BD humour

Et si l’amour, c’était aimer ?

ET SI L’AMOUR, C’ÉTAIT AIMER ?, par Fabcaro (Six pieds sous terre, 2017, coll. Monotrème)

fabcaroSandrine vit avec Henri, mais vient de rencontrer Michel, livreur chez Speed Macédoine. Elle tombe sous le charme de ce beau brun ténébreux, et pour revoir son coup de foudre, commande le même plat tous les soirs. Henri ne se doute de rien, mais un mois plus tard, quand leur relation se concrétise, il doit se faire à l’idée que sa femme ne l’aime plus… Pour oublier son histoire, il lance une start-up, tandis que Sandrine et Michel filent le parfait amour… Lire la suite « Et si l’amour, c’était aimer ? »

BD sentimentale

Héléna tome 2

HÉLÉNA tome 2, par Jim (scénario) et Lounis Chabane (dessin) (Bamboo, 2015, coll. grand angle)
Suite et fin du tome 1. Simon est toujours fou amoureux d’Héléna qu’il paie mille euros par mois pour venir converser avec lui trois heures par semaine le jeudi après-midi. Sauf que la belle sait très bien qu’elle ne sera jamais en couple avec son camarade d’enfance, elle continue même sa vie à côté, et la raconte à Simon : elle fréquente un homme marié et doit partir en vacances avec lui en Sicile. Simon croit parvenir à la dissuader, mais n’y arrive pas… L’un est amoureux, alors que l’autre non, mais elle a besoin de cet argent pour vivre… Alors, par dépit, Simon se « rabat » sur la meilleure amie d’Héléna, Eloïse… Mais le jour où il apprend que l’amour de ses rêves va se marier à Prague sans le lui avoir dit, Simon va tout faire pour empêcher cela…

Lire la suite « Héléna tome 2 »

BD fait de société

Love story à l’iranienne

LOVE STORY A L’IRANIENNE, par Jane Deuxard (scénario) et Deloupy (dessin) (Delcourt, 2016, coll. Mirages)

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Comment se passe la vie des jeunes gens en Iran, sous le régime des mollahs ? Comment faire pour se rencontrer, flirter, tomber amoureux… quand la société ne le permet pas ? Un couple de journalistes français, sous couvert de pseudonyme, s’est rendu de nombreuses fois sur place pour rencontrer des témoins, et nous apporter un éclairage étonnant sur la vie amoureuse des jeunes Iraniens au 21e siècle… Lire la suite « Love story à l’iranienne »

BD humour

Oui ! 101 questions à se poser avant de se marier

OUI ! 101 QUESTIONS A SE POSER AVANT DE SE MARIER, par Margaux Motin et Pacco (Delcourt, 2015, coll. Tapas)

Recueil de 101 questions à poser aux futurs mariés et mariées pour être sûr de bien choisir son promis avant de s’engager… Choix de son conjoint, aléas de la vie de couple, enfants, animaux de compagnie, amis des mariés, organisation du jour J… De nombreuses thématiques sont abordées avec humour dans cet ouvrage, dont la question la plus importante « voulez-vous l’épouser ? »

J’aime bien ce que fait Margaux Motin (J’aurais adoré être ethnologue, La théorie de la contorsion), même si j’avais été moins conquise par ma dernière lecture (La tectonique des plaques). J’aime bien son trait léger et réaliste, et ses personnages un peu déjantés. Au contraire, je n’avais jamais lu de livre de son compagnon Pacco. Quand j’ai vu cet album arriver parmi les nouveautés à la bibliothèque, je n’ai pas hésité une seconde. Mon homme a été le premier à le lire, ou plutôt à le feuilleter. En effet, pas d’histoire à l’intérieur de cet album carré, mais une succession de doubles pages toujours construites de la même façon, alternant les questions bleues pour les hommes et roses pour les femmes : à gauche une question est posée et développée à travers un court texte en dessous, et à gauche un dessin de Pacco ou Margaux Motin (selon que la question s’adresse à l’homme ou à la femme) est en lien plus ou moins direct avec le thème abordé dans la question. J’aime beaucoup le trait de Margaux Motin, même si les filles filiformes se ressemblent toutes et ont un look très apprêté. Je trouve ce trait très élégant et aérien. Le trait de Pacco est pas mal non plus, un peu différent mais pas tant que cela au premier coup d’oeil. Il est un peu moins dynamique, mais correspond quand même bien à l’ambiance de cet album. Il est facile de se retrouver dans les questions, peut-être parce que je fais partie de la tranche d’âge cible de cet album, et que de nombreux amis autour de nous se marient… A noter enfin que l’album est aussi un bel objet, avec une couverture épaisse et rembourrée. Ce n’est pas l’album du siècle, loin de là, car il sera oublié d’ici quelques temps, mais il permet de passer un agréable moment de lecture tout de même. Ce serait plutôt un bel objet à offrir à de futurs mariés. Hasard ou pas d’ailleurs, j’étais en train de lire cet album quand une amie m’a appelée pour m’annoncer son mariage l’automne prochain… 🙂

Non mentionné sur l@BD, mais je dirais à partir de 15 ans.

On en parle sur les blogs : Pissenlit de lune, My pretty books, 110 livres

Quelques planches à voir sur le site de l’éditeur.

Lien vers le site de Margaux Motin et celui de Pacco.

BD historique

A la dérive

À LA DÉRIVE, par Xavier Coste (Casterman, 2015)

1910, Paris est totalement inondée. Un jeune couple d’Américains, Eddie et Agatha, est criblé de dettes de jeu, suite aux addictions du jeune homme. Le délai pour rembourser est court : la jeune femme se prostitue mais cela n’est pas du goût d’Eddie, qui projette alors de profiter de la situation exceptionnelle de chaos dans laquelle est plongée la capitale française pour cambrioler les coffres d’une banque, l’American Express… Il recrute alors une petite équipe spécialisée, mais précipité, le braquage ne va pas se passer comme prévu et le couple fuit vers la Grande-Bretagne, avant qu’Eddie ne soit repéré et jugé avec ses comparses…

Encore un album emprunté au hasard à la bibliothèque parmi les nouveautés. Je ne pense pas être une lectrice compliquée, mais pour ce coup-là, je n’ai pas spécialement aimé cet album, car à mon goût, l’auteur passe trop vite sur les événements, et il effleure bien trop les situations pour que je me sois sentie impliquée dans la lecture. Les personnages ne sont pas assez creusés pour qu’on s’attache à eux. La seconde partie consacrée à Eddie est encore plus légère, un peu engluée dans le romantisme : Eddie se languit de sa belle et n’aspire qu’à s’évader pour la rejoindre, et il est arrêté net par un courrier d’Agatha qui semble refaire sa vie sans lui. La fin de l’album est très ouverte et offrirait la possibilité d’une suite alors qu’il n’est pas fait mention dans l’album qu’il s’agirait d’un tome 1. De plus, je n’ai pas aimé savoir (après la lecture) que l’auteur s’était basé sur certains faits réels qu’il a replacés dans une chronologie différente pour que ça colle avec son scénario : en effet, il s’est inspiré d’un couple d’Irlandais qui a bien cambriolé l’American Express, mais en 1903. Ce mélange de deux faits réels alors qu’ils ne sont pas proches historiquement m’a dérangée, il aurait mieux fallu à mon sens utiliser le contexte de l’inondation, mais calquer dessus une histoire complètement fictionnelle. Bref, j’ai des regrets sur le scénario, trop léger et superficiel pour vraiment m’intéresser. Par contre le dessin lui est très agréable, même si je n’avais pas reconnu le trait de l’auteur d’Egon Schiele. Sur certaines doubles pages, les cases disparaissent au profit de peintures particulièrement jolies, faites en peinture, parfois avec des découpages façon art déco très adéquat avec l’ambiance de l’album. Certaines planches sont construites de façon originale, et j’ai bien aimé cette construction, ainsi que le choix des couleurs souvent claires et pas uniformes, travaillées. Alors certes A la dérive est un album graphiquement joli, mais cela s’arrête là pour moi. Dommage…

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Biblio du dolmen, Blog BD Sud-Ouest, Le calamar noir, Une case en moins, u lost control, Les belles histoires de l’oncle Hermès, Samba BD

Premières planches sur Izneo.

BD fait de société

Les pénates

LES PÉNATES, par Alexandre Franc (scénario) et Vincent Sorel (dessin) (Casterman/Arte éditions, 2014, coll. Professeur cyclope)

Pierre enseigne l’histoire à la fac, comme il l’avait toujours voulu. Spécialiste d’histoire ancienne, et plus particulièrement de l’antiquité romaine, il vit parfois dans son monde, revivant par exemple aux côtés d’une habitante l’éruption du Vésuve à Pompéi… Dans la vraie vie, il vit avec son épouse Véra et leur fille de quatre ans, Bérénice, et tout a l’air d’aller pour le mieux. Pierre est un peu tête en l’air, et accède aux demandes farfelues de sa fille, comme goûter du whisky, ce qui a le don d’exaspérer Véra. En fait, dans leur couple, cela ne se passe si bien que cela, la routine s’installe et Véra s’ennuie, sans que Pierre semble s’en rendre compte. Un jour, Simon, un ami de Pierre vient s’installer chez eux, six mois après avoir perdu sa femme et son fils dans le tsunami en Asie du Sud-Est… Sans le vouloir, il va être le révélateur des problèmes de Véra et Pierre. Bérénice comprend bien que l’ami de ses parents est triste. Alors qu’elle se pose plein de questions, son père lui explique que les Romains avaient des dieux pour protéger les familles et qu’ils s’appelaient les Pénates. Bérénice va alors se mettre à prier ses Pénates humanisés sous les traits de son ours en peluche et de sa poupée…

Voici un album de la même collection que Le sourire de Rose, paru lui aussi initialement en numérique sur le site de Professeur Cyclope. Je n’avais pas d’attentes particulières vis-à-vis de cet album, je ne connaissais pas le pitch à l’avance, et la quatrième de couverture (avec une petite fille / poupée de chiffon et un ours en peluche chantant « nous sommes des Pénates ! Nous savons tout, nous pouvons tout ! Nous sommes des démiurges ! ») ne m’avançait pas plus mais pourtant j’ai dévoré cet album d’une traite, alternant les sourires et les moments plus graves. L’histoire mêle le fantastique et l’histoire de société. Elle est très bien construite, distillant subtilement les éléments constructifs du récit, avec des dialogues parfois plein d’humour. Les questionnements qui apparaissent dans le couple sont réalistes, les personnages sont touchants. On se rend bien compte du délitement du couple de Pierre et Véra, tout en constatant qu’ils ne font pas forcément grand-chose pour tenter dela sauver. Cette chronique sociale qui sonne juste est donc tout à fait agréable à lire, portée en plus par un dessin approprié, assez simple, au trait léger. Certes parfois un peu statique, j’ai tout de même aimé ce trait qui rend les personnages sympathiques et attachants. Le trait de Vincent Sorel parvient aussi à faire de ce récit original, au dialogue humoristique et parfois bien-décalé-comme-je-les-aime, un livre très sympa, qui sous ses airs de rien, aborde tout de même un sujet plus profond. Je dois dire que les personnages m’ont bien parlé, que je me suis presque retrouvée dedans, même si je ne suis pas sentie concernée personnellement par le propos. J’ai trouvé que le choix des personnages était original, et j’ai bien aimé les petites touches de fantastique avec les Pénates de Bérénice qui deviennent vivantes. Bref, c’est un bien joli album que j’espère voir un peu plus sur les blogs. Je compte maintenant aller voir ce que ces auteurs-là ont produit d’autres, car j’ai beaucoup aimé leur travail en collaboration !

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Les lectures de Phili, Hop blog, Chez Clarabel

Quelques planches sur le site du scénariste. Aller voir aussi le site du dessinateur.

Interview d’Alexandre Franc à lire sur Klare lijn international, et interview de Vincent Sorel à lire sur Nantes BD.

C’est ma cinquième participation àla bd de la semaine, cette semaine chez Stéphie.

BD fait de société, BD historique, BD hors de nos frontières

Septembre en t’attendant

SEPTEMBRE EN T’ATTENDANT, par Alissa Torres (scénario) et Sungyoon Choi (dessin) (Casterman, 2009, coll. Ecritures)

Autobiographie dessinée d’Alissa Torres, une jeune femme américaine qui en 1998 tombe amoureuse puis épouse Eddie Torres, jeune agent de change d’origine colombienne. Le jeune couple commence alors sa vie à New-York, et la fin de l’année 2001 s’annonce bien, la jeune femme étant enceinte de leur premier enfant, prévu pour la fin septembre. Lui commence un nouveau travail le 10 septembre dans une entreprise située dans une des deux tours du World Trade Center, mais ne survivra pas aux attentats meurtriers qui ont frappé les bâtiments new-yorkais. Alissa doit alors apprendre à survivre à la mort de celui qu’elle aimait. Elle nous raconte les multiples procédures administratives, les barrières auxquelles elle s’est heurtée, les incompréhensions auxquelles elle a dû faire face, ainsi que ses questionnements…

Cet album est je crois le premier que je lis sur le 11 septembre 2001, date que l’on peut considérer comme celle du véritable changement de siècle et d’entrée de plein pied dans le 21ème siècle. L’histoire se lit assez facilement, même si on ne connaît pas toutes les procédures américaines, et même si les différentes associations citées tout au long de l’album sont moins connues de notre côté de l’Atlantique. Alissa Torres veut ainsi montrer le long et difficile chemin qu’elle a dû parcourir pour faire son deuil, alors que les autorités et les associations d’aide aux familles des victimes l’ont au final assez peu aidé d’un point de vue psychologique. L’auteur dénonce le système trop compliqué, le manque de considération envers les familles et les incohérences qui ont jalonné son parcours. Le récit, qui veut montrer l’envers du décor, est globalement fluide, même s’il m’a certainement manqué des éléments de culture américaine pour comprendre complètement l’histoire. C’est vraiment une autre face de l’histoire qui nous est racontée là, une vision très personnelle du drame qui a frappé l’Amérique ce matin de septembre. Ce qui est exposé n’est pas toujours politiquement correct, l’auteur dénonçant aussi bien les instances officielles, les médias que les associations d’aide, avec parfois une touche d’ironie non dissimulée. C’est donc une oeuvre intéressante de ce point de vue, même si assez égocentrique. Le dessin en noir et blanc, réalisé par une dessinatrice américaine d’origine sud-coréenne (et publiant dans le New-York Times) est travaillé et assez fin, alternant les cases strictes et les planches plus libres. Il ne comprend que quelques touches de bleu pâle, et cela rend le récit un peu plus vivant que s’il n’était qu’en noir et en blanc. Cependant, j’ai trouvé dommage que le nom de la dessinatrice soit oublié sur la couverture, car le dessin est aussi important que le scénario. Le chapitrage chronologique permet de se repérer dans cette année qui a suivi le 11 septembre, et heureusement qu’il y a ce découpage, car le récit est dense (plus de 200 pages) et part parfois dans de nombreuses directions, nous perdant quelquefois dans les multiples pistes exposées. J’ai eu un peu de mal à suivre l’histoire, mais surtout à être vraiment touchée par l’histoire de cette femme parfois butée, même si certains passages sont particulièrement troublants. La fin est heureuse, pleine d’espoir malgré la perte du mari. Les photos du disparu recouvrent une double page en fin d’album, et cela rend l’histoire encore plus réelle, même si ce n’est qu’un exemple parmi d’autres des victimes du terrorisme. Septembre en t’attendant est un album intéressant (comme souvent dans cette collection), mais qui n’est pas forcément facile à comprendre quand on le lit avec des yeux d’européens. Je fais peut-être ma difficile, mais pour le coup, un dossier sur le sujet en fin d’ouvrage n’aurait, je pense, pas été superflu, pour aller au-delà de la simple histoire personnelle.

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Chez Clarabel, La bibliothèque du dolmen, Le grenier à livres, Chez Canel

C’est ma quatrième participation à  la bd de la semaine, cette semaine chez Noukette.

BD fait de société, BD sentimentale

Rouge karma

ROUGE KARMA, par Eddy Simon (scénario) et Pierre-Henry Gomont (dessin) (Sarbacane, 2014)

Adélaïde, enceinte de huit mois, arrive à Calcutta pour signaler à la police la disparition de Matthieu, son compagnon et père de son enfant à naître. Dès l’aéroport, elle fait la connaissance d’Imran, jeune chauffeur de taxi qui va l’aider dans ses démarches et la guider dans cette grande ville inconnue. Sans passer à l’hôtel, la jeune femme dépose plainte au commissariat, mais l’inspecteur ne trouve aucune trace administrative de Matthieu. Adélaïde, que personne ne prend au sérieux en France ou en Inde, décide alors de mener ses recherches seule, aidée d’Imran qui va lui dévoiler des parts de culture indienne. La Calcutta qu’elle va découvrir est bien loin de celle des guides touristiques, et la raison de la disparition de Matthieu va s’avérer cacher un secret d’état et une possible crise diplomatique…

Rouge karma est un album à la couverture très colorée qui correspond tout à fait à l’esprit de l’histoire qui se situe en Inde, pays multicolore s’il en est. J’ai aimé cette histoire qui se développe sur 128 pages, même si quelques facilités dans le scénario m’ont un peu dérangée : un appartement vide trouvé un peu trop facilement, une confiance presque aveugle envers le chauffeur de taxi auquel Adélaïde ne pose pas aucune question… Sa venue en Inde est elle aussi assez improbable : prête à accoucher, elle a l’air d’avoir une forme olympique presque tout le temps, elle ne se ménage pas vraiment et son ‘état’ n’a pas l’air d’inquiéter plus que cela. Mais mis à part ces quelques bémols, cet album est vraiment très instructif sur l’Inde, ses croyances, ses traditions, son mode de vie, ses habitants. Mine de rien, il est riche en informations et en détails, tellement qu’on entendrait presque le bruit des rues de la mégapole indienne ! Vraiment, ça donne envie de voyager, si on excepte la corruption et les vols… Il aborde aussi dans la dernière partie de l’album une thématique politico-écologique intéressante, ce qui n’est pas négligeable non plus. J’ai lu sur le site de l’éditeur que le scénariste habite en Inde, ce qui donne encore plus de crédit à cet album. Le dessin de Pierre-Henry Gomont, que je découvre là, contribue également à cette envie de voyage : il est très agréable, un peu désarçonnant au départ car pas toujours très net, mais variant les angles de vue pour rendre compte du dynamisme du pays. Les couleurs aident à entrer dans l’histoire : j’aime beaucoup la couleur de cheveux de l’héroïne, qui semble irradier sur chaque case. Les autres couleurs sont très jolies, légères, aériennes. On a ici un joli album qui incite à la découverte d’une culture très éloignée de la nôtre.

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Au milieu des livres, D’une berge à l’autreBédépolar, 9ème art, Delphine’s books and more

Quelques planches sur le site de l’éditeur.

La page Facebook du scénariste et le blog du dessinateur.

Cet album fait partie de la sélection Prix SNCF du polar 2015, catégorie BD.

BD historique, BD sentimentale

Le tour de valse

LE TOUR DE VALSE, par Denis Lapière (scénario) et Ruben Pellejero (dessin) (Dupuis, 2013, coll. Aire libre)

Vitor est un ancien soldat de l’armée rouge, qui a combattu pendant plusieurs années. Revenu dans sa famille, il retrouve sa femme Kalia et ses deux enfants, Youlia et Sérioja. Le couple vit heureux malgré l’appartement trop petit et les privations, jusqu’à ce que Vitor soit dénoncé par un camarade, sur la base de fausses allégations. Condamné à dix années de travaux forcés dans un camp en Sibérie pour être « rééduqué par le travail », il va connaître mauvais traitements et rudes conditions de vie en tant que « zek ». C’est là-bas aussi qu’a lieu chaque mois le « tour de valse », un éphémère moment de rencontre avec d’autres prisonniers. A l’occasion de la mort de Staline, au printemps 1953, beaucoup de zeks sont libérés des goulags. Voyant que son mari ne revient pas, Kalia décide alors de se rendre en Sibérie pour le retrouver. Elle va se retrouver confrontée au mutisme de certains anciens prisonniers. Seuls quelques uns voudront bien l’aider et lui révéler ce qu’ils ont pu vivre. Ainsi elle pourra reconstituer le puzzle du parcours de son mari, mais ce qu’elle va découvrir va dépasser tout ce qu’elle avait pu imaginer…

Le tour de valse est un album édité pour la première fois en 2004, et réédité à l’occasion de l’anniversaire de la collection « Aire libre ». Je l’ai emprunté un peu au hasard, sans rien savoir de l’histoire ou du dessin. Et encore une fois c’est une bonne pioche, car le scénario est très fort, montrant des aspects peu abordés en BD : le déchirement d’une famille dans l’URSS de Staline et la vie au goulag. Même si au départ, j’ai été freinée par le dessin, avec ses traits que je trouvais trop marqués, j’ai oublié ce désagrément au fil de l’histoire et ai été happée par le récit de l’héroïne courageuse et amoureuse qui recherche son mari plus que tout, qui laisse même ses enfants pour partir au fin fond de la Sibérie, où une omerta règne : tout le monde se tait sur ce qui a été vécu dans les camps de travail. Les découvertes s’enchaînent avec les rencontres d’anciens zeks libérés, l’héroïne découvre la situation de son mari pendant ses travaux forcés et le « tour de valse ». Tout cela ne la freine pas, bien au contraire, mais lui donne encore plus d’espoir pour retrouver son amour. Il y a donc ce côté sentimental qui constitue une part de l’album, et j’ai été aussi sensible au côté historique, qui est révélé à travers la ‘petite’ histoire, celle de cette famille séparée à cause d’une dénonciation. Le régime totalitaire et inhumain de Staline est dénoncé sous ses pires travers avec l’exemple de Vitor. Bref, un scénario très bien mené et documenté, avec un dessin et des couleurs qui le servent bien, cela donne un album très intéressant que Dupuis a bien fait de rééditer !

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Mille et une frasques, Sur le fil avec 2 N, Blog BD Sud Ouest, La barbe

Cette histoire est à l’origine d’un BD concert.

Aller voir le blog du scénariste et celui du dessinateur (en espagnol).

BD fait de société, BD historique, BD sentimentale

Mauvais genre

MAUVAIS GENRE (d’après La garçonne et l’assassin de Fabrice Virgili et Danièle Voldman), par Chloé Cruchaudet (Delcourt, 2013, coll. Mirages)

Au début du 20ème siècle, Louise et Paul sont amoureux. Après s’être tournés autour pendant quelques temps, ils se marient juste avant que Paul ne parte faire son service militaire. La guerre éclate alors que Paul devenu caporal est à la caserne. Il va vivre les horreurs de la guerre, et c’est la mort devant lui de son ami Marcel qui va le décider à s’automutiler. Mais sa convalescence allant prendre fin, il choisit de déserter pour retrouver Louise. Le couple va alors vivre pendant le reste de la guerre avec Paul caché, jusqu’au jour où après une énième dispute, Paul choisit de sortir à l’extérieur, déguisé avec une robe de son épouse. C’est le début de son travestisme. Aidé de Louise, Paul va travailler les moindres détails de son apparence pour apparaître crédible, jusqu’à en devenir Suzanne. Il va même trouver du travail et faire de nouvelles rencontres. Cette situation va perdurer pendant dix ans après la fin de la guerre, jusqu’à ce que les déserteurs soient amnistiés. Mais il lui est difficile de quitter celle qui a remplacé Paul, d’autant plus que son couple avec Louise vacille…

Voici un album qui a beaucoup fait parlé de lui l’an passé, que j’avais à la maison depuis Noël sans avoir pris le temps de le lire. J’avais un peu peur d’être déçue après les avis dithyrambiques publiés un peu partout. Je me suis finalement décidée et j’ai regretté de ne pas l’avoir lu avant. Le dessin est très beau, avec beaucoup d’ombres grisées. On n’a pas de mal à reconnaître les personnages. Paul est stylisé avec son grand nez pointu, et malgré sa coupe de cheveux et ses habits féminins, on parvient toujours à le distinguer parmi les autres femmes. Au niveau du dessin, je découvre le trait de Chloé Cruchaudet, et je dois avouer que j’ai bien envie d’ouvrir ses autres productions, car ce trait me plaît bien, tout comme ses choix de couleurs, noir, gris et rouge. L’histoire de Mauvais genre, adaptée d’un ouvrage de deux historiens, est vraiment bien amenée, avec une introduction dont on comprend qu’elle se passe en fait à la fin de l’histoire, sans pour autant savoir qui est accusé. Ensuite, la scène dans le tribunal ne revient qu’une fois dans le récit, et on retourne dans le récit de la vie de Paul/Suzanne, racontée de façon chronologique. Certains éléments de l’histoire du couple sont fictionnelles, notamment les dialogues, mais ceux-ci sonnent très justes. J’ai lu cette histoire d’une seule traite, c’est dire si j’ai été happée par ce couple hors normes où l’apprenti(e) va finalement dépasser le maître, dans le Paris des années 1920. L’histoire est réellement hors du commun et on se demande comment une telle situation (désertion puis transformisme) a pu se produire il y a près de 100 ans, alors que pourtant, les deux historiens (dont j’ai envie de lire l’ouvrage) ont montré grâce aux archives que Paul et Louise ont vraiment existé, avec la vie qui est racontée dans cette BD. Au delà de la vie du couple, les horreurs de la guerre sont aussi mentionnées dans des cases très travaillées, tout comme le retour des poilus à Paris en 1918-1919. J’ai aimé ce côté historique qui raccroche la petite histoire à la grande. Pas un faux pas dans cet album qui vaut vraiment le coup, même si elle n’est pas à mettre entre toutes les (jeunes) mains… C’est pour moi, un joli coup de cœur, même tardif !

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle (vraiment beaucoup) sur les blogs : Au milieu des livres, La bibliothèque de Noukette, Chroniques de l’invisible, Sin City, Twenty three peonies, Sulli raconte sa BDBlog brother, Le blog de ChadumeMadiMado’s blog…..

Quelques planches sur le site de l’éditeur.

Cet album a reçu de nombreux prix, dont le prix du public à Angoulême en 2014 et le prix coup de cœur à Quai des Bulles 2013.

Interview de l’auteur à lire et écouter sur RFI.