Romans jeunesse

Déroute sauvage

DÉROUTE SAUVAGE, par Guillaume Guéraud (Rouergue, coll. DoAdo Noir, 2009)

https://i2.wp.com/www.culturewok.com/content/covers/9782812600654.jpgLes 4ème E du collège Eluard partent en voyage scolaire en Espagne. Ils prennent la route le soir, et doivent traverser les Pyrénées en pleine nuit, par le col du Pourtalet. Pourtant la sortie va vite se transformer en cauchemar lorsque le car manque un virage et plonge dans le ravin… S’en suit alors une chute interminable, arrêtée par les arbres. Le car est déchiqueté et une partie de ses occupants aussi. C’est un carnage, duquel sortent plus ou moins blessés quelques élèves et deux enseignants. Ce n’est pourtant que le début de l’horreur lorsque Elias annonce qu’il a entendu un coup de feu avant que le car ne soit projeté dans le ravin… C’est le début du second carnage, une élève vient d’être visée par un coup de feu. Tous alors dévalent la pente, à la recherche d’un moyen d’appeler les secours (bien sûr, les portables ne fonctionnent pas dans cet endroit perdu) ou au moins d’échapper à ces personnes qui leur veulent du mal. Ce jeu du chat et de la souris (ou plutôt des chats et des souris) va mener la plupart des participants au voyage à leur mort…

Voici mon second roman de Guillaume Guéraud, après « Je mourrai pas gibier« , qui était déjà fort en émotion. Et bien, j’ai trouvé « Déroute sauvage » pire encore. C’est un roman d’horreur rempli de détails sanglants et de violence infligée à ces jeunes gens. En même temps, le roman est vraiment bien écrit, et il est difficile de le lâcher avant la fin des 142 pages, même si on n’est pas fana du genre gore (ce qui est bien mon cas). Les phrases sont saccadées, et beaucoup sont nominales, ce qui accentue encore un peu la peur qu’on peut ressentir. Un récit vraiment affreux et rempli d’hémoglobine, mais qui est rudement bien écrit ! J’ai lu sur certains blogs qu’il fallait lire ce livre au second degré, mais en ce qui me concerne j’ai eu du mal, n’étant pas habituée à ce genre de lecture.

Une fois n’est pas coutume, j’ai choisi un long extrait, qui se passe juste après l’accident du bus (p. 58-60) : 

M. Bourgoin consulta sa montre. Le mouvement lui déchira la clavicule. Tois heures quarante-cinq. Il posa une main sur son cou. Là où l’os perçait la chair.

Rien de valable dans sa tête. Rien que de l’angoisse.

Il désigna la pente qui montait vers le col :

– Je dirais qu’il faut essayer de regagner la route.

– Personne ne passe sur cette route, jeta Marc. Et il n’y avait pas de réseau !

– Alors je propose de descendre dans la vallée pour rejoindre le village le plus proche…

– Le dernier village qu’on a croisé était complètement désert ! clama Elias.

Le prof balaya mollement sa remarque :

– On trouvera forcément quelqu’un quelque part.

Son ton manquait de conviction alors il haussa la voix pour exposer :

– Je vais descendre avec ceux qui peuvent marcher sans difficulté. On va couper à travers la forêt. La pente a l’air praticable. On la suivra jusqu’à ce qu’on capte du réseau. Ou on marchera jusqu’aux premières habitations.

Aucune objection. Juste un souffle du vent. Des feuilles qui tremblèrent. Une branche qui craqua.

[…]

Dans le ciel, à travers les branches, des étoiles et un morceau de lune.

Claire sortit un paquet de cigarettes de son blouson.

Il était absolument interdit aux élèves de fumer. Aussi bien dans l’enceinte du collège que dans tout autre cadre scolaire. Le voyage ne faisait pas exception. Les professeurs les avaient prévenus. Ils seraient intransigeants là-dessus. Ils sanctionneraient lourdement les contrevenants.

Sauf que le voyage avait pris une autre tournure.

Claire demanda le briquet à Marc et alluma sa cigarette. Tranquillement. Elle aspira et recracha la fumée.

Personne ne la considérait.

Le bout rougeoyant de la cigarette traçait d’infimes courbes dans le noir.

Elle la reporta entre ses lèvres et ferma les yeux.

Alors, quelque part en amont, un curieux bruit retentit. Un cri ou un sifflement. Peut-être un rire. Puis un éclair fulgurant, sortant du canon d’un fusil, déchira les particules de l’air et pulvérisa la mâchoire de Claire, lui criblant le crâne de plomb et lui emportant la tête tout entière dans une détonation assourdissante.

Les avis des blogueurs : From the avenue, Les lectures de Cachou, La pause lecture, Livres-jeunesse

Les avis des sites : Lirado, Télérama, Papercuts.

A partir de 14 ans selon Ricochet, ce livre nécessite selon moi un avertissement à l’élève qui voudrait l’emprunter, pour éviter le traumatisme…

Romans jeunesse

Je mourrai pas gibier

JE MOURRAI PAS GIBIER, par Guillaume Guéraud (Le Rouergue, coll. DoAdo Noir, 2006)

Un récit est court, moins de 70 pages, mais ça n’empêche que le contenu est fort et troublant en même temps.

L’histoire : Martial est une ado de 15 ans vivant à Mortagne, petite commune en pleine campagne, qui pourrait se situer n’importe où. Là, deux clans cohabitent : ceux qui travaillent la vigne, et ceux qui sont à la scierie. Les deux groupes ne s’apprécient pas du tout, et les coups tordus ne sont pas rares. Tous apprécient la chasse. Martial, appartenant à une famille qui travaille à la scierie, décide, pour échapper à cette guéguerre, de s’orienter vers la mécanique et de partir dans un lycée à 50 kms de chez lui. Dans le village, un homme n’est pas concerné par ce conflit interne : Terence, « la tronche en biais », un simple d’esprit qui ne sait dire que « pauvre vache ». Martial l’apprécie car lui ne sait pas ni chasser ni travailler. Un jour quand Martial apprend ce qui a été fait à Terence, le jeune ado décide de se révolter contre ce monde qu’il déteste… C’est le début d’un carnage organisé…

Les phrases sont courtes, nous suivons l’histoire à travers les mots de Martial, le style est donc haché, le français pas toujours correct, et on se sent d’autant plus impliqué dans l’histoire…
La fin est … non je ne vous le dirai pas !!

J’ai lu ce livre le lendemain du massacre dans une école allemande, et ça m’a assez troublé… Il y a un certain parallèle à faire. Pour Ricochet, « Je mourrai pas gibier est roman pour adolescents dans le sens où le héros est un jeune qui cherche encore ses marques, et que son geste peut aussi être interprété comme un appel au secours à un moment-clé de l’existence. » Vous comprendrez donc peut-être ma réaction à la lecture de ce roman quelque peu hors-normes.

Conseillé à partir de 14 ans par Ricochet-jeunes, ce roman a obtenu le prix sorcières 2007 dans la catégorie roman ado.

Bonne lecture !!