Et si l’amour, c’était aimer ?

ET SI L’AMOUR, C’ÉTAIT AIMER ?, par Fabcaro (Six pieds sous terre, 2017, coll. Monotrème)

fabcaroSandrine vit avec Henri, mais vient de rencontrer Michel, livreur chez Speed Macédoine. Elle tombe sous le charme de ce beau brun ténébreux, et pour revoir son coup de foudre, commande le même plat tous les soirs. Henri ne se doute de rien, mais un mois plus tard, quand leur relation se concrétise, il doit se faire à l’idée que sa femme ne l’aime plus… Pour oublier son histoire, il lance une start-up, tandis que Sandrine et Michel filent le parfait amour… Lire la suite

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Le linge sale

LE LINGE SALE, par Pascal Rabaté (scénario) et Sébastien Gnaedig (dessin) (Vents d’Ouest, 2014)

Pierre Martino est un jeune homme qui découvre que sa femme Lucette le trompe avec un autre homme, Gérard. Animé de vengeance, il les suit avec un fusil de chasse et découvre l’hôtel qui abrite leurs amours interdites. Parvenu à leur chambre, il tire sur un couple en pleine action, et ne se rend qu’ensuite qu’il s’est trompé de chambre et donc de couple. Condamné à la perpétuité, le mari jaloux sort finalement de prison au bout de vingt années durant lesquelles il a été exemplaire. Mais sa vengeance ne s’est pas endormie : il attend patiemment le jour où il pourra tuer son ex-femme et celui qui est devenu son mari ainsi que leurs enfants… Il va mettre son plan à exécution minutieusement, en prenant le temps de trouver des informations, d’observer les habitudes de chacun et de saboter patiemment des petites choses au départ insignifiantes…

Voici un album paru à la rentrée 2014, que je n’avais pas vu en librairie avant qu’il ne soit disponible à la bibliothèque. Le nom de Rabaté m’a fait l’emprunter tout de suite, sans trop savoir de quoi il retournait. En fait, c’est une nouvelle chronique provinciale pour Rabaté, après le génial Un ver dans le fruit qui aborde aussi une certaine forme de violence dans les campagnes ou encore La Marie en plastique. Il aborde aussi le thème de la vengeance conjugale, deux ans après le cruel mais tout aussi génialement construit Crève saucisse. Le scénario est bien construit avec une fin très surprenante, réellement inattendue. J’ai beaucoup aimé les éléments situant l’histoire, il faut dire que Rabaté utilise parfois des noms existant réellement, même si j’ai eu l’impression qu’il a refait sa carte du département de Maine-et-Loire pour placer à côté des lieux qui ne le sont pas en réalité. Mais cela n’est pas dérangeant, car il s’agit bien de fiction. La famille de Lucette, la femme adultérine, est vraiment particulière : il s’agit de « beaufs » dans toute leur splendeur, avec un mode de vie peu évolué, la saleté, la crasse et les menus larcins faisant partie de leur quotidien. Les fautes de vocabulaire énormes qu’ils font sont preuve de leur manque d’éducation certain. Cela fait un peu cliché (beaucoup même), certes, mais je pense que l’auteur a dû s’inspirer et condenser dans cette famille des personnes vues par exemple dans certaines émissions de témoignage ou de reportage de chaînes de la TNT… Bref, ce ne sont pas des personnages qu’on a spécialement en sympathie, et on serait presque du côté de Martino s’il n’avait pas en tête de tuer toute la famille de son ex-femme. Quelques uns de leurs larcins sont montrés et cela ajoute encore à l’esprit immoral de cette drôle de famille. Vous l’aurez compris, en tant que lecteur, on n’est donc pas attiré par l’un ou l’autre des personnages principaux, mais on est plus en tant que spectateur du drame qui va se dérouler. J’ai vraiment beaucoup aimé le scénario, noir, cruel parfois, drôle aussi avec les expressions très imagées, à la limite du patois parfois, et les énormités que peuvent sortir les membres de la famille de Lucette et qui font sourire. Par contre, le dessin de Sébastien Gnaedig, que je ne connaissais pas auparavant, est inégal en terme de qualité : parfois le trait est fin et maîtrisé, et à d’autres moments, quelques cases plus loin, le trait est trop gros, trop irrégulier. Par contre, il ne pose pas de souci pour reconnaître les personnages, qui sont parfois un peu trop nombreux tout de même. Quant aux couleurs, elles sont simples : il ne s’agit que de bichromie, noir et marron. Les quelques touches de blanc éclaircissent le dessin. Ces choix de couleurs sont intéressants, car chaque lecteur peut se coloriser l’histoire dans sa tête, et puis les tons choisis correspondent bien à cette histoire peu joyeuse. Voici donc encore une jolie production de Rabaté, servi par le dessin de Gnaedig, parfois inégal, mais agréable tout de même. Pour finir, j’ai un petit regret : le livre commençait mal, avec une faute d’orthographe dès la première case (« un clope » au lieu d' »une clope »), heureusement que la suite m’a fait oublier ce petit défaut !

Non mentionné sur l@BD, mais je dirais à partir de 15 ans.

On en parle sur les blogs : Temps de livres, D’une berge à l’autre, Bulles et onomatopées, Les jardins d’Hélène, Branchés culture, C’est l’heure du goûter

Premières planches à lire sur Izneo.

Courte biographie du dessinateur, qui est ou a été aussi directeur éditorial dans des maisons d’édition BD. Voir aussi son compte Twitter.

Chronique radio à écouter sur France Inter.

Crève saucisse

CRÈVE SAUCISSE, par Pascal Rabaté (scénario) et Simon Hureau (dessin) (Futuropolis, 2013)

Didier est un boucher de village, qui aime son travail. Sa femme Sandrine tient la caisse. Didier découvre un jour que cette dernière la trompe avec un de ses amis, Eric, avec lequel ils partent en vacances.  D’ailleurs leur amour de vacances continue, à l’hôtel désormais. Didier le sait, il a suivi un jour sa femme, ce qui a confirmé le pot-aux-roses. Au départ, Didier ne cherche pas à se venger (sauf sur ses carcasses de viande), jusqu’à ce qu’un jour, en lisant une bande dessinée de sa bibliothèque bien fournie, il découvre une histoire qui l’inspire. Innocemment, il va proposer à Eric et sa femme de partir avec eux en vacances sur l’île de Noirmoutier, au camping, comme ils en ont l’habitude lorsqu’ils partent tous ensemble. Les vacances d’été se passent bien, chacun vaquant à ses occupations. Didier ne lâche pas d’une semelle Eric, l’empêchant ainsi de fréquenter Sandrine. Eric soupçonne qu’il soit au courant de leur infidélité, mais n’a aucune preuve… Un soir qu’ils projettent de se voir, Didier fait échouer leur projet, en donnant des somnifères à Didier. Son plan machiavélique commence à se mettre en place, et c’est lorsque les deux hommes doivent se rendre sur le continent pour retrouver le porte-feuille volé d’Eric que le projet de Didier va se concrétiser : il veut tuer l’amant de sa femme, en passant par le Gois, ce passage qui est recouvert par la marée haute…

J’ai adoré lire cette histoire. On se prend d’amitié pour ce héros qui va s’avérer meurtrier, c’est un sentiment étrange. Le scénario de Rabaté est très bien construit, avec une part de grinçant comme dans Un ver dans le fruit, que j’avais déjà beaucoup aimé. Rabaté sait mettre en avant les non-dits et les secrets, et mettre en scène la violence psychologique que peuvent exercer des personnes. J’ai bien aimé aussi des détails, sorte de clin d’œil aux lecteurs : les personnages de Tintin qui sont exposés devant les albums qu’aime lire le boucher, les quelques titres notés dans les étagères… Le scénario est très bien construit, avec une fin particulièrement haletante, qui ne va pas dans le sens qu’aurait souhaité Didier. La dernière page de l’album n’était pas forcément obligatoire, on aurait pu arrêter sur la page précédente pour nous laisser une impression ‘positive’ (si on peut dire) de Didier, mais avec cette dernière page, notre impression sur le héros de l’histoire change, pour montrer un homme avide uniquement de revanche et de vengeance…

Le dessin est accrocheur, réaliste mais pas trop. Les personnages sont particulièrement expressifs, et les changements d’angle de vue les rendent souvent sympathiques. Il y a une scène un peu difficile à voir, celle de l’abattoir dans lequel se rend Didier, avec le découpage d’une vache. Mais sinon, le dessin correspond tout à fait à l’esprit du scénario. C’est donc un sacré cocktail que nous offrent là Simon Hureau et Pascal Rabaté, un album noir et acide comme je les aime…

Non mentionné sur l@BD.

On en parle sur les blogs : Doucettement, Chroniques de l’invisible, Le grenier à livres, Au bon roman

Chronique audio à écouter sur France Inter.

Extrait à lire sur Izneo.