Refuges [roman]

REFUGES, par Annelise Heurtier (Casterman, 2015)

En 2006, Mila, adolescente romaine, passe ses vacances d’été sur l’île familiale de Lampedusa, en Méditerranée. Le temps s’écoule lentement sous la chaleur estivale, et Mila ne veut pas spécialement passer du temps avec ses parents, particulièrement sa mère aux tendances dépressives depuis le décès de son petit frère lors d’un mois de juillet précédent. Elle craint plus que tout la date anniversaire d’ailleurs… alors quand Paola, la nièce de la gardienne de la maison et amie de la famille lui propose de passer du temps avec elle et ses amis, Mila accepte de suivre cette jeune fille qui a tout pour elle. Elle va passer de beaux moments sur cette île paradisiaque, pour tenter de surmonter sa situation… En parallèle de ce récit d’été, des Erythréens tentent de quitter leur pays qui vit sous la dictature pour rejoindre le nord de l’Afrique et ensuite la terre promise, l’Europe, en atteignant dans un fragile zodiac l’île de Lampedusa, aussi surnommée « l’île du Salut » par ses habitants… Mais leur parcours pour vivre en liberté s’avère semé d’embûches…  Lire la suite

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Amazigh, itinéraire d’hommes libres

AMAZIGH, ITINÉRAIRE D’HOMMES LIBRES, par Mohamed Aredjal (scénario) et Cédric Liano (dessin) (Steinkis, 2014)

2002. Mohamed, adolescent marocain rêvant d’une future vie d’artiste, est tiraillé entre sa soif de reconnaissance paternelle et ses propres aspirations. Entraîné par ses amis d’enfance, il se retrouve bientôt à tenter lui aussi l’exode et à rejoindre le flot intarissable des candidats à la clandestinité tentant par tous les moyens de gagner la forteresse Europe. Un peu malgré lui, mais ne pouvant reculer une fois le premier pas fait, il va vivre diverses tribulations aux mains des passeurs et autres profiteurs de misère dépouillant sans vergogne d’encore plus pauvres qu’eux. Un beau jour, il finit par mettre le pied sur une plage des îles Canaries, mais il y est aussitôt pris en chasse par la Guardia Civil espagnole, arrêté, interrogé, ballotté entre centre de rétention et prison…

Voici un album sur un sujet très actuel, qui agite nombre de médias. L’immigration, vécue par Mohammed le jeune marocain et dessinée par Cédric le français (dont c’est le premier album), est très bien racontée. Oui, il s’agit bien là d’une autobiographie, qui n’occulte aucun passage difficile, aucun moment de désespoir. Le dessin de Cédric Liano est étrange au premier abord, avec des gris qui alourdissent les cases. Par contre, le trait, parfois jeté, est étonnamment léger pour un propos qui ne l’est pas du tout. Les décors sont assez rares, et les cases ponctuées parfois de dessins très dépouillés style comic strip. L’histoire de Mohamed est racontée de manière fluide, avec la vision d’un jeune immigré tout juste majeur qui veut aller en Europe. La rencontre avec les autorités espagnoles aux Canaries est très bien retranscrite, car nous-mêmes lecteurs ne comprenons pas la langue, puisqu’on n’a pas la traduction des paroles des policiers (retranscrites en chinois, comme le jeune homme a dû le comprendre à l’époque), on est donc mis au même niveau que le jeune homme. Le récit est fort, et dénonce les conditions d’accueil des immigrés ainsi que la difficulté d’aller vers cet eldorado qui finalement n’en est pas un. A noter à la fin du récit un intéressant carnet documentaire avec des articles, des photos et la biographie du héros. Une lecture originale et engagée que j’ai bien aimée, même si personnellement j’ai eu quelques difficultés avec le trait…

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle (trop peu) sur les blogs : Lisez vos droits, Hors les murs

Interview de Cedric Liano à lire sur le blog des lycéens de 1ère ES du lycée Chateaubriand.

Premières planches sur Izneo.

C’est ma huitième participation à la bd de la semaine, cette semaine chez un amour de BD.

Petit Polio, tome 1

PETIT POLIO, tome 1, par Farid Boudjellal (Soleil, 1999)

http://www.google.fr/url?source=imglanding&ct=img&q=http://storage.canalblog.com/93/47/457293/36860738.jpg&sa=X&ei=j5O_T-6-Bqa50QXf4uGfCg&ved=0CAwQ8wc&usg=AFQjCNEGcan_95hiFd0t6PZdDCjzlkn5YwD’origine algérienne, Mahmoud a 6 ans en 1958, et vit avec sa famille à Toulon, dans un quartier où se mêlent différentes origines. Avec ses amis, il se lance des défis, comme courir le plus rapidement possible, lui qui boîte, atteint de la polio. La guerre d’Algérie paraît lointaine, sauf quand un voisin y est envoyé pour son service militaire et que le général de Gaulle vient faire une déclaration à Toulon. Mahmoud se sent bien peu concerné par ces évènements, il aime passer du temps dehors au soleil et dessiner, surtout des caricatures…

Voici un album « ancien », pour une fois. J’ai déjà lu un album de cet auteur, il s’agissait des Années Ventoline. Je n’ai pas été spécialement convaincue par cet album, pour deux raisons principalement : je n’ai pas aimé le dessin trop simple à mon goût à cause des gros bords noirs. Et puis il y a aussi le langage utilisé par l’auteur, qui ne m’a pas parlé : beaucoup de mots du sud, trop d’accent (c’est étrange d’entendre l’accent dans un album !). Et encore une fois, je me suis faite avoir, car il y a un lexique pour comprendre le vocabulaire bien particulier, mais à la fin de l’album ! En ce qui concerne les aspects positifs, cet album retranscrit bien le soleil du sud, les couleurs à l’aquarelle sont lumineuses.Il y a une certaine nostalgie dans cet album, sur une époque disparue. Le thème est intéressant, mêlant histoire familiale et grande histoire, mais je n’ai pas accroché plus que ça… Dommage. J’irai peut-être tout de même voir à quoi ressemblent les deux autres albums de cette trilogie…

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Chroniques de l’invisible, 123otium, le blog de la fée paradis.

Biographie de l’auteur sur le site d’étonnants voyageurs, le festival BD de St Malo.

Droit du sol

DROIT DU SOL, par Charles Masson, (Casterman, coll. Ecritures, 2009)

https://i2.wp.com/www.decitre.fr/gi/83/9782203019683FS.gifDe nos jours, tranches de vie à Mayotte, petite île française (et 101ème département français depuis le 31 mars dernier) dans l’océan Indien, entre Madagascar et le continent africain. De nombreux clandestins comoriens (à 70 kms de là) ou malgaches affluent dans l’île, pour obtenir du travail et des papiers. On suit le récit de plusieurs personnes : la sage-femme qui arrive de métropole dans l’espoir d’aider et de servir à quelque chose, le gérant d’une agence de téléphonie qui s’éprend d’une jeune fille de l’île, un médecin qui veut épouser une malgache pour qu’elle obtienne des papiers. Ce récit croisé est émaillé de politique, avec le durcissement de la loi sur l’immigration, lancée par un certain Brice H… Les injustices et les différences sont nombreuses entre les immigrés clandestins, qui avec le racisme ambiant, sont rarement les bienvenus, et les locaux qui sont souvent remplis de préjugés.

Voici un roman graphique engagé, long de plus de 430 pages (ce qui fait un bon pavé tout de même), écrit par un médecin ORL et dessinateur, qui vit à la Réunion (autre île française, séparée de Mayotte par Madagascar). Il montre le quotidien de l’île, loin des clichés des cocotiers et des plages de sable fin. C’est vraiment une oeuvre coup de poing, dans le sens où elle veut dénoncer les politiques actuelles, les différences qui sont faites entre les hommes à cause de leur origine (pourtant n’est-il pas écrit quelque part que « les hommes naissent libres et égaux en droits » ??). Charles Masson utilise les témoignages de personnes de conditions différentes, métropolitains, malgaches, mahorais (habitants de Mayotte), clandestins, légaux… et alterne dans son récit les personnages et les situations. Il est parfois un peu difficile de suivre, mais c’est sur la fin qu’on comprend les liaisons et ce choix de mettre en parallèle différentes histoires. Le dessin quant à lui est en noir et blanc, style carnet de voyage, mais toujours très facile à comprendre. Les textes sont parfois écrits à la main, raturés, corrigés, et d’autres textes sont écrits à l’ordinateur.

Droit du sol est donc un récit complexe mais fort, utile pour méditer sur la situation de cette petite île méconnue, où la métropole paraît très éloignée, et pas que géographiquement parlant. Un bon album.

A partir de 15 ans selon l@BD.

Visiter le site perso de l’auteur et une interview consacrée à cet album sur Bodoï. Voir 3 planches sur le site de l’éditeur.

On en parle sur le web : Mikael Cabon, Migrants outre mer, Yaneck, Azi-Lis, Hop blog.

American born chinese

AMERICAN BORN CHINESE : HISTOIRE D’UN CHINOIS D’AMÉRIQUE, par Gene Yang (Dargaud, 2007)

https://i1.wp.com/bdi.dlpdomain.com/album/9782205059588-couv-I400x523.jpgJin et ses parents viennent d’aménager dans une petite ville de Californie. A l’école il est le seul élève d’origine chinoise, et subit les moqueries et les humiliations de la part de ses camarades par rapport au mode de vie chinois, bien loin de celui américain. Lui fait tout pour ressembler aux autres et s’intégrer. Son seul et unique ami est un garçon taïwanais d’origine.

En parallèle, un roi-singe veut une place parmi les dieux, et devient maître du kung-fu pour être accepté parmi eux. Pourtant les dieux lui rappellent sa condition et il est condamné à passer 500 ans sous une montagne de rochers et à ne plus exercer d’art martial.

Shing-Tok rend visite à Danny, son cousin d’Amérique chaque année qui a honte de lui à chaque fois. En effet il est le stéréotype-même de l’asiatique en visite aux Etats-Unis. Son comportement est assez différent de celui américain, et Danny a une réputation tellement ternie par son cousin qu’il est obligé de changer d’école chaque année.

Voici trois histoires qui paraissent très éloignées au départ, et qui finalement vont se rejoindre lors du dernier tiers de l’album, pour démontrer comment les minorités font pour s’intégrer dans leur pays d’accueil sans renier pour autant leur culture d’origine.

American born chinese est un roman graphique que j’avais repéré déjà à l’époque en librairie, de par sa couverture vive et son thème. Je pensais que c’était une simple autobiographie et d’une exposition de l’Amérique vue à travers les yeux d’un chinois. Et bien non, pas du tout, car le récit mêle le réaliste (Jin à l’école), le légendaire (le roi-singe) et le « semi-fantastique » (la visite de Shing-Tok chez Danny, le chinois étant dessiné tel une caricature digne des chinois représentés dans les Lucky Luke). Chacune des trois histoires est bien séparée, par un changement de chapitre. Mais au départ cela paraît vraiment décousu. Je ne comprenais ce que venait faire la légende du roi-singe. Finalement tout s’explique à la fin et cette façon d’expliquer comment s’intégrer sans renier sa culture d’origine est finalement originale. C’est à la fois drôle et grave. Derrière la légèreté, se cache une véritable histoire.

Le dessin n’a rien de véritablement particulier. Ce n’est pas du comics, ni du manga. Le trait est assez rond, et ressemble assez à l’européen. Il est très lisible. Les couleurs sont nombreuses, assez vives, sans nuances. A noter que l’album de 240 pages est de format moyen et qu’il y a le plus souvent 4 cases par page. Une lecture finalement différente de celle auquelle je m’attendais au début, et c’est au final tout de même une bonne lecture !

A partir de 15 ans selon le site BD du CNDP.

Les avis des librairies de Montauban, de passiondeslivres, de Krinein, et de Télérama.

Cet album a reçu de nombreux prix outre-Atlantique, dont celui d’album de BD de l’année 2006 et il a fait partie de la sélection 2008 d’Angoulême.

On ne t’attendait pas

ON NE T’ATTENDAIT PAS, par Kathévane Davrichewy (Ecole des Loisirs, coll. Médium, Paris, 1999)

La vie tranquille d’une jeune fille d’origine géorgienne en France, prénommée Nestane. Un jour sa famille accueille de façon provisoire un jeune garçon géorgien, Nestane refuse de l’accueillir, elle renie ses origines… Elle est plus attirée par le bel Antoine que par ce garçon qui parle peu et mal le français, qui est mal habillé et peu intéressant… Finalement, elle va se rendre compte que Giorgui est bien plus intelligent qu’elle le pense, et va lui en apprendre pas mal sur la vie…

Un court roman sur les enfants immigrés, et leur intégration dans le pays d’accueil, sur le regard qui change sur les choses… Sympa !