BD aventure, BD polar

Tyler Cross, tome 2 : Angola

TYLER CROSS, tome 2 : ANGOLA, par Fabien Nury (scénario) et Brüno (dessin) (Dargaud, 2015)

On retrouve le bandit Tyler Cross après un tome 1 déjà ultra violent. Cette fois, l’homme vit paisiblement avec sa compagne lorsqu’on lui propose de participer à un braquage arrangé, sorte d’arnaque à l’assurance, en lui promettant qu’il n’y a pas de risques. Mais cela ne va pas se passer comme prévu et tandis qu’une braqueuse parvient à échapper à la police et qu’un de ses camarades est tué, Tyler Cross est attrapé et condamné 20 ans de bagne, dans un endroit isolé de Louisiane nommé Angola, au milieu des marais et dirigé par un capitaine sans pitié. La violence y est omniprésente, tout comme la corruption. Le braqueur tente de survivre parmi ces fauves, en achetant une semaine de vie supplémentaire auprès d’un gardien, ou encore en faisant des alliances de circonstance. Il apprend qu’il est quasi-impossible de s’évader d’Angola, mais va tout de même tenter sa chance…

J’ai mis du temps à me décider à lire la suite des aventures de ce braqueur qui use de la violence comme il respire. L’ambiance est ultra-glauque, accentuée par les couleurs simples mais très judicieuses de Laurence Croix. Le scénario ne comporte pas de temps mort, et la violence est présente à chaque recoin de case ou presque, bref, c’est vraiment très noir. Les clins d’œil au cinéma américain sont nombreux, avec certains plans et certaines scènes. Celle où la braqueuse se retrouve au soleil au bord de la piscine de l’hôtel est particulièrement flagrante. Au niveau des personnages, ils sont tous pires les uns que les autres, et on n’est pas amené à ressentir de l’empathie pour l’un ou l’autre. Les portraits brossés ne donnent en effet pas envie de prendre en pitié de tels personnages, qu’ils soient principaux ou secondaires d’ailleurs. Cela démontre un scénario vraiment aux petits oignons, comme souvent chez Nury. Le dessin de Brüno est quant à lui reconnaissable entre mille, et même si au départ de ma découverte de cet auteur (Junk, Atar Gull), j’étais réticente, désormais je trouve que ce dessin aux traits simples est très approprié pour des histoires complexes. Les cadrages sont très variés, et même parfois inattendus, comme par exemple lorsqu’on a le canon d’une arme juste en face de soi. Cela met vraiment dans l’ambiance et contribue à maintenir une ambiance très particulière sur cet album. J’ai passé un bon moment de lecture, et ai aimé suivre ce héros calculateur et bien peu sympathique. Je ne sais pas si un tome 3 est prévu, mais toujours est-il que s’il sort un jour, je crois que je ferai partie de ses lectrices…

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Un amour de BD, Pop up culture, Le tour du nombril, Carnet d’une libraire, Miss Alfie croqueuse de livres, Blog Brother

Premières planches à lire sur Izneo.

Aller voir le blog du dessinateur Brüno.

Cet album participe à , cette semaine chez Stephie.

BD adaptation, BD engagée

L’homme qui s’évada

L’HOMME QUI S’ÉVADA, par Laurent Maffre (Actes Sud BD (Arles), 2006)

https://i2.wp.com/www.bdgest.com/critiques/images/couv/56836.jpgRoman graphique adaptant le roman d’ Albert Londres du même nom que l’album, publié en 1928. L’histoire : Tout commence en 1912 avec la bande à Bonnot. Camille-Eugène Dieudonné, ouvrier ébéniste assez proche des anarchistes (tout comme la bande à Bonnot) est arrêté sous la pression de l’opinion publique qui veut un coupable pour les méfaits commis par les voyous. Dieudonné, complice supposé de ces criminels mais condamné sans preuves, est envoyé injustement au bagne, en Guyane. Onze ans plus tard, enquêtant à Cayenne, Albert Londres rencontre Dieudonné. Ses camarades, ses gardiens, tous jusqu’au directeur de l’établissement, tiennent l’anarchiste pour innocent du crime qu’il paye ici. Trois ans plus tard, Dieudonné s’est évadé et vit désormais au Brésil. Depuis Belem, il interpelle la France pour la révision de son procès. A Paris, un journaliste s’enflamme, Albert Londres. Le temps d’une traversée et l’homme de plume serre la main de l’homme de peine. Ensemble, ils s’engageront sans réserve pour que justice soit rendue.

Laurent Maffre dessine sa première BD en trois parties : les raisons de l’envoi de Dieudonné à Cayenne, et la forte pression exercée par l’opinion publique de l’époque; l’évasion du condamné et de ses compagnons d’infortune dans un environnement hostile; la vie de l’évadé (qui retrouve sa « belle » (sa liberté)) et sa réhabilitation souhaitée.

D’après ce que j’ai pu lire sur différents sites, Laurent Maffre prend le partie d’être fidèle au roman, et surtout aux dialogues d’Albert Londres. Le texte, simple, efficace et direct, décrit l’horreur, donne du sens au mot «liberté». L’inhumanité du bagne est aussi largement critiquée (les conditions de vie, le climat hostile…). Le dessin, en noir et blanc, peut être rebutant au premier abord, mais recèle pourtant un grand nombre de détails (par exemple les tatouages des prisonniers). Il pourrait être très intéressant de comparer l’oeuvre originale à cette première BD d’un prof de dessin. A essayer donc !!

Roman graphique non référencé par l@BD, des scènes peuvent choquer, la vie au bagne étant loin d’être une partie de plaisir. Pour voir des planches, aller ici.