Bernarreke, tome 1

BERNARREKE, tome 1 : l’enfance, par Bernard Valgaeren (scénario) et Christophe Girard (dessin) (Les enfants rouges, 2015, coll. Isturiale)

couverture-BERNARREKE-site.jpgSouvenirs d’enfance du jeune Bernard, né en  1949 en Belgique flamande, dans une famille où le père, souvent absent du domicile familial, est un peu trop penché sur l’alcool. Sourd de naissance, Bernard va, grâce à l’obstination de sa mère, s’intégrer à la société, apprendre à lire et à écrire sans parler. Il va aussi découvrir un monde des entendants qui ne veut pas toujours l’inclure, une religion catholique parfois rude dans ces années 1950, des personnages au caractère affirmé. Puis sa mère quittant la Belgique pour le Var, il va devoir se mettre à comprendre le français et encore une fois s’intégrer dans un monde qui n’est pas prévu pour son handicap. C’est aussi le début des premiers sentiments, avec son attirance pour les garçons qui commence à se manifester…

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Macaroni !

MACARONI !, par Thomas Campi et Vincent Zabus (Dupuis, 2016)

macaroniContre son gré, Roméo est confié par son père pendant une semaine à son grand-père. Le jeune garçon ne l’aime pas du tout, et l’appelle même « le vieux chiant qui pue ». Roméo a beau supplier son père, celui-ci ne peut faire autrement. Dès le début, cela se passe mal : l’accueil du grand-père est des plus froids, le dialogue se fait rare, et comble de l’ennui pour Roméo, il n’y a même pas de télé chez ce monsieur qu’il ne connaît presque pas. Le grand-père un peu rustre va demander à son petit-fils de l’aider pour les tâches quotidiennes, l’entretien du jardin principalement. C’est ainsi que Roméo va se mettre à aider son grand-père et s’occuper du cochon nommé Mussolini… Il ne se doute pas du tout de l’histoire de son aïeul, italien émigré en Belgique pour y travailler à la mine… Lire la suite

Marcinelle 1956

MARCINELLE 1956, par Sergio Salma (Casterman, 2012, coll. Écritures)

A Marcinelle, près de Charleroi en Belgique wallonne, les mines du Bois du Cazier tournent à plein régime en cette année 1956. De nombreux immigrés italiens arrivent pour travailler dans les entrailles de la terre, alors qu’il n’y a plus de travail pour eux dans leur pays d’origine. C’est ainsi que la famille de Pietro est arrivée dans cette région houillère. Marié et père d’un garçonnet, Pietro ne souhaite pas retourner en Italie, contrairement à ses camarades. Il se lève tôt chaque jour pour travailler durement pour faire vivre sa famille, et un jour par hasard, croise une femme belge qu’il va apprendre à connaître, malgré la différence de langue. Cet ‘écart’ dans sa vie familiale est mal vu par les autres membres de la communauté italienne de Marcinelle. Mais lorsqu’à la suite d’une mauvaise manœuvre d’un wagonnet de charbon dans un ascenseur, la mine s’enflamme et déclenche un incendie gigantesque, cette relation que certains considéraient comme incorrecte va au final lui épargner la vie…

Voici un album de la collection « écritures » que j’ai emprunté sans hésiter, comme à chaque fois avec cette collection. J’étais en plus intriguée par le nom de l’auteur, que je connaissais pour sa série jeunesse « Nathalie ». Cet album-là n’est pas du tout un album jeunesse, c’est plus une biographie romancée des souvenirs de ses parents, immigrés italiens arrivés pour travailler dans les mines en Wallonie. Les faits sont romancés, dans le sens où l’histoire d’amour n’a pas existé et n’est là que pour donner plus de consistance à l’histoire. L’hommage de Sergio Salma aux italiens qui ont travaillé dans les mines belges est touchant, et permet aussi de montrer le racisme dont cette communauté a été la victime, ne parlant bien souvent pas la langue locale et donc ayant du mal à s’intégrer parmi les belges. L’histoire entre Pietro et la femme belge est fictionnelle, mais le contexte événementiel a été bien réel. Fiction et réalité sont mélangés dans ce récit, mais on parvient sans peine à les distinguer. Le récit de la catastrophe minière n’est pas fait de l’intérieur, mais d’un point de vue extérieur, d’après les informations qui ont été divulguées sur cette catastrophe qui a fait de nombreux morts. Le récit de Sergio Salma est fluide, il se lit facilement et rend hommage aux mineurs italiens anonymes qui ont contribué à la Belgique de l’après-guerre. Les personnages ne sont par contre pas tous facilement reconnaissables les uns des autres, d’autant plus que seuls le noir et le blanc sont utilisés. Il n’empêche que cette bande dessinée est un moyen intéressant pour ne pas oublier la plus grande catastrophe minière de Belgique, à une époque où le charbon était le moyen de chauffage principal de nombreux foyers. A noter enfin le dossier documentaire en fin d’ouvrage qui permet d’en savoir plus et de retracer ce qu’est devenu ce lieu d’histoire.

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Samba BDHop blog, Sans connivence, Chroniques d’Asteline, Litterature a blog, Enna lit

Premières planches à voir sur Izneo.

Plus d’infos sur le Bois du Cazier sur le site dédié à cette catastrophe.

Africa dreams, tome 1 : L’ombre du roi

AFRICA DREAMS, tome 1 : L’OMBRE DU ROI, par Maryse Charles, Jean-François Charles (scénario) et Frédéric Bihel (dessin et couleurs) (Casterman, 2010)

1960, dans un musée colonial belge, un groupe d’enfants découvre l’histoire coloniale de leur pays. Un enfant tombe nez à nez avec une statue du roi Léopold II dit le roi bâtisseur. Retour en arrière : fin du XIXème siècle, ce même roi prend possession du Congo, un territoire 80 fois plus grand que le royaume qu’il dirige. Il rencontre Stanley, le célèbre explorateur, et détermine avec lui les frontières de ce pays qu’il veut civiliser, alors que d’autres pays européens s’intéressent eux aussi à ces terres inexplorées… Au Congo, un jeune séminariste, Paul Delisle, arrive sur place, à la recherche de son père, colon devenu prospère planteur, que sa famille a déclaré mort. Il y découvre aussi sa jeune femme et ses nombreux demi-frères et sœurs… Mais son père, farouche opposant à la religion, n’accueille pas si chaleureusement son fils venu d’Europe. Cependant, les deux vont s’apprivoiser, et Augustin va découvrir la réalité du Congo belge, loin de l’image idyllique qu’il en avait…

Encore un album pris un peu au hasard dans les rayons de la bibliothèque, cette fois grâce au nom des scénaristes (Red bridge tomes 1 et 2, Far away). Il s’agit là du début d’une série de 3 tomes, et donc ce volume pose les bases. L’histoire commence en 1960, alors que la décolonisation a largement commencé, mais ne revient jamais ensuite à cette époque-là. Les scénaristes posent les bases de l’histoire, et de nombreuses questions apparaissent, que ce soit sur la grande ou la petite histoire. La colonisation belge n’est pas un sujet qui me parle, je n’y connais pas grand-chose, et donc j’ai ouvert cet album de façon innocente. On sent bien que le roi Léopold n’a pas été très clair sur ses motivations à coloniser des terres d’Afrique, et que la recherche du profit l’a emporté sur les valeurs humanistes. On est bien loin de l’image naïve de Tintin au Congo… Ce premier tome est donc intéressant et bien mené, même si les auteurs utilisent des retours en arrière qui m’ont parfois un peu perturbée dans ma lecture. Par contre les dessins de Frédéric Bihel (déjà lu sur Tout sauf l’amour) sont magnifiques, avec des portraits très jolis (surtout ceux des femmes) et des couleurs tirant vers le pastel, mettant en valeur les personnages lorsqu’il le faut. Le trait n’est pas toujours le même, étant plus flouté à certains moments pour accentuer certains passages du scénario. On a donc là un premier tome globalement agréable qui incite à lire la suite… Cela sera pour bientôt je pense…

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Lecturissime, Le bibliophare, Samba BD, Blog Bd Sud-Ouest

Premières planches à lire sur Izneo.

Plus d’infos sur la colonisation belge par Léopold II sur le site de la LDH de Toulon, le site spécialisé CoBelCo, et l’encyclopédie Larousse.

Ennemis de sang, tome 1 : Les moissons funestes

ENNEMIS DE SANG, tome 1 : LES MOISSONS FUNESTES, par Francis Carin (scénario) et David Caryn (dessin) (Glénat, 2014)

1914, Omer est un jeune homme qui arrive à la gare d’Anvers. Ne connaissant personne dans cette ville belge, il suit d’abord une jeune femme qui tente de l’escroquer, puis est recueilli par un jeune homme docker qui l’accueille dans son appartement atelier d’artiste. Omer lui raconte son histoire : né avec son jumeau en 1896 dans une famille bourgeoise, les Van Tongen, lui seul a été kidnappé à l’âge de six mois par un couple de paysans, les Desmet, qui avaient perdu leur bébé peu de temps auparavant. Fuyant la région, les Desmet quittent la Flandre occidentale pour se rendre en Wallonie. Le père y trouve du travail à la mine, et Omer grandit sans se douter de son histoire. Mais c’est à l’âge de 11 ans, lorsqu’il va travailler lui aussi à la mine, qu’il va retrouver par hasard son père qui a pris la direction de l’entreprise. Ses parents adoptifs jugés puis condamnés, Omer retourne dans sa famille biologique, mais son frère jumeau Oscar supporte mal Omer à qui tout réussit. Il va lui faire vivre un enfer, et Omer après avoir enduré de multiples souffrances, choisit de quitter les Van Tongen…

Voici un album sorti en février dernier, dont je n’aurais jamais entendu parler s’il n’avait fait partie des nouveautés à la bibliothèque. Il s’agit là encore d’un tome 1, mais qui peut bien se lire seul sans trop de difficultés. L’histoire est intéressante et originale, la fin est ouverte vers un autre tome qui devrait parler d’un autre continent, mais la conclusion passe tout de même très bien si on ne lit que cet album-là. Le scénario est parfois un peu rapide et un peu facile (les retrouvailles avec sa famille biologique, la médaille avec son prénom qu’il a toujours conservé sur lui alors que sa mère adoptive ne lui avait jamais raconté son histoire…). De plus, certains moments sont racontés brièvement, mais on suit l’histoire avec plaisir, avec en plus des informations dispersées ça et là sur la Belgique, par exemple les inimitiés entre Wallons et Flamands et la considération envers leurs voisins hollandais. La relation entre Omer et Oscar est racontée très brièvement, un peu trop à mon goût, car on n’a l’impression qu’ils ne se sont jamais vraiment parlé. Il y a quelques incohérences de temps, mais sinon le reste est bien raconté, même si le hasard fait un peu trop bien les choses parfois. Le dessin de David Caryn est agréable et réaliste, sauf pour les portraits des bébés, qui ont plus des visages d’adultes. J’ai passé un agréable moment de lecture malgré les quelques défauts relevés, et j’espère vraiment lire le tome 2 lorsqu’il sortira.

Non mentionné sur l@BD, mais peut-être à partir de 13 ans.

On en parle sur les blogs : SambaBD, Les chroniques de Madoka, Ligne claire

Premières planches sur le site de l’éditeur.

Interview des auteurs à lire sur ActuaBD, où j’ai appris que le scénariste est le père du dessinateur !