Un bruit étrange et beau

UN BRUIT ETRANGE ET BEAU, par Zep (Rue de Sèvres, 2016)

William est devenu Don Marcus il y a 25 ans quand il est entré dans l’ordre des Chartreux. Il a fait vœu de silence et de vivre hors de ce monde dans lequel il ne se sentait pas bien. Sa famille ne le comprenait pas, mais fut bien obligée d’accepter cette mise à l’écart volontaire du monde. Ses souvenirs de sa vie d’avant se sont effacés avec les années, et sa nouvelle vie de prières et de travail lui convient bien. Mais lorsqu’un jour, le Père supérieur lui annonce qu’il doit aller à Paris pour un héritage familial, Marcus refuse. Ne pouvant faire autrement malgré sa demande, Marcus/William quitte provisoirement le monastère pour monter à la capitale. Il y découvre un monde bruyant, qui vit à toute allure. C’est dans le train qu’il rencontre Méry, jeune femme pleine de vie et de bonne humeur qui s’avère être en fin de vie… Commence alors un dialogue sur la vie, la mort, la foi… Arrivé chez le notaire avec ses cousins, il découvre sa part d’héritage et reste quelques jours avec sa famille, mais surtout avec Méry.

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Chicagoland

CHICAGOLAND, d’après le texte de R.J. Ellory, par Fabrice Colin (scénario) et Sacha Goerg (dessin) (Delcourt, 2015, coll. Mirages)

A la fin des années 1950, un homme est condamné à mort pour le meurtre de Carole, une jeune femme d’une vingtaine d’années. L’exécution a lieu en prison, sous les yeux de la sœur de la victime, qui souhaite voir disparaître celui qui a ôté la vie à sa sœur qu’elle considérait comme sa jumelle. Mais alors qu’il va être exécuté après s’être exprimé une dernière fois, le meurtrier a soudain un éclair, mais ne peut plus rien dire. On assiste alors à un retour en arrière avec trois témoignages, pour tenter de comprendre ce qui s’est passé : tout d’abord la sœur de la victime retrace la vie de la défunte, puis le policier qui a mené l’enquête raconte comment le meurtre a été résolu, et enfin le tueur lui-même explique sa version des faits…

Voici un album que j’ai emprunté pour son dessinateur, déjà lu dans La fille de l’eau et Le sourire de Rose, dont j’avais apprécié les traits élégants. Là, c’est toujours le cas, j’ai trouvé le dessin de Sacha Goerg encore une fois très agréable, surtout les portraits. Légèrement rétro, le trait est simple mais efficace et facilement lisible, magnifié par les couleurs claires. Cela fait une jolie ambiance vintage. L’album, scénarisé par l’auteur de romans adultes et jeunesse Fabrice Colin, est construit d’une façon qui n’est pas nouvelle : trois chapitres au total, avec un narrateur par chapitre, qui expose ce qu’il sait des faits ou des personnages. Cela commence par la sœur de la victime, qui raconte l’histoire de son point de vue, ses relations depuis son enfance avec Carole. On a ensuite le récit du point de vue de Robert, l’inspecteur en charge de l’enquête, qui va questionner l’entourage de la décédée, et qui se rend compte qu’il y a quelque chose qui cloche, que ce n’est pas la bonne personne qui a été accusée du meurtre. Enfin, le troisième narrateur, Lewis le condamné, apporte la résolution de l’énigme, en révélant le véritable meurtrier. On comprend bien au fur et à mesure qu’il n’a rien fait, et ce sont les explications déroulées par ce dernier qui vont permettre de comprendre cette erreur judiciaire. J’ai eu un peu de mal sur cette résolution du meurtre, que j’ai trouvée assez irréaliste, même si on s’en doute de plus en plus sur la fin. Cet album, au niveau du scénario, m’a surtout plu sur sa première partie, avec les deux premiers narrateurs, car j’ai trouvé la résolution du meurtre un peu tirée par les cheveux. Heureusement que le dessin et les couleurs sont agréables, car cela m’a permis d’aller jusqu’à la fin de cette lecture qui m’a laissé un goût d’inachevé difficile à expliquer. Il serait intéressant de voir si le roman de l’américain R.J Ellory dont est issu cet album est construit de la même façon…

Non mentionné sur l@BD, je dirais à partir de 15 ans.

On en parle sur les blogs : Le blog du carré jaune, ABC Polar, Mille et une frasquesLe triangle masqué, Les lectures de Marguerite, La bibliothèque du Dolmen, Chroniques de l’invisible

Premières planches à voir sur Izneo.

Cet album participe à , cette semaine chez Stéphie.

Le sourire de Rose

LE SOURIRE DE ROSE, par Sacha Goerg (Arte éditions / Casterman, 2014, label Professeur cyclope)

Desmond, un jeune homme canadien qui vient de perdre son travail, vient aussi d’être quitté par sa femme Eléonore, qui a emmené avec elle leur fils Théo. Le couple se dispute la garde du petit garçon. Par hasard après une course dans la neige, il percute la jeune Rose, à qui il offre un café et un gâteau pour se faire pardonner. Mais la jeune femme lui vole la photo de son fils. Pour récupérer son bien, Desmond lui court après, mais découvre qu’elle a des ennuis avec deux hommes dont l’un est un fortuné industriel. Ne voulant au départ pas aider la jeune femme, il se laisse cependant convaincre et le voilà embarqué dans une drôle d’aventure, sans qu’il ne sache trop la raison de cette poursuite : un objet convoité par les deux hommes est détenu par Rose, et ceux-ci sont prêts à tout pour le récupérer…

Voici un des premiers albums édités sous le label « Professeur Cyclope », qui est au départ une publication numérique. La couverture de cet album est, je trouve, particulièrement jolie. J’ai globalement bien aimé cette histoire avec une héroïne paumée (comme dans La fille de l’eau, l’autre album que j’ai lu de cet auteur) et dont on ne sait vraiment jamais si elle dit la vérité ou si elle ment comme elle respire… Desmond est tiraillé entre son attirance pour Rose et sa volonté de s’éloigner des ennuis qu’elle amène avec elle. On suit l’histoire en tant que spectateur, ce qui fait qu’au départ, on est avec Desmond et ensuite avec Rose. Les péripéties sont nombreuses et bien amenées, La fin n’est pas mal, mais un peu décevante pour moi, car je ne m’attendais pas à une telle réaction de Desmond, et elle ne répond pas à toutes les questions qui se posaient tout au long de l’album. C’est peut-être volontaire pour laisser le choix aux lecteurs, mais personnellement j’aurais aimé des réponses, ou au moins plus d’explications. Par contre, j’ai beaucoup aimé le dessin fluide, expressif, poétique parfois, servi agréablement par des couleurs pastels parfois claires, parfois foncées. Le découpage est original, les cases ne sont pas marquées et cela allège considérablement les planches et donc donne une ambiance particulière à l’histoire. Certains dessins se superposent judicieusement, j’ai apprécié cette façon peu fréquente d’amener le lecteur à suivre l’histoire. Cela donne un album qui alterne entre le léger et le grave, dont les dessins sont magnifiques mais le scénario parfois pas suffisamment fouillé à mon goût. Un moment de lecture bien agréable tout de même, pour un auteur à suivre.

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs :  Un livre une fenêtre, D’une berge à l’autre, Chez Clarabel, Une autre histoire, Livresse des mots, Oncle Fumetti, Vu des yeux dOliBD

Quelques planches à voir sur le site de l’éditeur.

Cet album est paru tout d’abord en épisodes dans le magazine numérique Professeur Cyclope (coédité par Arte éditions et Silicomix).

La fille de l’eau

LA FILLE DE L’EAU, par Sacha Goerg (Dargaud, 2012)

Damien est un adolescent qui s’est perdu alors qu’il faisait du pédalo sur un lac, et a atterri dans une grande maison contemporaine, perchée sur une falaise donnant sur ce lac. Là vivent une mère et son fils Mattew, qui sans lui poser trop de questions aident Damien, en attendant qu’il puisse repartir. En réalité, Damien n’est pas arrivé là par hasard comme il le prétend. Il cherche à rencontrer la femme de son père, qui vient de décéder. Damien n’est pas non plus qui il affirme être : il est en réalité une fille, Judith, que son père, sculpteur et artiste, avait abandonnée pour sa nouvelle femme. Damien/Judith va donc s’immiscer dans la vie de cette autre famille qu’il ne connaît pas et faire connaissance, entre autres, avec son demi-frère… Son père lui apparaît dans certains moments, sous la forme d’une boule d’eau ou je ne sais quoi, et la raison secrète du passage de Damien/Judith dans la maison va être révélée aux autres membres de la villa…

J’ai acheté cet album cet été dans une librairie BD de Bruxelles, sur les conseils enthousiastes d’une jeune libraire qui me l’a bien vendu. La couverture de cet album est très jolie et donne déjà le ton de cette histoire. Je me suis laissée convaincre par cet achat, car je ne connaissais pas l’auteur et puis l’histoire me paraissait intéressante. Une fois ma lecture faite, je ne sais pas quoi penser de cet album si particulier. L’aquarelle et l’encre de Chine ont un rendu très agréable, et confèrent une ambiance particulière, un peu onirique, parfois hors du temps à cet album. Cela est accentué par l’absence totale de cases dans cet album, ce qui allège considérablement le visuel. Les dessins sont agréables, même si le trait de Sacha Goerg est un peu particulier au début. C’est plus au niveau du scénario que j’ai des doutes, je ne sais trop quoi penser de cette histoire dont le synopsis est pourtant intéressant. De nombreuses thématiques sont abordées dans l’histoire : l’homosexualité du fils, l’art contemporain, le deuil familial, la quête du père et de sa propre identité… Pourtant, j’ai eu du mal à croire à l’histoire. Les personnages sont assez bizarres : Damien/Judith est accueilli trop facilement par la dernière épouse de son père, qui lui pose vraiment trop peu de questions sur sa situation. La relation entre le fils (demi-frère de notre héros) et la mère est très distendue. La mort du père est assez peu abordée, alors que j’ai cru comprendre qu’il était décédé peu de temps auparavant. Les amis de la mère qui arrivent à un moment sont aussi bizarres, avec la femme qui fait de drôles de propositions au fils. Il y a donc une ambiance étrange dans cet album, c’est difficile à expliquer et cela mériterait une seconde lecture pour mieux s’imprégner de l’esprit particulier de cette histoire, pas simple à comprendre mais pas inintéressante pour autant. Même si je pense ne pas avoir tout saisi, c’est une expérience à essayer tout de même.

Non mentionné sur l@BD, mais je dirais pas avant 15 ans.

On en parle sur les blogs : Chroniques d’Asteline, Maxoe, SambaBDVu des yeux doliBD, Hop BD, Adepte du livre

Premières planches à voir sur le site de l’éditeur.

Aller voir du côté du blog de l’auteur.

Interview de l’auteur, un des fondateurs de la maison d’édition belge indépendante L’employé du moi, à lire sur Samba BD.

Une histoire d’hommes

UNE HISTOIRE D’HOMMES, par Zep (Rue de Sèvres, 2013)

Dans les années 1990, quatre amis formaient un groupe de rock, les Trincky Fingers, qui fonctionnait pas si mal que cela. A la suite d’une audition en Angleterre qui dégénère, le groupe est dissous et chacun repart vivre sa vie de son côté. Tous reprennent une vie plus ou moins pépère en France, sauf Sandro, le leader charismatique du groupe, qui se fait un nom outre-Manche et devient un chanteur reconnu avec plusieurs albums à son actif. Les quatre ex-amis se retrouvent après 18 ans, en Angleterre, dans la grande maison de Sandro et Annie, ex d’Yvan, guitariste et compositeur du groupe. Cela va être l’heure des souvenirs de jeunesse, entre rock’n roll, drogues, concerts, amours d’un soir… et aussi l’occasion de comprendre ce qui s’est passé depuis tout ce temps. Le week-end en Angleterre va s’avérer plus difficile que prévu, et sera aussi l’occasion pour Yvan de réfléchir sur sa vie actuelle…

Voici un album glissé sous le sapin il y a quelques jours, et déjà lu. Je n’ai pas réussi à le lâcher avant la fin, tellement j’ai été happée par l’histoire. J’ai beaucoup aimé cette première histoire de Zep pour les adultes. Le trait est reconnaissable entre mille, et le dessin est très agréable, juste et réaliste. Il y a assez peu de décor, le dessin est concentré sur les personnages. L’utilisation de la couleur est particulière, chaque case n’en ayant qu’une seule, qui change au fil des planches. Cette monochromie confère une sacrée ambiance à l’album, et permet aussi de distinguer facilement les flashbacks, assez nombreux dans cette histoire. J’ai été touchée par cette histoire d’amitié, où les non-dits sont toujours d’actualité, même 18 ans après. On sent qu’Yvan est plein de reproches envers Sandro, et en même temps, il y a de quoi le comprendre : sa copine l’a lâché pour Sandro et depuis, il ne compose plus et n’a même jamais retouché à une guitare. Bref, une vie assez triste pour lui. Malgré quelques stéréotypes parfois, j’ai trouvé le récit très touchant, et j’ai beaucoup aimé les références à des personnalités existantes, car cela rend le récit d’autant plus réaliste et crédible. Certaines répliques sont aussi particulièrement savoureuses ! Enfin, sur les quelques cases où on voit le groupe, on s’imagine presque la musique qu’ils jouent, l’ambiance dans la salle. Bref, j’ai été emportée par cette histoire !

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Blog Brother, Hop-blog, La bibliothèque de Noukette, le blog de Yv, Bulles et onomatopées

Voir le site consacré à l’album, avec des extraits, des vidéos, une revue de presse…

Interview de Zep consacrée à cet album à lire sur le site de France 3 Pays de la Loire.