Culottées tome 1

CULOTTEES tome 1 : des femmes qui ne font que ce qu’elles veulent, par Pénélope Bagieu  (Gallimard, 2016)

culotteesAlbum de courtes biographies de femmes aux destins hors du commun. On retrouve toutes les époques, tous les continents et toutes sortes de destins : impératrice en Chine, travailleuse sociale africaine prix Nobel de la paix 2011, femme à barbe au XIXe siècle, reine africaine au XVIIe siècle, gynécologue grecque antique, guerrière chamane au XIXe,  nageuse australienne au XXe siècle, gardienne de phare américaine, créatrice finlandaise de trolls après la guerre … Les histoires racontent le plus souvent la vie complète de la femme, ou parfois juste un événement particulier, mais à chaque fois, cela montre des femmes qui font voler en éclats les préjugés sur leur sexe, à une époque où elles étaient considérées inférieures, incapables ou encore soumises aux hommes… Lire la suite

Kersten tome 1

KERSTEN MEDECIN D’HIMMLER, tome 1 : PACTE AVEC LE MAL, par Patrice Perna (scénario) et Fabien Bedouel (dessin) (Glénat, 2015)

L’histoire commence en 1945 en Suède, à Stockholm. Le docteur Kersten demande l’asile ainsi que des papiers. Mais tout cela lui est refusé par le nouveau ministre des affaires étrangères. L’homme repart, dépité et incompris. Retour en 1939 : le docteur Kersten, finlandais mais ayant un diplôme allemand, est le seul à pouvoir soulager avec ses mains Himmler, un des proches collaborateurs d’Hitler. Au fil des séances avec le haut-dignitaire nazi, il en devient le confident. Lorsqu’il apprend la déportation de la population hollandaise, il va tout faire pour l’empêcher ce désastre. Himmler l’apprécie tellement qu’il lui fait entièrement confiance et accède positivement à ses demandes, en allant voir le Führer même si besoin, ou en faisant libérer un des amis du médecin, emprisonné de façon arbitraire. En même temps, Kersten donne des infos aux anglais en parallèle, et malgré sa répulsion de plus en plus grande pour Himmler, doit risquer sa vie à chaque instant.

Cet album traite de la seconde guerre mondiale sous un angle que je trouve inédit, et est inspirée d’une histoire vraie. J’ai beaucoup aimé ce volume, car l’histoire est bien écrite et bien menée. En effet, au départ on ne sait quoi penser de cet homme qui côtoie les nazis, mais plus les planches défilent et plus on comprend qu’il est pris dans une grosse machine qui le dépasse, lorsqu’il doit suivre Himmler en Yougoslavie ou lors que le dirigeant nazi quitte Berlin, en obligeant son médecin à le suivre. Sentant la pression de plus en plus forte exercée par Himmler qui pourrait très vite devenir menaçant et dangereux, Kersten ne veut plus jouer un double jeu et se voit donc pris au piège. Ce volume se termine en 1941, mais on sait dès le départ que Kersten survit à la guerre, donc on espère seulement lire la suite pour voir comment il va se sortir de cette situation. Graphiquement parlant, j’ai eu au départ un peu de difficultés avec le dessin, un peu étrange, avec un trait fin pas forcément très assuré. Puis finalement, cela convient bien à l’histoire, servie par des couleurs ternes, qui aide à créer une ambiance du genre « chape de plomb » (l’auteur est le même que dans « Un long destin de sang« ). A noter aussi qu’il y a pas mal de portraits en gros plan dans de petites cases, ce qui accentue le côté sombre ettragique de l’histoire. Le scénario quant à lui est très bien écrit, utilisant bon nombre de mots de vocabulaire « d’époque » (les tournures de phrases des nazis et leur peu de considération des autres peuples par exemple). Le découpage de l’histoire est dynamique et m’a permis de bien accrocher à cet album au sujet peu réjouissant. Happée par cette histoire, j’espère maintenant pouvoir lire la suite rapidement…

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Samba BD, Chroniques de l’invisibleCases d’histoire, Les 8 plumes, Bar à BD

Premières planches à voir sur Izneo.

Cet album participe à , cette semaine chez Noukette.

California dreamin’

CALIFORNIA DREAMIN’, par Pénélope Bagieu (Gallimard, 2015)

Biographie d’Ellen Cohen, jeune femme née sur la côte est-américaine en 1941 qui rêve de devenir chanteuse avec sa voix exceptionnelle mais son physique qui ne correspond pas aux standards. Elle a tendance depuis son enfance à être boulimique et son physique est trop imposant pour espérer devenir une star. Mais la jeune femme excentrique est dotée d’un tempérament d’enfer, toujours très positif et d’une répartie toujours bien placée. A 19 ans, elle décide de changer de nom pour devenir Cass Elliot et elle quitte sa famille pour tenter sa chance à New-York. Elle y rencontre Denny dont elle tombe amoureuse, même si cela n’est pas réciproque. Leur amitié va tout de même les conduire à créer un groupe avec un couple d’amis : ce groupe sera nommé Les Mamas and Papas. Après quelques errements, le succès vient au milieu des années 1960 avec la chanson « California dreamin' », menée par la voix d’or d’Ellen/Mama Cass, qui cherche toujours l’amour.

Le dernier livre de Pénélope Bagieu a pas mal circulé sur les blogs, et j’ai eu l’occasion moi aussi récemment de lire cet épais roman graphique de plus de 270 pages. Le titre me disait bien quelque chose, mais je n’en savais pas beaucoup plus. Ainsi, j’ai découvert la biographie d’une femme haute en couleur, déterminée et excentrique, dotée d’une voix exceptionnelle et qui parvient à se faire une place dans le milieu de la chanson malgré un physique qui n’est pas en adéquation avec les standards de l’époque. L’histoire est vraiment bien retracée, depuis l’enfance jusqu’aux premiers succès. Les chapitres sont nombreux et originaux : chaque chapitre est le récit d’une personne qui a côtoyé Ellen/Cass pendant une période de sa vie de jeune fille, femme ou encore artiste. Ainsi, on a le point de vue de membres de sa famille, mais aussi d’amis d’enfance ou encore de membres du groupe. Tous ces morceaux de puzzle permettent de retracer le parcours de cette femme impressionnante. Le dessin est très approprié, tout en noir et blanc. Très fluide, il donne un rythme parfois assez fou à cet album qui se lit presque d’une traite. Pénélope Bagieu produit un dessin très 1960/70, tout à fait dans l’ambiance de l’Amérique de ces années-là. Cela donne donc une bien jolie biographie sur un personnage quelque peu oublié. Pour faire ma difficile, j’émets cependant deux regrets : la fin de l’album est un peu abrupte à mon goût, cela s’arrête alors que le succès vient de commencer pour le groupe, et j’aurais aimé aller plus loin, rester un peu plus longtemps encore avec Mama Cass. Deuxième point, c’est qu’il manque une bande originale fournie avec le livre, car l’album donne vraiment envie d’écouter les productions des Mamas and Papas (finalement, je me suis rendue compte que je connaissais d’autres chansons que celle qui fait le titre du livre). Alors en fin d’article, vous trouverez une sélection de leurs titres, pour accompagner musicalement cette chronique, si cela vous dit…

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : La bibliothèque de Noukette, Chez Clarabel, Les lectures d’Alice, Promenades et méditations, Le blog du carré jaune, La fée culturelle

Premières planches à voir sur Izneo.

Love in vain

LOVE IN VAIN, Robert Johnson 1911-1938, par Jean-Michel Dupont (scénario) et Mezzo (dessin) (Glénat, 2014)

Biographie de Robert Johnson, bluesman des années 1930, né dans le sud des Etats-Unis en 1911, victime du racisme comme nombre de ses compatriotes, et ayant choisi de jouer à New-York loin de ses racines, avant de revenir dans son Mississippi natal. Guitariste virtuose, il s’était fait une place parmi les meilleurs bluesmen de son temps, avant de mourir empoisonné, victime d’une rivalité amoureuse. Très talentueux, la rumeur courait qu’il avait vendu son âme au diable. Brûlant la vie par les deux bouts, il accumulait les conquêtes ainsi que les excès, et a laissé peu de traces de son génie, avec seulement quelques enregistrements et peu de photographies…

J’ai choisi cet album car je l’avais repéré sur différents blogs, et les avis étaient dithyrambiques. Le nom de Robert Johnson ne me disait rien, mais comme j’aime bien découvrir des sujets qui me sont inconnus, je me suis lancée sans trop d’hésitation. Déjà avant de commencer la lecture, je remarque que l’album est un joli objet, avec son dos toilé et sa couverture sobre mais de qualité. Le format à l’italienne est original, pas pratique pour lire dans son lit, mais bon, ce n’est pas non plus le seul endroit où l’on peut lire… Les pages sont épaisses et agréables au toucher. Je regrette cependant que l’album soit si court (56 pages seulement), car cela ne se voit pas à première vue. En ouvrant l’album, j’ai été époustouflée par les dessins de Mezzo (là encore une découverte pour moi), avec un trait gras très réaliste et un usage du noir et blanc impressionnant. Le dessin a vraiment du caractère ; j’ai beaucoup aimé ce côté-là, un peu brut, mais qui colle à ce récit pas spécialement gai. A travers la biographie du musicien, on a aussi un exemple de la vie d’hommes noirs dans le Sud américain de la première moitié du XXe siècle, où le racisme était encore fortement présent. Les paroles des chansons (dont le titre est extrait) qui parsèment l’histoire ne sont pas traduites, et pourtant cela ne dérange pas du tout à la lecture. On parviendrait presque à s’imaginer la mise en musique des textes tellement le tout reste fluide. Enfin, la voix off, qui ne se présente qu’à la toute fin de l’histoire, tient le lecteur en haleine, et cette construction intelligente permet de maintenir le suspense jusqu’au bout, même si à un moment on se doute de l' »identité » de cette voix. Pour terminer, j’ai aussi apprécié la présence d’une bibliographie/filmographie/webographie à la fin de l’album, qui permet de savoir vers quels livres aller pour en savoir plus. Cela donne vraiment envie d’aller plus loin et démontre le sérieux de cette biographie très agréable à suivre. Certes, il me manque un petit quelque chose pour être totalement transportée, mais avec ce Love in vain, on n’est quand même pas loin du coup de cœur !

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : La bibliothèque de Noukette, Twenty three peoniesMadimado’s blog, D’une berge à l’autreLalydo’s blog

Quelques planches à voir sur le site de l’éditeur.

Aller voir la page Facebook de l’album.

Cet album a reçu le Prix des librairies Canal BD 2015 à la fin du mois de mai dernier.

C’et ma dixième participation à la bd de la semaine, cette semaine chez Un amour de BD.

Rembrandt

REMBRANDT, par Olivier Deprez et Denis Deprez (Casterman, 2008)

Biographie dessinée du peintre hollandais Rembrandt Van Rijn, depuis son arrivée à Amsterdam jusqu’à son départ suite à sa ruine. Arrivé chez un mécène, il commence à se faire une réputation dans la ville de tous les possibles, et tombe amoureux de Saskia, la nièce de son mécène. Avec elle, il a plusieurs enfants qui décèdent jeunes, et un jour arrive Titus, son fils qui grandit et apprend le dessin avec lui. Mais Saskia meurt, et Rembrandt se rapproche de Geertje sa servante, puis d’une autre servante Hendrikje. Ses tableaux se vendent bien, mais son rapport avec ses commanditaires est compliqué lorsqu’il n’exécute pas le portrait demandé et ses déboires financiers vont finalement le mener à la ruine…

Après avoir lu la bio dessinée d’Egon Schiele, je continue avec un néerlandais du XVIIème siècle, plus connu. Je suis allée à Amsterdam l’été dernier, on s’est arrêtés devant la maison de Rembrandt sur Breestraat, on a visité le Rijksmuseum avec de nombreux tableaux de Rembrandt, dont plusieurs mentionnés dans l’album : « La ronde de nuit » et des « autoportraits », mais il n’y avait pas « la leçon d’anatomie du docteur Pulp » (qui se trouve à La Haye). J’ai reconnu ces tableaux sans problème, mais comme je ne connaissais pas la vie du peintre, j’ai été un peu perdue. En effet, il y a vraiment peu de dates dans l’album, et pas beaucoup plus d’explications (en off ou dans un éventuel dossier documentaire qui aurait été bien intéressant pourtant), même si l’histoire se déroule chronologiquement. Cela fait que j’ai eu du mal à rentrer dans l’histoire. De plus, le dessin ne m’a pas beaucoup plu : tout est fait à la peinture, ce qui est louable, et même si les paysages aquarellés sont jolis, dans le style de Rembrandt, je n’ai pas apprécié les portraits. J’ai trouvé les traits de certains personnages particulièrement désagréables, parfois déséquilibrés, voire même quelquefois enfantins : cela n’embellissait pas du tout les personnages. Alors même si la couverture est jolie, certaines cases de l’album m’ont paru vraiment être du brouillon. Bref, je suis déçue par l’aspect graphique, et j’aurais aimé en savoir plus au niveau du scénario. J’aurais aimé que les informations sur Rembrandt soient plus claires, que sa peinture soit plus développée au détriment de sa vie privée. Mais sinon cet album constitue tout de même une bonne approche d’un peintre célèbre, avec cette histoire « présentée comme une libre adaptation de la vie de Rembrandt », pour peu qu’on connaisse déjà avant le peintre. C’est un album à essayer pour les lecteurs férus d’art, les autres (dont je fais partie) risqueraient de se sentir facilement perdus.

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle (peu) sur les blogs : Le blog de la carterie de Caroline K., Spooky sur bdthèque

Interview de Denis Deprez à lire sur le site de l’éditeur, et une autre du duo sur Ket Paddle.

Visiter le site du Rijkmuseum (en anglais, ou en néerlandais, à vous de voir !), avec une exposition jusqu’au 17 mai 2015 sur le peintre, regroupant des œuvres du monde entier :

Voir aussi l’intéressante exposition virtuelle sur Rembrandt, à consulter sur le site de la BnF, avec de nombreuses infos intéressantes, dont des repères chronologiques.

Et pour finir, une fois n’est pas coutume, quelques photos personnelles du Rijkmuseum (un musée à visiter !), avec la salle consacrée à Rembrandt bondée en ce jour d’août 2014 (désolée de la qualité moyenne) :

salle "la ronde de nuit"

« La ronde de nuit » (1642) (mur de droite)

Autoportrait en l'apôtre Paul - Rembrandt

« Autoportrait en l’apôtre Paul » (1661)

La fiancée juive

« La fiancée juive » (1667)

A l’ombre de la gloire

À L’OMBRE DE LA GLOIRE, par Denis Lapière (scénario) et Aude Samama (Futuropolis, 2012)

Biographies des destins croisés de Mireille Balin et Victor Perez. Elle est née à Monte Carlo dans une famille aisée et a vécu à Paris avant de voir sa carrière cinématographique se lancer, pour devenir l’incarnation de la femme fatale du cinéma de l’entre-deux-guerres. Lui est né en Tunisie dans une famille juive pauvre, et décide d’arrêter l’école pour se lancer dans la boxe. Il gravit les échelons de sa discipline et devient même le plus jeune champion du monde dans sa catégorie… Mireille et Victor se croisèrent et devinrent amants, mais Mireille dans sa quête de célébrité laissera tomber le jeune homme lorsqu’il ne parviendra pas à retrouver son niveau de champion. La seconde guerre mondiale les verra prendre des chemins diamétralement opposés : elle fréquente les galas de bienfaisance à l’ambassade d’Allemagne à Paris et tombe follement amoureuse d’un officier autrichien de la Wehrmacht, tandis que lui refuse de rentrer en Tunisie avec son frère, vivant à Paris, puis dénoncé, il est déporté à Auschwitz et meurt lors d’une « marche de la mort » en 1945…

Voici un album qui oscille entre plusieurs genres : la biographie, le récit sportif, l’histoire d’amour… Les deux récits sur Victor Perez et Mireille Balin sont habilement mêlés de façon chronologique : au départ, on a leur enfance, leurs débuts dans leurs domaines respectifs, puis leur rencontre manquée alors qu’elle commençait à être reconnue et que lui était commis dans un magasin de chaussures chic. Ensuite, une bonne part de l’album est sur leur temps ensemble, alors qu’ils sont au sommet de leur gloire, mais leurs chemins se séparent lorsque Victor perd son statut de champion du monde, elle ne fréquentant que des hommes de la bonne société. C’est une histoire somme toute assez banale, mais au final bien triste qui nous est proposée là, les destins des deux héros se finissant bien mal. Le récit nous est raconté par une voix off, dans les cartouches, ce qui ne nous rapproche pas forcément des deux personnages, mais permet d’apporter des compléments intéressants sur leur psychologie. C’est un peu le regret que j’ai à la lecture de l’album, cette impression de ne pas avoir été touchée, impliquée dans l’histoire. L’histoire est trop effleurée à mon goût, c’est bien dommage car l’aspect graphique de cet album vaut le coup. Il s’agit là de peintures plus que de dessins, et c’est vraiment splendide à regarder. On voit tout le travail effectué pour représenter artistiquement cette histoire, et il y a quelques grandes planches particulièrement jolies. Bien sûr, cette technique implique l’absence de détails précis, mais cela n’est pas dérangeant car cela confère une ambiance particulière à l’album et le style d’Aude Samama, que je trouve très agréable, porte joliment cette histoire, que j’aurais aimée plus détaillée (mais j’ai trouvé les réponses à mes questions en faisant ensuite mes recherches biographiques sur Internet…!). Un album tout de même intéressant, à découvrir autour de deux personnages plus ou moins oubliés de nos jours…

Non mentionné sur l@BD.

On en parle sur les blogs : Salon littéraire, Le bibliophare, Les sentiers de l’imaginaire, BDdog

Premières planches à voir sur Digibidi.

Interview des deux auteurs à lire sur SambaBD.

S.

S., par Gipi (Vertige Graphic / Coconino Press, 2006, coll. Moby Duck)

Biographie partielle du père de l’auteur, nommé tout au long du récit S. pour Sergio. Gipi retrace quelques épisodes de la vie de l’homme en Italie : pendant la seconde guerre mondiale, mais aussi bien après, avec son fils et sa femme, ou encore à la fin de sa vie, alors que sa santé est défaillante… Pour ces souvenirs, il se sert de ce que son père lui a raconté, de ses propres souvenirs avec son cousin et son oncle, mais aussi des récits d’autres membres de sa famille…

Cela doit être la BD avec le titre le plus court sur tout ce blog ! Non plus sérieusement, j’ai choisi ce titre en bibliothèque car c’était le seul de cet auteur italien qui a dernièrement sorti « Vois comme ton ombre s’allonge » qui a pas mal circulé sur les blogs que je visite. Je dois dire que j’ai eu du mal avec S., un album que j’ai dû reprendre plusieurs fois. Je n’ai pas spécialement accroché, l’histoire traîne en longueur et n’est pas bien intéressante. De plus les phrases sont longues et répétitives, j’ai trouvé ça vraiment pénible. Des textes sont parfois inutiles (surtout les expressions à rallonge donnant les filiations, comme par exemple « le père de la fiancée de S. », qui est en réalité le grand-père maternel de l’auteur). De même, le récit est décousu, on passe d’un épisode à l’autre sans transition, l’auteur utilisant de nombreux flash-back. Certains passages sont redondants, l’auteur les relate une nouvelle fois car au final ses souvenirs sont différents de ce qui lui a été raconté par des membres de sa famille et chacun a sa version… Malgré tout, on sent l’amour qu’il porte à son père, qu’il considère parfois comme un héros, mais au final le manque de fil conducteur m’a fait décrocher et je ne me suis pas sentie impliquée dans l’histoire. Le dessin par contre n’est pas désagréable, le trait est fluide, les portraits jolis. L’auteur utilise la technique de l’aquarelle, mais on sent aussi que son crayon est un peu nerveux sans pour autant que ce soit désagréable. C’est un trait que j’aimerai revoir dans d’autres livres, mais avec un scénario plus construit. Je n’ai pas savouré cette lecture, peut-être me manquait-il des clés pour la comprendre… C’est un flop pour moi, dommage…

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Reading in the rain, Sin city, Tu l’as lu (stucru) ?

Voir le blog (en français) de Gipi (plus mis à jour depuis plusieurs années).

Cet album est ressorti chez Futuropolis cette année, avec une nouvelle couverture. Les premières planches de cette édition sont à voir sur Digibidi.

Femmes en résistance, tome 1 : Amy Johnson

FEMMES EN RESISTANCE, tome 1 : AMY JOHNSON, par Régis Hautière, Francis Laboutique (scénario) et Pierre Wachs (dessin) (Casterman, 2013)

De nos jours, Eve Lemarinier vient de mourir. Après son enterrement, sa nièce retourne dans sa maison où l’attend un petit coffret. Elle l’ouvre et découvre nombre de vieux papiers, carnets et autres brochures de presse sur des femmes célèbres. Elle va ainsi découvrir la vie d’une aviatrice méconnue, Amy Johnson, exploratrice d’avant guerre (première femme à avoir relié la Grande-Bretagne à l’Australie, en 1929) qui a participé à l’effort de guerre en s’engageant dans la Royal Air Force, monde ultra masculin s’il en est….

Voici la première biographie de la série « femmes en résistance », qui sera relié par un fil conducteur : la boîte en fer qui contient des documents d’époque. Ce premier volume nous raconte la vie d’une aviatrice peu connue, qui a pourtant un destin hors du commun. Je ne connaissais pas Amy Johnson avant de lire son histoire. C’est un portrait intéressant d’une femme qui se bat pour être reconnue à l’égal des hommes dans son domaine, et ne pas être différenciée des autres pilotes de par son sexe. Au niveau de la bande dessinée, j’ai trouvé que l’histoire, même si elle est intéressante et instructive, reste trop légère à mon goût. J’aurais aimé plus de détails, car finalement je ne me suis pas sentie très impliquée dans l’histoire. J’ai trouvé les détails qui me manquaient à la suite de l’histoire dessinée, dans un dossier qui permet de réaliser que cette femme à la forte personnalité a vraiment existé. Ce dossier est un complément indispensable pour découvrir l’histoire de cette femme indépendante qui a voulu s’imposer dans un milieu exclusivement masculin, et être reconnue pour ses capacités hors du commun. Cet album est intéressant et même s’il ne me marquera pas spécialement, je trouve très bonne l’idée de lancer une série sur le thème des femmes résistantes, très dans l’air du temps. Par contre, au niveau du dessin, je suis moins convaincue : le trait est classique, mais trop lisse. Certes simple et réaliste, mais trop plat pour moi pour que je puisse être totalement conquise par cet album. Heureusement que la vie du personnage est mouvementée et donne envie de lire cet album, qui plaira sûrement aux amateurs d’histoires hors du commun…

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Grenier à livres, SambaBD, Bulles picardes, La vie des livres et d’autres choses encore, La cliothèque

Premières planches à voir sur Izneo.

Biographie complète à lire (en anglais) sur le site du Science Museum de Londres.

Rose Valland, capitaine Beaux-Arts

ROSE VALLAND, CAPITAINE BEAUX-ARTS, par Emmanuelle Polack, Claire Bouilhac (scénario) et Catel (dessin) (Dupuis, 2009)

Biographie dessinée de Rose Valland, célèbre pour avoir permis de préserver les collections d’art françaises pendant la seconde guerre mondiale. Travaillant au musée du Jeu de Paume à Paris, elle a soigneusement noté les transferts d’œuvres pour pouvoir ensuite les récupérer en Allemagne voire même en Union Soviétique, avec l’aide d’un soldat américain auquel elle n’accordait pas toute sa confiance au départ. Rose Valland a aussi agi pendant la guerre, en informant la Résistance des mouvements des œuvres en train, pour empêcher que des œuvres ne soient transférées vers les demeures de hauts dignitaires nazis outre-Rhin.

Cet album est un petit format, qui ne comporte que 22 pages de bande dessinée et autant pour un dossier hyperdocumenté sur la biographie de Rose Valland (une chronologie et de nombreux documents d’époque). L’histoire dessinée est très courte, un peu trop à mon goût. Elle a tendance à effleurer les faits, sans creuser. Le scénario est vraiment trop léger pour moi, j’aurais vraiment aimé en savoir plus. J’aime bien le trait de Catel (Dolor, Kiki de Monparnasse…), mais cette fois, je trouve que la couleur gâche ses dessins, en les alourdissant trop. C’est vraiment le noir et blanc qui met en valeur ses dessins, et là son talent est occulté par les couleurs. Sinon, la partie intéressante de l’album est le dossier documentaire, qui ne se centre pas sur l’épisode de la seconde guerre mondiale, mais retrace la vie de Rose Valland de sa naissance (1898) à sa mort (1980). Photos, lettres, documents officiels émaillent la chronologie très riche. Là, j’ai vraiment eu l’impression d’en apprendre plus sur cette femme courageuse. Un ouvrage donc très pédagogique, soutenu par la Fondation pour la Mémoire de la Shoah et l’association « la mémoire de Rose Valland« 

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Au pays des livres, Le blog de Véronique D., Chroniques d’Asteline, Mary’s colors

Voir le site de la scénariste et adaptatrice Claire Bouilhac.

Premières pages à lire sur Izneo.

Annie Sullivan & Helen Keller

ANNIE SULLIVAN & HELEN KELLER, par Joseph Lambert (Editions çà et là / Editions Cambourakis, 2013)

Biographie de la jeunesse d’une personnalité très connue aux Etats-Unis, mais beaucoup moins de notre côté de l’Atlantique : Helen Keller, née en 1880 dans l’Alabama, qui devient sourde, muette et aveugle à l’âge de 19 mois suite à une maladie. Grâce à son professeur Annie Sullivan, elle-même malvoyante, qu’ont engagée ses parents, elle va apprendre à communiquer avec les autres grâce à la langue des signes, et découvrir le monde qui l’entoure. Très intelligente, la petite fille va aussi apprendre à écrire, et deviendra plus tard une intellectuelle reconnue, son diplôme en poche. Un parcours qui force l’admiration, dans une Amérique encore fortement marquée par les conflits entre le nord et le sud…

Cet album faisait partie de la dernière sélection officielle au festival d’Angoulême, je l’ai donc emprunté pour pouvoir me faire mon propre avis. Je ne connaissais pas Helen Keller avant de commencer ce livre, donc je l’ai ouvert avec un œil neuf. Pour une fois, j’ai commencé par la fin, et j’ai eu raison : il y a 3 pages de notes qui permettent de compléter l’histoire, d’apporter des éléments historiques. Cela m’a servi ensuite pour mieux comprendre l’histoire dessinée. La relation entre Annie et Helen est très bien racontée, on suit les doutes d’Annie, son obstination les premiers temps lorsqu’Helen réagit violemment aux premiers contacts avec sa professeur, on a aussi des morceaux de son enfance maltraitée dans un orphelinat. On est aussi dans la tête d’Helen : dans certaines planches, on a sa vision où elle ne voit (ou perçoit) que des formes très floues, souvent foncées. Puis cela s’éclaire et se précise de plus en plus, au fur et à mesure qu’elle acquiert du nouveau vocabulaire sur le monde qui l’entoure. Pas mal de contenu est traduit en langue des signes dans les cases, car c’était le moyen de communication entre les deux jeunes filles. En tout cas, le procédé utilisé par Joseph Lambert est impressionnant de précision sur la LSF, il arrive à dessiner le mouvement des mains et plusieurs lettres (et parfois même des mots entiers) dans une seule et même case. Au niveau du dessin, je l’ai trouvé très fin mais assez tremblotant, même s’il ne pose pas de souci pour distinguer les personnages. Les décors ne sont pas toujours présents, mais en même temps, le découpage est tel qu’il y a souvent de petites cases (souvent 12 cases par planche) et donc peu d’espace pour représenter le décor. Les couleurs sont pastels, pas désagréables. C’est un auteur que je ne connaissais pas, son trait ne m’est pas extrêmement agréable, mais il n’est pas désagréable non plus, loin de là. C’est surtout le contenu qui est intéressant, mais l’approche de Joseph Lambert est elle aussi originale. Un bon album donc, à condition de connaître à l’avance un minimum la vie d’Helen Keller, et aussi un jeune auteur à suivre…

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Une autre histoire, Val aime les livres, Vive la rose et le lilas, Onirik,

Cet album a fait partie de la sélection officielle d’Angoulême 2014.

Extraits à télécharger depuis le site de l’éditeur, et explications de l’histoire de l’édition de cet album en français sur le blog de Cà et Là (on y apprend par exemple que c’est l’auteur qui a refait le lettrage pour la version française, et qu’il a redessiné les cases avec la langue des signes, pour que cela colle avec la traduction française !).

Rencontre avec Joseph Lambert, le jeune auteur américain de l’album, à lire sur le site de Télérama.

Consulter aussi le site officiel de Joseph Lambert, en anglais.

Plus d’infos sur Anne Sullivan en anglais sur le site de l’institut Perkins, mentionné dans l’album.