en introduction, cela aurait été plus pertinent (et surtout plus facile pour les lecteurs !). Il n’empêche que cette histoire d’un espion communiste parmi les nazis reste tout de même intéressante. Son sujet est hors du commun, et apporte un éclairage différent sur la seconde guerre mondiale vue du Japon.

Le dessin est vraiment très travaillé. Tout en crayonné, il est très précis : les visages sont très détaillés, mais parfois un peu difficiles à différencier. Les décors ne sont pas oubliés non plus. Vraiment un bel objet graphique, en noir et blanc.

A noter enfin qu’il s’agit du premier album d’Isabel Kreitz traduit en français.

A partir de 15 ans selon le site l@BD.

On en parle sur les blogs : Chez Mathilde, Mémoires de guerre, Cecile’s blog, BDblog

Interview (en français) de l’auteur à lire sur Auracan, avec de nombreuses planches de L’espion de Staline.