L’été diabolik

L’ETE DIABOLIK par Thierry Smolderen (scénario) et Alexandre Clérisse (dessin) (Dargaud, 2016)

Dans les années 1960, deux jeunes garçons s’affrontent lors d’un match de tennis à l’ambiance très tendue. C’est Antoine qui gagne, mais le père de l’autre sportif semble très remonté… Pour l’ado, les vacances continuent, mais plusieurs événements étranges vont arriver : entre une course-poursuite avec une mystérieuse voiture, une rencontre troublante avec une jeune fille américain, la disparition inquiétante de son père , la rencontre avec son adversaire qui s’avère cleptomane et une histoire d’agent secret pendant cette période de guerre froide… Autant dire que l’été pour Antoine ne va pas s’avérer de tout repos !

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Les trois grognards, tome 1

06LES TROIS GROGNARDS, tome 1 : L’ARMÉE DE LA LUNE, par Régis Hautière (scénario) et Frederik Salsedo (dessin) (Casterman, 2016)

trois grognardsEn 1805, Honoré, ancien lieutenant ayant combattu aux côtés de Toussaint Louverture à Saint Domingue, parvient à s’échapper du fort de Joux, réputé hyper sécurisé. Cependant, il est rattrapé près d’un port. Plutôt que de le renvoyer en prison, on lui propose une mission : accéder et transmettre les plans d’attaque de Napoléon contre l’Angleterre. Mais pour cela, il faut qu’il réintègre l’armée dont il a été déchu, mais en qualité de simple soldat. Là, il est victime de racisme de la part d’autres soldats, mais il rencontre aussi un jeune maladroit, Félicien, et une grosse brute, Kémeneur. Les voilà aux prises avec une affaire d’espionnage qui les dépasse ? Qui veut déjouer les plans de l’empereur ?  Lire la suite

Le château des étoiles, tome 1 : 1869, la conquête de l’espace

LE CHÂTEAU DES ÉTOILES, tome 1 : 1869, LA CONQUÊTE DE L’ESPACE, par Alex Alice (Rue de Sèvres, 2014)

A la fin du XIXe siècle, la communauté scientifique croit que l’espace est fait d’éther, qui permettrait de se déplacer à haute vitesse entre deux points. Chez les Dulac, le père est ingénieur, la mère scientifique. Cette dernière lance une expérience avec un ballon, pour vérifier la présence du fameux gaz à 11 000 m d’altitude, mais cela se solde par un échec et elle disparaît dans le ciel, le ballon devenant incontrôlable et finissant par exploser. Le fils Séraphin a une petite dizaine d’années et reste persuadé de l’existence de l’éther, si bien qu’il l’inclut dans tous ses exposés qu’il présente à l’école. Un an plus tard, le père, Archibald, reçoit par un mystérieux courrier l’annonce que le carnet de sa femme a été retrouvé. Il se rend alors à l’adresse indiquée, mais cela ne se passe pas comme prévu : des Prussiens cherchent à l’envoyer à Berlin et non pas en Bavière, comme noté sur la missive. Le père et le fils se rendent en effet chez le roi Ludwig, qui finance en secret la construction d’un éthernef…

Voici un album dont j’avais entendu parler il y a quelques temps, alors qu’il était sorti sous forme de 3 journaux avant sa parution en album. Il s’agit là du premier album d’un diptyque, dont la couverture m’a fait grandement penser à du Jules Verne et à ses éditions du 19ème siècle (d’ailleurs l’auteur dans ses nombreux remerciements remercie Jules Verne et son éditeur Hetzel). Le côté scientifique de l’aventure ne m’a pas plus emballée que cela, car ce n’est pas un domaine qui m’attire personnellement, mais j’ai tout de même trouvé ça intéressant, quoique je ne crois pas avoir tout compris à ce sujet. Il n’empêche que l’enthousiasme du père et surtout du fils parviennent à accrocher le lecteur et à l’intéresser à cette idée un peu folle de voyager très rapidement, et à cette volonté de faire avancer la science. Les aspects négatifs des progrès scientifiques sont abordés sous l’angle des prussiens, qui utiliseraient les avancées pour faire la guerre d’une façon ‘efficace’ et ainsi soumettre plus facilement les autres pays à leur volonté. J’ai bien aimé cet aspect de l’histoire, où on montre comment des avancées technologiques peuvent être utilisées à des fins de paix ou de guerre, selon les volontés de ceux qui les découvrent, comme ce fut le cas au 20e siècle avec l’atome et la bombe atomique.

Les dessins d’Alex Alice, que je ne connaissais pas avant, sont agréables, même si quelquefois assez inégaux : certains arrières-plans sont assez légers, peu détaillés, donnant même parfois l’impression d’être simplement esquissés. Cela ne perturbe pas la lecture, mais j’ai trouvé cela dommage par moments. Par contre, les portraits sont quant à eux très jolis, très doux. Cela est certainement dû à la mise en couleurs particulière, très travaillée, tout en nuances : pas de couleurs criardes dans cet album, mais des choix très judicieux pour donner une ambiance agréable à cette histoire pleine de rebondissements. Le trait d’Alex Alice est tout de même très réaliste, et les différents angles choisis permettent de livrer une histoire dynamique, sans temps mort. Je prendrai la suite de l’histoire à la bibliothèque pour connaître la fin des aventures de Séraphin. Car oui, ce qui est bien frustrant dans cet album, c’est que la fin n’en est pas vraiment une, et qu’on n’a qu’une envie : lire la suite !

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle (beaucoup) sur les blogs : Lirado, Chroniques de l’invisible, Petites madeleines, Un amour de BD, Un ptit bout de bib

Visiter le site du dessinateur (en anglais). Voir aussi le site consacré à la série.

Premières planches à retrouver sur le site de l’éditeur.

Jour J, tome 2 : Paris, secteur soviétique

JOUR J, tome 2 : PARIS SECTEUR SOVIÉTIQUE, par Fred Duval et Jean-Pierre Pécau (scénario) et Gaël Séjourné (dessin) (Delcourt, 2010)

En 1944, le débarquement des Alliés a été un échec complet, et les Russes de Staline sont finalement parvenus jusqu’en France, en traversant le Rhin. Ils se sont adjugés un grand quart est de la France, jusqu’à Paris qu’ils libèrent alors que les Alliés sont enlisés à Lyon. La ville-lumière est ainsi séparée par la Seine, entre zone américaine au sud et zone soviétique au nord. Dans ce secteur-là, les monuments tels que Montmartre et la tour Eiffel sont restés en l’état d’après la guerre, c’est-à-dire dans un état apocalyptique. La ville est le cœur du conflit entre Américains et Soviétiques. Du côté russe, les meurtres de prostituées s’enchaînent. La France (libre) et la RPF (République populaire de France) doivent collaborer pour savoir qui est à l’origine de ces morts. Un agent français passe du côté soviétique, mais les manipulations sont courantes, d’un côté comme de l’autre…

La série-concept « jour J » commence à dater un peu, mais elle comprend de nombreux tomes, aussi, il est difficile pour moi de passer à côté. Je dois dire avant de commencer ma chronique que je ne suis guère attirée par l’uchronie, mais je trouvais la couverture de cet album attirante avec sa tour Eiffel détruite. Je me suis donc laissée tenter par cet album, qui ne nécessite pas d’avoir lu le précédent, puisqu’il s’agit d’un one-shot. Bon, autant le dire tout de suite, je n’ai pas été bien convaincue par cet album, même s’il est bien mené. Le scénario explique bien tout ce qui se serait passé à la fin de la guerre pour que Paris devienne la ville où se concentrent américains et soviétiques, comme ce fut le cas dans la réalité pour Berlin : De Gaulle serait mort en 1945 en Méditerranée, Hitler ne se serait pas suicidé cette année-là, mais aurait survécu au conflit… Tout le pseudo-enchaînement historique est clairement présenté, mais personnellement je ne vois pas trop l’intérêt de refaire l’histoire. Mon avis est sûrement lié à mes études d’histoire, discipline qui revendique son caractère scientifique, mais là, il y a un côté fantaisiste auquel je n’adhère pas du tout. Ce n’est pas de la déformation professionnelle, mais c’est juste que pour moi, cette réécriture des événements historiques n’est pas bien intéressante. Qu’est-ce que cela peut apporter de chercher à savoir ce qui se serait passé si le cours des choses avait été différent ? Non, vraiment je ne vois pas. A croire que l’uchronie n’est décidément pas pour moi… Sinon, l’histoire d’espionnage est somme toute assez classique, même si elle est assez survolée. Des histoires similaires ont certainement dû se produire en réalité en Allemagne lorsque celle-ci était au cœur de la guerre froide, mais j’ai trouvé ça assez anecdotique, car ce n’est pas très fouillé. Au niveau du dessin, rien à redire, il est agréable, agrémenté de couleurs pour mettre dans l’ambiance tendue. Mais cela n’est pas un argument suffisant pour me donner envie de continuer à lire cette série…

Non mentionné sur l@BD, mais les autres tomes sont à partir de 13 ans.

On en parle sur les blogs : Blog o noisettes, BD C critique de BDChroniques de l’invisibleBalades livresques de Chiwi, Le journal de Feanor, La BD en bulles

Une planche à voir sur Bédéthèque.

Silas Corey, tome 1 : le réseau Aquila

SILAS COREY, tome 1 : LE RÉSEAU AQUILA, par Fabien Nury et Pierre Alary (Glénat, 2013)

En 1917, alors que la France est en guerre et connaît des échecs et des mutineries parmi ses soldats, la situation à l’arrière n’est guère plus reluisante : Georges Clémenceau tente de faire tomber le gouvernement de son ennemi Caillaux. Dans ce but, il engage Silas Corey, un ancien reporter, détective et quelque peu aventurier, aidé de Nam, son homme de main d’origine indochinoise. L’objectif de Corey est de retrouver un mystérieux timbre, qu’un journaliste travaillant pour Clémenceau avait déniché avant d’être kidnappé. Il s’agissait là d’une preuve contre le gouvernement en place, qui serait utile pour le faire tomber. Silas Corey accepte la mission, mais profite aussi de la situation perturbée pour proposer ses services aux services secrets français (le 2ème bureau), mais aussi à Mme Zarkoff, une riche industrielle qui trempe dans des affaires louches. Silas Corey va aussi croiser la route d’Aquila, un espion au service de l’Allemagne ennemie. L’action du détective dandy va être importante pour la suite et la fin de la guerre…

Voici le premier volume d’un diptyque qui se passe pendant la première guerre mondiale. On ne sait pas trop de quel côté se place Silas Corey, tantôt du côté de Clémenceau, tantôt du côté des collaborateurs avec l’ennemi. C’est assez compliqué à suivre, car il retourne sa veste facilement selon les circonstances. Le personnage est complexe, et on en apprend plus sur son passé au fil de la lecture : ses blessures de guerre, mais aussi ses blessures de cœur. Le dessin est très agréable, dynamique grâce au trait et au découpage. Les couleurs font un peu passées, style années 20. Cet album est donc très agréable à regarder et bien complémentaire du scénario. A propos de ce dernier, il est écrit par Fabien Nury (auteur, entre autres, de la série Il était une fois en France), est dense et bien construit, et les dialogues sonnent toujours justes. Les indices sont répartis tout au long de l’album, au compte-gouttes, ce qui fait qu’on ne sait plus trop qui est de quel côté, qui travaille pour qui. Le héros est un personnage complexe, attachant mais aussi sans scrupule lorsqu’il s’agit de gagner de l’argent sur différents plans. Ce premier tome est donc riche et en même temps compliqué. La fin du volume apporte un semblant de réponse, car on comprend mieux qui est Aquila, l’espion allemand recherché, mais difficile de voir où cela va mener. Cependant je pense qu’on aura les réponses aux nombreuses questions qui se posent là lors de la lecture du second tome. Bref, c’est un bon volume, certes pas simple, mais qui ne peut que donner envie de lire la suite, pour en savoir plus sur Aquila mais aussi sur Silas.

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Maghily, Marluuna, Miss Alfie croqueuse de livres, Une autre histoire, Oncle Fumetti

Consulter le blog du dessinateur Pierre Alary, pour voir son bien joli trait.

Interview vidéo de Pierre Alary, à voir sur « un amour de BD ».

Chronique radio sur l’album à écouter sur le Mouv’ (cliquer sur le cadre orange « émission du 13/04/2013 » pour lancer le player)

Les premières planches sont consultables sur le site de l’éditeur.

L’espion de Staline

L’ESPION DE STALINE, par Isabel Kreitz (Casterman, coll. Ecritures, 2010)

https://i0.wp.com/www.decitre.fr/gi/37/9782203029637FS.gif1941, l’Europe est en guerre. Eta Harich-Steiner, une pianiste allemande, arrive au Japon, sous le prétexte d’une tournée de concerts. En fait, elle fuit le nazisme de plus en plus prégnant à Berlin. Logée chez les Ott, ambassadeurs du Reich au pays du soleil levant, elle va rencontrer Richard Sorge, officiellement journaliste, officieusement espion à la solde de l’URSS. Sorge, en fréquentant l’ambassade, ses soirées et ses collaborateurs, va apprendre que l’opération Barbarossa (attaque de la Russie par les nazis) est prévue à partir du 20 juin et va alors rompre le pacte germano-soviétique (pacte de non-agression signé en août 1939 entre Hitler et Staline). Sorge, communiste convaincu, transmet cette information capitale aux autorités soviétiques, mais Staline ignore cette information. Il se méfie de cet espion, connu pour ses penchants alcooliques… Sorge, hors de lui, continue tout de même ses activités secrètes, tout en ayant connaissance de ce que l’Allemagne projette pour faire entrer le Japon dans la guerre…

Voici un album d’une dessinatrice allemande, sur Richard Sorge, un personnage ayant réellement existé. Exécuté en 1944 dans une prison japonaise, il est fait « héros du peuple sociétique » dans les années 1960. Cette histoire d’espionnage est assez compliquée à comprendre. D’ailleurs je n’avais pu terminer ma première lecture il y a quelques mois, trouvant l’histoire décousue et complexe.

Les explications historiques nécessaires à la compréhension (contexte, personnages, faits…) sont d’ailleurs à la fin de l’album, avec des photos d’époque. Dommage, car en introduction, cela aurait été plus pertinent (et surtout plus facile pour les lecteurs !). Il n’empêche que cette histoire d’un espion communiste parmi les nazis reste tout de même intéressante. Son sujet est hors du commun, et apporte un éclairage différent sur la seconde guerre mondiale vue du Japon.

Le dessin est vraiment très travaillé. Tout en crayonné, il est très précis : les visages sont très détaillés, mais parfois un peu difficiles à différencier. Les décors ne sont pas oubliés non plus. Vraiment un bel objet graphique, en noir et blanc.

A noter enfin qu’il s’agit du premier album d’Isabel Kreitz traduit en français.

A partir de 15 ans selon le site l@BD.

On en parle sur les blogs : Chez Mathilde, Mémoires de guerre, Cecile’s blog, BDblog

Interview (en français) de l’auteur à lire sur Auracan, avec de nombreuses planches de L’espion de Staline.

Black Crow raconte L’Hermione

Black Crow raconte L’HERMIONE : LA CONSPIRATION POUR LA LIBERTE, par Jean-Yves Delitte (Chasse-Marée et Glénat, 2009)

L’histoire se déroule lors de la construction du navire L’Hermione entre 1778 et 1780 à Rochefort (actuellement en Charente-Maritime). Alors que charpentiers, forgerons, perceurs se relaient pour construire ce navire de 45 mètres, le marquis de La Fayette cherche à obtenir le soutien de la France dans le conflit entre les 13 colonies américaines et l’Angleterre. Louis XVI donne son accord à La Fayette et lui demande d’embarquer sur l’Hermione pour combattre aux côtés des Américains. Mais la construction est perturbée lorsqu’on découvre qu’un espion à la solde des Anglais rôde près de Rochefort pour faire échouer le départ de La Fayette.

Le dessin est somme toute assez classique, mais très détaillé, particulièrement les bateaux. Les quelques planches en pleine page, et parfois sur double page, sont époustouflantes. En effet, le dessinateur de l’album est peintre officiel de la Marine, il connaît (et maîtrise) parfaitement son sujet. Les fortifications de Vauban (en étoile) sont bien représentées, on comprend tout l’enjeu des défenses militaires sur la côte Atlantique. Les représentations de Rochefort sont réalistes (je dis cela pour avoir visité la ville il y a deux ans). La corderie royale apparaît toujours aussi imposante et la Charente aussi boueuse. Pourtant, certains sites web indiquent des anachronismes au niveau des bâtiments, dont certains n’étaient pas encore construits au moment de la construction de l’Hermione. Il faut donc prendre cette histoire comme étant une fiction avec certains éléments vrais…

Conseillé dès 13 ans par le site BD du CNDP.

L’Hermione a permis à La Fayette de rallier les Amériques en 1780, mais a coulé en 1793. Depuis 1997, un projet est mené à Rochefort pour reconstruire ce navire, avec les méthodes de l’époque. Toujours en cours, il est possible de visiter ce chantier impressionnant. Pour plus d’informations, consulter le site www.hermione.com.