Primo Levi

PRIMO LEVI, par Matteo Mastragostino (scénario) et Alessandro Ranghiasci (Steinkis, 2017)

primo levi

Turin, milieu des années 1980 : quelques temps avant sa mort, Primo Levi, auteur du célèbre texte Si c’est un homme qui narre ses années en camp de concentration, rencontre une classe, mais cette fois, cela se passe dans l’école où lui-même a été élève. Depuis des années, il est habitué à témoigner auprès des plus jeunes de sa déportation et de sa vie à Auschwitz. Les questions et remarques plus ou moins pertinentes des élèves font ressurgir chez lui les souvenirs dans un ordre pas toujours chronologique… Tout commence à l’évocation de ses six chiffres tatoués sur son avant-bras…

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Le port des marins perdus

LE PORT DES MARINS PERDUS, par Teresa Radice et Stefano Turconi (Glénat, 2016, coll. Treize étrange)

port marins

Un jeune garçon amnésique de 15 ans est retrouvé sur une plage du Siam par un officier de l’Explorer. Ne se rappelant que de son prénom, Abel, il est ramené au port de Plymouth, et va partir à la recherche de ses souvenirs perdus… Il découvre rapidement qu’il est en fait le fantôme du capitaine de l’Explorer, Abel Reynold Stevenson, qui aurait déserté en emmenant avec lui un trésor capturé à l’ennemi… Sauf qu’il ne se rappelle de rien… Il va donc tenter de raviver des souvenirs, en approchant les filles du défunt capitaine qui a jeté le déshonneur sur sa famille, mais sans dévoiler son identité. Il rencontre aussi Rebecca, prostituée à la chevelure flamboyante et tenancière de la maison close de la ville, qui est dans le même état que lui, et va l’aider à avancer…

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L’entrevue

L’ENTREVUE, par Manuele Fior (Futuropolis, 2013)

Dans un monde qui semble proche du nôtre, Raniero, psychiatre de profession, est en voiture à discuter avec un de ses amis au téléphone lorsqu’il a un accident suite à une drôle de vision : des triangles dessinés dans le ciel nocturne provoquent son inattention et son accident. Par hasard, au travail, il rencontre et tombe amoureux de Dora, une de ses patientes qui prétend avoir vu le même vaisseau spatial triangulaire que lui, et pouvoir communiquer par télépathie avec ses occupants. Raniero est troublé, à la fois par la rencontre avec la jeune fille et par leur vision commune. Cela complique encore un peu plus la vie de Raniero, dont la femme est sur le point de le quitter. Tous deux se font violemment agresser dans leur maison, par des hommes cagoulés. Raniero se lance dans cette histoire d’amour originale, à une époque où existe une charte sociale qui prône l’amour libre…

Il y a quelques années maintenant, j’avais lu Cinq mille kilomètres par seconde de ce même auteur, et même si je n’en garde pas un souvenir extraordinaire, je me suis lancée dans la lecture de son nouvel opus de plus de 170 pages, bien que n’étant pas très enthousiaste à la vue de la couverture sombre. Je ne savais pas à quoi m’attendre en lisant cet album, je ne me suis pas rendue compte tout de suite qu’il s’agissait de science-fiction, car aucune indication de temps ou de lieu n’est mentionnée et ce récit paraît au départ tout à fait actuel. Puis au fil du récit, il y a des éléments qui font douter du réalisme de l’histoire : on parle de « la nouvelle convention », puis Raniero parle de son père qui a vécu la fin du XXème siècle… Cela m’a fait douter mais j’ai tenu bon, sans être plus convaincue que cela par le scénario. J’ai été déçue sur la fin avec les explications données rétrospectivement sur l’histoire, car même si ça aide à comprendre, c’est aussi d’une certaine façon une redondance désagréable. Bref, je n’ai pas été convaincue par le scénario, même si certains passages sont certes agréables. Le dessin est quant à lui assez particulier : je n’ai pas aimé les portraits de Dora avec son nez en patate. Le personnage de Raniero est correct, mais je n’ai pas spécialement accroché au dessin. Fior n’utilise dans cet album que des teintes de gris, du blanc et du noir : son trait est charbonneux et rend l’histoire encore plus sombre et triste. Je suis sûrement passée à côté d’éléments importants, mais je dois dire que j’ai dû me forcer à terminer cette histoire de science-fiction déstabilisante… Un album peut-être trop étrange pour moi…

Non mentionné sur l@BD, mais certainement pas avant 15 ans.

On en parle sur les blogs : Sin City, Liratouva, Marie Rameau, White pages, Chroniques de ColimassonBlog BD de Madmoizelle

Premières planches à voir sur Izneo.

Consulter le site de l’auteur, en italien.

Trailer à voir sur Youtube :

S.

S., par Gipi (Vertige Graphic / Coconino Press, 2006, coll. Moby Duck)

Biographie partielle du père de l’auteur, nommé tout au long du récit S. pour Sergio. Gipi retrace quelques épisodes de la vie de l’homme en Italie : pendant la seconde guerre mondiale, mais aussi bien après, avec son fils et sa femme, ou encore à la fin de sa vie, alors que sa santé est défaillante… Pour ces souvenirs, il se sert de ce que son père lui a raconté, de ses propres souvenirs avec son cousin et son oncle, mais aussi des récits d’autres membres de sa famille…

Cela doit être la BD avec le titre le plus court sur tout ce blog ! Non plus sérieusement, j’ai choisi ce titre en bibliothèque car c’était le seul de cet auteur italien qui a dernièrement sorti « Vois comme ton ombre s’allonge » qui a pas mal circulé sur les blogs que je visite. Je dois dire que j’ai eu du mal avec S., un album que j’ai dû reprendre plusieurs fois. Je n’ai pas spécialement accroché, l’histoire traîne en longueur et n’est pas bien intéressante. De plus les phrases sont longues et répétitives, j’ai trouvé ça vraiment pénible. Des textes sont parfois inutiles (surtout les expressions à rallonge donnant les filiations, comme par exemple « le père de la fiancée de S. », qui est en réalité le grand-père maternel de l’auteur). De même, le récit est décousu, on passe d’un épisode à l’autre sans transition, l’auteur utilisant de nombreux flash-back. Certains passages sont redondants, l’auteur les relate une nouvelle fois car au final ses souvenirs sont différents de ce qui lui a été raconté par des membres de sa famille et chacun a sa version… Malgré tout, on sent l’amour qu’il porte à son père, qu’il considère parfois comme un héros, mais au final le manque de fil conducteur m’a fait décrocher et je ne me suis pas sentie impliquée dans l’histoire. Le dessin par contre n’est pas désagréable, le trait est fluide, les portraits jolis. L’auteur utilise la technique de l’aquarelle, mais on sent aussi que son crayon est un peu nerveux sans pour autant que ce soit désagréable. C’est un trait que j’aimerai revoir dans d’autres livres, mais avec un scénario plus construit. Je n’ai pas savouré cette lecture, peut-être me manquait-il des clés pour la comprendre… C’est un flop pour moi, dommage…

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Reading in the rain, Sin city, Tu l’as lu (stucru) ?

Voir le blog (en français) de Gipi (plus mis à jour depuis plusieurs années).

Cet album est ressorti chez Futuropolis cette année, avec une nouvelle couverture. Les premières planches de cette édition sont à voir sur Digibidi.

Red bridge, tome 2

RED BRIDGE : tome 2 : MISTER JOE AND WILLOAGBY, par Maryse et Jean-François Charles (scénario) et Gabriele Gamberini (dessin) (Casterman, 2009)

Suite et fin du tome 1. Elie Miller et ses anciens camarades de classe se sont tous retrouvés. Tous, enfin tous ceux qui ne sont pas morts d’une façon suspecte. D’ailleurs, un mystérieux corbeau annonce la mort prochaine de plusieurs d’entre eux… Qui va être le suivant ? Et parviendra-t-on à trouver le tueur avant que l’infernale série ne se poursuive ? A Red Bridge, petite commune sans histoire, de nombreux secrets vont devoir se révéler pour éviter une fin tragique… Elie et ses camarades en savent plus qu’ils ne le disent au FBI qui est aidé par monsieur Willoagby toujours flanqué de son chat…

Fin de l’histoire dans cet album, sorte de « dix petits nègres », où tous les membres du groupe semblent devoir mourir les uns après les autres dans d’atroces circonstances. A l’origine, j’ai choisi cette série pour cet album, car j’avais flashé sur le pont couvert rouge représenté sur la couverture, un type de pont qu’on ne trouve qu’en Amérique du Nord. Ce n’est qu’une fois l’album en main que j’ai vu qu’il y avait un pendu dessous, et j’ai emprunté les deux albums sans trop savoir de quoi il en retournait. Grand bien m’en a pris, cette histoire est très bien racontée, à un rythme juste, ni lent, ni rapide, et on ne sait pas grand-chose sur l’auteur des meurtres et sa motivation avant la fin de l’histoire. L’ambiance dans la ville s’alourdit, chacun soupçonnant ses voisins, mais sans aucune preuve. En tant que lecteur, on pressent bien quelque chose, un secret dissimulé par le groupe ou une partie de ses membres, mais on ne sait pas trop lequel. Seule la fin donne les explications qu’on attendait. Bref, j’ai adoré être menée en bateau dans cette histoire à suspense, et ne m’attendait pas au dénouement final. Sinon, le dessin est toujours aussi agréable, les portraits magnifiques et les paysages donnent envie de voyager… Que demander de mieux ? Si, un seul bémol que je pourrais apporter : l’histoire des chats qui disparaissent mystérieusement est une histoire annexe et n’apporte rien au récit principal. Dommage de se perdre dans de tels méandres. Mis à part cela, si l’occasion se présente à vous de croiser ces deux albums, n’hésitez pas !

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Encre noire, Samba BD, La bibliothèque du Dolmen, Blog BD sud-ouest,

Quelques planches à voir sur le site de l’éditeur.

Red Bridge, tome 1

RED BRIDGE : tome 1: MISTER JOE AND WILLOAGBY, par Maryse et Jean-François Charles (scénario) et Gabriele Gamberini (dessin) (Casterman, 2008)

Quelque part en Amérique du Nord, Elie Miller est représentant en parapluies. Jusque là, il avait toujours réussi à éviter de retourner dans son village d’origine, mais suite à des défections de ses collègues, il se voit contraint d’y retourner, dans ce village qu’il a quitté il y a longtemps… N’ayant pas son permis de conduire, il s’y rend grâce au car, et discute avec son voisin, Monsieur Willoagby, un vieil homme à la retraite, ancien archiviste qui vient pour une affaire assez déroutante : plusieurs morts suspectes ont eu lieu en peu de temps dans cette commune en apparence paisible… Elie connaissait les personnes décédées : il s’agit de personnes de sa classe… Avec une ancienne connaissance avec laquelle il avait vécu une histoire d’amour des années plus tôt, Elie se demande si toutes ces morts n’ont pas de lien…

J’ai choisi cette histoire en deux volumes pour ses auteurs, dont j’avais apprécié le magnifique Far away, qui se passait entre Canada et Etats-Unis. Là encore on reste de ce même côté de l’Atlantique, pour une histoire qui se passe dans les années 1950, dans un milieu clos. Les personnages ont chacun leurs particularités, et ce volume prend le temps de les présenter : Elie, monsieur Willoagby et son chat mister Joe, le policier, les deux gays de la chambre d’hôte où réside Elie, la jeune veuve pas si éplorée que cela… Le dessin est magnifique : ce sont des peintures, qui ne vont pas forcément dans les détails, mais qui représente bien les personnages. Ce sont surtout les décors qui sont magnifiés par la peinture : l’été indien est très bien retranscrit, avec une large palette de couleurs chatoyantes qui nous plongent dans cette atmosphère étrange, sorte de huis-clos dans un village isolé où tout le monde se connaît. On se doute presque dès le départ qu’il s’est passé quelque chose autrefois, qu’Elie a des mauvais souvenirs qu’il aurait préféré oublier et que son retour dans son village d’origine ne lui fait pas spécialement plaisir… On sent bien qu’il y a quelque chose qui cloche, même si le rapport entre les morts semble difficile à déterminer. Seule la fin de l’album donne plus d’informations et accélère le récit, avec de nouvelles morts suspectes et originales et en annonçant aussi d’autres morts prochaines… Ce tome pose pas mal de bases pour l’histoire, en présentant le lieu et les personnages, l’action avance véritablement sur la fin, et on n’a qu’une seule chose en tête : savoir qui tue les habitants, et quelle est sa motivation. On se demande aussi quel est le rôle joué par l’ancien archiviste Willoagby, qui a un drôle de comportement. Bref, cela donne vraiment envie de lire la suite !

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Samba BDBlog Bd Sud-Ouest, Critiques BD

Quelques planches à voir sur Izneo.

En Italie, il n’y a que des vrais hommes

EN ITALIE, IL N’Y A QUE DES VRAIS HOMMES : un roman graphique sur le confinement des homosexuels à l’époque du fascisme, par Luca de Santis et Sara Colaone (Dargaud, 2010)

De nos jours, deux journalistes rencontrent Ninella, un vieil homme qui va leur raconter ce qui lui est arrivé avant la seconde guerre mondiale. Alors que le fascisme connaissait son apogée en Italie et que des lois anti-homosexuels avaient été proclamées, Ninella et d’autres jeunes hommes ont été envoyés sur une île regroupant les « déviés », sans véritable preuve ni procès. Là, pendant près de deux ans, le petit groupe va vivre confiné. Il leur est impossible de se regrouper, de se déplacer sans gardien, de vivre normalement. C’est une mise à l’écart de la société, car aucun contact n’est autorisé avec la famille restée au village. Un jour arrive Mimi, un jeune garçon terrorisé. Alors que Ninella veut l’aider, le jeune homme est violenté par certains membres du groupe. Ninella se retrouve impliqué… Les journalistes décident d’amener le vieil homme sur l’île où il a été confiné, mais le récit du vieil homme va aussi faire écho à leurs histoires personnelles..

Voici un album sur un sujet méconnu : le traitement des homosexuels sous le régime fasciste en Italie d’avant-guerre. Dès le titre, on connaît l’opinion officielle du régime, car le titre est une phrase prononcée par Mussolini lors d’un de ses discours d’avant-guerre. La mise à l’écart des homosexuels a commencé en 1938, et l’histoire de Ninella permet d’aborder cet aspect longtemps ignoré. En effet, ce n’est que dans les années 1980 que des recherches universitaires ont commencé à être menées et que certaines victimes se sont mises à témoigner. D’ailleurs, on a une interview d’une victime de cette déportation en fin d’album, et les auteurs s’en sont largement inspiré pour créer le personnage de Ninella et ses propos. Heureusement que l’interview est en fin d’album car selon moi, elle dévoilerait trop le scénario. C’est un peu comme la préface qui à mon goût dévoile trop d’éléments de l’histoire, et ne laisse pas pleinement la place à la découverte de l’histoire dessinée. Au niveau du dessin, comme on peut le voir sur la couverture, il est un peu particulier : les portraits des protagonistes font assez durs, car les traits sont vifs et les visages ne sont pas ronds. Cela donne un côté aride au récit, et ce procédé est accentué par les couleurs utilisées : uniquement du noir, blanc et du ocre, comme dans des photos jaunies. Cela donne un côté rétro à l’album, et plonge le lecteur en pleine période fasciste. J’ai eu parfois un peu de mal à distinguer les personnages, mais sinon, cet album est très instructif sur comment un régime politique extrémiste considère certains de ses membres. Ce n’est pas un sujet réjouissant, mais c’est un album utile pour ne pas oublier les atrocités qui se sont passées pendant une période noire…

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : In cold blog, Les lectures de Cachou, Bibliothèque la Régence, Le jardin de Natiora, Hop BD

Interview des deux auteurs à lire sur le blog Clair de plume.

Quelques planches à voir sur le site de l’éditeur (cliquer sur la flèche à droite de la couverture).