Les vieux fourneaux, tome 1 : ceux qui restent

LES VIEUX FOURNEAUX, tome 1 : CEUX QUI RESTENT, par Wilfrid Lupano (scénario) et Paul Cauuet (dessin) (Dargaud, 2014)

Trois amis septuagénaires se retrouvent à l’occasion de l’enterrement de la femme d’Antoine, l’un d’entre eux. Entre Emile, Antoine et Pierrot, l’entente est toujours bonne, et ils aiment se rappeler leurs souvenirs d’enfance en commun, leurs jeux dans le grand arbre et leurs bêtises d’enfance… Mais la vie est passée et Antoine a la rancoeur tenace contre l’entreprise où il a passé toute sa carrière et où sa femme aujourd’hui disparue a passé dix ans de sa vie, avant de monter son théâtre ambulant. Syndicaliste, Antoine n’a toujours pas digéré qu’elle ait été remerciée. Mais ce qu’il va apprendre sur la relation entre son patron et sa femme va le rendre fou, et il décide alors de se rendre chez son ancien patron grabataire, atteint d’Alzheimer et résidant en Toscane… Voulant le sauver d’un désastre annoncé, Emile, Pierrot et Sophie la petite fille d’Antoine enceinte jusqu’aux dents, se rendent en Italie… Mais cela ne va pas être si simple que cela pour le trio… C’est le début de l’aventure !

Voici un album acheté suite aux avis très positifs lus sur les blogs. Je ne regrette pas du tout, j’ai passé un super moment de lecture. Les dialogues sont très drôles, politiquement incorrects parfois, toujours incisifs et sacrément vrais ! L’humour est particulièrement présent dans cette histoire qui au départ ne paraît pas spécialement drôle. Mais ce sont les personnalités hautes en couleurs des trois anciens, ainsi que de Sophie, la trentenaire déterminée qui n’a pas la langue dans sa poche, qui font tout le chic de cet album. Lupano, scénariste du Singe de Hartlepool et de Ma révérence, réussit là encore à nous embarquer dans l’histoire et mène son histoire d’une main de maître. Le dessin est typiquement franco-belge, chaque personnage a une trogne reconnaissable, une caractéristique physique bien à lui : l’un est un grand sec, l’autre petit costaud et la tête carrée, l’autre enfin est de corpulence plus habituelle. Cela montre peut-être aussi qu’ils ont pris des chemins différents, que leur vie n’a pas été la même, mais qu’au final, et c’est ce que je trouve beau, qu’ils continuent à être amis depuis tout ce temps, malgré l’éloignement, malgré les différences… J’ai aimé le trait de Paul Cauuet, un dessinateur inconnu pour moi jusque là, car il est plein de petits détails, les visages expriment les sentiments les plus divers à travers le trait toujours juste et précis du dessinateur. C’est vraiment un très bon album sur tous les plans. Il y a juste au niveau des couleurs que j’exprimerai un petit bémol, car je les ai trouvées un peu trop artificielles à mon goût. Cela est surtout vrai au début de l’album, après il faut croire que j’ai dû m’habituer ! Mis à part ce petit point, j’ai vraiment beaucoup aimé cet album, et je comprends l’enthousiasme qu’il suscite ! Bonne nouvelle, le tome 2 sort le 24 octobre prochain ! Ce sera l’occasion de retrouver nos petits vieux préférés !

A partir de 13 ans selon l@BD.

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Premières planches à lire sur Izneo.

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Au vent mauvais

AU VENT MAUVAIS, par Rascal (scénario) et Thierry Murat (dessin) (Futuropolis, 2013)

Abel Mérian vient de sortir de prison. Lâché en pleine nature avec des vêtements miteux et peu d’argent après sept ans derrière les barreaux, il erre un peu en ville, avant de choisir de prendre la route pour retrouver l’argent qu’il a planqué dans une usine désaffectée. Mais ce lieu s’avère être devenu depuisun musée d’art contemporain et l’argent a disparu. Désemparé, l’homme ne sait que faire. Assis sur une banquette du musée, un téléphone interrompt ses pensées. Il décroche et une jeune femme lui répond qu’elle est la propriétaire du téléphone et qu’elle aimerait récupérer l’appareil. Elle lui communique l’adresse pour l’envoi, mais Abel, au lieu d’attendre à la Poste, va préférer le lui rendre directement. Surtout depuis qu’il a vu des photos de la jolie propriétaire du mobile, il est motivé pour rejoindre cette inconnue, partie s’aérer quelques jours en Italie après une rupture amoureuse…C’est le début d’un road movie pour l’ancien prisonnier…

A vrai dire, je n’attendais rien de cet album, que j’ai emprunté par hasard à la bibliothèque, et dont le titre est tiré du poème « chanson d’automne » de Verlaine (qui commence par « les sanglots longs des violons de l’automne blessent mon coeur d’une langueur monotone »…). Et bien on peut dire que la sérendipité a du bon, puisque j’ai passé un bien joli moment de lecture avec cet homme seul qui a besoin de grands espaces après avoir vu son carré de ciel pendant des années derrière une fenêtre flanquée de trois barreaux. Le scénario n’est pas palpitant, dans le sens où il n’y a pas d’actions toutes les deux pages, mais on suit non sans déplaisir cet homme qui trouve dans l’objectif de rendre un téléphone un but nouveau à sa vie, l’occasion de redémarrer de zéro. Il tombe sous le charme de la jeune femme du téléphone, et comprend, grâce aux sms et aux photos de l’appareil, une tranche de vie de sa propriétaire. C’est l’occasion de réfléchir sur lui-même, sur ce qu’il est devenu après l’enfermement, c’est pour lui une véritable introspection, entrecoupée de rencontres pour le moins étonnantes : un vieux chien, un jeune fugueur… La voix off du personnage principal raconte l’histoire, qui comporte au final assez peu de bulles. Le style littéraire est souvent un style oral, et de nombreuses images sont utilisées. Le texte ne se lit donc pas sans un minimum de concentration, pour pouvoir saisir tout le sens du texte. Ce style rend le récit très crédible, j’ai beaucoup aimé, car ce n’est pas lisse, comme certains récits parfois. Au départ un peu désarçonnée par le dessin, j’ai fini par le trouver intéressant et original. En fait, aucune des cases n’a de fond blanc, c’est à chaque fois du papier légèrement coloré dont on voit le grain. Cela donne une ambiance particulière, parfois un peu terne, mais jamais triste. J’ai eu l’impression que certaines cases étaient des photos mises en dessin, comme on peut le faire parfois avec certains logiciels de retouche. Cela donne un fort réalisme et presque une impression de reportage à cette histoire. Le dessin est clair, sans fioritures, le trait est assez sec mais très lisible. Difficile de se détacher de ce personnage principal. Enfin, la chute de l’histoire fut inattendue pour moi. Bref, une belle alliance entre un scénario plus complexe qu’il n’y paraît et un dessin intéressant et original. A essayer !

Non mentionné sur l@BD, je dirais à partir de 15 ans.

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Premières planches à voir sur  Izneo.

Cet album fait partie d’un BD-concert par le groupe Les Hyènes : voici le 1er teaser ci-dessous. Plus d’infos sur live-boutique.

Une nuit à Rome, tome 2

UNE NUIT À ROME, tome 2, par Jim (Bamboo, 2013, coll. Grand angle)

Suite du tome 1. L’histoire de Raphaël reprend juste là où on l’avait laissé. Il se rend à Rome pour honorer la promesse faite à Marie vingt années plus tôt. La pauvre Sophia ne comprend pas pourquoi son homme l’a lâchée si subitement, et rentre à Paris sans être allée voir ses parents. Marie s’échappe de son lieu de vacances en Italie pour retrouver son ex dans une chambre d’hôtel au cœur de la ville aux sept collines. Les retrouvailles ont lieu comme promis et les deux se posent la question de ce qu’ils sont devenus depuis tout ce temps. Chacun a fait sa vie de son côté, mais sans vraiment oublier ce qu’ils étaient à 20 ans. Le dilemme se pose à présent : a-t-on vraiment le choix de sa vie ? Que faire quand on hésite entre deux amours, celui du passé et celui du présent ? Raphaël va devoir choisir…

Fin de la virée romaine de Raphaël avec cet album dont je préfère largement la couverture. Là au moins on voit la ville éternelle en décor, et on comprend mieux le titre ! Cet album répond à toutes les questions qu’on a pu se poser lors de la lecture du premier volume, c’est donc une suite tout à fait intéressante de ce point de vue. L’épisode introductif du tome 1 est enfin expliqué et replacé dans son contexte, cela éclaire grandement pour comprendre Marie. On est toujours dans la tête de Raphaël qui se pose beaucoup de questions, qui hésite, tente puis revient en arrière… Il ne sait pas ce qu’il veut celui-là, et comme pour le tome 1, ça a eu tendance à m’agacer légèrement. Cet album est le même au niveau graphique et couleurs que le premier volume, avec beaucoup de portraits, des décors travaillés et reconnaissables, quelques scènes un peu chaudes dans lesquelles Jim se plaît à dessiner les formes féminines. Il y a juste avec l’épilogue, qui est censé se passer 6 ou 7 ans plus tard, que j’ai trouvé un problème : les personnages sont plus proches de la cinquantaine et ne semblent pas avoir du tout vieilli d’après le dessin. Je ne dis pas qu’il faut que les personnages soient tout ridés, mais là, on a l’impression que la scène se passe quelques semaines après, alors que ce n’est pas le cas. Mais globalement, j’ai passé un bon moment de lecture avec cette histoire sentimentale, dont la fin de l’histoire romaine est plausible, et propose aussi une suite pour un éventuel tome 3, dont Jim parle sur son blog. A essayer donc…

A partir de 15 ans selon l@BD.

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En Italie, il n’y a que des vrais hommes

EN ITALIE, IL N’Y A QUE DES VRAIS HOMMES : un roman graphique sur le confinement des homosexuels à l’époque du fascisme, par Luca de Santis et Sara Colaone (Dargaud, 2010)

De nos jours, deux journalistes rencontrent Ninella, un vieil homme qui va leur raconter ce qui lui est arrivé avant la seconde guerre mondiale. Alors que le fascisme connaissait son apogée en Italie et que des lois anti-homosexuels avaient été proclamées, Ninella et d’autres jeunes hommes ont été envoyés sur une île regroupant les « déviés », sans véritable preuve ni procès. Là, pendant près de deux ans, le petit groupe va vivre confiné. Il leur est impossible de se regrouper, de se déplacer sans gardien, de vivre normalement. C’est une mise à l’écart de la société, car aucun contact n’est autorisé avec la famille restée au village. Un jour arrive Mimi, un jeune garçon terrorisé. Alors que Ninella veut l’aider, le jeune homme est violenté par certains membres du groupe. Ninella se retrouve impliqué… Les journalistes décident d’amener le vieil homme sur l’île où il a été confiné, mais le récit du vieil homme va aussi faire écho à leurs histoires personnelles..

Voici un album sur un sujet méconnu : le traitement des homosexuels sous le régime fasciste en Italie d’avant-guerre. Dès le titre, on connaît l’opinion officielle du régime, car le titre est une phrase prononcée par Mussolini lors d’un de ses discours d’avant-guerre. La mise à l’écart des homosexuels a commencé en 1938, et l’histoire de Ninella permet d’aborder cet aspect longtemps ignoré. En effet, ce n’est que dans les années 1980 que des recherches universitaires ont commencé à être menées et que certaines victimes se sont mises à témoigner. D’ailleurs, on a une interview d’une victime de cette déportation en fin d’album, et les auteurs s’en sont largement inspiré pour créer le personnage de Ninella et ses propos. Heureusement que l’interview est en fin d’album car selon moi, elle dévoilerait trop le scénario. C’est un peu comme la préface qui à mon goût dévoile trop d’éléments de l’histoire, et ne laisse pas pleinement la place à la découverte de l’histoire dessinée. Au niveau du dessin, comme on peut le voir sur la couverture, il est un peu particulier : les portraits des protagonistes font assez durs, car les traits sont vifs et les visages ne sont pas ronds. Cela donne un côté aride au récit, et ce procédé est accentué par les couleurs utilisées : uniquement du noir, blanc et du ocre, comme dans des photos jaunies. Cela donne un côté rétro à l’album, et plonge le lecteur en pleine période fasciste. J’ai eu parfois un peu de mal à distinguer les personnages, mais sinon, cet album est très instructif sur comment un régime politique extrémiste considère certains de ses membres. Ce n’est pas un sujet réjouissant, mais c’est un album utile pour ne pas oublier les atrocités qui se sont passées pendant une période noire…

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : In cold blog, Les lectures de Cachou, Bibliothèque la Régence, Le jardin de Natiora, Hop BD

Interview des deux auteurs à lire sur le blog Clair de plume.

Quelques planches à voir sur le site de l’éditeur (cliquer sur la flèche à droite de la couverture).

 

Marina, tome 1 : Les enfants du Doge

MARINA, tome 1 : LES ENFANTS DU DOGE, par Zidrou (scénariste) et Matteo (dessin), (Dargaud, 2013)

1342, nous sommes à Venise. La puissante cité marchande méditerranéenne décide de procéder à l’échange de la fille du Doge contre le fils du sultan turc, preuve de leur alliance et leur bonne volonté. Mais cette action diplomatique est contrariée par les plans de pirates grecs qui ont tué le fils du sultan et prennent en otage Marina, fille du Doge. Ce qui n’était pas prévu, c’était que le fils du Doge, Zuane, serait aussi sur le bateau prévu pour l’échange. Alors les pirates grecs capturent aussi le jeune fils du Doge, et emmènent le frère et la soeur à Doulopolis, la cité des otages, une île perdue au milieu de la mer Egée… Là, ils vont connaître le pire : maltraitance, viol, torture… en attendant que la cité de Venise paie la rançon exigée par les pirates… En rentrant à Venise, Marina est changée et envoyée de suite au couvent… De nos jours, dans cette même cité de Venise assaillie désormais par les touristes, trois passionnés de l’histoire de la cité se retrouvent. Parmi eux, un professeur qui a pour projet d’exhumer une épave avec dessus une sirène. Mais avec cette découverte, les Vénitiens pensent que la fin de la cité est proche, une malédiction s’abattrait sur la ville… Mais pourquoi Marina est-elle crainte comme cela, près de 700 ans après sa disparition ?

Voici un album choisi au départ uniquement pour son scénariste. Je ne savais pas à quoi m’attendre, j’ai peu vu cet album sur les blogs de lecteurs que je fréquente. Ici, point d’histoire réaliste, mais plutôt une fresque historique avec un brin de fantastique. Je dois dire que les premières pages commençaient bien : les représentations de Venise sont magnifiques, très détaillées. Mais après, j’ai vraiment eu du mal : je n’ai pas aimé le dessin, surtout les portraits, qui n’embellissent pas les personnages. Marina et Zuane ont des yeux exorbités. Certains personnages de notre époque font presque peur, avec leur sourire menaçant. La servante de Marina elle aussi fait parfois un peu peur, à un moment j’ai même cru apercevoir le sourire du Joker sur son visage… 😉 Heureusement qu’il y a dans le récit quelques jolis décors de Venise, et que les bateaux sont particulièrement bien représentés, car je trouve que certaines cases laissent à désirer, on a parfois l’impression de n’avoir qu’un crayonné en couleur, car ces cases-là ne font pas terminées, et encore parfois les couleurs sont elles aussi décevantes. L’histoire met du temps à démarrer, j’ai dû m’y reprendre à plusieurs fois, mais au final cette histoire de pirates est assez intéressante. Pour moi, le scénario sauve clairement les carences du dessin. Il y a pas mal d’allers-retours entre le 14ème et le 21ème  siècle, et cet album fait se poser un certain nombre de questions : Qui est Marina ? Pourquoi est-elle crainte à son époque, mais aussi maintenant ? Que se passe-t-il dans la Venise actuelle, serait-ce la fin de la cité à cause de la découverte de la Pantegana ? Ceci n’est que le premier tome, et pose donc les bases de l’intrigue. A voir si je lis le suivant ou pas mais de toute façon, il n’est pas encore sorti.

A partir de 13 ans selon l@BD.

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Premières pages à lire sur le site de l’éditeur.

Come prima

COME PRIMA, par Alfred (Delcourt, 2013, coll. Mirages)

En 1958, quelque part en France, Giovanni retrouve son frère Fabio lors d’un combat de boxe. Cela fait plus d’une dizaine d’années que les deux hommes ne se sont plus vus. Les retrouvailles sont plus que froides, Fabio ne veut plus entendre parler de sa famille, il vit seul, de menus larcins et de combats. Mais si Giovanni est là, c’est pour lui annoncer que leur père est décédé, et qu’il faudrait ramener l’urne contenant ses cendres sur leur terre d’origine, en Italie. Au départ refusant la proposition, Fabio l’accepte et voilà les deux frères que tout oppose sur les routes, dans la voiture héritée de leur père, une Fiat 500. Plusieurs jours où les souvenirs, les doutes, les rancœurs et les fous rires vont remonter, et où on va comprendre la raison de la rupture des années plus tôt… Mensonges et révélations familiales sont au programme de ce voyage vers l’autre côté des Alpes.

Je continue avec les prix d’Angoulême 2014, après le prix jeunesse et celui polar. Celui-là a reçu le plus prestigieux : le Fauve d’or – prix du meilleur album. Autant le dire tout de suite, j’ai adoré cet album ! Son ambiance d’Italie, la relation entre les deux frères, le périple, les couleurs… Mais un tel prix angoumoisin rend difficile l’écriture de cet article. J’ai aimé les flashbacks, dans des couleurs différentes (fond jauni, traits bleus et rouges), au départ avec un cadrage si particulier qu’on ne peut pas trop reconnaître le lieu et les personnages, puis au fur et à mesure de la lecture on sait ce qui s’est passé pendant la guerre, et pourquoi Fabio est parti. J’ai aimé ce voyage des deux frères, ensemble sans avoir beaucoup de choses à se dire. J’ai aimé découvrir au fur et à mesure les raisons de leur brouille, les suivre dans ces rencontres improbables, voir les doutes et les regrets de Fabio apparaître au fur et à mesure de la route, douter sur les dires de Giovanni, avoir de la compassion pour les deux frères avec leurs histoires si opposées et si semblables… J’ai aimé le trait d’Alfred (déjà lu il y a quelques années dans Pourquoi j’ai tué Pierre), qui trace des jolis portraits d’hommes écorchés psychologiquement et physiquement. Son trait peut paraître spécial mais est tout en fluidité, et on ne peut qu’adhérer au style graphique de l’auteur totalement en adéquation avec le propos. Bref, beaucoup de choses dans cet album de plus de 220 pages, qui comporte assez peu de texte. Un regret justement : on est tenté de parcourir trop vite les pages, du fait du peu de bulles, alors qu’il faut prendre le temps de savourer cette lumière et cette ambiance si particulières entre les deux frères. Sur la fin de l’histoire, d’autres personnages (comme Giuletta et Maria) apparaissent et viennent compléter le puzzle qui se reconstitue lentement… Come prima est une très jolie histoire, servie par un dessin parfois dur mais toujours juste. C’est mon grand coup de cœur du moment !

A partir de 15 ans selon l@BD.

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Aller voir du côté du blog de l’auteur.

Les premières pages à lire sur le site de l’éditeur.

Deux vidéos ci-dessous : la bande annonce de l’album et une interview de l’auteur par un amour de BD.

Où le regard ne porte pas, tome 1

OÙ LE REGARD NE PORTE PAS, tome 1, par Georges Abolin (scénario) et Olivier Pont (scénario et dessin) (Dargaud, 2004, coll. Long courrier)

En 1906, une famille londonienne s’installe dans une petite ville italienne de bord de mer, Barellito. L’acclimatation n’est pas facile, car les nouveaux arrivants sont vus comme des étrangers, et surtout le père veut créer son entreprise de pêche avec un bateau à vapeur, mal vu par les pêcheurs italiens qui n’utilisent que la voile. Seul un homme leur adresse la parole, parce que lui aussi n’est pas natif de Barellito, et qu’il est aussi considéré comme étranger par les habitants. Pour le fils William, l’acclimatation est plus facile : il découvre une région où les paysages sont magnifiques, le soleil toujours là, et se fait des amis très précieux : Paolo, Nino et Lisa qui a des pouvoirs étranges… Leur particularité : ils sont tous les quatre nés le même jour. Mais le paradis est de courte durée, car les villageois font tout pour que le projet d’installation tourne à l’échec : personne ne parle à la famille, le bateau à vapeur est incendié…

Voici un diptyque, encore une fois. Je l’ai choisi pour la couverture très épurée, que je trouve très jolie, et son titre, pas spécialement évocateur, donc intrigant. A vrai dire, j’ai beaucoup aimé cette lecture. L’histoire prend bien le temps de se développer sur 92 pages. Malgré les malheurs, cet album sent le soleil méditerranéen. Les couleurs sont très belles, très claires. Il y parfois des pages bien plus foncées, hors du contexte de l’histoire originale, peut-être à une autre époque, avec des personnages non mentionnés auparavant. Je n’ai pas spécialement compris ce que ça faisait là, mais cela laisse supposer un développement plus profond de cette partie de l’histoire dans le second tome. Un petit bémol sur le dessin, parfois assez imprécis, avec des mouvements impossibles à faire (surtout au niveau des jambes), mais bon, ce n’est pas bien grave, car le scénario est vraiment bien construit pour passer un bon moment de lecture avec ces enfants… Il laisse plusieurs questions sur le lien qui unit les enfants et les pages foncées intercalées dans l’histoire, et c’est justement ce qui motive à lire la suite !!

A partir de 13 ans selon l@BD.

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Le début de l’histoire à voir sur Izneo.