Les mauvais coups

LES MAUVAIS COUPS, par Sandrine Bon et Christophe Bon (La boîte à bulles, 2010, coll. Champ livre)

1928, Edmond est un jeune médecin formé à la ville qui revient pendant quelques temps dans son village, à la campagne. Là, les circonstances font qu’il aide une femme à accoucher, et lors du baptême du petit, tombe amoureux d’une jeune fille. Mais il s’avère que celle-ci est gitane, et leur idylle serait donc mal vue par sa famille. Les convenances font que cette histoire d’amour reste secrète, jusqu’au moment où Edmond ne peut plus cacher la situation… 1971, Pierre est un jeune homme qui devient aide à domicile pour une vieille dame handicapée, Margot. En obtenant ce boulot, il aide un de ses amis du service militaire, Olivier, qui lui demande de prendre ce travail pour savoir si la vieille dame a de l’argent caché chez elle. Pierre est un peu pris en porte à faux à cause de Clarisse, la sœur de son ami, qu’il fréquente mais de façon non-officielle… Pierre aime bien Margot, car elle joue franc avec lui, et il trouve une oreille attentive à sa détresse. Un soir, alors qu’il tient compagnie à la vieille dame, un braquage auquel participe Olivier et d’autres hommes se produit chez elle. José, qui dirige le groupe, veut savoir où se trouve l’argent, mais la vieille dame n’en démord pas, elle n’a rien et ne donnera rien… Il faut dire que tous se connaissent, et que Pierre n’est pas au courant de toute la situation…

Encore un album réservé au hasard à la bibliothèque, depuis le catalogue en ligne, sans voir la couverture. Je crois que si j’avais vu la couverture, j’aurais hésité à réserver ce livre, car elle me plaît moyennement, le personnage en gros plan faisant un peu peur et ses traits n’étant pas hyper réalistes. Bon au final, j’ai bien aimé cette histoire, grâce à sa construction scénaristique plus que pour ses dessins. En effet, je les ai trouvé assez maladroits parfois, certaines cases ont l’air d’avoir été dessinées rapidement. Les épisodes des années 1920 ont été mieux dessinés que ceux des années 70, je ne saurais comment l’expliquer mais j’ai préféré la première période. Ce n’est pas lié aux choix des couleurs, différentes selon la période, mais c’est que j’ai moyennement apprécié le trait. L’histoire quant à elle n’est pas facile à suivre, au départ je me suis vraiment demandée quel était le point commun entre 1928 et 1971, et ce n’est qu’à la toute fin de l’album qu’on le comprend, si on a bien suivi depuis le début. Bref, j’ai eu parfois l’impression de me perdre dans cet album, en ayant besoin de faire des allers-retours, pour vérifier les personnages. Cependant, l’histoire est vraiment bien construite, le dénouement répond aux questions qu’on se pose au fil de la lecture. Il y a pas mal de violence psychologique dans cette histoire finalement bien triste. J’ai donc une impression mitigée sur cet album, à cause du dessin principalement, et un peu sur le scénario, mais cela constitue tout de même une agréable surprise, car j’ai aimé me laisser mener en bateau jusqu’au dénouement final, même si ce n’est pas un album coup de cœur.

A partir de 13 ans selon l@BD.

Quelques planches sur le site de l’éditeur.

Interview de l’auteur à lire sur un site belge.

Le jour où j’ai abandonné mes parents

LE JOUR OÙ J’AI ABANDONNÉ MES PARENTS, par Agnès de Lestrade (Rouergue, 2011, coll. Dacodac)

Karla-Madeleine est fille unique. Ses parents sont deux opposés : son père est un facteur communiste et sa mère une catholique fervente. Alors quand elle est née, ils n’étaient déjà pas d’accord sur son prénom, et ont tranché pour Karla en référence à Karl Marx et Madeleine pour Marie-Madeleine. Difficile de porter un tel héritage pour la jeune fille qui n’a pas d’autre famille à part ses parents. En effet, les deux familles diamétralement opposées ne supportent pas leur gendre ou leur bru et donc ne voient plus les parents de Karla-Madeleine. Un jour, Karla-Madeleine et ses parents sont forcés à partir en vacances suite à un dégât de plomberie. Son père, ardent défenseur du droit des ouvriers qui se refuse à vivre dans une logique capitaliste, est bien obligé d’accepter ces vacances forcées, et réserve donc un emplacement dans un camping. La famille achète une tente qui se déplie toute seule et les voilà partis. Au départ tout se passe bien, jusqu’à la soirée karaoké où toute la famille chante, jusqu’à ce que le père découvre dans le public sa sœur qu’il avait perdu de vue depuis de nombreuses années… Le père menace de remballer la tente, mais Karla-Madeleine décide de fuguer. Alors ses parents sont bien obligés de rester et de terminer leurs vacances au camping. Karla-Madeleine va alors apprendre quelle est l’origine du conflit familial, et découvrir qu’elle a une cousine dont elle ignorait jusque là l’existence… Elle va alors monter un plan : découvrir sa cousine au camping, en se présentant comme une vacancière normale…

Le jour où j’ai abandonné mes parents est un court roman intéressant sur les racines et la culture familiale, les non-dits et les couples issus de milieux différents. Il est plein d’humour, déjà avec les prénoms des personnages : Karla-Madeleine, la tante Pépita et la cousine Rosette et les surnoms que se donnent les parents : Titi et Minou. On sent que la jeune ado n’en peut plus de cette famille où on ne se parle plus à cause de divergences d’opinions, alors qu’elle ne voudrait que rencontrer sa tante et sa cousine et connaître enfin son grand-père. Et quand les circonstances lui permettent de rencontrer sa famille inconnue, elle n’hésite pas et échafaude un plan pour rencontrer sous une fausse identité sa famille. Au niveau du style d’écriture, il n’est pas particulièrement extraordinaire, mais assez simple sans être oralisé pour autant. Je n’ai pas trouvé de mot compliqué qui ne soit pas expliqué par la narratrice-héroïne, donc le langage ne posera normalement pas de souci aux jeunes lecteurs, qui j’espère, seront intrigués par ce titre à rallonge.. L’histoire est rythmée, sans temps mort. Pour moi, ce fut 60 pages qui ont été lues avec plaisir : l’histoire est simple mais aborde un thème sérieux, il y a de l’humour, mais je ne sais pas si les jeunes lecteurs comprendront toutes les allusions (par exemple qui est Karl Marx).

A partir de 9 ans selon Ricochet.

On en parle sur les blogs : Nota bene*Passage de livres, Ma malle aux livres, Les riches heures de Fantasia, Butiner de livres en livres

Interview de l’auteur réalisée en 2009 à lire sur Littexpress. Sa fiche à voir sur le site de la charte des auteurs de littérature jeunesse.