BD historique, BD sentimentale

Amère Russie, tome 1 : Les Amazones de Bassaïev

AMÈRE RUSSIE, tome 1 : LES AMAZONES DE BASSAÏEV, par Aurélien Ducoudray (scénario) et Anlor (dessins et couleurs) (Bamboo, 2014, coll. Grand angle)

Quelque part en Russie, une famille se déchire lorsque le père est muté à la frontière de l’Ouzbékistan. Le fils unique, Volodia, aime jouer en bas de l’immeuble avec ses amis et son petit chien qu’il dresse à faire des tours. Quelques années plus tard, à la fin des années 1990, l’enfant a grandi et est devenu un jeune homme. Il effectue son service militaire en Tchétchénie et sa mère est très fière de lui, même si le fils donne bien peu de nouvelles. Un jour, elle apprend par son mari alcoolique dont elle est séparée que son cher Volodia est en réalité prisonnier dans la province du sud de la Russie. La rumeur court que Bassaïev, rebelle tchétchène, a promis de libérer des prisonniers si leurs mères viennent les chercher. Entendant cela, emmenant avec elle son petit chien et une photo récente de son fils, la mère se rend alors dans cette province en guerre pour retrouver son fils chéri, mais cela ne va pas s’avérer facile… Elle va rencontrer des combattantes redoutées par les militaires russes : les amazones, ainsi que des civils touchés par les combats.

Ce tome 1 d’un diptyque sur la Russie parle d’un sujet a priori peu attirant : le contexte me parle peu, et la Russie n’est pas un pays qui me tente vraiment. Bref, c’est le dessin qui m’a d’abord conquise, agrémenté de couleurs claires. Les personnages sont croqués de façon semi-réaliste, les décors sont plus ou moins détaillés selon les cases. Le découpage est dynamique, et je me suis laissée prendre à tourner les pages et à m’intéresser au destin de cette femme qui n’a plus que son fils comme unique but. Ensuite, le scénario est bien ficelé, et le personnage de la mère est très attachant, au-delà du contexte. On se prend de pitié pour elle, qui cherche uniquement à retrouver son fils et croit en la promesse du chef des rebelles. Le petit chien amène une touche de bonne humeur dans ce contexte bien sombre, où on se rend compte du traitement subi par les prisonniers russes, et de la situation plus que complexe pour les populations civiles en Tchétchénie. Je n’ai pas ressenti de réel manichéisme ou de sentiment anti-russe dans cet album, même si on a plus facilement tendance à se mettre du côté des populations civiles que militaires. L’aspect fratricide est abordé à travers quelques personnages, dont l’ascendance est à la fois russe et tchétchène, et on comprend l’absurdité d’un tel conflit. A la fin de cet album, je suis donc bien plus convaincue qu’au début. Cet album me confirme aussi que « Grand angle » est une collection de qualité, car je n’ai pas souvenir d’avoir été déçue par des titres de cette collection. Maintenant, il ne me reste plus qu’à trouver la suite !

A partir de 13 ans selon l@BD.

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Premières planches à lire sur Izneo.

Cet album participe à , cette semaine chez Yaneck.

BD historique

Deadline

DEADLINE, par Laurent-Frédéric Bollée et Christian Rossi (Glénat, 2013)

Pendant la guerre de Sécession, du côté des Sudistes. Nous sommes en Géorgie, dans un camp de prisonniers nordistes. Un jeune soldat, Louis Paugham, doit surveiller un groupe de Yankees, juste séparé d’eux par une ligne surnommée la deadline. Difficile pour lui de ne pas s’assoupir alors que la nuit s’annonce longue. Au départ peu intéressé par les prisonniers, il observe de façon de plus en plus intriguée un soldat noir imperturbable et au regard toujours droit. Le jeune soldat Paugham ne parvient pas à remplir sa mission et s’endort. C’est au petit matin qu’il découvre que l’homme noir a disparu… Il retrouve son cadavre mutilé accroché à un arbre, par des soldats sudistes qui fonderont quelques temps plus tard le Ku Klux Klan. Des années plus tard, il n’a qu’une obsession, venger cet homme qu’il n’a pas eu le temps de connaître plus, mais pour lequel il avait des sentiments…

Voici un album en one-shot, choisi pour une fois par mon homme. Personnellement, la couverture ne me tentait pas, mais je crois en fait que je ne l’avais pas regardée attentivement, car elle regorge de détails sur l’histoire. Je me suis donc lancée dans cet album sans trop d’attentes, et je ne m’attendais pas à tant de violence. La période de la guerre de sécession ne m’intéresse pas plus que cela, mais elle n’est pas omniprésente dans l’histoire non plus, puisque l’album commence en 1901, avant de faire un retour en arrière 40 ans plus tôt, puis lors de l’enfance du héros, avant de se terminer au début du 20e siècle. Le personnage principal de l’histoire n’est pas spécialement attachant, et il ne fait rien pour le paraître : il est très solitaire, taiseux et depuis la mort de ses parents puis du soldat nordiste, n’est animé que par un sentiment de vengeance, qui ne le rend pas spécialement sympathique. Le scénario de cet album est très habilement construit, avec des références nombreuses comme le Ku-Klux-Klan ou les deux armées de la guerre de sécession, ou encore la répression de l’homosexualité par les ultra-conservateurs. Le dessin de Christian Rossi est magnifique, sublimé par les couleurs souvent dans les tons jaune terre, et les portraits sont particulièrement jolis (à ce propos, le cahier graphique en fin d’album vaut vraiment le coup d’œil). Le trait complète très justement le scénario qui tourne bien, multipliant les thèmes sans pour autant être désorganisé. Cette histoire d’hommes, ponctué par la présence (à mon goût trop éphémère) d’une femme, se lit très bien, et c’est finalement un duo d’auteurs que je découvre là, et que je compte bien retrouver, en duo ou séparés, dans de prochaines lectures !

A partir de 13 ans selon l@BD.

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Premières planches à voir sur Izneo.

BD fantastique

Jour J, tome 2 : Paris, secteur soviétique

JOUR J, tome 2 : PARIS SECTEUR SOVIÉTIQUE, par Fred Duval et Jean-Pierre Pécau (scénario) et Gaël Séjourné (dessin) (Delcourt, 2010)

En 1944, le débarquement des Alliés a été un échec complet, et les Russes de Staline sont finalement parvenus jusqu’en France, en traversant le Rhin. Ils se sont adjugés un grand quart est de la France, jusqu’à Paris qu’ils libèrent alors que les Alliés sont enlisés à Lyon. La ville-lumière est ainsi séparée par la Seine, entre zone américaine au sud et zone soviétique au nord. Dans ce secteur-là, les monuments tels que Montmartre et la tour Eiffel sont restés en l’état d’après la guerre, c’est-à-dire dans un état apocalyptique. La ville est le cœur du conflit entre Américains et Soviétiques. Du côté russe, les meurtres de prostituées s’enchaînent. La France (libre) et la RPF (République populaire de France) doivent collaborer pour savoir qui est à l’origine de ces morts. Un agent français passe du côté soviétique, mais les manipulations sont courantes, d’un côté comme de l’autre…

La série-concept « jour J » commence à dater un peu, mais elle comprend de nombreux tomes, aussi, il est difficile pour moi de passer à côté. Je dois dire avant de commencer ma chronique que je ne suis guère attirée par l’uchronie, mais je trouvais la couverture de cet album attirante avec sa tour Eiffel détruite. Je me suis donc laissée tenter par cet album, qui ne nécessite pas d’avoir lu le précédent, puisqu’il s’agit d’un one-shot. Bon, autant le dire tout de suite, je n’ai pas été bien convaincue par cet album, même s’il est bien mené. Le scénario explique bien tout ce qui se serait passé à la fin de la guerre pour que Paris devienne la ville où se concentrent américains et soviétiques, comme ce fut le cas dans la réalité pour Berlin : De Gaulle serait mort en 1945 en Méditerranée, Hitler ne se serait pas suicidé cette année-là, mais aurait survécu au conflit… Tout le pseudo-enchaînement historique est clairement présenté, mais personnellement je ne vois pas trop l’intérêt de refaire l’histoire. Mon avis est sûrement lié à mes études d’histoire, discipline qui revendique son caractère scientifique, mais là, il y a un côté fantaisiste auquel je n’adhère pas du tout. Ce n’est pas de la déformation professionnelle, mais c’est juste que pour moi, cette réécriture des événements historiques n’est pas bien intéressante. Qu’est-ce que cela peut apporter de chercher à savoir ce qui se serait passé si le cours des choses avait été différent ? Non, vraiment je ne vois pas. A croire que l’uchronie n’est décidément pas pour moi… Sinon, l’histoire d’espionnage est somme toute assez classique, même si elle est assez survolée. Des histoires similaires ont certainement dû se produire en réalité en Allemagne lorsque celle-ci était au cœur de la guerre froide, mais j’ai trouvé ça assez anecdotique, car ce n’est pas très fouillé. Au niveau du dessin, rien à redire, il est agréable, agrémenté de couleurs pour mettre dans l’ambiance tendue. Mais cela n’est pas un argument suffisant pour me donner envie de continuer à lire cette série…

Non mentionné sur l@BD, mais les autres tomes sont à partir de 13 ans.

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Une planche à voir sur Bédéthèque.

BD aventure, BD historique

La grande évasion, tome 5 : Diên Biên Phu

LA GRANDE ÉVASION, tome 5 : DIÊN BIÊN PHU, par Thierry Gloris (scénario) et Erwan Le Saëc (dessin) (Delcourt, 2013, coll. Conqusitador)

1954, la France est en train de perdre la guerre d’Indochine. L’armée française est de plus en plus encerclée par le VietMinh. Retranchée sur les collines de Diên Biên Phu au nord du pays, l’armée met en place une route pour ravitailler les hommes dans cet endroit hostile, mais si l’ennemi parvient à couper la route, c’en sera fini de cette région coloniale française. Certains militaires français, légionnaires d’origine allemande, parachutiste normand ou engagé originaire du Maghreb, ne veulent pas finir dans la nasse de Diên Biên Phu, et décident donc, pour refuser la défaite qui s’annonce, de tenter de percer la ligne ennemie, pour fuir cet enfer…

Voici un album historique dans cette série ayant pour thème en commun l’évasion. J’avais déjà lu le tome précédent (Fatman), et là, ce n’est pas du tout dans le même registre. Là, il y a un contexte historique réel, mais les auteurs prennent le soin de préciser que l’histoire demeure une fiction, au niveau des faits, des personnages et des suppositions. On suit l’histoire de plusieurs militaires, aux origines différentes, qui vont tenter de s’évader pour échapper à la défaite qui s’annonce. Cette évasion prend au final assez peu de place dans l’album, tout le début étant consacré à la vie des militaires, et à la mise en place du camp retranché dans les collines de Diên Biên Phu. Malgré le fait que je ne crois pas avoir tout saisi, car les passages alternent trop entre les différents personnages pour pouvoir s’y attacher, j’ai trouvé que cet album retranscrit bien l’enfer de la guerre, dans un pays inconnu pour beaucoup de soldats , et le scénariste ne veut pas dissimuler la violence du conflit, l’usage des lance-flammes et autres ‘techniques’ effroyables de guerre. La fin de l’histoire montre bien le côté impitoyable de la guerre, où au final aucune issue n’est possible. Historiquement, on le sait, Diên Biên Phu fut une sacrée défaite pour l’armée française et a constitué le début de la fin pour l’empire colonial français. Concernant le dessin, il n’est pas désagréable, mais j’ai eu du mal quelquefois avec son côté peut-être un peu trop lisse, et il m’a été parfois difficile de distinguer les deux camps de belligérants. Les couleurs réhaussent agréablement le dessin, avec des tons chauds. Bref, c’est un album qui plaira à ceux qui aiment les films et albums de guerre, pour les autres, vous pouvez sans conteste passer votre chemin.

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Le blog BD de Madmoizelle, Samba BD, Krinein,

Plus d’infos historiques sur le siège de Diên Biên Phu (du 3 février au 7 mai 1954) sur le site Herodote.net.

BD fait de société

USA, Uriel Samuel Andrew

USA, URIEL SAMUEL ANDREW, par Will Argunas (Casterman, 2013, coll. Ecritures)

2008. Uriel, Samuel et Andrew sont trois amis soldats en Irak qui rentrent dans leur petite ville américaine. Mais le retour à la vie réelle n’est pas simple : comment vivre après avoir vécu l’enfer ? Comment retrouver ses marques dans une société dont ils se sentent coupés ? Isolés et très fragiles psychologiquement, les trois hommes tentent de reprendre une vie normale, mais ils ne sont pas toujours épaulés par leur famille et sont confrontés à de nombreux cauchemars et hallucinations. L’un va se marier avec sa compagne et devient père, un peu malgré lui et alors qu’il est sans travail. L’autre, victime de ses visions, perd pied, réagit de façon incontrôlée, ne parvenant pas à vaincre ses angoisses. Le troisième va aussi partir à la dérive, contre ses parents et le système en général, tomber dans la drogue et devenir SDF. Tous trois continuent pourtant de se voir, et n’en oublient pas pour autant la famille de Hill, un de leurs camarades qui est mort là-bas, et dont la femme et les fils tentent de survivre tant bien que mal. La guerre est une expérience qui laisse forcément des traces, que ce soit sur les soldats ou leurs familles… Difficile de retrouver un sens à sa vie après ça.

USA, Uriel Samuel Andrew est un album qui fait froid dans le dos tellement il sonne réaliste. Les hommes sont touchés par le stress post-traumatique, qui frappe nombre de vétérans de guerre. Les familles ne peuvent pas faire grand-chose pour les aider, et on sent l’énorme fossé qui existe entre les soldats (qui ont partagé des moments difficiles à la guerre) et leurs familles. Cela m’a un peu fait penser à certains passages de la série américaine Homeland, lorsque le soldat rentre en Amérique mais qu’il est complètement déconnecté du reste du monde, qu’il ne peut dormir sans faire des cauchemars, qu’il est obsédé par ce qui s’est passé sur les lieux du conflit. Dans l’album, il n’est pas question du tout de terrorisme comme dans la série télé que je viens de mentionner, mes comparaisons s’arrêteront donc là. J’ai beaucoup aimé lire cet album dans lequel les trois destins se croisent, pour finalement s’éloigner sur la fin. Chacun tente de surmonter, avec ses capacités, la terreur psychologique vécue, la plupart du temps sans grand succès. L’album s’étend sur un peu plus d’un an, et pas un ancien soldat parmi les trois n’a remonté la pente. Le sujet n’est donc pas très réjouissant, mais l’interprétation de Will Argunas est frappante de réalisme en tout cas. Même si l’auteur est français (il s’agit d’un pseudonyme), je trouve qu’il réussit son pari haut la main, car ce qu’il décrit s’est sûrement produit chez nombre de vétérans de guerre, et se produit certainement encore aujourd’hui. Au niveau du dessin, il est réaliste, soigné. Lorsque des personnalités connues sont dessinées, on les reconnaît sans problème, et cela accentue encore un peu plus le côté réaliste, presque témoignage, de l’album. L’usage du gris est parfaitement approprié dans cette histoire marquante, dont on ne peut qu’être sonné par la fin…

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Le blog BD de Madmoizelle, Tête de lecture, La bibliothèque du dolmen, Samba BD, Comics records

Aller voir du côté du blog de l’auteur (français), aussi sérigraphe et illustrateur, et fan de musique métal (lien vers sa boutique d’artbooks et de badges)

BD aventure, BD historique, BD jeunesse

La balade de Yaya, intégrale 1-3

LA BALADE DE YAYA, INTEGRALE 1-3, par Jean-Marie Omont et Golo Zhao (Les éditions Fei, 2012)

Fille d’un riche commerçant chinois, Yaya vit à Shanghai en 1937, avec son père, sa mère enceinte et sa servante. Elle est virtuose au piano et s’apprête à passer bientôt un examen de piano. Mais la guerre qui s’annonce contre le Japon va contrarier ses projets. Ses parents fuient les combats en prenant un bateau pour Hong-Kong, mais Yaya, déterminée à se rendre à son école de musique pour son audition, passe outre les recommandations de son père et se rend à son école, alors que l’armée commence à envahir les rues et que les combats se déroulent dans la ville. Suite à l’explosion du bâtiment, la petite fille est sauvée par Tuduo, un garçon de son âge, acrobate exploité par Zhu, un homme sans scrupules. Tuduo et Yaya, aidés de Pipo l’oiseau qui parle, vont tout faire pour retrouver les parents de celle-ci à Hong-Kong, mais Zhu les poursuit…

Voici un album qui regroupe les trois premiers volumes des aventures de Yaya (sur un total de 9 volumes). Il s’agit d’un grand format, contrairement aux tomes édités à l’unité en format A5. L’album est particulièrement bien fait, la couverture jolie et le papier agréable au toucher. Une première bonne impression, confirmée par la lecture de cette histoire de deux enfants pris en pleine guerre. Leur histoire est touchante, et le fait qu’ils soient tous les deux issus de milieux sociaux complètement opposés est finalement une richesse, car ils se complètent bien. Yaya vivait dans un monde doré et n’était pas capable de faire des choses toute seule, alors que Tuduo est au contraire très autonome et plein de ressources. Il y a aussi un petit côté fantastique intéressant, avec l’oiseau de Yaya qui ne parle qu’avec les enfants. Yaya aurait, semble-t-il un pouvoir magique qui lui permettrait de communiquer avec des animaux, mais l’auteur ne s’attarde pas dessus, et ce dialogue entre fillette et oiseau semble presque normal ! Cet album contient en outre des valeurs morales positives, que j’ai particulièrement appréciées. Le dessin est quant à lui particulier et magnifique : il a des airs de dessins animés de Miyazaki. On croirait presque que les personnages s’animent sous le trait de Golo Zhao, les personnages sont expressifs mais sans exagération, les couleurs sont assez pastels, très agréables à la lecture. Les décors ne sont pas oubliés, et l’auteur détaille particulièrement les bâtiments lorsqu’il en dessine. Sinon, il y a beaucoup de cases où les deux jeunes héros sont dessinés en gros plan, et on se sent donc proches d’eux et on ne leur souhaite que de s’éloigner de la zone de guerre pour retrouver les parents de Yaya… Mais ça, ce sera pour la prochaine intégrale…

Non répertorié par l@BD, mais à partir de 8 ou 9 ans selon certains sites.

On en parle sur les blogs : Littérature a blog, Des romans entre deux mondes, Entre les pages

Les premières pages du tome 1 à lire sur Izneo.

Comics

Les seigneurs de Bagdad

LES SEIGNEURS DE BAGDAD, par Brian K. Vaughan et Niko Henrichon (Urban comics, 2012, collection Vertigo deluxe)

A Bagdad en 2003, la guerre fait rage, comme partout en Irak. Une lionne discute avec d’autres animaux, avec dans la tête un plan pour s’évader du zoo. Mais sa persuasion ne suffit pas, les lions étant connus pour être de féroces prédateurs et les rois de la jungle. Elle rêve pourtant d’un retour à la vie sauvage, comme c’était le cas avant sa capture en Afrique, mais ce rêve semble s’éloigner avec le refus de collaboration des autres animaux du parc zoologique. Un jour pourtant, le zoo de la ville est bombardé, et les animaux en profitent pour s’échapper. La loi de la jungle reprend ses droits. Nous suivons un groupe de 4 lions, plus précisément un lion, deux lionnes et un lionceau né en captivité. Il va s’avérer que le monde de dehors va être bien loin de ce à quoi ils s’attendaient, et que le retour à la vie sauvage n’est pas si facile lorsqu’on avait auparavant une tranquillité assurée et de la viande à heure fixe… La rencontre avec les hommes va être bien difficile…

Voici un comic book (en un seul tome) issu d’une histoire vraie : c’est indiqué dès la page de titre, mais aussi à la fin de l’histoire. Au départ, le sujet ne m’intéressait que moyennement, mais finalement, je suis entrée facilement dans cette histoire où les animaux parlent (il n’y a que ça qui ne soit pas réel). Les dessins sont magnifiques, les différents angles sur les lions et les autres animaux sont réellement très bien choisis pour donner du dynamisme à l’histoire, avec en prime un découpage de l’histoire assez particulier, très intéressant (cases superposées ou de taille toujours différente). Les couleurs sont très belles, tout en nuances. Déjà, il suffit de voir la couverture, en jaune et orange, qui ne peut qu’inciter à aller plus loin (c’est elle en tout cas qui m’a motivée à acheter cet album, sur les conseils d’un libraire). J’ai beaucoup aimé le personnage du lionceau, qui découvre le monde, pose des questions parfois naïves aux autres lions. Cela apportait un petit côté attendrissant à l’histoire. L’histoire, de par son sujet, n’est pas réjouissante, il ne faut donc pas s’attendre au monde des Bisounours. Ça, je le savais bien, mais je ne m’attendais pas à certaines cases assez gore, celles par exemple où on a une girafe toute contente de pouvoir partir du zoo, et la case d’après, sous le même angle, la tête de la dite girafe qui explose, pour se terminer par une troisième case avec le cou de la girafe, sans tête, qui s’effondre… Brrrr. Bref, l’album contient certaines scènes violentes (d’ailleurs sur la 4ème de couverture, tout en bas, il est mentionné « pour lecteurs avertis »), mais il permet de faire réfléchir sur une société sans règles, sur les instincts primaires qui reviennent dans certaines situations, sur la violence des hommes (la fin m’a fait des frissons dans le dos, tellement je ne m’y attendais pas de cette façon). Enfin, il faut ajouter que l’album en lui-même est un bel objet, avec une couverture cartonnée et des finitions irréprochables. Ce n’est pas pour rien s’il fait partie de la collection « Vertigo Deluxe »… Un album à essayer, vraiment !

Non mentionné sur l@BD, mais je dirais pas avant 13 ou 15 ans. A partir de 12 ans selon l’éditeur.

On en parle sur les blogs : Temps de livres, Les mondes imaginaires, Quand les bulles s’en mêlent, Bulles et onomatopées.

Quelques pages au hasard, à voir sur Comics sanctuary.

BD historique

Auschwitz

AUSCHWITZ, par Pascal Croci (Emmanuel Proust Editions, coll. Atmosphères, 2002)

https://i2.wp.com/static.decitre.fr/media/catalog/product/cache/1/image/9df78eab33525d08d6e5fb8d27136e95/9/7/8/2/8/4/8/1/9782848100005FS.gif1993, en Ex-Yougoslavie, la guerre fait rage, et c’est alors qu’ils sont encerclés par des soldats que Kazik et sa femme Cessia se racontent ce qu’ils ont vécu chacun de leur côté en 1944, au camp d’Auschwitz-Birkenau. Kazik apprend que sa fille est décédée 2 jours avant la libération du camp, et raconte les chambres à gaz, les charniers, les distinctions faites entre les prisonniers, les groupes de fossoyeurs sans oublier la violence et la barbarie nazies…

Voici un album que j’avais vu dans un CDI de collège lors d’un de mes stages lorsque j’étais à l’université. Il fait partie des « classiques » de la BD sur le sujet de la Shoah, et contrairement à Maus (pas encore lu, mais seulement vu), il aborde ce difficile sujet d’un point de vue réaliste. Rien n’est laissé au hasard, et les couleurs grises de l’album contribuent un peu plus à donner une ambiance pesante à cet album qui n’enjolive pas la réalité, loin de là. Bref, c’est un album dur qui se lit pourtant assez facilement, car le déroulé de l’histoire est assez rapide. Mais le sujet pourra en rebuter plus d’un. Le trait est sec, l’ambiance est assez pesante. On se sent assez mal à l’aise face à cette lecture, c’est étrange.

Il est bien d’avoir à la fin de l’album un petit dossier explicatif avec l’interview de l’auteur, et quelques explications sur des passages de l’album. Mais j’ai trouvé ça assez fouillis finalement… Le dossier est centré sur les témoignages des survivants, mais j’ai trouvé qu’il manquait un côté historique plus marqué, avec par exemple une chronologie, des explications d’historiens du sujet, voire même une bibliographie pour aller plus loin… Bref, c’est un album à lire, je pense, mais qui laisse une drôle d’impression une fois refermé…

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Lectures et farfafouilles, Et l’écrit vint !, Blog d’élèves de Terminale ES sur Auschwitz, Chroniques de l’invisible.

Cet album a reçu en 2001 le prix jeunesse de l’Assemblée Nationale.

Manga historique

Les vents de la colère, tome 1

LES VENTS DE LA COLÈRE, tome 1, par Tatsuhiko Yamagami (Delcourt, coll. Fumetsu, 2006)

https://i1.wp.com/www.decitre.fr/gi/72/9782756003672FS.gif1969, au Japon. Des manifestations étudiantes se concluent dans le sang, face à un pouvoir de plus en plus soumis aux Etats-Unis. La guerre du Vietnam est commencée, et il se passe de drôles de choses au Japon, on entend parler de rumeurs sur une attaque du Cambodge voisin. Gen est étudiant et est opposé à sa famille militariste. Il devient indépendant, trouve du travail chez un éditeur, et par la même occasion découvre un secret d’état : des habitants séquestrés depuis que leur village a été frappé par un virus militaire. Voulant révéler cela, un de ses enseignants et des élèves sont emprisonnés. Gen est aussi surveillé par les autorités, mais laissé en liberté. Pendant ce temps, le frère de Gen, militaire, est envoyé au Cambodge, dans le cadre de l’alliance entre le Japon et les USA… L’opposition entre les deux frères est totale.

Voici le premier tome d’un diptyque. A vrai dire, je n’ai pas accroché. 1, c’est très long (plus de 280 pages dans ce tome). 2, le contexte est compliqué et lointain pour les européens que nous sommes. Je n’ai pas assez de connaissances sur la situation du japon post-seconde guerre mondiale et sur la guerre au Vietnam pour pouvoir voir l’importance de ce manga réalisé dans les années 1970. Il est indiqué sur la 4ème de couverture qu’il s’agit d’une oeuvre emblématique des mouvements étudiants de contestation de la fin des années 1960. J’ai vraiment eu du mal avec les changements de situations. Pour moi, ça m’a paru trop peu clair, même si on distingue bien le côté contestation qui règne au Japon face à l’occupant américain, vainqueur de la guerre plus de 20 ans auparavant. Ce côté-là est intéressant, mais ensuite, ce qui touche à la guerre du Vietnam m’a assez peu intéressé, peut-être par manque d’informations à ce sujet. Le dessin n’est pas spécialement engageant non plus pour s’intéresser à la politique de l’époque. Il ressemble à du Tezuka, donc assez statique. Par contre le découpage, irrégulier, permet quand même de rendre le récit un peu vivant. Mon bilan est donc mitigé, car le récit est vraiment trop compliqué.

A partir de 13 ans selon l@BD, mais d’après moi, pas avant le lycée et pas pour tous les élèves…

On en parle sur le web : Japan-loversiddbd. Trouvé lors de la rédaction de l’article : quelques explications du contexte historique sur un site réalisé par un prof d’histoire en lycée.

BD engagée

Le photographe, tome 2

LE PHOTOGRAPHE, tome 2, par Guibert, Lefèvre, Lemercier (Dupuis, 2004, coll. Aire Libre)

Suite du tome 1. L’équipe de MSF arrive au nord de l’Afghanistan après un mois de marche en montagne. Là, elle y ouvre un hôpital, qui étonne le photographe de par son caractère plus que sommaire. Les quatre professionnels de la santé, médecins et infirmiers, soignent toutes les personnes du village et des alentours qui s’y présentent. Les cas se succèdent mais ne se ressemblent pas : mâchoires arrachées, amputation de membres, cancers… Au bout de trois mois de mission, le photographe décide de rentrer en France…

Les photos de Didier Lefèvre sont sans concession et montrent les conséquences de la guerre sur les populations démunies. Parfois sur une demi-page ou en gros plan, elles nous mettent face au conflit de façon brutale, sans pour autant virer dans le « trash ». Ce tome insiste également plus sur les profils psychologiques des différents protagonistes.

J’ai eu l’impression qu’il y avait plus de photos dans ce tome que dans le précédent, mais c’est peut-être dû au fait que les photos dans cet album font encore plus réelles. On rentre vraiment dans l’histoire, car il ne s’agit plus du voyage vers l’Afghanistan, mais de la vie dans un pays en guerre.

J’ai été enthousiasmée par ce second album, qui mêle dessins et photographies. Cette forme originale, même si le sujet est difficile, permet de faire passer plein de sentiments aux lecteurs, et pas seulement de la pitié. On suit volontiers l’histoire de cette équipe soudée.

Conseillé à partir de 15 ans par le site BD du CNDP.