Little sister [roman]

LITTLE SISTER, par Benoît Séverac (Syros, 2016)

little-sisterLéna a 16 ans. Avec ses parents, elle a quitté sa région natale de Toulouse pour une autre ville de France, et ils ont changé d’identité. Cela fait quatre ans qu’elle n’a plus vu son frère Ivan, quatre ans que ce dernier les a quittés et est devenu djihadiste en Syrie. D’ailleurs, c’est là-bas qu’il a commis un horrible crime envers un journaliste français, et c’est depuis ce jour-là que Léna et ses parents ont été obligés de changer de nom et de déménager… La jeune fille vit du mieux qu’elle peut cette situation, et parvient à convaincre ses parents de la laisser partir quelques jours en Catalogne, à Cadaquès, chez son oncle et sa tante paternels. Elle omet volontairement de leur annoncer la vraie raison de ce voyage : Théo, l’ancien meilleur ami d’Ivan, a été contacté par Ivan, et ce dernier souhaite voir Léna à Cadaquès. Théo et Léna se rendent donc dans cette cité balnéaire, mais la rencontre avec Ivan ne va pas se passer comme prévu… Lire la suite

Amazigh, itinéraire d’hommes libres

AMAZIGH, ITINÉRAIRE D’HOMMES LIBRES, par Mohamed Aredjal (scénario) et Cédric Liano (dessin) (Steinkis, 2014)

2002. Mohamed, adolescent marocain rêvant d’une future vie d’artiste, est tiraillé entre sa soif de reconnaissance paternelle et ses propres aspirations. Entraîné par ses amis d’enfance, il se retrouve bientôt à tenter lui aussi l’exode et à rejoindre le flot intarissable des candidats à la clandestinité tentant par tous les moyens de gagner la forteresse Europe. Un peu malgré lui, mais ne pouvant reculer une fois le premier pas fait, il va vivre diverses tribulations aux mains des passeurs et autres profiteurs de misère dépouillant sans vergogne d’encore plus pauvres qu’eux. Un beau jour, il finit par mettre le pied sur une plage des îles Canaries, mais il y est aussitôt pris en chasse par la Guardia Civil espagnole, arrêté, interrogé, ballotté entre centre de rétention et prison…

Voici un album sur un sujet très actuel, qui agite nombre de médias. L’immigration, vécue par Mohammed le jeune marocain et dessinée par Cédric le français (dont c’est le premier album), est très bien racontée. Oui, il s’agit bien là d’une autobiographie, qui n’occulte aucun passage difficile, aucun moment de désespoir. Le dessin de Cédric Liano est étrange au premier abord, avec des gris qui alourdissent les cases. Par contre, le trait, parfois jeté, est étonnamment léger pour un propos qui ne l’est pas du tout. Les décors sont assez rares, et les cases ponctuées parfois de dessins très dépouillés style comic strip. L’histoire de Mohamed est racontée de manière fluide, avec la vision d’un jeune immigré tout juste majeur qui veut aller en Europe. La rencontre avec les autorités espagnoles aux Canaries est très bien retranscrite, car nous-mêmes lecteurs ne comprenons pas la langue, puisqu’on n’a pas la traduction des paroles des policiers (retranscrites en chinois, comme le jeune homme a dû le comprendre à l’époque), on est donc mis au même niveau que le jeune homme. Le récit est fort, et dénonce les conditions d’accueil des immigrés ainsi que la difficulté d’aller vers cet eldorado qui finalement n’en est pas un. A noter à la fin du récit un intéressant carnet documentaire avec des articles, des photos et la biographie du héros. Une lecture originale et engagée que j’ai bien aimée, même si personnellement j’ai eu quelques difficultés avec le trait…

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle (trop peu) sur les blogs : Lisez vos droits, Hors les murs

Interview de Cedric Liano à lire sur le blog des lycéens de 1ère ES du lycée Chateaubriand.

Premières planches sur Izneo.

C’est ma huitième participation à la bd de la semaine, cette semaine chez un amour de BD.

Le convoi, seconde partie

LE CONVOI, SECONDE PARTIE, par Eduard Torrents et Denis Lapière (Dupuis, 2013)

Suite du tome 1. Angelita est toujours à Barcelone et comprend enfin pourquoi sa mère passait sa semaine ici, et non pas en Auvergne comme prévu. Elle comprend mieux ce qu’il est advenu de son père, pendant et après la guerre… Les vérités qu’elle apprend la bouleversent et l’amènent à réfléchir sur sa propre vie privée…

Difficile de faire un résumé de ce tome sans dévoiler la clé de l’histoire. La fin du premier volume était surprenante, et ce second et dernier tome donne toutes les explications qu’on attendait. On en apprend plus sur l’Espagne d’après-guerre, la vie sous Franco. Angelita tente de mieux comprendre sa mère, et finalement cela a des répercussions sur sa propre vie. Cet album donne un autre éclairage sur ce qui était présenté dans le premier volume par Angelita elle-même, c’est donc très intéressant de comparer les deux.  Le récit est toutefois plus dur : la vie dans les camps de concentration, la libération par les Américains, la solitude… Au niveau historique, j’ai trouvé cet album très intéressant, même si les thématiques ne sont qu’effleurées (l’album est limité à 64 pages). Le dessin est égal à la première partie de l’histoire : très réaliste, très juste, les couleurs un peu passées confèrent une sacrée ambiance. J’ai apprécié d’avoir des explications à la fin de l’histoire, avec un cahier documentaire de 8 pages dans lesquelles le dessinateur espagnol explique que le scénario utilise des éléments de son histoire familiale. On y trouve aussi des photos d’époque, ainsi que bon nombre de croquis, de dessins et de photos. Un diptyque donc à ne pas manquer pour qui s’intéresse à cette époque un peu oubliée. Le convoi est un diptyque qui offre un regard différent sur la seconde guerre mondiale.

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur le web : Le blog BD de Manuel Picaud, L’essentiel

Le convoi, première partie

LE CONVOI, PREMIERE PARTIE,par Eduard Torrents et Denis Lapière (Dupuis, 2013)

En novembre 1975, Angelita est une jeune femme mariée, qui vit à Montpellier. Un matin, elle reçoit un coup de son beau-père : sa mère qu’elle croyait en Auvergne, vient de faire une crise cardiaque à Barcelone. Angelita et René son beau-père prennent le train en direction de la capitale de la Catalogne, et c’est en retournant dans son pays d’origine qu’Angelita se remémore ses souvenirs : son exode avec ses parents, pendant la guerre d’Espagne, leur traversée des Pyrénées par le col du Perthus, l’arrivée dans un camp près d’Argelès, les conditions de vie très difficiles, la séparation d’avec son père amer de quitter son pays sans combattre, l’annonce de la mort de son père par l’administration française après la guerre… Arrivés à l’hôpital à Barcelone, Angelita se demande alors ce que vient faire sa mère en Espagne, elle qui s’était promis de ne pas y retourner tant que le dictateur y régnerait. Elle sait bien que Franco est en train de mourir, mais elle ne comprend pas bien la raison de la présence de sa mère en Espagne…

Voici encore un diptyque, mais les deux tomes sont cette fois parus à deux semaines d’écart, ce qui fait qu’il est facile de les lire à la suite. Le convoi est une très belle histoire sur un pan méconnu de l’histoire européenne. La guerre d’Espagne (1936-1939) a été quelque peu éclipsée par la seconde guerre mondiale qui l’a suivie. A l’école, on ne l’étudie pas, si ce n’est l’épisode du bombardement de Guernica, avec la célèbre peinture de Picasso. Bref, je suis contente d’avoir pu en savoir un peu plus sur cette période tourmentée du 20ème siècle. Dans ce tome, on a le point de vue d’une petite fille de 8 ans, qui voit ses parents soudés pour quitter l’Espagne, où les prisons de Franco tournent à plein régime. Elle relate des épisodes que bon nombre d’espagnols exilés ont dû vivre : l’histoire est basée sur l’histoire familiale du dessinateur. L’image donnée des Français n’est pas flatteuse, bien au contraire : l’accueil n’a pas du tout été satisfaisant, les conditions de vie et d’hygiène étaient catastrophiques, et les autorités françaises dénigraient totalement les exilés. C’est donc un album très intéressant du point de vue historique. Dès le début de la lecture, je me suis demandée pourquoi on passait autant de temps en 1975, avec Angelita adulte, avec son mari, son fils, son collègue… C’était une de mes questions à la lecture de ce premier volume, mais après avoir lu le tome 2, tout s’éclaire, et devient bien plus clair et compréhensible. A propos du dessin, j’ai eu quelques difficultés au départ : je trouvais le trait trop gras, pas assez fin à mon goût, mais finalement, il est très approprié aux propos, et on rentre totalement dans le récit après quelques pages de lecture tellement il est réaliste et juste. Les couleurs sont magnifiques et adaptées pour une atmosphère peu réjouissante d’exil. 

A partir de 13 ans selon l@BD, 16 ans selon l’éditeur.

On en parle sur le Net : Chroniques de l’imaginaire, Auracan, Le blog BD de Nice matin, Causeur

Le blog d’Eduard Torrens, en catalan.