Albums jeunesse

La petite fille en rouge

LA PETITE FILLE EN ROUGE, par Roberto Innocenti (histoire et illustrations) et Aaron Frisch (texte) (Gallimard, 2013)

Sophia vit avec sa mère, à l’orée d’une forêt de briques et de béton, une ville. Elle doit apporter des oranges, du miel et des biscuits à sa grand-mère qui vit de l’autre côté de cette forêt. Pour s’y rendre, elle doit traverser le bois, qui est en réalité un gigantesque centre commercial. La maman de Sophia lui conseille de ne pas s’écarter de son chemin, et Sophie est une petite fille sérieuse. Elle prend donc la route, et arrive au bois, un monde à lui tout seul, regorgeant de couleurs, de bruits et de tentations… Sophia flâne devant les vitrines, et décide de sortir du bois, mais elle se trompe de sortie et atterrit dans un quartier qu’elle ne connaît pas. Agressée par un groupe de voyous, Sophia est libérée par un motard-chasseur aux grandes dents… Sophia lui raconte sa visite chez sa grand-mère et l’homme lui promet de l’y amener, mais une fois sur la route, il l’abandonne sous un faux prétexte… Qui des deux arrivera en premier chez la grand-mère ?

Récemment à la bibliothèque, les nouveautés présentées concernaient les albums jeunesse. J’en ai emprunté plusieurs en ne me fiant qu’à leur couverture. Cet album-là a une couverture riche, regorgeant de détails. J’ai bien pensé en le voyant au conte du petit chaperon rouge, mais sans vraiment voir où cela pouvait en venir. Et bien, il s’agit vraiment d’une réécriture-adaptation du conte dans un monde moderne, où les loups et autres prédateurs n’ont pas forcément la tête de l’emploi, et où la forêt regorge de multiples dangers. L’histoire est bien menée, même si on connaît la trame de l’histoire, et j’ai aimé les dessins aux multiples détails. Par exemple sur les doubles pages où Sophia est dans le centre commercial, on a de nombreuses enseignes détournées de commerces très connus : restaurants, boissons, marques de luxe, ainsi que des personnalités… et c’est un plaisir de les dénicher, un peu comme lorsqu’enfant, on jouait à « où est Charlie ? ». Le texte est toujours très lisible, dans un cadre coloré sous le dessin. Les images prennent vraiment une bonne partie des pages, mais il reste parfois de grands espaces blancs qui éclaircissent des illustrations parfois foncées. J’ai beaucoup aimé le trait très esthétique de Roberto Innocenti, à la fois réaliste et foisonnant de détails, tout en ayant une expressivité particulière des visages des personnages. Il y a un petit côté désuet non désagréable dans ces peintures, et même si le cadre dans lequel évolue la petite fille est assez glauque et malsain, j’ai lu cet album avec plaisir, surtout qu’il y a deux fins proposées et qu’on peut choisir celle qui nous convient le plus !

A partir de 8 ans selon Ricochet.

On en parle sur les blogs : Littérature a blog, La bibliothèque de Noukette, Songe d’une nuit d’été, Croquelinottes, Lili les merveilles

Album lauréat du prix Sorcières 2014.

Des pistes pédagogiques proposées sur le site Séries littéraires (après la présentation et l’analyse)

7/10

BD fantastique, BD jeunesse, BD sentimentale

Coeur de pierre

CŒUR DE PIERRE, par Séverine Gauthier (scénario) et Jérémie Almanza (Delcourt jeunesse, 2013)

Une petite fille au cœur d’artichaut tombe follement amoureuse d’un petit garçon au cœur de pierre auquel on n’a jamais appris à aimer. Il ne comprend pas ce que veut la petite fille et lorsque celle-ci lui offre une feuille de son cœur, il la déchire en petits morceaux. Mais la petite fille s’obstine et continue de lui offrir son cœur, et le garçon au cœur de pierre lui brise le cœur en déchirant les nouvelles feuilles… La petite fille a le cœur en lambeaux, jusqu’à ce qu’elle rencontre un garçon au cœur d’or, qui ramasse les morceaux et les recolle avant de les offrir à sa belle… De son côté, le garçon au cœur de pierre ne comprend pas ce qui se passe…

Après avoir vu cet album sur de nombreux blogs, je me suis décidée à le réserver en bibliothèque. C’est la même scénariste que pour Mon arbre et Garance. J’ai gardé l’album à la maison et ai un peu tardé à le lire. Par contre, une fois entamé, impossible de le refermer avant la fin. Il faut dire que l’histoire étant écrite en rime uniquement, je me suis prise au jeu de la lecture sans trop m’en rendre compte. Cela contribue au côté poétique de l’histoire, qui est triste mais jolie, entre ces enfants aux cœurs différents. Il n’y a pas de bulles, mais que du texte en off, qui se lit très rapidement (un peu trop même). Les jeux de mots sont bien trouvés, entre les cœurs d’artichaut, de pierre et d’or. Cela montre aussi l’importance de l’éducation pour faire du cœur de son enfant le meilleur possible. Les dessins sont extrêmement fins et précis, sans pour autant être réalistes : par exemple les personnages ont une grosse tête sur un petit corps, des objets comme le banc tiennent debout par on ne sait quelle magie… Cela m’a fait penser à du Tim Burton, un univers très particulier et onirique. Il y a assez peu de décors, l’histoire se concentre sur les trois personnages principaux. Les couleurs sont riches, toutes en nuances : des couleurs claires pour la petite fille, foncées pour le petit garçon. C’est donc facile de les distinguer, et on voit le gros travail fait au niveau des coloris. Un album aussi joli à lire qu’à regarder, à lire et relire, tellement son ambiance est particulière…

A partir de 7 ans selon l@BD.

On en parle (beaucoup) sur les blogs : Les jardins d’Hélène, IDDBD, Une tasse de culture, Mille et une frasques, Depuis le cadre de ma fenêtre, Des livres des livres !White pages

Aller voir du côté du blog de Séverine Gauthier.

Interview des deux auteurs à lire sur BDGest.

BD humour, BD jeunesse

Boule à zéro, tome 2 : le gang des crocodiles

BOULE A ZÉRO, tome 2 : LE GANG DES CROCODILES, par Serge Ernst (dessin) et Zidrou (scénario) (Bamboo, 2013)

Suite du tome 1. La jeune Zita est toujours hospitalisée pour sa leucémie. La vie dans le service pédiatrique se poursuit, animé par les visites hebdomadaires de Mama Kigali, une dame qui raconte à tous les présents des histoires venues de son continent, l’Afrique. Cette semaine-là, c’est l’histoire d’une petite fille africaine qui vit avec sa grand-mère et qui tombe malade. Sa grand-mère lui apprend alors que le crocodile géant qui vit dans la rivière proche aurait la queue rouge vif, et que cette dernière permettrait de guérir quiconque a touche. Alors une nuit, la petite fille se lance à la poursuite de la fameuse bestiole, et après maintes péripéties, la fillette parvient à guérir. Alors cette histoire va donner des idées à Zita et ses amis, pour essayer eux aussi de guérir de leurs maladies… Un vivarium arrive en ville, et ils vont avoir le projet de s’y rendre, pour eux aussi toucher la queue du crocodile…

Voici la suite de la série qui s’est faite un nom grâce à un sujet original  et à son angle d’approche particulier : l’humour, sans pour autant masquer la réalité de la maladie. La jeune héroïne Zita est toujours aussi vive et attachante, elle a toujours autant de répartie que dans le premier tome. J’ai tout de même trouvé cet épisode plus lent que le premier, peut-être à cause de l’absence de surprise : on connaît déjà les personnages des enfants et des médecins, mais surtout l’histoire met vraiment du temps à démarrer. J’ai été moins emballée car toute la première partie est consacrée au conte africain, et donc on ne revient vraiment à la vie des enfants du service pédiatrique que sur la seconde partie. Il n’en reste pas moins que le conte africain est bien raconté, et qu’on suit avec plaisir les aventures de Zita et ses amis. C’est assez farfelu, mais ça passe quand même. Certains dialogues sont savoureux, avec beaucoup d’humour, et permettent d’aborder divers sujets tels que le racisme, la maladie… que des sujets pas drôles que le scénariste permet de tourner en dérision. Chaque enfant a son propre caractère, sa propre maladie, et on sent une bonne ambiance entre tous, unis pour lutter contre les maux qui les rongent… Bref, un album qui pourrait paraître larmoyant, mais qui ne l’est pas du tout, car il arrive à mettre du l’humour et de la bonne humeur dans chaque case ou presque. A essayer si ce n’est pas déjà fait !

Tome non mentionné sur l@BD, mais le tome 1 est à partir de 7 ans et le tome 3 à partir de 10 ans.

On en parle sur les blogs : Quand Pauline lit, Les jardins d’Hélène, Délivrer des livres, Samba BD, Une autre histoire

Extraits à lire sur le site de l’éditeur.

Interview de Serge Ernst sur le site « La maison du cancer ».

Albums jeunesse

Loulou

LOULOU, par Grégoire Solotareff (Ecole des loisirs, 1989)

C’est l’histoire d’un jeune loup qui n’a jamais chassé. Un jour son oncle l’emmène justement à la chasse pour lui apprendre à se débrouiller seul, mais il meurt peu de temps après. Le jeune loup, ne sachant que faire, trouve un terrier, et demande à son occupant, un lapin prénommé Tom, ce qu’il peut faire. Le jeune lapin aide le loup à enterrer son oncle et le prénomme Loulou, car le jeune loup n’avait pas de nom. C’est la première fois que le loup rencontre un lapin, et les deux animaux vont devenir très amis. Tom va apprendre à Loulou à pêcher, à lire, compter et jouer aux billes. Tout se passe bien jusqu’à ce qu’ils jouent à « peur du loup » et « peur du lapin ». Tom prend alors peur de son ami, car sa crainte est que l’instinct primaire du loup revienne chez Loulou et qu’un jour ils ne jouent plus à un jeu. Tom vient de se rendre compte que la nature de Loulou pourrait reprendre le dessus et que son ami pourrait un jour le manger pour de vrai…

Voici un classique des albums jeunesse, sorti il y a 25 ans maintenant. J’ai aimé relire cette histoire simple mais efficace, qui parle de l’amitié et de la tolérance entre personnes qui ne sont pas pareilles. Chacun apprend de l’autre, sur différents plans, et c’est vraiment une idée intéressante. Cette histoire d’amitié inhabituelle, qui va contre les clichés, peut parler à tous, petits et grands. Au niveau du dessin, il est simple mais efficace : des décors simplifiés à l’extrême par quelques traits, de grands aplats de couleur (jaune et rouge principalement), des personnages parfois exagérés pour accentuer telle ou telle partie du corps (une queue anormalement longue pour le loup, une langue longue aussi lorsqu’il le faut dans l’histoire…). Cela peut donner un effet drôle sur l’histoire, tout comme les accentuations à faire lors d’une lecture orale sur les mots écrits en majuscule. Bref, une histoire qui peut faire à la fois rire et frissonner les petits, et qui plaira à tous les jeunes lecteurs !

Âge non mentionné sur Ricochet, mais à partir de la maternelle sans souci.

On en parle sur les blogs : Livres et merveilles au pays de Ly Lan

Activités pédagogiques de la PS au CP par Ingrid L. Autres activités proposées par la classe de Charlotte. Pistes pédagogiques sur le site de l’éditeur.

5/10

Albums jeunesse

La bonne humeur de loup gris

LA BONNE HUMEUR DE LOUP GRIS, par Gilles Bizouerne (scénario) et Ronan Badel (dessin) (Didier jeunesse, 2013)

Un loup fier de lui se lève un matin de bonne humeur. Il est très motivé pour partir à la chasse et se trouver quelque chose à manger, car il a très faim. Sûr de ses talents, il va rencontrer un bélier qu’il menace de dévorer, mais ce dernier ne va pas se laisser faire. Le bélier a bien vu que le loup n’était pas bien intelligent, et va donc jouer sur le côté bêta du prédateur pour gagner le duel. Le loup défait se rabat sur d’autres animaux : une truie et ses petits, un mouton et même un cheval… La journée qui s’annonçait si belle pour le loup va s’avérer catastrophique…

J’ai adoré cet album, court (32 pages seulement), mais son scénario est bien construit (inspiré d’un conte populaire) et ses dessins complètent parfaitement le propos. C’est très drôle, et j’aime lire des albums comme cela, où le comique de répétition est présent. Le pauvre loup se fait avoir à chaque fois par des animaux qui font normalement partie de ses proies. On prend presque pitié de lui tellement les situations qui se présentent à lui vont le rendre en piteux état. En même temps, j’aime ces albums où on peut se moquer du héros, prétentieux qui plus est. Malgré que cet album soit destiné à un jeune public, avec un scénario bâti sur la répétition et l’exagération de certaines sonorités, cet album met sacrément de bonne humeur même les adultes, et ça devient sacrément déjanté sur la fin. Le dessin complète parfaitement le propos loufoque et absurde. Réaliste, le trait est tout de même humoristique. C’est un vrai régal de parcourir cet album aux couleurs claires et agréables. Une bien jolie découverte dans les bacs de ma bibliothèque !

Cet album fait partie de la sélection des incorruptibles 2014-2015 niveau CP.

A partir de 4 ans selon Ricochet.

On en parle sur les blogs : Le blog de la marmite, Appelez-moi madame, Baz’art, Les chroniques de Madoka

4/10

BD fantastique

Le montreur d’histoires

LE MONTREUR D’HISTOIRES, par Zidrou (scénario) et Raphaël Beuchot (dessin) (Le Lombard, 2011)

« Il était une fois » est un conteur et marionnettiste africain, qui voyage avec sa roulotte et son petit singe blanc à travers la campagne. Il était une fois n’a plus ses mains, et lorsqu’un enfant lui demande s’il a la lèpre, il l’assure que non, sans pour autant lui dire ce qui lui est arrivé. Le conteur raconte de jolies histoires traditionnelles et il est très apprécié des spectateurs, car ses mensonges sont beaux. Tout pourrait continuer comme cela, sauf que l’homme décide de retourner dans le village où il a perdu ses mains. Dans cette région où les policiers font régner la terreur et la violence, où ils détruisent tout ce qui pourrait faire penser les habitants par eux-mêmes, ils ont même interdit le fait de raconter des histoires. Alors on comprend mieux ce qui est arrivé au jeune homme, et on ne peut qu’assister avec effroi à la violence qui s’acharne sur lui. Tout le monde sait très bien ce qui va se passer s’il continue à se produire avec ses marionnettes, et tous craignent le pire… Seul un enfant assiste à tous les spectacles d’Il était une fois, et est toujours fasciné par ses histoires…

Chouette, un nouveau Zidrou ! Avant de trouver ce titre sur un catalogue en ligne, je n’en avais jamais entendu parler. Alors sans attendre, j’ai demandé l’emprunt à ma sœur dans sa bibliothèque universitaire (et oui, pas facile de trouver cet album dans nos bibliothèques à la campagne…). Déjà avec ce scénariste, mes attentes sont grandes maintenant. Et bien, là encore, Zidrou réussit son pari haut la main, servi par le magistral dessin de Raphaël Beuchot que je découvre. Son trait est très expressif, il a le chic pour représenter des personnages écorchés, blessés par la vie. Parfois les couleurs sont un peu trop foncées (trop d’ombres), j’ai eu du mal à voir les détails, mais c’est surtout au début de l’histoire que j’ai remarqué cela. Sinon les cases sont magnifiques, très colorées et parviennent à nous transmettre ce parfum si particulier d’Afrique. Le conte commence de façon classique, joyeuse presque, avec l’histoire de l’homme marionnettiste qui se produit un peu partout et semble très apprécié de ses spectateurs. Altruiste et philosophe, il se promène tout de même avec une certaine mélancolie. On se doute qu’il cache quelque chose. Au départ, l’histoire peut parfaitement être lue par de jeunes lecteurs. Mais par la suite, le conte devient cruel, lorsque le héros décide de retourner dans sa région d’origine, là où il va retrouver la femme qu’il a aimée, mais aussi les geôliers qui l’ont amputé de ses mains… La fin joue dans le registre fantastique, et on ne sait plus trop bien où se situer, mais on est totalement embarqué dans cette histoire qui nous invite au final à vivre pleinement nos passions, quels que soient les interdits. Bref, malgré certains passages tragiques qui vraiment font froid dans le dos, c’est un superbe album auquel on ne peut pas rester insensible. A découvrir si ce n’est pas déjà fait !

A partir de 13 ans selon l@BD, 16 ans selon l’éditeur.

On en parle sur les blogs : Les 8 plumes, Liratouva (Mango), La bibliothèque de Noukette, La ronde des post-it

Visiter le blog de Raphaël Beuchot.

Les premières planches à lire sur le site de l’éditeur.

Albums jeunesse

Yeghvala la belle sorcière

YEGHVALA LA BELLE SORCIÈRE, par Catherine Gendrin et Nathalie Novi (Didier jeunesse, 2012, coll. grands contes)

Yeghvala est une tzigane née sorcière. La nuit suivant sa naissance, au milieu d’une forêt des Carpates, elle est intégrée au cercle des sorcières du monde, et chacune des sorcières fait un voeu : Yeghvala sera d’une beauté inégalée grâce à ses cheveux qu’elle ne coupera pas, elle aura un solide appétit, celui qui l’aime voudra la tuer, elle saura soigner par les plantes… Une fois grande, Yeghvala tombe amoureuse de Zlato le forgeron, qui n’est pas intéressé par elle. Avec ses potions et ses incantations de sorcière, elle parvient à ses fins et épouse le jeune homme. Plusieurs années passent, Yeghvala et Zlato ont cinq enfants et la jeune mère est toujours plus belle. Zlato s’interroge et va consulter Mara, une sorcière voyante, qui lui conseille de surveiller ce que fait sa femme les nuits de pleine lune et si c’est une sorcière toujours jeune et belle, lui indique de la brûler pour la sauver, elle et sa famille… Les présages des sorcières à la naissance de Yeghvala se mettent en oeuvre…

C’est un superbe album jeunesse sur le thème de l’amour qui peut durer quelles que soient les épreuves. J’ai beaucoup aimé les illustrations, avec des couleurs magnifiques, sur une page ou en double page. Il y a pas mal de texte, mais au niveau de la mise en page, il s’accorde complètement avec les illustrations : les portraits de Yeghvala et Zlato sont particulièrement réussis. On s’immerge complètement dans cette histoire qui comporte beaucoup de magie au départ (et un certain nombre de noms de sorcières des différentes régions du monde : les Erinyes, la Ghoule, les Ménades, les Moires…). L’histoire d’amour entre les jeunes gens est certes artificielle (c’est la jeune femme qui lance un sortilège pour que Zlato tombe amoureux d’elle) mais on n’a plus l’impression ensuite que le sort agit, et plus que Zlato aime sa femme de sa propre volonté. C’est donc un joli album, riche en textes et en illustrations, qui se lit avec plaisir. Quelques légers bémols cependant : dans le conte, on parle d’un vase en cristal dans lequel est placé la rose, mais l’illustration en face du texte montre une rose sous une cloche en verre. De plus, le comportement de Zlato envers sa femme est parfois sacrément violent : « il la prend fermement, lui ligote les poignets puis les jambes », et sur la fin « elle se débat, se tord, supplie ». C’est assez particulier comme relation à l’autre, n’est-ce pas ? Enfin, je trouve parfois Yeghvala égoïste : dans la seconde partie du livre, elle profite de la bonté et de l’argent du vieil homme qui l’épouse, et elle le vole sur la fin de l’histoire. Mais globalement, j’ai tout de même un avis positif sur cet album.

Non mentionné sur Ricochet, mais cet album fait partie de la sélection Education nationale – niveau collège, et de la sélection CM2/6ème du prix des incorruptibles.

On en parle sur les blogs : Capocapesdoc, Ma cabane à livres, Enna lit, Les lectures de Liyah

2/10

Albums jeunesse

Kongjwi, l’autre Cendrillon

KONGJWI, L’AUTRE CENDRILLON, par Lim Yeong-hee (texte) et Marie Caillou (illustrations) (Père Castor / Flammarion, 2013)

Réécriture du conte de Cendrillon, en version coréenne. Ainsi, il n’y a pas de marraine bonne fée, mais c’est une vache noire qui descend du ciel, par des éclairs ! Le conte de Cendrillon est facilement reconnaissable : l’horrible belle-mère et sa fille odieuse, la pauvre petite Kongjwi qui fait toutes les tâches de la maison, même les plus ingrates (en Corée, il s’agit de remplir une jarre à eau percée et décortiquer du riz étalé dans la cour). Ce n’est pas un prince mais un gouverneur qui organise une fête au village, ou dans son palais (on ne sait pas trop). Le conte coréen est par contre plus animalier que sa version occidentale : c’est également un gros crapaud qui vient pour aider Kongjwi à combler le trou de la jarre, et aussi des moineaux qui l’aident à décortiquer le riz. Bref, il y a une forte présence de la nature dans ce conte, dont on connaît tous la fin…

Kongjwi, l’autre Cendrillon est un album d’un très grand format (difficile à ranger, donc), avec une couverture très flashy. On ne peut pas manquer le rose fluo, et on s’attend à une explosion de couleurs dans cet album. Pas manqué, l’album utilise des couleurs très vives (et encore du rose fluo, un peu trop vif à mon goût), en alternant les pleines pages et les dessins plus petits complétant la page de texte. L’esprit asiatique de l’histoire est très marqué : les femmes portent les tenues traditionnelles (le hanbok, sorte de grande robe ample). J’ai aimé découvrir cette version étrangère originale, qui reflète une culture complètement différente de la notre. Les dessins sont magnifiques et les couleurs vives donnent un aspect joyeux à cette histoire : une fois le soulier enfilé, le hanbok quitte ses couleurs ternes et reprend ses couleurs d’origine, étincelantes… Même la fin est plus réjouissante que dans notre version de Cendrillon : la belle-mère et sa fille sont même invitées au mariage ! C’est donc un très joli album !

Non mentionné sur Ricochet.

On en parle sur les blogs : Blogonoisettes, Des livres etc, Le grenier à livres de Choco, Mya’s books

Consulter le site de l’illustratrice française Marie Caillou. Pour voir des extraits de l’album sur ce même site, suivez ce lien !

C’est ma première participation au challenge lancé par Hérisson !

1/10

BD fantastique

Jolies ténèbres

JOLIES TÉNÈBRES, par Kerascoët et Fabien Vehlmann (Dupuis, 2009)

Dans un endroit inconnu, un jeune couple fait plus ample connaissance autour d’un thé. Au fil des cases, le décor se fonce de plus en plus : en réalité, ils sont dans le corps d’un humain, plus précisément une petite fille étendue sur l’herbe (morte ? endormie ? on ne le sait pas au départ). Ils parviennent à en sortir on ne sait comment. Pour ces petites créatures, nombreuses, la vie va se réorganiser hors du corps de la fillette. Il va falloir s’adapter à un univers hostile, mais aussi à des « camarades » qui ne vous veulent pas toujours du bien…

Voici un bien drôle d’album, à la jolie couverture et au titre contenant un bel oxymore.  Je l’ai choisi pour le challenge de Kikine (voir en fin d’article), mais aussi pour les dessinateurs Kerascoët (dont j’ai déjà lu -et apprécié- Miss pas touche) et Fabien Vehlmann, le scénariste de Seuls. Là, point d’histoire réaliste en vue. Au contraire, le contenu peut parfois être dérangeant, le scénario ne répond pas aux questions qu’on se pose (de plus en plus nombreuses) au fil de la lecture : qui est cette petite fille étendue dans la forêt ? Pourquoi est-elle-là ? Qui sont ces petits bonshommes qui vivent autour d’elle ? Et pourquoi tant de cruauté entre eux ? Le sujet est assez gore, assez trash, certaines scènes sont surprenantes, retranscrites avec un trait particulièrement souple et assez agréable. Par exemple, à un moment, des jeunes filles sont ensemble, l’une d’elles a faim et dévore sans prévenir l’une de ses camarades assise à côté. A vrai dire, cela surprend ! Tout comme l’épisode où une jeune fille décide d’en enterrer une autre vivante (dans une trousse) et que cette dernière se laisse faire sans rechigner. Bref, c’est assez glauque parfois ! Ce one-shot pose donc plus de questions qu’il n’apporte de réponses. Peut-être suis-je passée à côté de cette histoire d’enfance qui mêle cruauté, égoïsme et mauvais sentiments, mais toujours est-il qu’elle est hors du commun. Et ne serait-ce que pour cette raison, il faut lire cet album… mais ne pas le mettre entre toutes les mains, car même si les personnages sont mignons, le propos n’est pas adapté aux enfants !

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : La ronde des post-it, Kevo42, Croque les mots, Doucettement, Les lectures de Liliba… avec des avis très divisés !

Pour mieux comprendre cet album, lire l’interview de Kerascoët et Fabien Vehlmann à lire sur le comptoir de la BD, un blog du journal Le Monde. Et terminer par la lecture d’un article du blog de Fabien Vehlmann, où il décrit le parcours de création de cet album.

Les premières pages à lire sur BDgest.

Avec cet album, j’inaugure ma première participation au challenge de Kikine, « les ignorants ». Plus d’infos sur son blog !

BD adaptation

Le méchant petit poucet

LE MÉCHANT PETIT POUCET, par Vincent Vanoli et Cédric Demongeot (La Pastèque, 2012)

Mechant Petit Poucet (Le)Poucet vit avec ses parents dans la forêt. Son père est un bucheron qui se rend tous les ans à la ville pour y vendre son bois. Mais une année, personne ne veut de son bois, car le charbon, le mazout, le caoutchouc, le plastique étaient apparus et avaient remplacés le bois dans les usages des habitants de la ville. A partir de ce moment, le père de Poucet n’est plus un homme. Il n’y a plus de nourriture, mais des larmes, des coups et des cris. Le pain est remplacé par l’alcool et le père de famille envoie son fils chasser dans la forêt. Poucet en profite parfois pour rester quelques jours dans la forêt, loin de la violence paternelle. Un jour, il rentre en annonçant qu’il a trouvé le passage, un lieu paradisiaque après la forêt, où tout coule en abondance. Ses parents ne le croient pas au départ, mais finalement se laissent convaincre. Poucet les emmène, sa mère prend le soin de semer des cailloux blancs au cas où… Arriveront-ils dans ce lieu, ou est-ce un tour de Poucet pour se débarrasser de ses odieux parents ?

Voici un album grand format (avec le dos toilé) réalisé par deux Français, et qui reprend un conte célèbre et le détourne d’une façon étonnante. En effet, le rôle endossé par Poucet est assez inhabituel, et la fin est inattendue (et un peu cruelle). Le dessin est en noir et blanc, assez tordu, assez tourmenté : cela donne une sacrée ambiance à l’album, parfois malsaine, car on se doute que Poucet ne va pas vivre éternellement cette difficile situation avec ses parents. Bref, un album étrange car il va à l’encontre du conte original, mais un album intéressant car il réutilise les codes du conte pour en faire une histoire qu’on ne proposera pas aux plus jeunes à cause de la violence qui y règne. En ce qui me concerne, j’aime être perturbée par une histoire que je pensais connaître au départ, cet album est donc une bonne découverte !

Non répertorié par l@BD, dommage.

On en parle sur le net : la chronique de Line-Marie sur BDaBD, critique de Talentus sur Babelio, à voir à lire, la cause littéraire.

Début de l’album à lire sur Digibidi.

Voir le site du dessinateur Vincent Vanoli.