L’île aux remords

L’ÎLE AUX REMORDS, par Didier Quella-Guyot (scénario) et Sébastien Morice (dessin) (Bamboo, 2017, coll. Grand angle)

ile remords

1958, dans le sud-est de la France, des inondations monstrueuses se produisent. Jean, médecin de campagne, va porter secours à son père qui vit dans une maison isolée dans les collines. Ce retour est inattendu, car cela fait un quart de siècle que le jeune homme est parti pour entrer dans l’armée, et il a donné peu de nouvelles depuis. Les conditions climatiques vont amener Jean à rester plusieurs jours dans la maison de son enfance : il va y découvrir la vraie identité de sa mère et de son père, raconter à son père ses aventures en tant que médecin militaire dans les bagnes des colonies françaises. Les avis des deux hommes divergent, totalement à l’opposé l’un de l’autre… Mais l’histoire familiale de Jean va remettre en question ses certitudes…

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Les chevaux du vent, première partie

LES CHEVAUX DU VENT, première partie, par Christian Lax (scénario) et Jean-Claude Fournier (dessin) (Dupuis, 2008, coll. Aire libre)

1850, Kazi, un jeune enfant népalais sourd-muet, est envoyé dans un monastère bouddhiste loin de sa famille. La décision est lourde de conséquences pour la famille, qui ne va pas revoir l’enfant pendant de longues années. Ses deux autres fils grandissent, tout en restant rivaux pour le cœur de la belle Mina. Toujours pris de remords, le père ne se remet pas du départ de son petit dernier, et quinze ans après son départ, il décide d’aller le voir en entreprenant un long voyage à travers les montagnes. Mais la situation a changé, et la zone est interdite. Alors pour contourner l’interdit, le père décide de s’engager chez l’ennemi, le colon britannique, qui recrute des cartographes pour tracer les cartes des régions nouvellement conquises. Ayant réussi les tests, le père choisit de cartographier la zone où se trouve le monastère de son fils. Considéré comme un traître aux yeux de son ethnie, il se fait le plus discret possible et effectue le travail demandé par les britanniques, mais ne se rend pas compte qu’il est suivi…

Je continue ma découverte du travail de Christian Lax, qui est présent cette fois uniquement sur le scénario. J’ai beaucoup aimé ce voyage au Népal, vraiment dépaysant. J’ai aimé les références historiques, avec l’histoire coloniale britannique qui commence juste dans cette zone du monde. L’histoire familiale est aussi intéressante. Le personnage du père est touchant, alors que ceux des enfants sont plutôt égoïstes, se souciant peu de leur petit frère sourd-muet envoyé dans un monastère. La mère quant à elle n’a pas spécialement son mot à dire là-dedans, elle subit la situation de rivalité entre ses deux grands fils, et voit sa famille se déchirer sans pouvoir agir. Les personnages sont bien décrits, en tout cas suffisamment pour qu’on s’attache à eux. On en apprend aussi sur l’esprit très différent de la culture népalaise traditionnelle. L’histoire est donc très instructive sur ce pays d’Asie. Par contre, j’ai été globalement peu fan du trait, que je n’ai trouvé pas très moderne. Mais au fil des pages, j’ai pris l’habitude du dessin, et je me suis dit que cela était peut-être lié aux couleurs, qui paraissent assez granuleuses. J’ai eu cependant un peu de mal à me repérer au départ parmi les personnages, qui se ressemblaient un peu trop. Ce tome 1 des chevaux du vent constitue donc un bon album, à poursuivre rapidement par la lecture du second et dernier volume. En effet, ce premier volume se termine en plein milieu d’un rebondissement… C’est assez frustrant je trouve…

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Sin City, Le grenier à livres, Blog BD Sud-Ouest

Quelques planches à voir sur BDGest.

Aller voir le site du dessinateur.

Africa dreams, tome 1 : L’ombre du roi

AFRICA DREAMS, tome 1 : L’OMBRE DU ROI, par Maryse Charles, Jean-François Charles (scénario) et Frédéric Bihel (dessin et couleurs) (Casterman, 2010)

1960, dans un musée colonial belge, un groupe d’enfants découvre l’histoire coloniale de leur pays. Un enfant tombe nez à nez avec une statue du roi Léopold II dit le roi bâtisseur. Retour en arrière : fin du XIXème siècle, ce même roi prend possession du Congo, un territoire 80 fois plus grand que le royaume qu’il dirige. Il rencontre Stanley, le célèbre explorateur, et détermine avec lui les frontières de ce pays qu’il veut civiliser, alors que d’autres pays européens s’intéressent eux aussi à ces terres inexplorées… Au Congo, un jeune séminariste, Paul Delisle, arrive sur place, à la recherche de son père, colon devenu prospère planteur, que sa famille a déclaré mort. Il y découvre aussi sa jeune femme et ses nombreux demi-frères et sœurs… Mais son père, farouche opposant à la religion, n’accueille pas si chaleureusement son fils venu d’Europe. Cependant, les deux vont s’apprivoiser, et Augustin va découvrir la réalité du Congo belge, loin de l’image idyllique qu’il en avait…

Encore un album pris un peu au hasard dans les rayons de la bibliothèque, cette fois grâce au nom des scénaristes (Red bridge tomes 1 et 2, Far away). Il s’agit là du début d’une série de 3 tomes, et donc ce volume pose les bases. L’histoire commence en 1960, alors que la décolonisation a largement commencé, mais ne revient jamais ensuite à cette époque-là. Les scénaristes posent les bases de l’histoire, et de nombreuses questions apparaissent, que ce soit sur la grande ou la petite histoire. La colonisation belge n’est pas un sujet qui me parle, je n’y connais pas grand-chose, et donc j’ai ouvert cet album de façon innocente. On sent bien que le roi Léopold n’a pas été très clair sur ses motivations à coloniser des terres d’Afrique, et que la recherche du profit l’a emporté sur les valeurs humanistes. On est bien loin de l’image naïve de Tintin au Congo… Ce premier tome est donc intéressant et bien mené, même si les auteurs utilisent des retours en arrière qui m’ont parfois un peu perturbée dans ma lecture. Par contre les dessins de Frédéric Bihel (déjà lu sur Tout sauf l’amour) sont magnifiques, avec des portraits très jolis (surtout ceux des femmes) et des couleurs tirant vers le pastel, mettant en valeur les personnages lorsqu’il le faut. Le trait n’est pas toujours le même, étant plus flouté à certains moments pour accentuer certains passages du scénario. On a donc là un premier tome globalement agréable qui incite à lire la suite… Cela sera pour bientôt je pense…

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Lecturissime, Le bibliophare, Samba BD, Blog Bd Sud-Ouest

Premières planches à lire sur Izneo.

Plus d’infos sur la colonisation belge par Léopold II sur le site de la LDH de Toulon, le site spécialisé CoBelCo, et l’encyclopédie Larousse.