Les godillots, tome 1 : Le plateau du croquemitaine

LES GODILLOTS, tome 1 : LE PLATEAU DU CROQUEMITAINE, par Olier (scénario) et Marko (dessin) (Bamboo, 2011)

Pendant la première guerre mondiale, près du front, une équipe de deux soldats doit ravitailler les premières lignes avec la « roulante », la cuisine itinérante. Mais ce premier convoi ne revient pas et les soldats sont déclarés disparus. Alors un deuxième binôme est constitué pour effectuer la tournée, avec un boulanger et un cultivateur. Ce duo assez improbable (un petit maigrichon et un grand costaud) doit traverser un plateau connu pour sa dangerosité et surnommé « le plateau du croquemitaine », du nom d’une batterie d’armes qui vise tout ce qui passe par cet endroit. Le duo parvient à une maison abandonnée et découvre un jeune garçon, Bixente, qui cherche son grand frère soldat, avec son exemplaire du « tour de France de deux enfants » dans son sac. Perturbés par cette découverte, les deux soldats demandent à Bixente (qu’ils ont entre temps renommé Bichette) de les attendre là, mais le jeune garçon fougueux n’en fait qu’à sa tête et les suit malgré le danger vers la tranchée…

Voici une BD de saison, si on peut dire. Cette histoire est parue en épisodes dans le magazine Le Monde des Ados il y a quelques temps, et c’est là que je l’avais repérée. Je ne regrette pas du tout d’avoir essayé cet album qui permet d’aborder la première guerre mondiale avec les plus jeunes. Contrairement à La guerre des Lulus, série qui aborde la vie des civils à l’arrière, Les godillots relate la vie des soldats au front, sous un angle moins noir que peut le faire Tardi dans C’était la guerre des tranchées. La vie des soldats n’est pas enjolivée, loin de là, mais c’est juste que le propos est plus léger et plus compréhensible pour les jeunes. Le jeune Bixente permet aussi aux jeunes lecteurs de se sentir impliqués dans l’histoire. Il y a aussi de nombreux éléments historiques inclus dans le scénario, ce qui fait qu’on apprend des choses en même temps, ce qui rend cette BD encore plus intéressante. Des extraits du célèbre livre « Le tour de France de deux enfants », un classique du début du 20ème siècle, sont insérés dans les cases, et montrent une certaine vision de la France de l’époque. De nombreux thèmes de la guerre sont abordés, dont les mutilés volontaires ou encore l’occupation des soldats lorsqu’ils ne sont pas au front. Le vocabulaire utilisé par les soldats est… comment dire ? très fleuri : c’est un régal que de lire ces expressions souvent devenues désuettes, mais tellement imagées. Les dialogues sont ponctués de touches d’humour, souvent apportées par Bixente et le singe (Kronprinz rebaptisé ensuite Salopiot, et on comprend vite pourquoi…).

Le trait est clairement jeunesse, assez rond et les personnages sont croqués de façon élégante. Les couleurs sont soignées et réalistes, par exemple au niveau des tenues. Il n’est pas difficile de distinguer les personnages, sauf à un moment lorsqu’on passe du côté allemand. En effet, il n’y a pas de cartouche dans la planche pour signaler le changement de lieu, et les soldats allemands (en tenue vert foncé) parlent aussi en français dans les bulles, donc j’ai eu un léger temps de questionnement sur ces nouveaux personnages, avant de comprendre qu’il s’agissait de la vision opposée. Cela n’est pas inutile et permet de se détacher un peu des personnages principaux du récit. Bref, vous l’aurez sûrement compris, j’ai vraiment passé un bon moment de lecture, avec cet album historique jeunesse qui est loin d’être déprimant et barbant… A noter que l’édition originale comprend une gazette fictive de 8 pages qui permet d’en savoir plus. J’ai hâte de lire la suite, et j’ai été ravie d’apprendre que le tome 3 sort demain en librairie !

Album non mentionné sur l@BD, mais le roman y est conseillé à partir de 10 ans.

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Premières planches sur le site de l’éditeur.

Voir la page Facebook de la série.

Tea Party

TEA PARTY, par Nancy Peña (La boîte à bulles, 2009, coll. Contre-jour)

A Londres à la fin du XIXème siècle, Victor Neville est un cookery counseller, conseiller culinaire au service d’un Lord. Lors d’une tea party où se rencontrent son employeur et un autre Lord prestigieux, du thé rare est goûté, mais trouvé infect. Alors le défi est lancé : rendez-vous dans deux mois avec le thé le plus fin du monde. Victor doit donc se lancer à la recherche de feuilles très rares. Le pari est intenable, le thé réputé le plus fin étant dans des régions trop éloignées pour être à Londres à la date prévue. Souffrant en plus de narcolepsie, un mal encore inconnu à l’époque, il va rencontrer de nombreuses difficultés pour mener à bien sa mission. Il va tout de même essayer de soudoyer la fille du Lord adversaire pour connaître les plans de l’ennemi… Celle-ci est étrange : elle porte un kimono avec des chats imprimés qui parfois prennent vie…

Voici un petit album en noir et blanc, que j’aurais pu lire en une seule fois vu sa longueur (80 pages) et son format (plus petit qu’un A4). Il s’agit en fait du tome 2 d’une série qui s’intitule « le chat du kimono », mais sans avoir lu le tome 1, je crois être parvenue à comprendre l’histoire. En plus au départ, on a une présentation brève mais intéressante des différents personnages et de leurs liens avec le kimono tant convoité. Le scénario est original, partant sur une base réaliste mais avec des touches fantastiques qui ont un rôle dans l’histoire, avec les chats du kimono. Par contre, comme c’est le second tome de la série, il doit certainement y avoir des références au premier tome, mais je dois avouer que cela ne m’a pas dérangé pour comprendre l’histoire. Je ne suis pas fan de thé, donc j’ai moyennement accroché au scénario, mais ceci est purement une histoire de goût. Les drôles de rêves que fait Victor sont assez dérangeants, avec cet oiseau à l’air malfaisant qui vient le hanter… Je ne sais donc pas quoi penser de cet album, qui explore plusieurs pistes sans vraiment les creuser, en se concentrant sur l’histoire du thé. Peut-être que les tomes précédent et suivants apportent plus de réponses. A voir si un jour je les trouve, mais pour l’instant mon avis est mitigé… Par contre au niveau du dessin, il est agréable, le personnage de la fille du Lord est très joli, avec son large kimono et le personnage de Neville intéressant. C’est une auteure que je découvre, je pense continuer avec d’autres de ses productions, car son univers est particulier et m’a l’air bien à elle.

Album non mentionné sur l@BD.

On en parle sur les blogs : Le blog de Luna, Tuurngait, Chaplum, Livraddiction, L’autre tigre

Consulter le blog de l’auteure.

Les premières planches à lire sur Digibidi.

A boire et à manger, tome 1

À BOIRE ET À MANGER, tome 1, par Guillaume Long (Gallimard, 2012)

Autobiographie culinaire d’un jeune homme passionné de découvertes gastronomiques en tout genre. Entre les grands classiques (crêpes, brocolis, apéritif…) et d’autres recettes plus originales (utilisant de l’ail des ours ou du radis noir), il retrace avec humour son parcours culinaire dans sa cuisine ou dans des restaurants en France ou à l’étranger. Il liste aussi en dessins des pense-bêtes intéressants : les ustensiles utiles en cuisine, les légumes de saison, les ingrédients de base à toujours avoir sous la main… Il nous propose également des recettes illustrées pas à pas, très instructives pour les néo-cuisiniers…

Voici un album qui m’attirait moyennement, la cuisine en BD n’étant pas mon fort. J’ai emprunté cet album parce que sa couverture très vive donnait tout de même envie, et puis je ne connaissais pas du tout l’auteur. En fait dans cet album de 144 pages, il n’y a pas une seule et même histoire, mais c’est un recueil de courtes histoires sur une ou plusieurs planches. En effet, il s’agit de la version imprimée du blog de l’auteur. C’est souvent drôle, bien trouvé, très réaliste : on se retrouve dans la plupart des histoires, et c’est en même temps très instructif. Ainsi, j’ai appris des petites astuces culinaires qui me serviront certainement. L’auteur utilise beaucoup l’auto-dérision, et j’ai beaucoup aimé le suivre dans ses tribulations culinaires, ses essais d’ingrédients. On sent bien qu’il a des ingrédients fétiches, parmi lesquels le radis noir et le brocolis (surnommé « brocolounge » pour faire plus « hype »). J’ai bien aimé aussi ses pages mémo, avec les ustensiles nécessaires pour la cuisine, ou les ingrédients à avoir obligatoirement dans sa cuisine… C’est très drôle, ça m’a rappelé mes premières années d’étudiante. Les comic strips avec les conseils de Pépé Roni, répartis tout au long de l’album, sont souvent marrants, grâce aux explications imagées sur le vocabulaire culinaire : « il ne faut pas confondre… avec … ». A propos du dessin, il est assez simple et expressif, on a parfois un carnet de voyage culinaire, avec des traits esquissés, peu précis mais toujours lisible. L’auteur alterne les histoires dans un gaufrier et parfois n’utilise aucun cadre, pour aérer le récit. Il faudrait presque noter tous les lieux mentionnés, comme un guide du routard illustré. Dommage que la dernière histoire se termine un peu brusquement, de façon abrupte, je ne pensais pas que c’était la fin de l’album. Mais mis à part cela, il y a une bonne surprise supplémentaire à la toute fin, avec une table des recettes, un index et une double page récapitulative des légumes par saison. L’album est à la fois drôle, instructif et très intéressant. Pas de regret donc de m’être laissée tenter par cet album, qui se prolonge avec un tome 2 à la couverture verte. Très agréable découverte !

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Lecture sans frontières, Lire par plaisir, Funambuline, Rose and cook, EmiBlog, La cuisinerie de Nini, A lire et à manger

Consulter le blog de l’auteur sur le site du journal Le Monde.

Quelques planches sur le site de l’éditeur.

Les années douces, tome 2

LES ANNÉES DOUCES, tome 2, par Jirô Taniguchi et Hiromi Kawakami (Casterman, coll. Ecritures, 2011)

https://i0.wp.com/static.decitre.fr/media/catalog/product/cache/1/image/9df78eab33525d08d6e5fb8d27136e95/9/7/8/2/2/0/3/0/9782203034266FS.gifSuite du tome 1. Tsukiko et le maître se rencontrent toujours, souvent le soir, mais plus forcément dans le café habituel. Leur rituel est bien établi, chacun paie ses consommations et le maître ne sert jamais Tsukiko. Maintenant, ils se retrouvent dans des lieux en extérieur. Il l’emmène dans un pachinko, sorte de salon de jeu, il l’invite dans une île quasi-déserte, où son épouse est enterrée. C’est là dans cet univers confiné qu’apparaissent véritablement les premiers rapprochements entre les deux personnes. Comme pour le tome 1, l’histoire se passe extrêmement lentement, trop pour moi. Mais au moins ça change du premier volume, car les lieux sont différents et on ne parle pas toujours de nourriture (c’est vraiment ce qui m’avait déplu dans le tome 1). On en découvre plus sur l’histoire du maître et de sa femme (qui avait l’air assez spéciale dans son genre !), et cela répond aux questionnements qui avaient pu apparaître depuis le début de l’histoire. Un chapitre précipite les choses, lorsque les deux adultes se rapprochent de plus en plus… Cela contraste avec la lenteur des chapitres précédents, et c’est assez surprenant.

L’histoire se déroule sur plusieurs années, 3 ans exactement, et on ne l’apprend qu’à la fin, avec le cadeau que le maître laisse à Tsukiko, son cartable. La fin est assez triste, mais en même temps, on s’y attendait un peu. Par contre, je n’ai pas trop compris les tout derniers chapitres, avec le personnage imaginaire dessiné étrangement (est-ce du fantastique avec ce retour à l’enfance ?), mais c’est peut-être que je n’en pouvais plus de cet album que je ne me voyais pas lâcher avant la fin, par respect pour les dessins toujours aussi travaillés… Pour conclure, si vous voulez découvrir les oeuvres de Taniguchi, ne commencez pas par cette histoire…

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs: SambaBD, Bibliosouppes, Vent d’est, vent d’ouest.

Quelques planches à voir sur le site de l’éditeur.

Les années douces, tome 1

LES ANNÉES DOUCES, tome 1, par Jirô Taniguchi et Hiromi Kawakami (Casterman, coll. Ecritures, 2010)

https://i0.wp.com/media.leslibraires.fr/media/attachments/large/9/4/7/000696947.jpgTsukiko Omachi est une jeune femme trentenaire célibataire, qui travaille dans un bureau. Un jour, par hasard, dans un bar, elle retrouve son ancien prof de japonais du lycée, Harutsuna Matsumoto. Leurs rencontres dans ce même bar deviennent de plus en plus fréquentes, sans pour autant qu’ils ne se donnent de véritables rendez-vous. C’est l’occasion pour la presque quarantenaire et le retraité (qu’elle appelle « le maître ») de parler de choses et d’autres, et d’apprendre à se connaître, autour des mets japonais et du fameux saké…

Voici un album que j’ai choisi pour son auteur que j’apprécie particulièrement, Jirô Taniguchi. Ses dessins sont toujours aussi magnifiques et travaillés, mais cette fois, j’ai vraiment eu du mal avec cet album, où il adapte un roman de son compatriote Kawakami (couverture ci-dessous de l’édition française, chez Philippe Picquier). En effet, il y a peu, voire pas d’action du tout, il ne se passe vraiment pas grand-chose, sauf un peu sur la fin du tome, avec la rencontre entre Tsukiko avec un ancien camarade de classe lors de la fête des cerisiers, mais on sent bien que la femme ne pense qu’au maître… Des sentiments naissent chez Tsukiko sans qu’on sache vraiment de quoi il s’agit. En tout cas, ces sentiments affectifs ont l’air d’être à sens unique… Je n’ai pas accroché à l’histoire, dont les différents chapitres (un par rencontre entre le maître et Tsukiko) se passent souvent devant un repas typiquement japonais (ce qui m’a fait penser au Gourmet solitaire, de Taniguchi, que je n’avais pas chroniqué tellement je n’avais pas aimé). Bref, entendre parler d’oden, d’algues, de brochettes au sel… ne m’a pas emballé plus que ça, et j’ai eu des difficultés à terminer la lecture de cet album, tant le fil conducteur de l’histoire est mince et l’action lente. De plus, ma culture japonaise est trop mince pour pouvoir comprendre les références japonaises (des auteurs, des citations, des textes) citées par le maître. Bref, un album qui restera flou pour moi, et qui malgré les dessins toujours aussi agréables à regarder, ne m’a pas plu… Déçue…

Biographie et bibliographie de la romancière sur le site de l’éditeur français de ses romans.

A partir de 15 ans selon le site BD du CNDP.

On en parle sur les blogs : Au panda rêveur, Lecturissime, Bibliosouppes.

Le viandier de Polpette, tome 1 : l’ail des ours

LE VIANDIER DE POLPETTE, tome 1 : L’AIL DES OURS, par Olivier Milhaud et Julien Neel (Gallimard jeunesse, 2011)

https://i2.wp.com/media.leslibraires.fr/media/attachments/large/6/9/9/000871699.jpgA une époque indéterminée, Fausto de Scaramanda est un comte qui règne sur le petit domaine du Coq Vert, situé en lisière de forêt. Il est entouré de différents personnels de maison, dont Polpette, cuisinier qui a longtemps servi dans l’armée et qui aime utiliser des ingrédients naturels. Fausto a été envoyé dans cet endroit perdu et à l’époque en ruine, alors qu’il était enfant, par son père qui partait à la guerre. Il a bien grandi et un jour la nouvelle lui parvient que son père va venir le voir…

Voici un album que j’avais vu sur plusieurs blogs et j’ai eu la chance dernièrement de le trouver en bibliothèque. De la part du père de Lou !, je ne savais pas trop à quoi m’attendre, le titre me paraissait bien étrange. Et bien, nous sommes bien loin de l’ambiance de Lou !, car les personnages sont adultes cette fois, le lieu est imaginaire (un château perdu près d’une forêt et d’une cascade) et l’époque semble être le Moyen-Âge, mais avec une touche inqualifiable… Bref, c’est un album original et hors du temps ! Au départ on suit la vie de la petite communauté, entrecoupée de recettes plus ou moins étranges (« le prego », « les oeufs à l’assassin », « le fabada de pérero »…), puis on passe au moment où le père de Fausto arrive, flanqué de ses neveux dont on se doute qu’ils n’attendent que sa mort pour hériter…

Le format de l’album est sympa, plus petit que le format traditionnel, il m’a permis de lire cet album de 140 pages assez vite. Les couleurs sont les mêmes que dans Lou ! : douces, elles contribuent grandement à donner une ambiance chaleureuse à l’album. Le trait est reconnaissable facilement, et aide lui aussi à apprécier l’histoire. J’ai été un peu décontenancée par le fait d’avoir des recettes complètes intercalées dans le récit, ça m’a plus perturbée dans ma lecture que ça ne m’a aidée. Bref, je crois que j’aurais préféré que les recettes se trouvent toutes regroupées en fin d’album, mais c’est un détail… J’ai lu sur le web que cette série est censée comporter 3 albums, donc maintenant, en plus d’attendre la suite de Lou !, je vais attendre la suite du Viandier de Polpette !!

A partir de 10 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Petites madeleines, Capocapesdoc, Livr-esse, blog BD de Sud-Ouest, Chroniques de l’invisible

Les premières planches sont sur le site de l’éditeur.

Voir aussi le blog de Julien Neel, et celui, culinaire, d’Olivier Milhaud.