En attendant Bojangles [roman]

EN ATTENDANT BOJANGLES, par Olivier Bourdeaut (Editions Finitude, 2015)

bojanglesDans une famille dont le petit garçon est le narrateur, tout est simple à vivre, aucune difficulté n’entame la bonne humeur des parents. La fête est perpétuelle, on boit des cocktails, on s’amuse, on danse, sur la chanson « Mr Bojangles » de Nina Simone le plus souvent… Le petit garçon nous raconte cette vie quelque peu hors du temps, hors des rythmes imposés par la société, l’école où il ne va plus, les soirées mémorables et les voyages. Mais la mère, extravagante et imprévisible, va aussi sombrer dans une folie de plus en plus problématique… Au départ, tous ignorent (ou font semblant d’ignorer) ses moments de folie , mais arrive un moment où on ne plus nier l’évidence. Contre sa volonté, elle est internée, mais ne veut pas se soumettre aux choix des médecins… Son mari et son fils vont tout faire pour l’en sortir… Lire la suite

Les 3 fruits

LES 3 FRUITS, par Zidrou (scénario) et Oriol (dessin) (Dargaud, 2015)

Après quarante ans de règne, le roi sent qu’il arrive à la fin de sa vie, mais il éprouve toujours une seule et même peur, celle de mourir. Il convoque alors les trois plus grands savants du royaume et leur demande tour à tour ce qu’il doit faire pour ne pas mourir. Devant leur absence de réponse qu’il juge satisfaisante, il les fait tuer chacun leur tour. C’est alors qu’un inconnu demande à rencontrer le roi, et lui promet la vie éternelle, . En échange, il demande la main de la fille du roi et fait signer pour cela un parchemin au roi. Une fois la feuille signée, pour que la vie éternelle se produise,l’inconnu demande alors au roi de manger la chair du plus valeureux de ses trois fils. Prêt à tout, le roi met alors en compétition ses trois fils et leur explique le challenge… Pour échapper à la mort, le roi est prêt à faire mourir sa famille et à devenir un monstre…

Encore une nouveauté à la bibliothèque, qui est en ce moment mon fournisseur officiel de lecture. J’y trouve beaucoup de bons albums, et celui-là ne déroge pas à la règle. Cette histoire est un conte très noir, très macabre, où le roi est prêt à tout pour survivre, même à sacrifier la vie de ses proches. Le scénario emprunte les ficelles classiques du conte, il n’y a pas spécialement de surprises de ce côté-là, mais Zidrou sait tout de même comment rendre les personnages attachants, hormis le roi bien sûr qui se transforme en monstre au fur et à mesure de l’album, capable des pires atrocités. Seule la fin est un peu décevante à mon goût, avec la fille du roi qui prend une drôle de décision, et termine ce récit sans vraiment le terminer… Le dessin d’Oriol (que j’ai déjà vu dans La peau de l’ours, lui aussi scénarisé par Zidrou) est complètement en adéquation avec le propos, et accentué avec les couleurs très foncées utilisées. Les personnages sont tout en longueur, les cadrages utilisés en font des personnages parfois maléfiques, et le graphisme correspond à l’ambiance glauque de l’histoire. Les couleurs jouent dans le registre foncé, éclairées parfois de touches de rouge qui mettent un peu de couleur à ce récit très sombre et loin d’être optimiste. Graphiquement c’est très beau, et scénaristiquement c’est bien mené. Voilà un conte à ne pas mettre entre les mains des plus jeunes, mais qui ravira les plus grands qui ont gardé leur âme d’enfant.

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Samba BD, Sin City, Un amour de BD, La petite marchande de prose, Les belles histoires de l’oncle Hermès

Premières planches à voir sur Izneo.

Aux heures impaires

AUX HEURES IMPAIRES, par Eric Liberge (Futuropolis / Musée du Louvre éditions, 2008)

Bastien est un jeune homme sourd qui attend pour un rendez-vous pour un stage dans une salle du musée du Louvre, un sandwich à la main. Un gardien lui indique qu’il est interdit d’introduire de la nourriture dans le lieu, mais leur conversation est difficile, puisque le jeune homme ne communique pas oralement mais uniquement par écrit. Pensant à un canular, le gardien lui demande de quitter les lieux, et Bastien, furieux, tombe nez à nez avec un gardien âgé, d’origine asiatique, qui se présente sous le nom de Fu Zhi Ha. Ce dernier aussi est sourd, et communique facilement avec lui grâce à la langue des signes. Il lui propose un stage, dans un endroit habituellement inexploré. La nuit, il garde les œuvres, mais surtout il les écoute et les anime, en utilisant des instruments de musique pendant d’étranges rites…

Voici un album commandé par le musée du Louvre, dans sa désormais célèbre série où le musée est mis en scène par des auteurs de BD très différents. Là, je ne connaissais pas l’auteur, je découvre donc son trait et son approche du célèbre lieu culturel parisien. L’angle d’approche est original : un jeune homme sourd et rebelle initié par un vieil homme aux œuvres d’art qui prennent vie lors de rituels plus ou moins étranges. Une fois cet aspect fantastique intégré, l’histoire passe bien. On est aidé par le dessin parfois très vaporeux, où les œuvres se superposent dans un ballet fantastique. Le trait est très fin, et offre un album graphiquement très joli. Pour moi, c’est une nouvelle découverte d’un auteur C’est plus au niveau du scénario que j’ai eu plus de difficultés : à certains moments, l’histoire est complètement folle, elle part complètement en vrille sur la fin, au point que j’ai eu parfois du mal à voir où l’auteur voulait en venir. Les rapports humains sont un peu trop survolés à mon goût. Bref, un album vraiment original, peut-être un peu trop pour moi. J’aurais aimé en savoir plus sur les œuvres d’art reprises par l’auteur, qu’elles soient toutes citées en fin d’ouvrage. L’angle du handicap est intéressant, puisqu’on a en fin d’album des explications sur l’adaptation du musée aux malentendants, mais l’aspect des œuvres passe un peu trop au second plan à mon goût… Mes attentes n’ont pas été comblées, mais cet album reste tout de même intéressant par son approche originale.

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Doucettement, L’appétit vient en lisant, Carnets de sel, Avis de Vicklay, La culture se partage

Premières planches sur Digibidi.

Aller voir le site de l’auteur, avec de nombreux liens vers des planches originales.

L’enfant maudit, tome 2 : la marque O

L’ENFANT MAUDIT, tome 2 ; LA MARQUE O, par Laurent Galandon (scénario) et Arno Monin (dessin) (Bamboo, 2012, coll. Grand Angle)

Suite et fin du tome 1. Gabriel est toujours à la recherche de sa mère biologique, et on se doute dès le départ de cet album que cela ne va pas être si facile, que les non-dits sont nombreux et que certains sont au courant. En effet, le jeune homme continue son enquête, et découvre qui est vraiment sa mère. Ses relations amicales vont l’aider à découvrir la vérité en France et à l’étranger, et on ne soupçonne pas que ces dernières puissent avoir d’autres idées derrière la tête. La vérité que va révéler Gabriel au grand jour ne sera pas du goût de tous…

J’ai lu ce second volume dans la suite du premier, qui se terminait abruptement. J’ai replongé sans difficulté dans cette ambiance de Mai 1968, sans me douter de la fin. L’histoire n’est pas si simple qu’il n’y paraît au premier abord, et les pistes sont nombreuses, parfois n’aboutissant pas. Gabriel cumule les déceptions, avec par exemple une rencontre musclée avec son oncle… Il y a plein de rebondissements dans ce tome, on ne sait plus trop bien si le héros va retrouver sa mère et savoir qui est son père biologique. On comprend que certains le surveillent, mais on ne sait pas vraiment pourquoi. L’histoire est donc assez complexe, et le scénariste est parvenu à m’embarquer totalement avec cette histoire ; il parvient à faire de son héros un personnage attachant, et la fin de l’album est inattendue, avec un sacré retournement jouant dans le registre du tragique. Bref, un scénario sans temps mort, toujours prêt à surprendre le lecteur avec des fausses pistes et des explications intéressantes sur les origines du héros. Le dessin d’Arno Monin est lui aussi sans fautes, réaliste, tant au niveau du trait que des couleurs. Un bon diptyque, comme souvent dans cette collection Grand Angle…

A partir de 13 ans selon l@BD.

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Aller voir du côté du blog d’Arno Monin.

Premières planches sur Izneo.

Le Horla

LE HORLA, par Guillaume Sorel, d’après l’oeuvre originale de Guy de Maupassant (Rue de Sèvres, 2014)

Un homme seul vit dans sa propriété en bord de Seine, avec son chat, son majordome et sa cuisinière. Mais au fil des jours, il sent comme une présence la nuit. Au départ intrigué, il prend de plus en plus peur face à cette créature inexplicable. Sa solitude n’aide pas la situation, alors le plus souvent, il parle à son unique compagnon, un chat. Pour fuir le mystère, l’homme décide de voyager un peu, en se rendant à l’abbaye du Mont Saint Michel ou à Paris. Là-bas, ses angoisses semblent se calmer, mais lorsqu’il rentre chez lui, les doutes reprennent de plus belle. Deviendrait-il fou ? Comment faire pour se libérer de la créature qui lui fait passer des nuits de plus en plus horribles ?

J’ai emprunté cet album pour son auteur, dont j’avais adoré les dessins dans Hôtel particulier et Les derniers jours de Stefan Zweig. Là, je suis encore une fois sous le charme du trait et des couleurs à l’aquarelle. Certaines cases sont réellement de toute beauté, en particulier lorsqu’il y a un paysage comme le Mont St Michel ou un décor avec un bateau. C’est vraiment un joli voyage tout en aquarelle que fait le lecteur, grâce au talent de Guillaume Sorel. Par contre, au niveau de l’histoire, j’ai moins accroché : le récit est moins dynamique, et il y a peu d’explication, en tout cas moi j’en attendais plus. Bien sûr, le chat, unique « interlocuteur » du héros, ne lui répond pas, mais je ne l’ai pas trouvé suffisamment expressif (contrairement au chat de Hôtel particulier étrangement) : oui, le chat se rend compte qu’il y a quelque chose qui apparaît dans la chambre de son maître, mais ça en reste là. Je n’ai pas lu le récit original de Maupassant (ou alors je ne m’en souviens plus), mais je trouve que le scénario est un peu léger, car je ne me suis pas sentie proche du héros, qui devient de plus en plus paranoïaque et fou au fil des nuits. Cette lecture me donne donc paradoxalement envie de lire le récit originel de Maupassant pour avoir les clés pour comparer le texte et l’adaptation dessinée, et peut-être pouvoir l’apprécier pleinement. Ce n’est pas mon album préféré de Sorel, mais en tout cas, il faut reconnaître son grand talent de dessinateur et de coloriste pour que cela donne une très bonne raison d’essayer cet album !

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : MicMélo littéraire, La bibliothèque de Noukette, D’une berge à l’autre, Baz’art, Des jours et des livres, Sab’s pleasures

Interview de l’auteur à lire sur l’Ecole des Lettres.

Sur le site de l’auteur, on apprend qu’il va sortir prochainement (le 29 octobre) une version d’Alice au pays des Merveilles, chez le même éditeur que le Horla. Hâte de voir le résultat !

Premières planches à voir sur Izneo.

Charly 9

CHARLY 9, par Richard Guérineau (Delcourt, 2013, coll. Mirages)

Récit romancé de la fin de vie du roi Charles IX, qui aurait ordonné le massacre de la saint Barthélémy en août 1572 à la demande de sa mère, alors qu’il n’avait rien à reprocher personnellement aux protestants. Dès lors, se rendant compte au fur et à mesure de l’étendue du massacre qui a eu lieu à Paris et dans la France entière, le jeune roi influençable sombre dans la folie. Sa mère prépare déjà sa succession avec son autre fils. Charles n’est pas spécialement attiré par la politique du royaume, il préfère la chasse et sa maîtresse protestante, épargnée du massacre à sa demande… Charles est un roi instable : par exemple, pour des convenances personnelles, il décide de changer le début du calendrier du 1er avril au 1er janvier. C’est un roi qui pour échapper à ses obligations, décide de s’enfuir en forêt. C’est donc un monarque loin d’être fiable, qui sombre dans la folie lentement et qui va être peu à peu abandonné de tous…

Voici un album adapté d’un roman de Jean Teulé. J’avais déjà lu Le magasin des suicides, mais là ce n’est pas le même genre, il y a une base historique réelle : les personnages principaux ont existé, le massacre de la Saint Barthélémy aussi. Après, pour le reste, je ne saurais dire précisément, mais je crois qu’il ne faut pas prendre pour argent comptant ce qui est raconté dans l’histoire. Une fois cela accepté, on peut lire ce récit comme une fiction et se mettre dans la peau du roi Charles IX, rebaptisé de façon anachronique Charly. On suit sa folie, que Richard Guérineau reproduit parfaitement avec les images de plus en plus rouge sang. J’ai particulièrement aimé les passages où on est dans la tête du jeune homme, avec l’épisode parodié de Johan et Pirlouit. J’ai trouvé ça très fort et complètement délirant. En feuilletant l’album en librairie, je trouvais ça bizarre, mais finalement quand on est dans l’histoire, cela passe presque pour être totalement normal, cela fait partie du délire du roi. La parodie de Lucky Luke est elle aussi bien trouvée, et prend toute sa place malgré l’anachronisme flagrant. L’histoire se lit d’une façon très fluide et sans difficultés. Au fur et à mesure que l’histoire avance, le rouge est de plus en plus présent avec le développement de la maladie du roi. L’album est constitué de plusieurs styles de dessin, qui ne dénotent pas du tout dans l’ensemble. J’ai beaucoup aimé les types de dessins, avec toujours de nouvelles choses, de nouveaux détails à observer. L’humour noir est aussi présent dans l’album, avec par exemple les répliques du roi qui se demande où se trouve certains membres de sa cour, alors que ceux-ci, protestants, ont été victimes du massacre. On se rend compte que le roi est complètement à côté de la plaque, et qu’il chasse même dans la cour du Louvre… Ce sont vraiment des passages drôles. Bref, le scénario est parfois complètement déjanté, et j’ai aimé cet aspect bien original. Avec un dessin très travaillé, cela nous donne un album incontournable parmi les sorties de 2013. C’est un album que j’ai emprunté en bibliothèque, mais je regretterais presque de ne pas l’avoir dans mes étagères…

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Chroniques de l’invisible, Sin City, Le grenier à livres, C’est l’heure du goûter, Miss Alfie croqueuse de livres

Réécouter l’émission de France Inter où est reçu Jean Teulé pour l’adaptation en BD.

Quelques planches à voir sur le site de l’éditeur.