L’île aux femmes

L’ÎLE AUX FEMMES, par Zanzim (Glénat, 2015)

1915, Céleste, un aviateur adulé par les femmes, se voit confier une mission avec son avion, mais il échoue et se retrouve comme Robinson Crusoé sur son île, échoué au milieu de nulle part et sans aucun moyen de contacter le monde extérieur. Alors il va survivre, en bâtissant sa cabane, en pêchant de façon rudimentaire, en lisant aussi les lettres du courrier qu’il était chargé de ramener du front vers les épouses des soldats à l’arrière. Désespéré au point de lancer une bouteille à la mer, et frappé parfois de bouffées délirantes, il se rêve des femmes qui lui manquent. Un jour par hasard, en chassant, il tombe dans un trou et atterrit près d’une cascade où se baignent plusieurs femmes. Intrus, il est immédiatement capturé et emmené au village sans être ménagé. Après un débat âpre entre toutes les membres du groupe, il est conduit en prison où il rencontre un autre homme qui lui apprend la situation : ils sont sur une île où les femmes dominent, et les hommes ne sont là que pour être des reproducteurs… Ce qui paraît être un rêve pour Céleste le Don Juan va s’avérer être un cauchemar, surtout qu’il va s’approprier les poèmes dans les courriers des soldats et s’enfoncer dans le mensonge…

Voici un album fantastique très bien construit. Autant le dire tout de suite, j’ai beaucoup aimé. Tout d’abord le trait est à la fois simple et travaillé (déjà repéré dans Ma vie posthume tome 1 et tome 2), avec de nombreux portraits et formes féminines. On sent que le dessinateur a pris plaisir à dessiner les courbes des nombreuses (jeunes) femmes en petites tenues. Je ne sais pas si on peut dire que cet album est féministe, mais c’est en tout cas un pari réussi mêlant poésie et humour parfois grinçant. Le scénario, avec cette inversion des rôles, est vraiment original : la situation de Céleste pourrait être un rêve pour de nombreux hommes, mais on en vient presque à plaindre ce pauvre homme pour ce qu’il va subir… Obligé de mentir pour pouvoir prendre la place de l’homme reproducteur de l’île pour toutes ces amazones, il trouve son inspiration parmi les courriers qu’il devait convoyer avec son avion, et ces situations cocasses ponctuent l’histoire. Dans cet album au dessin particulier pas toujours ultra-réaliste (mais ce côté parfois désuet et plein de charme passe très bien), un certain nombre de dialogues sont remplacés par des onomatopées, et cela permet de lire différemment l’histoire. Bref, un album très sympa, à la fin très originale, vraiment inattendue, avec les parallèles des personnages. On se fait bien mener en bateau, et j’ai aimé cela ! C’est un album à lire, si ce n’est pas déjà fait !

Non mentionné sur l@BD, je dirais à partir de 15 ans.

On en parle sur les blogs : D’une berge à l’autre, Oncle Fumetti, Le blog de Krol, La ronde des post-it, Temps de livres, Mille et une frasques

Premières planches à lire sur Izneo.

Juarez

JUAREZ, par Nathalie Sergeef (scénario) et Corentin Rouge (dessin et couleurs) (Glénat, 2012)

De nos jours, un jeune homme prénommé Gaël arrive à Ciudad Juarez, une ville mexicaine près de la frontière américaine. Il annonce être à la recherche de sa sœur Gabriela, qui a disparu depuis quelques mois déjà. Mais dans cette ville dominée par les cartels et la mafia, les disparitions et les meurtres de jeunes femmes sont monnaie courante. En 20 ans, près de 400 corps ont été retrouvés et plus de 2000 jeunes femmes sont portées disparues… La police ne mène parfois même plus d’enquête, elle classe les dossiers… Gaël va tout faire pour la retrouver, aidé d’Amalia la meilleure amie de sa sœur, en se faisant passer pour un ouvrier du père d’Amalia pour pouvoir accéder à certains cercles hauts-placés… Il va apprendre que Gabriela avait rejoint Esperanza, une association qui s’opposait aux trafiquants de drogue, aux policiers corrompus et complaisants… Cette recherche périlleuse va les mener vers des personnages peu fréquentables…

Voici un album dont le sujet ne m’était pas inconnu : j’ai déjà lu il y a quelques années Luchadoras, sur ce même thème mais avec un graphisme bien différent. La couverture de cet album me faisait penser à du Emmanuel Lepage, peut-être à cause de la mise en scène similaire avec Muchacho, mais en fait, le dessin à l’intérieur n’est pas le même. Le trait y est assez classique, marqué légèrement au crayon noir. Les couleurs sont assez classiques, mais il faut remarquer que le travail sur les ombres et les dégradés permet parfois de donner du relief à certaines cases. Le trait est assez sec, mais correspond à cette ambiance si particulière de mort dans cette ville mexicaine. Je ne dirais pas que j’ai adoré ce dessin, mais il ne m’a pas non plus rebutée. Il est agréable, voilà tout. Le scénario est quant à lui complexe de par son nombre de personnages : je dois avouer qu’au départ j’ai eu un peu de mal à situer tout le monde. Mais sinon, l’histoire est bien menée, avec quelques flashbacks facilement reconnaissables aux couleurs plus pâles, et on doute de plus en plus que Gaël retrouve sa sœur en vie, au vu des exactions qui se produisent dans la ville. La fin est surprenante et inattendue. La scénariste se base sur des faits réels pour écrire son histoire, et on ne peut qu’être effaré de la situation dans la ville, de la violence qui y règne et de l’inaction des autorités locales et nationales. Certaines images sont particulièrement difficiles à voir, la situation étant montrée telle qu’elle est par les auteurs. La BD est utilisée là comme un moyen de rappeler à nous lecteurs européens que dans certains pays comme le Mexique, la situation est vraiment mauvaise. On a là un album important pour ne pas oublier, et rappeler que les droits de l’homme (et de la femme) sont bafoués dans un certain nombre de pays.

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Bédépolar, SambaBD, Buzz du CDI du lycée Voltaire, Criticambullae, Chroniques d’Asteline

Premières planches à lire sur Digibidi.

Consulter le blog de la scénariste belge.

En chemin elle rencontre… tome 3

EN CHEMIN ELLE RENCONTRE… tome 3 : les artistes se mobilisent pour l’égalité femme-homme, par un collectif d’auteurs (Des ronds dans l’o / Amnesty international, 2013)

Nouvel album militant de la série « en chemin elle rencontre », avec cette fois le thème de l’égalité entre les femmes et les hommes, après avoir parlé de la violence (tome 1) et du respect du droit des femmes (tome 2). Il s’agit donc de montrer les inégalités entre hommes et femmes, dans de nombreux domaines. On pense facilement au salaire, tellement flagrant, mais on oublie souvent que l’inégalité entre les sexes existe aussi dans de nombreux autres secteurs, par exemple dans les termes employés au masculin et au féminin, souvent bien moins flatteurs au féminin (un gars / une garce, un homme public / une femme publique). Cette inégalité se produit aussi dès la petite enfance, avec la différenciation des enfants par les adultes : distingués dès leur plus jeune âge par leur sexe, on fera plus ainsi attention à une petite fille alors qu’un garçon sera forcément plus ‘apte’ à tomber, et on donnera une poupée aux fillettes, avec tous les clichés véhiculés sur les filles par ce jouet… Les inégalités se matérialisent aussi dans la tenue vestimentaire féminine qui comporterait forcément des sous-entendus selon certains messieurs, alors que les tenues masculines ne seraient quant à elles pas porteuses de clichés sexistes…

Cet album vise à dénoncer tous les clichés qui rendent inégaux les rapports entre les hommes et les femmes et qui placent la femme dans une situation d’infériorité plus ou moins flagrante selon les situations exposées. Certains récits sont vraiment très réalistes, et on ne peut que se sentir concerné(e) par les uns ou les autres. Tout cela m’a beaucoup parlé, ce sexisme ambiant dénoncé de façon plus ou moins virulente, parfois avec un humour un peu trash, parfois de façon plus délicate. Il suffit de voir comment les ados se comportent entre eux, au collège ou au lycée, pour placer d’autres noms et d’autres visages dans les histoires de cet album. Les violences montrées envers les femmes prennent diverses formes, parfois très visibles, parfois non, et c’est cette diversité de situations qui rend l’album particulièrement intéressant. J’ai trouvé très touchante l’histoire de la femme du chirurgien, qui s’est dévouée à sa vie de famille et ne peut quitter son mari de peur de tout perdre, dépendant complètement de lui. Cette chronique de la violence économique est l’histoire la plus développée, et même si le dessin est au prime abord assez sévère, je suis bien entrée dans cette histoire d’une vingtaine de pages, qui montre un thème souvent oublié, parce que touchant la sphère privée. Les autres histoires sont plus courtes, ne font parfois qu’une planche, mais elles sont tout aussi percutantes, utilisant alternativement le réalisme ou l’humour. Des pages documentaires coupent les récits, en apportant des chiffres récents et des compléments très intéressants. Les dessins sont variés : parmi les contributeurs, on trouve Aurélie Aurita, Anne Rouvin, Christelle Pécout, Anthony Moreau, Marc-Rénier, Damien May… (liste complète ici). Je suis moins fan de certains, mais c’est seulement une question de goût. J’aime moyennement la couverture, le trait de Florence Cestac me laissant perplexe, surtout les gros nez à visée humoristique, alors que le contenu de l’album ne l’est pas. Cependant, l’idée de la carte à jouer est bien trouvée, même si elle rompt avec les portraits des deux premiers volumes de la série. Mais vous l’aurez compris, En chemin elle rencontre, c’est un album incontournable à mettre entre toutes les mains, pour engager le dialogue et surtout faire évoluer (à défaut de faire changer) les mentalités !

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle (vraiment trop peu) sur les blogs, je n’ai pas trouvé d’article de blogueur…

Quelques planches à voir sur le site de l’éditeur.

Interview de Marie Moinard, à l’origine de ce concept d’albums, sur le blog BD Sud-Ouest.

Une lecture que j’ai le plaisir de partager avec Noukette : merci de m’avoir permis de ressortir cet album de mes étagères !! Au plaisir de recommencer !

Femmes en résistance, tome 1 : Amy Johnson

FEMMES EN RESISTANCE, tome 1 : AMY JOHNSON, par Régis Hautière, Francis Laboutique (scénario) et Pierre Wachs (dessin) (Casterman, 2013)

De nos jours, Eve Lemarinier vient de mourir. Après son enterrement, sa nièce retourne dans sa maison où l’attend un petit coffret. Elle l’ouvre et découvre nombre de vieux papiers, carnets et autres brochures de presse sur des femmes célèbres. Elle va ainsi découvrir la vie d’une aviatrice méconnue, Amy Johnson, exploratrice d’avant guerre (première femme à avoir relié la Grande-Bretagne à l’Australie, en 1929) qui a participé à l’effort de guerre en s’engageant dans la Royal Air Force, monde ultra masculin s’il en est….

Voici la première biographie de la série « femmes en résistance », qui sera relié par un fil conducteur : la boîte en fer qui contient des documents d’époque. Ce premier volume nous raconte la vie d’une aviatrice peu connue, qui a pourtant un destin hors du commun. Je ne connaissais pas Amy Johnson avant de lire son histoire. C’est un portrait intéressant d’une femme qui se bat pour être reconnue à l’égal des hommes dans son domaine, et ne pas être différenciée des autres pilotes de par son sexe. Au niveau de la bande dessinée, j’ai trouvé que l’histoire, même si elle est intéressante et instructive, reste trop légère à mon goût. J’aurais aimé plus de détails, car finalement je ne me suis pas sentie très impliquée dans l’histoire. J’ai trouvé les détails qui me manquaient à la suite de l’histoire dessinée, dans un dossier qui permet de réaliser que cette femme à la forte personnalité a vraiment existé. Ce dossier est un complément indispensable pour découvrir l’histoire de cette femme indépendante qui a voulu s’imposer dans un milieu exclusivement masculin, et être reconnue pour ses capacités hors du commun. Cet album est intéressant et même s’il ne me marquera pas spécialement, je trouve très bonne l’idée de lancer une série sur le thème des femmes résistantes, très dans l’air du temps. Par contre, au niveau du dessin, je suis moins convaincue : le trait est classique, mais trop lisse. Certes simple et réaliste, mais trop plat pour moi pour que je puisse être totalement conquise par cet album. Heureusement que la vie du personnage est mouvementée et donne envie de lire cet album, qui plaira sûrement aux amateurs d’histoires hors du commun…

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Grenier à livres, SambaBD, Bulles picardes, La vie des livres et d’autres choses encore, La cliothèque

Premières planches à voir sur Izneo.

Biographie complète à lire (en anglais) sur le site du Science Museum de Londres.

Rose Valland, capitaine Beaux-Arts

ROSE VALLAND, CAPITAINE BEAUX-ARTS, par Emmanuelle Polack, Claire Bouilhac (scénario) et Catel (dessin) (Dupuis, 2009)

Biographie dessinée de Rose Valland, célèbre pour avoir permis de préserver les collections d’art françaises pendant la seconde guerre mondiale. Travaillant au musée du Jeu de Paume à Paris, elle a soigneusement noté les transferts d’œuvres pour pouvoir ensuite les récupérer en Allemagne voire même en Union Soviétique, avec l’aide d’un soldat américain auquel elle n’accordait pas toute sa confiance au départ. Rose Valland a aussi agi pendant la guerre, en informant la Résistance des mouvements des œuvres en train, pour empêcher que des œuvres ne soient transférées vers les demeures de hauts dignitaires nazis outre-Rhin.

Cet album est un petit format, qui ne comporte que 22 pages de bande dessinée et autant pour un dossier hyperdocumenté sur la biographie de Rose Valland (une chronologie et de nombreux documents d’époque). L’histoire dessinée est très courte, un peu trop à mon goût. Elle a tendance à effleurer les faits, sans creuser. Le scénario est vraiment trop léger pour moi, j’aurais vraiment aimé en savoir plus. J’aime bien le trait de Catel (Dolor, Kiki de Monparnasse…), mais cette fois, je trouve que la couleur gâche ses dessins, en les alourdissant trop. C’est vraiment le noir et blanc qui met en valeur ses dessins, et là son talent est occulté par les couleurs. Sinon, la partie intéressante de l’album est le dossier documentaire, qui ne se centre pas sur l’épisode de la seconde guerre mondiale, mais retrace la vie de Rose Valland de sa naissance (1898) à sa mort (1980). Photos, lettres, documents officiels émaillent la chronologie très riche. Là, j’ai vraiment eu l’impression d’en apprendre plus sur cette femme courageuse. Un ouvrage donc très pédagogique, soutenu par la Fondation pour la Mémoire de la Shoah et l’association « la mémoire de Rose Valland« 

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Au pays des livres, Le blog de Véronique D., Chroniques d’Asteline, Mary’s colors

Voir le site de la scénariste et adaptatrice Claire Bouilhac.

Premières pages à lire sur Izneo.

En chemin elle rencontre, tome 2

EN CHEMIN ELLE RENCONTRE, tome 2 : Les artistes se mobilisent pour le respect des droits des femmes, par un collectif d’auteurs (Des ronds dans l’o / Amnesty International, 2011)

https://i1.wp.com/www.decitre.fr/gi/51/9782917237151FS.gifNouvel album sur les droits des femmes, après le tome 1, qui avait eu pas mal d’échos favorables (voir les nombreuses chroniques sur le site de l’éditeur). Ce tome voit la participation de 12 hommes et 12 femmes, scénaristes, dessinateurs et même photographe et parolier. Tous avec un point commun : dénoncer le manque de respect et la violence que peuvent subir les femmes en France et dans le monde. Les thèmes abordés sont l’IVG, le viol, la violence psychologique dans le couple, la sélection des naissances (fille ou garçon) en Inde, la relation garçon-fille à l’école… Rien de bien réjouissant, mais c’est un bon outil pour une vraie prise de conscience ! A lire et à faire lire ! Certaines planches peuvent aussi être la base d’une réflexion à mener avec des élèves. En tout cas, un album qui fait réfléchir !

Quelques auteurs dans cet album : Etienne Davodeau (couverture), Florence Cestac, José-Louis Bocquet et Catel Muller (auteurs de Kiki de Montparnasse), Jacques Ferrandez… Le style est varié, les dessins sont parfois laissés en noir et blanc, parfois mis en couleurs, les traits sont souvent bien différents, et les récits un peu plus longs (plus de 5 ou 6 pages) sont entrecoupés de planches uniques, de textes explicatifs qui apportent un plus non négligeable. Cet ordre donne un dynamisme et un équilibre à l’album, qui se lit d’une traite.

Non mentionné sur la base BD du CNDP (trop récent), mais je pense comme le tome précédent, à partir de 13 ans.

On en parle sur Auracan et le blog de Fauve, et sur les sites des auteurs de l’album (Dr. Muriel Salmona, Claire Bouillhac, Dimitri Piot), ainsi que sur le site d’Amnesty International.

Luchadoras

LUCHADORAS, par Peggy Adam (Atrabile, coll. bile blanche, 2006)

https://i2.wp.com/blogs.ep3.es/photos/uncategorized/ddt68.jpgAlma vit avec sa petite fille et sa soeur Estella à Ciudad Juarez. Elle est serveuse dans un bar, et son mari fait partie d’un gang violent. Le machisme règne en maître dans la famille. Dans la ville proche de la frontière américaine, un grand nombre de femmes sont retrouvées mortes, parfois violées ou torturées, sans que cela n’affole la police, qui ne retrouve que très rarement les coupables. Un jour, à son travail, Alam rencontre un touriste français de passage dans la ville, Jean, qui tombe amoureux d’elle. Lorsque son mari l’agresse avec un couteau, Alma décide de ne pas subir, et rejoint Jean à l’hôtel pour tenter de se séparer de son mari violent. Elle devient une luchadora, en guerre contre l’ordre établi par les hommes. Dans le même temps, plusieurs femmes sont retrouvées dans le désert, démembrées, dont des amies et collègues d’Estella…

Basé sur une histoire vraie, cet album est vraiment fort. Il dénonce, à travers les yeux d’une femme, Alma, la violence qui est faite aux femmes mexicaines qui vivent à Ciudad Juarez. Le dessin est en noir et blanc, ce qui accentue encore la violence et la noirceur de la situation des femmes mexicaines. L’auteur met aussi l’accent sur les non-dits, et ne situe pas chronologiquement les faits (par exemple, l’album commence avec la scène où Alma est poignardée par son mari, et deux pages après, elle est en bonne santé. Finalement cette seconde scène est un retour en arrière, on le comprend facilement. La première scène est en tout cas une sacrée entrée en matière…!). C’est difficile de dire que j’ai bien aimé la lecture de cet album, à cause de son sujet, difficile. Néanmoins, il faut convenir qu’il est bien construit, et permet de sensibiliser et de faire réfléchir. La fin est un peu frustrante, car c’est au lecteur d’imaginer la suite, certaines questions n’ayant pas de réponses… Luchadoras est cependant un album à lire !! Il est à rapprocher d’un album collectif contre la violence faite aux femmes, « en chemin elle rencontre« , chroniqué ici même en janvier 2010.

Pour en savoir plus sur les faits mexicains, allez voir la page d’Amnesty International, et le site mujeresdejuarez.org. C’est édifiant !

Des avis sur cet album sont sur le blog d’étagères-savantes, et sur les sites Du9 et tudéblogues.

Lire aussi une interview de Peggy Adam réalisée à Lausanne en 2009, dans laquelle elle explique son travail, ses différents albums… et jeter également un coup d’oeil à son site personnel, assez simple mais au graphisme intéressant. A noter enfin que l’album a fait partie de la sélection 2007 du festival d’Angoulême, et qu’il sort justement ce mois-ci en anglais, chez Blank Slate Books.

Non-mentionné sur la base BD du CNDP, mais je le conseillerais à partir de 15 ans (lycée).

110 %

110 %, par Tony Consiglio (éditions Çà et Là, 2008)

https://i2.wp.com/www.caetla.fr/local/cache-vignettes/L300xH422/arton25-a8402.jpgSasha, Gertrudre (‘Gerty ») et Cathy sont trois ménagères de moins de 50 ans. L’une est célibataire, l’autre est mariée et avec des enfants, l’autre ne vit qu’avec son mari. Elles sont absolument fans d’un groupe de jeunes garçons, nommé 110 %. Pour eux, elles sont capables de tout et leur consacrent tout leur temps libre. Elles sont membres du PUPAF110%, le club « des Personnes Un Peu Âgées Fans de 110 % », et recherchent tout objet, toute photo de leur groupe préféré. Pourtant lorsqu’une d’entre elle réussit à obtenir deux tickets pour le prochain concert, comment vont-elles faire pour ne pas vexer la troisième ? Et lorsque Cathy vole le dernier album du groupe avant même sa sortie officielle, va-t-elle faire profiter ses amies de sa trouvaille, ou au contraire la garder pour elle ?

Voici un roman graphique de 134 pages, tout en noir et blanc, sur un thème que j’ai rarement vu en BD auparavant. Le sujet est abordé avec humour pour démontrer à quel point l’attitude de ces femmes devient pathétique au fur et à mesure du temps. D’ailleurs, certaines commencent à s’en rendre compte et lâchent le groupe, alors que d’autres au contraire persistent dans leur (légère) folie de culte de la célébrité (enfin, célébrité éphémère, qui rappelle celle des boysband de la fin des années 1990 en France, mais aussi de certains chanteurs actuels…). Bref, l’humour employé cache une certaine critique de la société, et c’est cet aspect qui m’a bien plu. Le dessin est assez simple, pas toujours réaliste (par exemple la tête de Sasha, à gauche sur la couverture), mais les personnages sont facilement dissociables. Le découpage des cases n’est pas régulier, avec des cases parfois dessinées, et d’autres parfois plus ouvertes. Cela rend la lecture agréable et évite la monotonie. Un bon album, qui ne laissera peut-être pas beaucoup de souvenirs dans quelques temps, mais qui m’aura tout de même permis de passer un bon moment.

Biographie de l’auteur à voir sur le site de son éditeur américain TopShelf (donc en anglais).  Une interview est à lire sur cet autre site américain.

Un extrait en français à lire ici, sur le site de l’éditeur.

Non-mentionné sur la base BD du CNDP, je le conseillerais à des lecteurs confirmés, car le vocabulaire employé est parfois assez dur…

Des avis sur les blogs d’étagères savantes et de lectures sans frontières.

En chemin elle rencontre

EN CHEMIN ELLE RENCONTRE, Les artistes se mobilisent contre la violence faite aux femmes, par un collectif d’auteurs (Des ronds dans l’O, septembre 2009)

Voici un album collectif sur un sujet particulier. Chaque court récit (d’une planche à 20 pages) porte autour d’un type de violence faite aux femmes : violences conjugales, harcèlement psychologique, viol, lapidation, crimes d’honneur, prostitution… Les auteurs, dessinateurs et scénaristes sont nombreux, parmi lesquels Charles Masson, Kriss, Nicoby, Lapière… L’album commence par une histoire se déroulant dans une classe, où deux élèves, Chloé et Fatou, présentent la déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, rédigée en 1791 par Olympe de Gouges (féministe bien connue), deux ans avant de passer sous la guillotine. Les 17 articles de cette déclaration y sont détaillés, et amorcent cet album qui prend quelquefois aux tripes, tellement les sujets abordés sont graves et détaillés de façon réaliste. Les dessins sont toujours très bien réalisés, les styles sont souvent différents, et la façon d’aborder les violences est parfois surprenante : quelquefois très grave, parfois avec des traits d’humour jamais mal-placés… La couverture est très belle, dans les tons rose, et transpire une certaine sérénité. Pourtant, vous l’aurez compris, cet album n’aborde pas un sujet réjouissant, mais comme l’annonce la préface d’Amnesty International (co-éditeur de ce livre), la BD est un bon moyen d’atteindre les jeunes. Extrait de la préface rédigée par Amnesty International : « Quel meilleur moyen de lutter contre les violences faites aux femmes que de sensibiliser les plus jeunes ? De leur faire prendre conscience de leurs droits et de provoquer leur révolte devant ces situations de violences inadmissibles. Et quel meilleur moyen que la bande dessinée pour les intéresser, notamment quand elle est servie par des talents qu’a su rassembler autour de ce projet la formidable énergie de Marie [l’éditrice] ?« 

Conseillé à partir de 13 ans sur le site BD du CNDP, tout en prenant quand même garde à prévenir les plus jeunes lecteurs… Cet ouvrage m’a bien plu, de par son sujet original, mais aussi par les façons de l’aborder. Une belle BD militante à avoir dans sa bibliothèque, quand on sait que des femmes sont maltraitées, menacées ou tuées partout dans le monde !

Pour en savoir plus, regarder le magazine « Un monde de bulles » diffusé sur la chaîne PublicSénat le 26 septembre 2009 (durée : 60 minutes), et complètement dédié à cet album.