Spill zone, tome 1

SPILL ZONE, tome 1, par Scott Westerfeld (scénario) et Alex Puvilland (dessin) (Rue de Sèvres, 2018)

couv_spill_zoneDepuis trois ans, Addison, jeune adulte, vit avec sa petite soeur Lexa à proximité d’une ville désertée. Trois ans se sont écoulés depuis un événement particulier qui a dévasté ce lieu et laissé d’étranges phénomènes se mettre en place : des pantins de chair pendent un peu partout dans les bâtiments, des objets bougent seuls en formant de drôles de sigles…  Lexa est aussi devenue muette suite à l’événement, sa poupée a mystérieusement pris vie et communique avec elle par télépathie… « Addie » quant à elle, vit grâce aux photos qu’elle prend dans la zone interdite, et qu’elle revend par l’intermédiaire d’un galeriste. Elle a cependant ses propres règles : elle refuse d’aller dans les bâtiments, évite la zone de l’hôpital… Mais lorsqu’on lui propose un gros contrat pour ses photos, elle ne peut faire autrement que d’accepter, malgré les risques…

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Marcinelle 1956

MARCINELLE 1956, par Sergio Salma (Casterman, 2012, coll. Écritures)

A Marcinelle, près de Charleroi en Belgique wallonne, les mines du Bois du Cazier tournent à plein régime en cette année 1956. De nombreux immigrés italiens arrivent pour travailler dans les entrailles de la terre, alors qu’il n’y a plus de travail pour eux dans leur pays d’origine. C’est ainsi que la famille de Pietro est arrivée dans cette région houillère. Marié et père d’un garçonnet, Pietro ne souhaite pas retourner en Italie, contrairement à ses camarades. Il se lève tôt chaque jour pour travailler durement pour faire vivre sa famille, et un jour par hasard, croise une femme belge qu’il va apprendre à connaître, malgré la différence de langue. Cet ‘écart’ dans sa vie familiale est mal vu par les autres membres de la communauté italienne de Marcinelle. Mais lorsqu’à la suite d’une mauvaise manœuvre d’un wagonnet de charbon dans un ascenseur, la mine s’enflamme et déclenche un incendie gigantesque, cette relation que certains considéraient comme incorrecte va au final lui épargner la vie…

Voici un album de la collection « écritures » que j’ai emprunté sans hésiter, comme à chaque fois avec cette collection. J’étais en plus intriguée par le nom de l’auteur, que je connaissais pour sa série jeunesse « Nathalie ». Cet album-là n’est pas du tout un album jeunesse, c’est plus une biographie romancée des souvenirs de ses parents, immigrés italiens arrivés pour travailler dans les mines en Wallonie. Les faits sont romancés, dans le sens où l’histoire d’amour n’a pas existé et n’est là que pour donner plus de consistance à l’histoire. L’hommage de Sergio Salma aux italiens qui ont travaillé dans les mines belges est touchant, et permet aussi de montrer le racisme dont cette communauté a été la victime, ne parlant bien souvent pas la langue locale et donc ayant du mal à s’intégrer parmi les belges. L’histoire entre Pietro et la femme belge est fictionnelle, mais le contexte événementiel a été bien réel. Fiction et réalité sont mélangés dans ce récit, mais on parvient sans peine à les distinguer. Le récit de la catastrophe minière n’est pas fait de l’intérieur, mais d’un point de vue extérieur, d’après les informations qui ont été divulguées sur cette catastrophe qui a fait de nombreux morts. Le récit de Sergio Salma est fluide, il se lit facilement et rend hommage aux mineurs italiens anonymes qui ont contribué à la Belgique de l’après-guerre. Les personnages ne sont par contre pas tous facilement reconnaissables les uns des autres, d’autant plus que seuls le noir et le blanc sont utilisés. Il n’empêche que cette bande dessinée est un moyen intéressant pour ne pas oublier la plus grande catastrophe minière de Belgique, à une époque où le charbon était le moyen de chauffage principal de nombreux foyers. A noter enfin le dossier documentaire en fin d’ouvrage qui permet d’en savoir plus et de retracer ce qu’est devenu ce lieu d’histoire.

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Samba BDHop blog, Sans connivence, Chroniques d’Asteline, Litterature a blog, Enna lit

Premières planches à voir sur Izneo.

Plus d’infos sur le Bois du Cazier sur le site dédié à cette catastrophe.

Malpasset (causes et effets d’une catastrophe)

MALPASSET (CAUSES ET EFFETS D’UNE CATASTROPHE), par Corbeyran (scénario) et Horne (dessin) (Delcourt, 2014, coll. Mirages)

Le 2 décembre 1959, près de Fréjus dans le Var, le barrage de Malpasset, construction pourtant récente, a rompu. Des quantités inimaginables d’eau se sont abattues sur la ville en aval, avant d »atteindre la mer. Sur son passage, la vague a causé la mort de plus de 420 personnes et laissé 7000 sinistrés. Le paysage a été dévasté : des maisons, des entreprises, des routes, des vergers… ont disparu sous la violence de l’eau, ne laissant plus que mort et désolation. C’est à travers les témoignages d’une quinzaine de personnes ayant vécu la catastrophe parfois de très près que Corbeyran, habitué de la région, retrace les causes et les conséquences à différentes échelles d’une catastrophe qui a traumatisé la France à la fin des années 1950…

Voici encore un album qui figurait sur les présentoirs des nouveautés à la bibliothèque. Sorti en mars dernier, je dois avouer que je n’avais pas vu passer ce titre parmi les nombreuses sorties. Le nom de Malpasset ne me disait rien du tout, j’ai donc ouvert ce livre sans aucun a priori ni aucune attente. Il s’agit du récit d’une catastrophe qui a endeuillé une région entière, il y a près de 55 ans maintenant. L’album de 160 pages est bien construit, amenant des éléments d’informations sur la catastrophe et d’explications sur les raisons au fur et à mesure des témoignages des survivants. On commence avec une situation banale en janvier 1960, dans un pressing, puis on a le retour en arrière sur la catastrophe, avec la représentation du barrage qui se rompt (alors qu’aucune image n’existe de ce moment-là, il s’agit donc d’une reconstitution). Puis le récit est constitué de témoignages plus ou moins longs de rescapés qui ont vécu ces heures tragiques. On a plein de détails qui nous plongent plus de 50 ans en arrière : les occupations des gens étaient différentes (ils écoutaient la radio, se parlaient plus…), il y avait moins de téléphone pour communiquer, l’information n’était pas immédiate : l’annonce de la catastrophe ne s’est pas propagée tout de suite et les secours ont parfois tardé à arriver. Le panel de témoignages est large et s’entrecoupe parfois : cela va de ceux qui ont vécu la catastrophe alors qu’ils étaient enfants à celui qui est né la veille du drame, en passant par des personnes plus âgées qui ont vécu la rupture du barrage en tant qu’adulte. Ces récits sont dramatiques et bouleversants, les témoins ayant souvent perdu des membres de leur famille ou des amis, les corps n’ayant pas été retrouvés tout de suite. Les causes de la rupture du barrage sont aussi expliquées par des habitants, avec des traces écrites : économies budgétaires, insuffisance des études géologiques préalables… Il n’y a pas de volonté de revanche, mais plutôt de transmettre l’histoire. On apprend plein de choses en lisant les témoignages, et ce n’est pas facile de lire l’album sans s’arrêter, les histoires étant fortes. Il m’a seulement manqué un plan pour situer les lieux mentionnés par les rescapés, mais sinon l’album se lit très bien, et n’occulte aucun détail.

Par contre, au niveau du dessin, je suis mitigée : il n’a rien d’exceptionnel. Souvent, on dirait des photos redessinées (comme on peut le faire avec des logiciels informatiques), qui donne une impression de réalisme intéressante, mais un peu surfaite. Il en est de même pour les portraits, et on s’en rend encore plus compte sur la fin, avec les photos des témoins et l’explication de Corbeyran : le dessinateur n’a pas rencontré les survivants, et s’est donc uniquement servi des clichés pour dessiner au plus près et au plus juste possible les récits. J’ai trouvé que les témoignages des personnes étaient très intéressants, mais je suis déçue du traitement par le dessin, qui est uniquement en noir et blanc. En effet, parfois, certains dessins sont inutiles et ne sont là que pour éviter d’avoir trop de texte sur une même page. Je m’explique : on nous parle du procès qui a eu lieu après la catastrophe pour déterminer les responsabilités, et pour illustrer est dessiné un gros dossier rempli de papiers. On nous indique que Fréjus avant la catastrophe était encore rural et qu’il y avait des chevaux et donc un cheval de trait est dessiné… Il y a plein d’exemples comme cela dans l’album, ça m’a parfois donné l’impression de remplir des cases pour illustrer, car le dessin n’apporte parfois pas d’information complémentaire. Cet ouvrage constitué de témoignages aurait tout aussi bien pu être un livre documentaire classique, constitué de photos et/ou de dessins, mais surtout de textes. Peut-être que la BD permet de faire connaître plus largement la catastrophe, à un public différent qui n’aurait sinon pas lu un livre documentaire, mais je doute que les choix du dessinateur aient toujours été pertinents dans cet album : à faire trop simple ou trop illustré pour « remplir », on en oublie le principal : le témoignage des victimes. C’est juste un bémol que j’émets sur le dessin, mais sinon, je dois dire que les témoignages des survivants sont toujours forts et émouvants. Certains éléments du récit m’ont fait pensé à ce qu’ont dû vivre des familles qui ont affronté la tempête Xynthia dans le sud-Vendée et en Charente Maritime en 2010, lorsque l’eau montait et dévastait tout sur son passage. Les causes de la tragédie ne sont pas les mêmes, mais la peur ressentie face à la puissance de l’eau devait être semblable.

Malpasset est un album documentaire pas facile à lire, mais un témoignage très utile pour ne pas oublier ce qui s’est passé et éviter la reproduction de telles erreurs.

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : BD passion, Climaginaire, Murmures, Hop blog, L’attrape-bulles

Les premières planches à lire sur Izneo.

Interview des deux auteurs à lire sur Bah alors ?

Tsunami

TSUNAMI, par Stéphane Piatzszek (scénario) et Jean-Denis Pendanx (dessin) (Futuropolis, 2013)

Romain a la vingtaine. Sa sœur Elsa a disparu peu après le tsunami qui a ravagé le sud-est de l’Asie en décembre 2004. Elle était médecin et s’était engagée volontairement pour aider les populations dévastées après la catastrophe. Romain n’a reçu des nouvelles de sa sœur que jusqu’en 2005, et après plus rien. Avec ses parents, il a vécu dans l’attente de revoir celle qui avait 16 ans de plus que lui. Son père est décédé en 2012, et comme sa mère vit de plus en plus mal de ne pas savoir ce qu’il est advenu de sa fille, il se décide à partir avec un sac à dos en Indonésie, à Banda Aceh, là où le tsunami a frappé au plus fort 9 ans plus tôt et où sa sœur avait agi après le passage de la vague. Au cours de son périple, il va rencontrer des personnes qui ont côtoyé sa sœur des années plus tôt, et en apprendre plus sur celle qu’il a au final peu connu…

Quel magnifique album, me suis-je dit une fois ce livre refermé ! Les dessins sont magnifiques, ce sont de véritables photographies dessinées de paysages lointains. L’Indonésie et ses nombreuses îles sont magnifiquement retracées à l’aquarelle par Jean-Denis Pendanx, et les flash-backs avec les scènes post tsunami sont impressionnants eux aussi de détails. Les couleurs de l’Indonésie de 2013 sont lumineuses, de véritables cartes postales qui incitent au voyage, surtout avec les grandes cases ou les planches entières. Le récit fait aussi la part belle à la recherche de Romain, qui rencontre de drôles de personnages au cours de son périple : un jeune garçon à la parole facile et prêt à tout pour de l’argent, une jeune femme papoue non dénuée de mauvaises intentions non plus mais à laquelle Romain va s’attacher, un ancien parisien tenant un restaurant sur une île isolée… Le jeune homme est un européen comme tout le monde, il ne cherche qu’à retrouver sa sœur, et ne connaît pas du tout le pays ni ses traditions. Je l’ai trouvé attachant et réaliste. Il ne part pas à l’aventure comme un fou, mais est plutôt raisonnable, motivé qu’il est pour retrouver sa sœur et ainsi aider sa mère, déprimée de ne pas savoir. On découvre l’histoire d’Elsa au fil de la lecture, tout en se doutant de la fin sans vraiment y croire. On retrace en même temps que Romain ses moments en 2004. Les passages fantastiques sur la fin passent bien, ils vont avec l’esprit et les croyances populaires de l’Indonésie. Cela rend la scène émouvante, et cela mêle l’histoire de Romain avec celle du tsunami de 2004. J’ai vraiment passé un agréable moment de lecture !

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Hop blog, Livresse des mots, Sin City, Samba BD, A chacun sa lettre, Le jardin de Natiora

Quelques planches à admirer sur le site de l’éditeur.

Tsunami

TSUNAMI, par Arthur Ténor (Oskar jeunesse, 2013, coll. Société)

Rémi est un jeune ado qui passe ses vacances avec ses parents et sa petite sœur sur l’île paradisiaque de Phuket en Thaïlande. Il s’est même fait un ami, Kyet, un jeune thaïlandais qui lui fait découvrir des endroits habituellement fermés aux touristes. Tout va bien jusque là, mais nous sommes le 26 décembre 2004 au matin, et plusieurs vagues géantes dues à un séisme en pleine mer vont envahir l’île. Cela va être le pire tsunami de l’histoire contemporaine…

Voici un court roman d’une soixantaine de pages, qui se lit d’une seule traite, et pas seulement à court de sa longueur. Il faut dire que le sujet est particulier, car il se base sur un événement réel. Avec ma collègue, nous avons choisi ce roman pour un défi lecture en 6ème, même si pour les élèves, l’événement est bien trop lointain. J’ai trouvé le récit très réaliste, qui correspondait à ce qu’on avait pu entendre après coup. Les mots transcrivent la violence des vagues, l’horreur qui se déroule sous les yeux de Rémi et Kyet. J’ai beaucoup aimé le fait que Rémi raconte après, comme s’il s’agissait de ses mémoires. Ça, on le comprend dès le début, et donc on comprend aussi qu’il a survécu à la catastrophe. J’ai trouvé rassurant de connaître en quelque sorte la fin dès le début. La fin est très touchante, et on sent que ça a fait grandir notre héros, que ça lui a donné une certaine maturité, lui qui était assez « gamin » et égoïste avant la catastrophe. Le thème de l’amitié est une des grandes lignes de ce récit, et ça ne peut que toucher les jeunes lecteurs. Bref, un bon petit roman, bien écrit et dynamique.

A partir de 12 ans selon Ricochet.

On en parle sur les blogs : Les lectures de Liyah, Cdi Lumière.

Voir le blog d’Arthur Ténor.