BD sentimentale

Alvin, tome 2 : le bal des monstres

ALVIN tome 2 : LE BAL DES MONSTRES, par Renaud Dillies et Régis Hautière (Dargaud, 2016)

Suite et fin du tome 1. Gaston et le jeune Alvin ont traversé le pays jusqu’au bayou, pour retrouver la famille du petit orphelin. Ils se retrouvent à Crapeville, une petite ville où les gens différents ne sont pas bien vus… Les préjugés sur ceux qui ont un bec vont bon train, alors que ceux qui ont un museau sont bien mieux considérés…

Quelle joie de retrouver Alvin et Gaston, accompagnés de l’étrange et muet Jimmy, porteur du chapeau d’Abélard. L’histoire est vraiment jolie et poétique avec les fameuses phrases du héros du diptyque précédent, même si le sujet n’est pas bien réjouissant au départ. Les petites phrases du chapeau d’Abélard sont parfois très pertinentes, d’autres fois très décalées et sans lien avec l’histoire, et de ce fait bien drôles. Le jeune Alvin est comme les autres enfants : naïf et innocent, il pose des questions qui dérangent parfois et auxquelles Gaston doit trouver des réponses. Au-delà des héros de cette histoire, la ville de Crapeville n’est pas présentée sous son meilleur jour, entre racisme de ses habitants et intégrisme religieux du prédicateur qui incite les habitants à se soulever les uns contre les autres, simplement par peur de la différence. Ce côté philosophique est intéressant et apporte une touche différente, au-delà de la simple histoire du jeune garçon. L’histoire fait s’interroger sur la différence physique (bec contre museau), mais aussi sur les religions qui peuvent influencer les personnes. Au niveau graphique, j’ai aimé retrouver le trait si particulier du tome précédent. De plus, les couleurs pastels sont toujours très agréables à regarder, et les nombreuses hachures viennent agrémenter les cases de façon originale. Rien de nouveau par rapport au tome précédent et à Abélard, c’est toujours aussi bien !

Alvin fait partie des albums qu’il est bon d’avoir dans sa bibliothèque. L’objet en lui-même a de très bonnes finitions: papier épais et mat, couverture épaisse également. C’est vraiment une histoire à découvrir, si ce n’est pas déjà fait !

Non mentionné sur l@BD.

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Premières planches à voir sur Izneo.

Cet album participe à , cette semaine chez Noukette.

BD sentimentale

Alvin tome 1  l’héritage d’Abélard

ALVIN tome 1 : L’HÉRITAGE D’ABÉLARD, par Renaud Dillies et Régis Hautière (Dargaud, 2015)

Gaston est un ours qui vit à New York où il participe à la construction de la ville. Il est célibataire, sans aucune attache et est bien seul depuis que son ami Abélard est mort. Alors il passe son temps libre dans les bars, et fréquente de temps à autre, les jours où il reçoit sa paie, Purity, une prostituée avec laquelle il aime beaucoup parler, mais jamais de lui. Un jour, un concours de circonstances va faire qu’il va recueillir le fils de son amie prostituée décédée subitement. Avant de mourir, il lui promet de donner les économies à la nourrice, mais celle-ci ne supporte plus cet enfant qui répond de façon insolente et le lui confie. Ne pouvant faire autrement, Gaston héberge le jeune garçon quelques temps, le temps de lui trouver une solution, et finalement, les deux prennent la route… La cohabitation entre les deux au fort caractère n’est pas toujours facile…

Je retrouve avec plaisir Gaston, le compagnon d’Abélard, le petit poussin philosophe-poète qui avait tant conquis la blogosphère il y a quelques années. Le premier héros n’est plus, mais il reste tout de même une trace de lui, avec son chapeau d’où sort quotidiennement une phrase, une maxime, une pensée philosophique. Gaston l’ours au caractère grognon s’avère être un héros que l’on suit avec plaisir, qui cherche à faire du bien autour de lui, et qui va se démener pour un jeune garçon qu’il ne connaît pas mais dont il a fait la promesse à sa mère de s’occuper. L’histoire racontée de cette façon peut être vue comme à la fois tendre et triste, mais surtout elle n’est pas remplie de sentiments mièvres, et ça c’est un sacré point positif. Les références à Abélard, avec le chapeau et les citations pleines de poésie, sont plusieurs fois présentes. Aussi je pense qu’il est préférable d’avoir lu le diptyque précédent pour saisir toutes les subtilités de cette nouvelle histoire, qui traite de la perte de la mère (d’Alvin) et de la perte de l’ami (de Gaston). J’ai aussi aimé les thèmes de la rencontre avec l’autre et de la différence qui sont abordés sur la deuxième partie du livre, avec les questions quasi-philosophiques dans la bouche de l’enfant, et les réponses très différentes par un Gaston très terre à terre et un montreur de foire très axé sur la religion. Les dialogues ne sont pas si anodins qu’ils en ont l’air au premier abord, et je trouve cet aspect-là très réussi. Graphiquement parlant, le dessin est exactement comme dans Abélard, toujours rempli de hachures, et il est toujours très agréable à l’œil. Les couleurs sont soignées. J’aime bien quand le dessinateur part un peu « en vrille », et arrive à rendre intéressants des passages qui au départ ne le sont pas spécialement : par exemple avec la carte du périple de Gaston et Alvin, ou encore avec le temps qui défile, représenté de façon métaphorique. En plus, cerise sur le gâteau, cet album est un bel objet, de grande taille et avec du beau papier mat. Que demander de plus ? Lisez cet album si cela n’est pas déjà fait, car c’est de la BD de qualité, sans nul doute.

Non mentionné sur l@BD, je dirais à partir de 10 ans.

On en parle (beaucoup) sur les blogs : Au milieu des livres, La bibliothèque de Noukette, Twenty three peoniesChroniques de l’invisible, Oncle Fumetti, Le blog du petit carré jaune

Premières planches à voir sur Izneo.

Cet album participe à , cette semaine chez Stéphie.

BD aventure

La lune est blanche

LA LUNE EST BLANCHE, par Emmanuel et François Lepage (Futuropolis, 2014)

Emmanuel Lepage repart en expédition dans l’Antarctique. Cette fois, la proposition lui est faite avec son frère François, photographe. Il s’agira d’atteindre le continent et de convoyer jusqu’à la station Concordia, à 1200 kms au coeur du continent froid et hostile. Avant cela, il y a les aléas du départ, l’embarquement sur le bateau, la rencontre avec les hivernants… Les deux frères consignent tout cela dans leur carnet de voyage.

Cet album est énorme, en taille et en poids, avec près de 250 pages en grand format, complété avec des photos et notes personnelles à la fin. Cet album fat parfois référence à l’expédition précédente d’Emmanuel Lepage, qui s’est matérialisée dans « Voyage aux îles de la désolation« . Personnellement, j’ai préféré ce premier volume, car j’ai eu l’impression qu’il y avait plus de contact avec les autres personnes, plus de portraits retracés. J’ai aussi eu une sensation de lenteur avec cette lune est blanche. L’histoire y est plus personnelle, les personnages rencontrés sont moins présentés, et il se passe aussi moins de choses (les 13 jours à traverser l’Antarctique, de la base Dumont d’Urville à Concordia, sont assez répétitifs). Il y a aussi pas mal de développements historiques au début de l’album, avec les premiers découvreurs et explorateurs de cette terre du bout du monde. Personnellement, j’ai trouvé cela très intéressant, même si cela retarde le démarrage de l’histoire des frères Lepage. J’ai plus considéré cet album comme une introspection de l’auteur Emmanuel, entrecoupé de courriers de François le photographe à sa femme restée en Europe. Il n’empêche que cet album retrace un sacré voyage, qui n’est pas donné à tout le monde. Graphiquement, il est magnifique : les photos se mêlent agréablement au dessin somptueux, à tel point que parfois on a du mal à distinguer les dessins des photos. Les tons sont très polaires, avec bien peu de couleurs sauf le bleu du ciel, immensément et intensément bleu. Les quatre autres couleurs utilisées sont le blanc, le noir et le gris, avec quelques touches de sépia et de marron selon les moments. Cet album contient en plus de magnifiques doubles pages. J’en retiens une incroyable impression de voyage dans ce climat extrêmement rude (avec jusqu’à -70°C à Concordia, on n’a pas à se plaindre à la moindre petite gelée !) et de formidables défis humains relevés malgré les difficultés. Sacré coup de chapeau aux auteurs, qui parviennent à faire un album très intéressant avec une histoire où finalement il n’y a pas tant d’action que cela, en tout cas pas toutes les deux pages. C’est pour moi un incontournable de la production récente.

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Chroniques de l’invisible, Un amour de BD, le blog de Véronique D., BlogBrother, Les fanas de livres,  …

Premières planches à lire sur Digibidi.

Cet album a reçu le prix France Info de la bd d’actualité et de reportage 2015.

Interview des deux frères à l’occasion de la sortie de cet album au festival de St Malo, par un amour de BD.

BD aventure, BD jeunesse

Paola Crusoé, tome 2

PAOLA CRUSOE,  tome 2 : LA DISTANCE, par Mathilde Domecq (Glénat, 2013, coll. Tchô !)

Suite du tome 1. Paola est toujours sur une île déserte avec son père, son grand frère Yoann et sa petite soeur Bénédicte. Ils ont appris à survivre depuis déjà plusieurs semaines sur cet îlot isolé, en construisant des pièges pour les poissons, un poulailler et une cabane et en mettant en place un jardin. De son côté, la mère de Paola est sans nouvelles d’eux, mais elle ne se résigne pas à les croire morts. Alors elle est partie à leur recherche, et deux mois après son départ de métropole, elle se retrouve en Guyane sans le sou. Embarquant clandestinement dans un bateau, elle va parvenir à convaincre l’équipage de l’aider.  Mais de leur côté, la saison des cyclones approchant, Paola et sa famille décide de tenter de quitter l’île…

Ce tome 2 est un album globalement agréable, car on retrouve Paola et sa famille avec un certain plaisir, même si un petit résumé du tome précédent n’aurait pas été inutile, histoire de se remémorer les actions principales du volume précédent. L’album est toujours de petit format, mais compte 90 pages tout de même, pour une histoire qui mêle l’histoire des naufragés sur l’île et les recherches de la mère/épouse. Le scénario est sympa, mais sans plus, car on pense que les retrouvailles vont avoir lieu dans ce tome, mais on sent bien au fur et à mesure que ça ne va pas être le cas… De plus, il y a des petits éléments irréalistes chez la mère qui m’ont moyennement plu, lors des passages dans le bateau en tant que clandestine. Ce tome 2 est donc un volume intermédiaire (j’espère !), avec les inconvénients inhérents à ce type de volume. Cependant, les couleurs utilisées sont toujours aussi vives, parfois même un peu trop, mais en même temps, cela reflète une nature luxuriante et ça reste aussi un album jeunesse. Je ne suis pas très fan des dessins, un peu trop étirés pour moi, mais ceci n’est purement qu’une question de goût.  La fin est bien trouvée, un peu frustrante au départ, mais finalement, après réflexion, c’est la bonne option qu’a prise l’auteur, pour donner envie de lire la suite, qui n’est pas encore sortie. Dommage que la couverture ne soit pas une scène représentée dans l’histoire, car c’est un peu trompeur. Pour conclure, quelques petits bémols cités précédemment me font dire que ce n’est pas ma série jeunesse préférée, mais que cela reste tout de même une série de qualité qui revisite de façon moderne l’histoire de Robinson.

A partir de 7 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Les chroniques de Madoka, Une autre histoire, La boîte à histoires

Premières planches à voir sur Izneo.

Visiter le blog de l’auteur, plus mis à jour depuis mai 2013.

BD aventure, BD fait de société, BD jeunesse

Une épatante aventure de Jules, tome 5 : la question du père

UNE ÉPATANTE AVENTURE DE JULES, tome 5 : LA QUESTION DU PÈRE, par Emile Bravo (Dargaud, 2006)

Jules est un ado qui n’aime pas les cours de sport. Avec son meilleur ami, il décide de sécher ce cours pour se rendre au cinéma. Tout semble se passer pour le mieux, même si la salle de projection est quasi vide et que le film Moby Dick ne l’emballe pas du tout. Mais les bobines du film prennent feu, et il faudra l’intervention des pompiers pour sauver les jeunes garçons des flammes. La punition ne se fait pas attendre : dans le bureau du directeur du collège, les deux ados avec leurs parents à leurs côtés apprennent qu’ils vont devoir faire un stage de voile pendant un week-end, dans un centre nautique en Bretagne… Peu enthousiaste à l’idée de ces deux jours à la mer, Jules ne rêve que de revoir son amie Janet dont il est secrètement amoureux et avec laquelle il discute via internet… Mais avant, son père décide de l’emmener, lui et son frère, à la chasse, pour en faire un homme, mais un accident malencontreux va ternir la sortie familiale. Jules se rend ensuite en Bretagne, où avec Joris, il est pris en charge par le jeune et dynamique père Antoine. La première sortie en voilier ne va pas non plus se passer comme prévu…

Voici une nouvelle aventure de Jules, après le tome 6 lu l’an dernier.. Je ne les lis pas dans l’ordre (aucun numéro n’est indiqué sur la première de couverture et sur la page de titre), mais cela n’empêche pas de comprendre. Le personnage de Jules est agréable, il a des préoccupations de son âge, tout en étant également très mature sur certaines questions. Ses réflexions sont parfois très justes ou très drôles. J’ai aimé lire cette histoire (moins tordue que le tome 6, car plus réaliste), assez réaliste pour y voir certaines vérités : on sent qu’Emile Bravo veut dénoncer certains éléments de la société (au départ par exemple sur les établissements scolaires catholiques), les piques étant plus ou moins dissimulées dans les bulles. Par contre, l’histoire contient toujours autant de texte, et il faut vraiment être concentré pour lire, car ce n’est pas une lecture légère. De plus, et c’est là plutôt un avantage, le scénario est parfois très pédagogique, mais sans pour autant être désagréable à lire ou faire trop cours de collège. Bref, j’ai appris pas mal de choses sur la voile, car il y a bon nombre de vocabulaire spécifique, et avec parfois des explications de vocabulaire. Il y a aussi des passages très drôles, avec des jeux de mots par exemple, et ceux qui aiment la voile seront ravis de voir la large part accordée au stage nautique. Bref, cet album mêle le sérieux et l’humour, d’une façon très agréable, les thèmes abordés sont divers (la religion, la famille, la voile, l’amitié…) et le lecteur ne s’ennuie pas avec les aventures de cet ado touchant et qui parle vrai. Le dessin d’Emile Bravo est reconnaissable, simple mais efficace : je ne suis pas en terrain inconnu et j’apprécie toujours autant ce trait. Je pense continuer avec les autres volumes, car ça m’a l’air d’être une bien bonne série jeunesse…

A partir de 10 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Bullles, Le génépi et l’argousier, Les lectures de Marie

Deux planches originales à voir sur le site non-officiel de l’auteur.

BD fait de société, BD hors de nos frontières

Frangins

FRANGINS, par Max de Radiguès (Sarbacane, 2011)

Hugo part en vacances avec son père, et apprend sur la route que Michel, le fils de sa belle-mère (la nouvelle compagne de son père) va les rejoindre. Mais le souci, c’est que les deux garçons, jeunes ados, ne s’apprécient pas du tout. Alors dès que Michel arrive, Hugo en profite pour s’échapper dehors avec le chien Cartouche. Michel le rejoint lors de sa promenade en forêt, et leurs différences sont flagrantes. Mais il va arriver aux deux garçons une aventure qui va leur permettre de se découvrir, de se parler et de mieux se connaître…

Voici un album d’un auteur que j’ai découvert en début d’année dans 520 kms et plus récemment dans Orignal. Frangins est sorti avant ces deux titres-là, et je me dis qu’heureusement que je ne l’ai pas lu en premier. Alors certes, le synopsis est certes intéressant (deux demi-frères que tout oppose qui se retrouvent à devoir affronter une situation ensemble pour s’en sortir), mais j’ai trouvé que le scénario était vraiment trop lent et trop léger. Finalement il ne se passe pas grand-chose et quand il y a une action, elle est développée en plusieurs cases, un peu trop pour moi. 108 pages ont été trop longues pour moi pour cette histoire, mais nul doute que cela plaira aux collégiens qui se retrouveront certainement dans les dialogues et les situations. Je garde personnellement un sentiment d’inabouti dans cet album… Le dessin de Max de Radiguès est reconnaissable, et l’absence de décors la plupart du temps engendre un album assez dépouillé, aux aplats de couleurs souvent identiques. Cette simplicité est intéressante, on lit agréablement cet album, on ne s’embarrasse pas de multiples détails, les pages défilant les unes après les autres. C’est donc un album léger qu’on a là, qui aborde un sujet intéressant, mais un peu trop survolé pour moi. Les aspects négatifs que j’ai relevés dans cet album ne m’arrêteront cependant pas, car je compte bien continuer à lire ce jeune auteur belge qui renouvelle la production de BD pour les ados…

Non mentionné sur l@BD, mais sans souci à partir du collège.

On en parle sur les blogs : Lire pour le plaisir (CDDP de l’Oise), Soupe de l’espace, L’ouvre-livres,

Quelques planches sur le site de l’éditeur, ou sur le site de l’auteur.

BD aventure, BD historique

Endurance

ENDURANCE, par Pascal Bertho (scénario) et Marc-Antoine Boidin (Delcourt, 2009, coll. Mirages)

1914. Sir Ernest Shackleton n’a pas atteint le pôle Sud le premier, il a été devancé par Amundsen. Alors pour battre un nouveau record et y mettre son nom, il a l’idée de tenter ce qui n’avait jamais été essayé avant : traverser le continent Antarctique d’une mer à l’autre. Alors il rachète un bateau qu’il rebaptise l’Endurance et recrute un équipage à l’aide d’une petite annonce qui ne cache pas les difficultés qui peuvent attendre les hommes. Mais ce recrutement est un succès, et le départ peut se faire sans encombre à la date prévue, alors que la guerre commence à se profiler en Europe. Mais arrivé près de la Géorgie du Sud, la situation se complique : le bateau est pris dans les glaces, et l’expédition reste bloquée jusqu’à ce que le bateau soit broyé par les glaces. Alors les hommes vont prendre les canots pour survivre, sur l’eau ou sur la glace. Mais la situation va s’éterniser…

Voici un album choisi au hasard à la bibliothèque. Et bien encore une fois merci la sérendipité, puisque j’ai bien accroché à cet album, intéressant et sans temps mort. La situation des hommes de l’Endurance est vraiment désespérée, à une époque où les moyens de communication sont encore peu développés. L’Antarctique paraît vraiment comme une terre hostile, et les auteurs parviennent à nous intéresser au sort de ces hommes à l’autre bout du monde, et au capitaine Shackleton, un homme lucide, hors du commun, qui connaît les dangers et fait particulièrement attention à ses hommes d’équipage. C’est vraiment ce qui ressort de cet album : le capitaine cherche vraiment à ramener tout le monde en entier, il n’abandonne personne, ressoude son groupe lorsqu’il le faut et est prêt à se sacrifier pour le mieux-être d’un de ses hommes. C’est un homme impressionnant d’humanité, qui va tout faire pour honorer sa promesse, même si cela va prendre beaucoup de temps. Le scénario est comme je l’ai dit bien mené, on a les dates des événements, c’est facile pour se repérer, d’autant plus qu’il y a parfois des allers-retours dans la chronologie. Le dessin est agréable, pas exceptionnel, mais correspondant au propos. Les couleurs sont quant à elles magnifiques, très travaillées et toujours dans les tons bleu, gris, marron et blanc. Elles parviennent à retranscrire le froid extrême connu par les protagonistes. Léger bémol cependant : il manque (au moins dans l’édition que j’ai lue) une carte du continent et des îles proches, pour pouvoir situer l’équipage au fil de leur périple. Malgré ce léger point négatif, il n’en  reste pas moins qu’Endurance est un joli moment de lecture, avec 132 pages pleines d’une aventure humaine hors du commun.

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Le blog de Biblio, Le grenier à livres de Choco, La bibliothèque du Dolmen, Blog BD Sud-Ouest, Le blog-notes

Interview des deux auteurs sur le site de l’éditeur.

Quelques planches à voir sur le site de l’éditeur.

Pistes pédagogiques sur le site de l’école des loisirs, qui a réédité l’album en 2013.

BD aventure, BD sport

Sagarmatha

SAGARMATHA, la montagne dont la tête touche le ciel, par Patrick Weber (scénario) et Renaud Pennelle (Emmanuel Proust éditions, 2008, coll. Atmosphères sport)

Les parents d’Arnaud sont séparés, et son père est parti assouvir sa passion de l’alpinisme au Népal, où il organise des expéditions sur l’Everest avec des clients européens. L’ado ne supporte pas la situation et a pas mal de rancœur envers son père qu’il considère comme un égoïste. Sa mère lui propose un jour de rejoindre son père au Népal. Refusant tout net au départ, Arnaud ne peut finalement rien refuser à sa mère et va s’exercer d’abord en France. Il reprend le sport de façon intensive et avec un guide de Chamonix, va gravir le Mont-Blanc. Ces six heures d’ascension sont laborieuses et difficiles pour le corps d’Arnaud, mais il vient d’attraper le virus de l’altitude et cela motive finalement l’adolescent à aller au Népal. Là-bas il fait connaissance de la nouvelle compagne de son père et d’un népalais qui aurait plutôt tendance à l’énerver parfois… La vie avec ces nouvelles personnes ne va pas être si simple, mais la relation entre le père et le fils en sortira renforcée… En effet, tous deux vont entreprendre l’ascension de l’Everest, ou Sagarmatha pour les Népalais.

Voici un album sur un sujet assez peu abordé en BD, la montagne. J’ai bien pensé parfois au sommet des dieux de Taniguchi, mais là, on a une histoire de famille qui se met en parallèle de l’aventure sportive et humaine, et puis, le jeune héros n’est au départ pas attiré du tout par le milieu montagnard. J’ai beaucoup aimé l’introduction de Serge Koenig, vice-consul de France à Chengdu en Chine, 251ème alpiniste à avoir gravi le sommet de l’Everest. On apprend plein de choses sur le sommet le plus élevé du monde, les noms népalais (Sagarmatha), tibétain (Chomolanga) et européen (Everest, en hommage au géographe Sir George Everest qui dirigeait depuis Delhi le groupe de cartographes qui a repéré et mesuré officiellement le sommet en 1865). C’est donc très instructif sur l’histoire de la découverte de ce sommet. Cet album mêle une histoire familiale à une histoire d’aventure et d’ascension.

L’histoire familiale est assez classique, mais je trouve que le jeune Arnaud est trop facilement convaincu par sa mère pour aller au Népal, qu’il accepte trop facilement de se lancer dans l’ascension de l’Everest. Lorsqu’il menace de renoncer, il change d’avis peu de temps après, il n’a pas un avis vraiment fixe. Bref, l’ado au centre de cette histoire n’est pas forcément fiable, je ne l’ai pas trouvé particulièrement attachant. La relation avec son père est conflictuelle, mais c’est le fait de changer de lieu, d’être à Katmandou, ville culturellement totalement éloignée de ce qu’il pouvait connaître en France, qui va lui faire découvrir une facette inattendue de son père et comprendre son amour de la montagne. Je ne m’y connais pas du tout en alpinisme, mais j’ai aussi trouvé que les ascensions, que ce soit du  Mont-Blanc ou de l’Everest, paraissent relativement faciles. Bien sûr, la montée n’est pas de tout repos, mais cet album donne l’impression que n’importe qui en bonne santé et un minimum préparé pourrait faire l’ascension, alors que je me doute bien que ce n’est pas le cas dans la réalité. En même temps, difficile pour les auteurs dans cet album d’une petite cinquantaine de pages d’aborder les difficultés et les intenses préparations nécessaires aux ascensions. Au niveau du dessin, il est agréable, parfois un peu statique au niveau des portraits, mais les paysages de montagnes sont magnifiques et cela est accentué par les couleurs utilisées. Un joli dessin, servi par un scénario un peu faible et survolant le sujet. Dommage… A noter en fin d’album la présence d’un dossier de 4 pages avec des conseils pour affronter la montagne et ses sommets, en partenariat avec la FFME (fédération française de la montagne et de l’escalade).

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Montagne-cool, M. Picaud sur paperblog

Aller voir du côté du site du dessinateur Renaud Pennelle, dont c’était là la première bande dessinée.

BD aventure, BD sentimentale

Le vent des cimes

LE VENT DES CIMES, par Christian Perrissin (scénario) et Eric Buche (dessin) (Glénat, 2013)

Dans les années 1930, Rachel et Jack vont bientôt se marier. Lui est pilote pour l’Aéropostale sur la ligne Santiago du Chili – Buenos Aires, elle est la reine du looping. Le mariage est prévu pour la mi-avril, et la veille du jour le plus important de leur vie, Jack effectue une traversée vers l’Argentine, mais se crashe dans les Andes, dans la neige. Loin de tout et porté par l’amour de sa femme, il va tenter de survivre dans ce milieu hostile. De son côté, persuadée que les rêves qu’elle fait avec Jack sont prémonitoires, Rachel va devoir faire preuve de courage et d’obstination pour que les recherches soient lancées et poursuivies pour retrouver l’amour de sa vie. Alors que tout le monde le croit perdu, Rachel va elle-même participer aux recherches dans les montagnes…

Cet album mêle aventure et histoire d’amour, je l’ai choisi après la lecture d’un avis enthousiaste sur un blog de lecteur. Pour autant, je suis moins enthousiaste, car j’ai trouvé l’histoire intéressante mais sans plus. J’ai beaucoup aimé les paysages de montagnes, mais j’ai trouvé l’histoire d’amour trop surjouée. Je m’y attendais trop. La seule fois où j’ai vraiment été surprise dans l’histoire d’amour entre les deux, c’est à la fin, où je ne présageais pas un tel dénouement. Comme vous l’avez compris, j’ai préféré le côté aventure, où on apprend quelques petites choses sur l’Aéropostale, sur le monde très particulier de ces aventuriers de l’extrême qui ont mis en place les premiers vols commerciaux. Je n’ai pas aimé non plus les cases où les personnages parlent tout seuls, comme par exemple lorsque le héros est pris dans une tempête, sur terre ou dans les airs. J’ai trouvé que ça sonnait bien faux, le fait de se parler à soi-même pour se motiver et se persuader de tenir malgré les conditions climatiques difficiles. Le dessin est quant à lui assez agréable : le trait est simple, léger, élégant et globalement réaliste, les points de vue changent pour donner du dynamisme à l’histoire et les couleurs utilisées permettent de repérer facilement les flash-back. Le dessinateur représente bien chaque personnage, on n’a pas de problème pour les différencier, et il aime aussi dessiner l’héroïne sous différents angles : on sent qu’il prend un plaisir certain à dessiner ses courbes généreuses dans certaines scènes. Bref, un album assez moyen pour moi qui n’ai pas été totalement conquise par cette histoire qui a tout de même quelques points intéressants, mais pas assez pour en faire un incontournable du genre.

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Des livres des livres, Les sentiers de l’imaginaire, Le meilleur de la BD, Livresse des mots

Premières planches à lire sur Digibidi.

BD jeunesse

Les carnets de Cerise, tome 2 : Le livre d’Hector

LES CARNETS DE CERISE, tome 2 : LE LIVRE D’HECTOR, par  par Joris Chamblain et Aurélie Neyret (Soleil, 2013, coll. Métamorphose)

Suite du tome 1. Cerise est en vacances d’été, et le retour à la vie normale après son aventure du zoo est un peu difficile. Ses amies sont parties en vacances et les relations avec sa mère ne sont pas au beau fixe. Après quelques moments passés avec sa mère à la piscine, Cerise se retrouve face à un nouveau mystère : qui est cette vieille dame qui part de chez elle chaque mardi à la même heure, prend toujours le même bus et revient à la même heure ? Cerise mène l’enquête à la bibliothèque et se demande pourquoi cette dame emprunte le même livre depuis de nombreuses années… Au départ seule, elle va se faire aider de Line et Erica, ses deux amies d’enfance, mais des tensions apparaissent et l’enquête de Cerise pourrait briser leur amitié…

J’avais beaucoup aimé le tome 1 des aventures de Cerise, cette petite fille curieuse qui observe le monde qui l’entoure avec un sens du mystère incomparable. Je n’ai pas été déçue avec ce second tome, qui est peut-être moins palpitant (l’effet de surprise a disparu) mais tout aussi intéressant. Il y a quelques références à des passages du tome 1, et il n’y a plus de présentation des personnages. Il y a donc un ordre de lecture à suivre, mais la structure est la même que lors du premier tome, avec une alternance des planches classiques et des pages manuscrites du journal intime de la jeune fille, décorées de dessins et de photos. La couverture est toujours aussi jolie, avec beaucoup de détails (je n’avais pas vu au départ que les feuilles de l’arbre entourant le portrait de l’héroïne étaient en réalité des livres ouverts). L’histoire est très agréable, le trait jeunesse très poétique, et cela est accentué encore avec le choix des couleurs, recherchées, réfléchies, pas mises au hasard. Cet album plaira autant aux jeunes lecteurs qu’à leurs parents, car on a là un ouvrage de qualité, avec un côté « magie du quotidien » qui est très agréable et qui nous incite à regarder notre quotidien d’un autre œil, pour remarquer le détail qui passe inaperçu aux yeux des autres. Quelques légers bémols pour terminer : le vocabulaire de Cerise n’est parfois pas celui d’une fillette de 10 ans, et il y a quelques clichés sur les bibliothèques (la bibliothécaire, toujours disponible, n’a rien d’autre à faire que d’aider Cerise et de ranger 3 ou 4 livres dans les rayonnages, et l’étrange classement numérique m’a paru bien obscur…) Mais sinon, Le livre d’Hector est une jolie histoire, qui permet de passer un agréable moment intergénérationnel…

A partir de 7 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Un amour de BD (avec interview des auteurs), Le rose et le noir, Délivrer des livres, La bibliothèque de Noukette

Cet album a reçu le Fauve – prix jeunesse au festival BD d’Angoulême.