BD fait de société, BD jeunesse

La tête dans les étoiles

LA TÊTE DANS LES ÉTOILES, par Jen Wang (Akileos, 2019)

teteChristine vit avec ses parents aux Etats-Unis et la famille vit dans la communauté chinoise, participant par exemple aux fêtes religieuses. Violoniste, bonne élève de nature calme et réfléchie, Christine est l’opposée de la pétillante, impulsive et déterminée Moon, fille de pépiniériste qui n’arrive pas à joindre les deux bouts. Moon et sa mère cherchant un nouveau logement, les parents de Christine leur proposent la petite maison au fond de leur jardin , auparavant habitée par le grand-père. Christine n’est pas ravie à cette idée, puis finalement devient très bonne amie avec Moon : elle découvre un mode de vie un peu différent, des recettes traditionnelles végétariennes… Moon va même jusqu’à lui confier son secret : elle entend des êtres qui lui parlent quand elle regarde les éroiles, et la Terre n’est pas sa vraie planète… Que doit croire Christine ?

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BD fait de société, BD hors de nos frontières

Shenzhen

SHENZHEN, par Guy Delisle (L’association, 2002, coll. Ciboulette)

En 1996, Guy Delisle est envoyé en Chine pour superviser le travail dans un studio d’animation à Shenzhen, au sud du pays, tout près d’Hong-Kong, qui n’était pas encore redevenu chinois. Pendant trois mois, il va vivre seul dans sa chambre d’hôtel, se confronter aux méthodes de travail chinoises et en apprendre un peu plus sur une culture bien différente de celle occidentale. Le choc des civilisations est parfois rude !

Shenzhen est, je crois, le premier ouvrage autobiographique de Guy Delisle, auteur québecois récompensé à Angoulême en 2012 pour son Chroniques de Jérusalem (que je n’ai toujours pas lu…, shame on me !). Il nous raconte sa vie dans un pays étranger, ses contacts avec la population locale, les difficultés rencontrées, les moments drôles… Et bien, je dois dire que je suis assez déçue par la lecture de cet album. Plusieurs raisons : les scènes se passent en 1996, et c’est donc quelque peu périmé pour considérer cet album pour un témoignage contemporain sur la Chine, mais désormais il faut plus le prendre comme un témoignage d’une époque révolue. De plus, l’auteur raconte qu’il s’y est ennuyé, et donc son récit n’est pas spécialement dynamique, mais plutôt au final assez décousu. En tant que lectrice, je me suis un peu ennuyée aussi. Mais bon, comme c’est un Delisle, j’ai persisté tant bien que mal. Il y a tout de même quelques informations intéressantes dans cet album : on y parle de contrôle de la population, de l’esprit obéissant des chinois, de leur rapport à l’étranger. On sent bien la froideur des collègues de Delisle, qui le considèrent parfois comme un ovni et ne savent pas quoi lui dire, ni quoi lui faire faire. On comprend pourquoi il n’en garde pas un souvenir exceptionnel. Delisle explique aussi la situation particulière de Shenzhen (zone économique spéciale, proche de Hong-Kong, difficilement accessible), où il ne se passe rien, spécialement pour les étrangers. Il y a tout de même quelques passages drôles dans l’album, avec les séquences-gags du portier qui tente deux ou trois mots d’anglais, complètement hors-contexte, à chaque passage du héros de l’histoire. Il n’y a pas de traduction pour ces phrases, mais il ne faut pas hyper doué en anglais pour comprendre… Ces passages-là sont ceux qui m’ont fait rire, mais sinon, je ne retire pas grand-chose de cet album, je crois que je préfère me mettre à lire des albums plus contemporains de cet auteur. Par contre, le trait de Delisle est toujours facilement reconnaissable, il est agréable, mais parfois un peu simple. On sait que cela évoluera ensuite dans ses albums suivants. A poursuivre donc…

Non mentionné sur l@BD.

On en parle sur les blogs : Curieuse voyageuse, A little piece of, A propos de livres, Doucettement, Quand le tigre lit

Extrait à lire sur le site de l’auteur québecois.

Cet album participe au challenge de Kikine, « les ignorants« .

BD aventure, BD historique, BD jeunesse

La balade de Yaya, intégrale 1-3

LA BALADE DE YAYA, INTEGRALE 1-3, par Jean-Marie Omont et Golo Zhao (Les éditions Fei, 2012)

Fille d’un riche commerçant chinois, Yaya vit à Shanghai en 1937, avec son père, sa mère enceinte et sa servante. Elle est virtuose au piano et s’apprête à passer bientôt un examen de piano. Mais la guerre qui s’annonce contre le Japon va contrarier ses projets. Ses parents fuient les combats en prenant un bateau pour Hong-Kong, mais Yaya, déterminée à se rendre à son école de musique pour son audition, passe outre les recommandations de son père et se rend à son école, alors que l’armée commence à envahir les rues et que les combats se déroulent dans la ville. Suite à l’explosion du bâtiment, la petite fille est sauvée par Tuduo, un garçon de son âge, acrobate exploité par Zhu, un homme sans scrupules. Tuduo et Yaya, aidés de Pipo l’oiseau qui parle, vont tout faire pour retrouver les parents de celle-ci à Hong-Kong, mais Zhu les poursuit…

Voici un album qui regroupe les trois premiers volumes des aventures de Yaya (sur un total de 9 volumes). Il s’agit d’un grand format, contrairement aux tomes édités à l’unité en format A5. L’album est particulièrement bien fait, la couverture jolie et le papier agréable au toucher. Une première bonne impression, confirmée par la lecture de cette histoire de deux enfants pris en pleine guerre. Leur histoire est touchante, et le fait qu’ils soient tous les deux issus de milieux sociaux complètement opposés est finalement une richesse, car ils se complètent bien. Yaya vivait dans un monde doré et n’était pas capable de faire des choses toute seule, alors que Tuduo est au contraire très autonome et plein de ressources. Il y a aussi un petit côté fantastique intéressant, avec l’oiseau de Yaya qui ne parle qu’avec les enfants. Yaya aurait, semble-t-il un pouvoir magique qui lui permettrait de communiquer avec des animaux, mais l’auteur ne s’attarde pas dessus, et ce dialogue entre fillette et oiseau semble presque normal ! Cet album contient en outre des valeurs morales positives, que j’ai particulièrement appréciées. Le dessin est quant à lui particulier et magnifique : il a des airs de dessins animés de Miyazaki. On croirait presque que les personnages s’animent sous le trait de Golo Zhao, les personnages sont expressifs mais sans exagération, les couleurs sont assez pastels, très agréables à la lecture. Les décors ne sont pas oubliés, et l’auteur détaille particulièrement les bâtiments lorsqu’il en dessine. Sinon, il y a beaucoup de cases où les deux jeunes héros sont dessinés en gros plan, et on se sent donc proches d’eux et on ne leur souhaite que de s’éloigner de la zone de guerre pour retrouver les parents de Yaya… Mais ça, ce sera pour la prochaine intégrale…

Non répertorié par l@BD, mais à partir de 8 ou 9 ans selon certains sites.

On en parle sur les blogs : Littérature a blog, Des romans entre deux mondes, Entre les pages

Les premières pages du tome 1 à lire sur Izneo.

Manga historique, Manhua

Une vie chinoise, tome 2

UNE VIE CHINOISE, tome 2 : LE TEMPS DU PARTI, par Li Kunwu et Philippe Ôtié (Kana, coll. Made in, 2009)

https://i0.wp.com/media.leslibraires.fr/media/attachments/large/6/1/2/000629612.jpgSuite du tome 1. Mao vient de mourir en 1976, et le héros de l’histoire, Xiao Li, alors soldat, est complètement désemparé. Tout comme ses compatriotes, il ne pensait pas que le grand timonier pouvait les quitter. A la suite de la mort de Mao, s’engage alors une lutte pour le pouvoir. C’est la fin de la révolution culturelle et le père de Li est libéré, après 10 ans dans un camp de rééducation. Il reprend même sa place dans une grande firme d’Etat. La famille se reforme. En parallèle, Li s’engage pour devenir un soldat paysan, et va vivre parmi les animaux. Il espère entrer au Parti, mais ce parcours est long et difficile. Il dessine de plus en plus, et il est demandé pour faire des affiches et des caricatures, de plus en plus appréciées : elles sont même publiées dans des journaux de Pékin. Début des années 1980, la Chine s’ouvre sur l’extérieur, avec les premiers touristes, et l’incitation au développement des entreprises…

Suite du récit autobiographique d’un chinois dans la Chine communiste de la fin des années 1970. Le dessin est toujours aussi spécial, parfois assez déroutant, parfois agréable, ressemblant à de la calligraphie. Ce volume, plus court que le précédent, se lit rapidement, et il s’y passe plein de choses. On suit les changements suite au décès de Mao, et l’ouverture de la Chine sur le reste du monde. C’est très instructif, et cela rend bien compte des conditions de vie de l’époque, et des mentalités qui y règnaient. C’est un tome intéressant, qui mêle histoire politique et histoire familiale. La série se termine avec le tome 3 sorti en janvier dernier.

A partir de 13 ans selon l@BD (et 16 ans selon Manga-news)

On en parle sur le web : MoustiqueLamiriBlogjfv.

Ce manhua a été primé à plusieurs reprises : Prix Château de Cheverny de la bande dessinée historiquePrix Ouest-France quai des Bulles (festival de St Malo).

Manga historique, Manhua

Une vie chinoise, tome 1

UNE VIE CHINOISE, tome 1 : LE TEMPS DU PÈRE, par Li Kunwu et Philippe Ôtié (Kana, coll. Made In, 2009)

https://i2.wp.com/media.leslibraires.fr/media/attachments/large/0/1/7/000628017.jpgRécit de la vie de Xiao Li, né en 1955. Son père est un membre du parti communiste, en mission dans la campagne du sud de la Chine. Il y a rencontré sa mère, jeune paysanne, lors d’une de ses tournées. Xiao Li est un témoin de l’histoire de la Chine de la seconde moitié du XXème siècle : le grand bond en avant des années 1950, et la cruelle famine qui s’en suivit dans les campagnes et les villes, la révolution culturelle à partir de 1966, les emprisonnements des opposants, l’apparition du petit livre rouge et les fameuses phrases de Mao… Son père, autrefois cadre pour le parti, est d’ailleurs fait prisonnier dans un camp de travail. Xiao Li entre alors en apprentissage chez un peintre du parti, puis devient soldat et participe à l’effort du pays, jusqu’à ce jour de septembre 1976 où il apprend le décès du Grand Timonier…

Voici le premier tome d’une série de trois albums autobiographiques. « Le temps du père » commence par une longue préface qui, en guise d’introduction, permet de replacer le récit dans le contexte de l’époque. Les dessins ne sont pas très expressifs, ressemblant parfois à de la calligraphie, et quelques angles de vue sont quelquefois un peu bizarres (des plongées ou contre-plongées inappropriées d’après moi), mais l’histoire est très intéressante. Elle montre l’absurdité de certains choix politiques du parti (lors du grand bond en avant des années 1950-60 par exemple), et l’ignorance et l’embrigadement de la population qui suit aveuglément la ligne du parti, plus encore avec le petit livre rouge.

On a devant nous tout un pan de l’histoire contemporaine, expliquée de l’intérieur, avec la dictature du régime, le contrôle des opinions, de la vie privée et publique des citoyens… Le tout donne un témoignage très intéressant, qui est parfois critique envers les actions menées (par exemple lorsque des objets anciens, transmis de générations en générations, ont été brûlés au nom du rejet des traditions)… Il y a aussi en plus des interludes en couleur, des morceaux d’époque avec des vieilles photos, et qui servent pour le chapitrage de l’album (avec en texte par exemple la chanson des élèves en primaire, à la gloire du parti et contre les américains et le capitalisme). Bref, à ne pas manquer pour qui veut en savoir plus sur l’histoire chinoise.

A partir de 13 ans selon l@BD, et 16 ans selon Manga-news.

On en parle sur les blogs : Les BoggansMon petit ailleurs chinois (par Faguoren), Vues de Chine et d’ailleurs (par Ye Lili).

Quelques pages de l’album à lire sur Manga-news.

Quelques sites sur l’histoire de la Chine à partir de 1949 : Université Laval (Québec)L’internaute.

BD hors de nos frontières

American born chinese

AMERICAN BORN CHINESE : HISTOIRE D’UN CHINOIS D’AMÉRIQUE, par Gene Yang (Dargaud, 2007)

https://i2.wp.com/bdi.dlpdomain.com/album/9782205059588-couv-I400x523.jpgJin et ses parents viennent d’aménager dans une petite ville de Californie. A l’école il est le seul élève d’origine chinoise, et subit les moqueries et les humiliations de la part de ses camarades par rapport au mode de vie chinois, bien loin de celui américain. Lui fait tout pour ressembler aux autres et s’intégrer. Son seul et unique ami est un garçon taïwanais d’origine.

En parallèle, un roi-singe veut une place parmi les dieux, et devient maître du kung-fu pour être accepté parmi eux. Pourtant les dieux lui rappellent sa condition et il est condamné à passer 500 ans sous une montagne de rochers et à ne plus exercer d’art martial.

Shing-Tok rend visite à Danny, son cousin d’Amérique chaque année qui a honte de lui à chaque fois. En effet il est le stéréotype-même de l’asiatique en visite aux Etats-Unis. Son comportement est assez différent de celui américain, et Danny a une réputation tellement ternie par son cousin qu’il est obligé de changer d’école chaque année.

Voici trois histoires qui paraissent très éloignées au départ, et qui finalement vont se rejoindre lors du dernier tiers de l’album, pour démontrer comment les minorités font pour s’intégrer dans leur pays d’accueil sans renier pour autant leur culture d’origine.

American born chinese est un roman graphique que j’avais repéré déjà à l’époque en librairie, de par sa couverture vive et son thème. Je pensais que c’était une simple autobiographie et d’une exposition de l’Amérique vue à travers les yeux d’un chinois. Et bien non, pas du tout, car le récit mêle le réaliste (Jin à l’école), le légendaire (le roi-singe) et le « semi-fantastique » (la visite de Shing-Tok chez Danny, le chinois étant dessiné tel une caricature digne des chinois représentés dans les Lucky Luke). Chacune des trois histoires est bien séparée, par un changement de chapitre. Mais au départ cela paraît vraiment décousu. Je ne comprenais ce que venait faire la légende du roi-singe. Finalement tout s’explique à la fin et cette façon d’expliquer comment s’intégrer sans renier sa culture d’origine est finalement originale. C’est à la fois drôle et grave. Derrière la légèreté, se cache une véritable histoire.

Le dessin n’a rien de véritablement particulier. Ce n’est pas du comics, ni du manga. Le trait est assez rond, et ressemble assez à l’européen. Il est très lisible. Les couleurs sont nombreuses, assez vives, sans nuances. A noter que l’album de 240 pages est de format moyen et qu’il y a le plus souvent 4 cases par page. Une lecture finalement différente de celle auquelle je m’attendais au début, et c’est au final tout de même une bonne lecture !

A partir de 15 ans selon le site BD du CNDP.

Les avis des librairies de Montauban, de passiondeslivres, de Krinein, et de Télérama.

Cet album a reçu de nombreux prix outre-Atlantique, dont celui d’album de BD de l’année 2006 et il a fait partie de la sélection 2008 d’Angoulême.

Manhua

Le pavillon de l’aile ouest

LE PAVILLON DE L’AILE OUEST, par Sun Jiayu (scénario) et Guo Guo (dessins et couleurs) (Xiao Pan, 2007).

L’histoire de ce manhua est quelque peu simple : une histoire d’amour entre Chen Yuking et Pianpian, fille d’un haut fonctionnaire qui va bientôt se marier. Epris, il obtient un rendez-vous avec la belle, mais leur idylle est contrariée par des obstacles tels la mère de la jeune fille. A noter que l’action se déroule sous la dynastie des Tang (618-907).

Cette adaptation en BD d’une pièce de théâtre traditionnelle chinoise, écrite à la fin du XIIIe siècle par Wang Shifu, qui s’est lui-même inspiré d’un conte de Yuan Zhen du VIIIe siècle, véritable référence en Chine. Malgré quelques différences (changement des noms des personnages entre autres), les auteurs se veulent au plus près de l’histoire traditionnelle.

 Bon, pour tout dire, ça se lit, mais sans plus. La narration est lente, les évènements s’enchaînent sans être trop réalistes, les codes sont très nombreux pour pouvoir séduire une jeune fille, ce qui donne la sensation de linéarité.

Une lecture pas spécialement marquante, mais le dessin est tellement agréable que cet album mérite tout de même un coup d’oeil. Les personnages ont tous de grands yeux, leurs vêtements sont très détaillés, cela ressemble presque à de la peinture, accentuée par les couleurs sépia souvent utilisées. Les illustrations sont belles, mais ça ne fait pas toute l’histoire non plus… Un bilan donc nuancé…

Conseillé à partir de 10 ans par le site BD du CNDP, qui ajoute que cet ouvrage est destiné « à un jeune public plutôt féminin ».