Romans adulte

La tresse [roman]

LA TRESSE, par Laetitia Colombani (Grasset, 2017)

Smita vit en Inde avec sa fille de six ans et son mari. Intouchable, elle vide les toilettes des maisons du quartier, mais est déterminée à éviter cette honte à sa fille, en l’envoyant à l’école. Giulia a la vingtaine et vit en Sicile. Elle travaille dans l’atelier familial, un des derniers de l’île qui travaille les cheveux pour en faire des perruques. Mais lorsque le père a un accident lors de sa tournée, Giulia découvre que la santé financière de l’atelier est mauvaise. Au Canada, Sarah est une avocate réputée qui fait passer sa carrière avant tout. Elle passe sa vie au bureau et espère encore grimper les échelons, jusqu’à ce qu’un cancer li soit annoncé. Elle va tout tenter pour cacher sa maladie à ses collègues et ses enfants, mais va aussi découvrir le sort réservé aux malades… Ces trois héroïnes, aux origines et aux destins bien différents, ne sont pas destinées à se croiser… Et pourtant…

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BD fait de société, BD sentimentale

Rouge karma

ROUGE KARMA, par Eddy Simon (scénario) et Pierre-Henry Gomont (dessin) (Sarbacane, 2014)

Adélaïde, enceinte de huit mois, arrive à Calcutta pour signaler à la police la disparition de Matthieu, son compagnon et père de son enfant à naître. Dès l’aéroport, elle fait la connaissance d’Imran, jeune chauffeur de taxi qui va l’aider dans ses démarches et la guider dans cette grande ville inconnue. Sans passer à l’hôtel, la jeune femme dépose plainte au commissariat, mais l’inspecteur ne trouve aucune trace administrative de Matthieu. Adélaïde, que personne ne prend au sérieux en France ou en Inde, décide alors de mener ses recherches seule, aidée d’Imran qui va lui dévoiler des parts de culture indienne. La Calcutta qu’elle va découvrir est bien loin de celle des guides touristiques, et la raison de la disparition de Matthieu va s’avérer cacher un secret d’état et une possible crise diplomatique…

Rouge karma est un album à la couverture très colorée qui correspond tout à fait à l’esprit de l’histoire qui se situe en Inde, pays multicolore s’il en est. J’ai aimé cette histoire qui se développe sur 128 pages, même si quelques facilités dans le scénario m’ont un peu dérangée : un appartement vide trouvé un peu trop facilement, une confiance presque aveugle envers le chauffeur de taxi auquel Adélaïde ne pose pas aucune question… Sa venue en Inde est elle aussi assez improbable : prête à accoucher, elle a l’air d’avoir une forme olympique presque tout le temps, elle ne se ménage pas vraiment et son ‘état’ n’a pas l’air d’inquiéter plus que cela. Mais mis à part ces quelques bémols, cet album est vraiment très instructif sur l’Inde, ses croyances, ses traditions, son mode de vie, ses habitants. Mine de rien, il est riche en informations et en détails, tellement qu’on entendrait presque le bruit des rues de la mégapole indienne ! Vraiment, ça donne envie de voyager, si on excepte la corruption et les vols… Il aborde aussi dans la dernière partie de l’album une thématique politico-écologique intéressante, ce qui n’est pas négligeable non plus. J’ai lu sur le site de l’éditeur que le scénariste habite en Inde, ce qui donne encore plus de crédit à cet album. Le dessin de Pierre-Henry Gomont, que je découvre là, contribue également à cette envie de voyage : il est très agréable, un peu désarçonnant au départ car pas toujours très net, mais variant les angles de vue pour rendre compte du dynamisme du pays. Les couleurs aident à entrer dans l’histoire : j’aime beaucoup la couleur de cheveux de l’héroïne, qui semble irradier sur chaque case. Les autres couleurs sont très jolies, légères, aériennes. On a ici un joli album qui incite à la découverte d’une culture très éloignée de la nôtre.

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Au milieu des livres, D’une berge à l’autreBédépolar, 9ème art, Delphine’s books and more

Quelques planches sur le site de l’éditeur.

La page Facebook du scénariste et le blog du dessinateur.

Cet album fait partie de la sélection Prix SNCF du polar 2015, catégorie BD.

Romans jeunesse

Bleu toxic

BLEU TOXIC, par Christophe Léon, (Seuil, coll. Karactère(s), 2010)

http://www.christophe-leon.fr/images/bleutoxic.gif1956. Yukio est un ado japonais qui vit dans la baie de Minamata, dans un village de pêcheurs. Les poissons et les crustacés y sont très consommés, et c’est la base des revenus des habitants. Pourtant un jour, des enfants tombent malades, meurent parfois. Des dauphins s’échouent sur la plage, et des animaux domestiques meurent un peu partout. Après la venue d’experts, les villageois apprennent que ce qu’ils croyaient être un virus s’avère être une contamination par l’intermédiaire de la pêche, qui devient dès lors interdite. La petite sœur de Yukio naît à cette période, lourdement handicapée. Il faut donc que le jeune garçon apprenne à vivre avec le regard des autres vis-à-vis de sa sœur, et de leurs suspicions sur l’origine de la maladie de sa sœur. De plus, le père de Yukio, pêcheur, ne peut plus travailler. La situation de la famille est bien compliquée…

A Bhopal en Inde, vit Gaz, 14 ans. Il est né en 1984, la nuit de la catastrophe qui a frappé la ville. Ses parents sont décédés du gaz toxique qui s’est échappé de l’usine Union Carbide suite à un mauvais entretien des installations et à un non-respect des consignes de sécurité. L’adolescent a grandi seul dans les rues de la ville indienne, et a trouvé refuge dans « l’épave », surnom donné à l’usine désaffectée. Il vit de petits larcins et de la manche. Un jour, il rencontre de façon inopinée Rasheeda, une jeune fille dans la même situation que lui, et tous deux vont tenter de survivre au rude quotidien…

Voici deux nouvelles (55 pages chacune) qui évoquent la vie d’adolescents lors de catastrophes industrielles qui se sont réellement passées au XXème siècle. J’avais entendu parler de celle de Bhopal, mais je ne connaissais pas celle japonaise. Même si le sujet est loin d’être réjouissant, c’est vraiment une bonne lecture, car l’auteur relate l’événement à travers les yeux d’un ado, et cela touchera d’autant plus les jeunes lecteurs auquel Bleu toxic est destiné. Pas de récit journalistique pour raconter tout l’événement, mais au contraire du goutte à goutte : au départ, on ne sait pas ce qui se passe, pourquoi des animaux meurent près de Minamata, et puis au fil du temps et des expertises, on apprend la raison de ces morts inexpliquées. Le lecteur partage vraiment la vie de l’ado héros du récit, et apprend au fil du temps la catastrophe, et ses ravages même longtemps après. L’auteur n’écrit pas non plus de façon linéaire pour la seconde histoire, il navigue entre 1984 et 1998, lorsque Gaz est adolescent, et on apprend les dégâts de la catastrophe par petits morceaux, à travers le récit de Gaz, de ses parents, de la police… Cela sonne très juste, et on est très touchés par l’histoire de ces jeunes gens dont la vie n’est vraiment pas rose…

Bref, Bleu Toxic est vraiment bien mené, et fait écho à différentes catastrophes écologiques récentes, dont celle de Fukushima au Japon en mars dernier… Une bonne découverte !

A partir de 13 ans selon le site Ricochet.

Voir le site de l’auteur, qui écrit aussi des romans pour les adultes.

Roman sélectionné pour l’obtention de plusieurs prix, dans la catégorie 4ème/3ème ou 13/15 ans : prix Ado-Lisant 2012, prix Acrolire 2011 (cddp37) , prix Lire… Elire en Moselle ! 2011, prix des collégiens lecteurs de Gironde 2011, prix Ados en colère 2012, prix littéraire des collégiens de Haute-Savoie 2012.

Des avis sur le web : Boojum, Parolimage DaDo.