Aliénor Mandragore, tome 1

ALIENOR MANDRAGORE, tome 1 : Merlin est mort, vive Merlin !, par Séverine Gauthier (scénario) et Thomas Labourot (dessin) (Rue de Sèvres, 2015)

Merlin est un vieil enchanteur passionné de champignons. Il enseigne son savoir et sa magie à sa fille Aliénor qui, loin d’être passionnée par les propos de son père, fait plus acte de présence lors de leurs promenades dans la forêt de Brocéliande. Un jour, tous deux découvrent une mandragore, une plante magique qui tue par son cri la personne en face d’elle. Sûr de lui car se croyant protégé par le sang de dragon qui coule dans ses veines, Merlin demande à Aliénor de la déterrer, mais tombe raide mort face à la plante hurlante. Aliénor ne sait que faire, jusqu’à ce que le fantôme de son père apparaisse et lui demande de ramener le corps dans leur maison, le temps de trouver le moyen de ressusciter… Mais la mort, ici nommée l’Ankou, veille et demande à Merlin devenir avec lui. Ce dernier refuse et assiste discrètement à son propre enterrement, espérant toujours trouver un élixir pour revenir à lui. Aliénor décide alors d’aller voir sa voisine la fée Morgane, fâchée avec son père, pour trouver dans ses grimoires une formule pour sauver son père, mais ses intentions sont démasquées. La jeune fille est chassée et atterrit dans la forêt, où elle rencontre toutes sortes de personnages plus étranges les uns que les autres…

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Ulysse

ULYSSE, par Christine Palluy et Benjamin Adam (Milan, 2011, coll. BD kids)

ulysse

Récit en cases et en bulles de certaines étapes du voyage d’Ulysse relaté dans l’Odyssée, de Troie jusqu’à son retour à Ithaque auprès de sa Pénélope 20 années plus tard. Tout le périple du personnage n’est pas raconté : une introduction place notre héros dans le contexte, et on a aussi une carte, claire et instructive pour situer les actions. Le choix de dessiner tel épisode ou de tel autre n’est pas expliqué. Ceux qui ne sont pas représentés graphiquement sont racontés en une dizaine de lignes, entre deux épisodes. Ainsi, par exemple, pas de Lotophages, ni de Phéaciens, mais le cheval de Troie, les cyclopes, les sirènes, Circé, Calypso… Lire la suite

Qu’ils y restent

QU’ILS Y RESTENT, par Régis Lejonc, Pascal Mériaux (scénario) et Riff Reb’s (dessin) (Editions de la Gouttière, 2016)

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Recueil de quatre contes sur la thématique du monstre, aux quatre points cardinaux du globe : le loup dans le nord, l’ogre à l’ouest, le vampire à l’est, le sorcier au sud… Tous ont comme point commun d’avoir dévoré tous ceux qui étaient dans leur contrée, chaperon rouge, mère-grand, moutons et autres villageois… Leur estomac criant famine, ils doivent tous quitter leur terre natale pour trouver de quoi les contenter ailleurs… Mais lorsque ces quatre monstres se rencontrent, que peut-il bien se passer ?

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Norton Gutiérrez et le collier d’Emma Tzampak

NORTON GUTIÉRREZ ET LE COLLIER D’EMMA TZAMPAK, par Juan Sáenz-Valiente (Bang ediciones, 2013)

Norton a 18 ans et travaille dans le magasin de ses parents avec ses deux frères. Mais il est complètement déconsidéré par sa famille, qui le considère le plus souvent comme un incapable. Le seul plaisir du jeune homme est de regarder une ancienne série à la télévision avec un martien comme héros qui trouverait la fontaine de jouvence. Heureux hasard, lors d’une de ses livraisons, il rencontre un homme blessé qui lui dévoile qu’un plan indiquant l’emplacement de l’île de Bimini (lieu où se trouverait la fameuse fontaine de jouvence), est en fait dans le collier d’une célèbre cantatrice, Emma Tzampak. Celle-ci vient en représentation dans la ville de Norton, et le jeune homme est entraîné dans une aventure qui va le mener au milieu de l’océan, sur un bateau dirigé par une femme, et aidé par un professeur égocentrique et un aventurier maladroit mais sûr de lui… Le jeune homme va se révéler grâce à cette aventure.

Voici un album choisi pour son titre intrigant et sa couverture un peu désuète. Je n’ai même pas ouvert l’album avant de l’emprunter, car j’aime essayer des lectures « à l’aveugle ». Il s’agit là d’un album jeunesse, scénarisé et dessiné par un auteur argentin chez un éditeur espagnol qui édite et diffuse en France des œuvres espagnoles traduites. C’est donc là un album original de par son parcours. L’histoire n’est quant à elle pas spécialement originale : c’est un mélange entre la bande dessinée d’aventure, celle d’action et (un peu) celle d’humour. C’est aussi un croisement entre de nombreuses références plus ou moins appuyées, depuis Cendrillon jusqu’à Tintin. Cela est accentué par les couleurs pâles utilisées qui voudraient vieillir les personnages ou les faire vivre une époque passée… Ce côté désuet est original, mais en même temps ne fait pas très dynamique. Les personnages sont assez caricaturaux : le père qui ne fait pas confiance à son fils (même lorsque celui-ci est le dernier à pouvoir le sauver d’un mauvais pas), la femme forte et indépendante… J’ai eu du mal à m’attacher aux personnages, qui sont assez individualistes au final. Le dessin est original mais pas très réaliste : Norton, tout comme les autres personnages, a des jambes plus fines que des allumettes, et on se demande comment il fait pour tenir debout de cette façon. Le dessin comporte donc un trait d’irréalisme et de fantastique un peu déroutant au début. A part cela, l’auteur met en place pas mal de textes dans les bulles qui d’ailleurs ont la fâcheuse tendance à se croiser, quitte à perdre un peu le lecteur en route… Cela ne facilite pas la lecture, loin de là, mais l’histoire est tout de même assez rythmée pour garder le lecteur en éveil. Je suis donc mitigée sur cet album qui réutilise des codes existants, sans apporter quelque chose de vraiment nouveau… C’est dommage, car je crois qu’il y avait vraiment quelque chose d’intéressant dans cet album…

Non mentionné sur l@BD.

On en parle sur les blogs : Ben Dis, La tanière du champi, Une autre histoire

Le début de l’album est à télécharger depuis le site de l’éditeur.

Visiter le blog de l’auteur (en espagnol).

Kililana song, seconde partie

KILILANA SONG, seconde partie, par Benjamin Flao (Futuropolis, 2013)

Suite et fin du tome 1. Naïm se retrouve sur un bateau avec un vieil homme qui prétend être le gardien de la sépulture d’un géant légendaire qui va être perturbé par de futures constructions immobilières. Sauf que dans le bateau dans lequel le jeune garçon se trouvait, il y avait de la drogue destinée à un européen, et que le vieil homme pioche dedans sans se soucier des conséquences. Naïm comprend que cela va poser problème, mais ne peut rien faire. Il continue d’écouter les légendes que raconte le vieil homme…

Je suis beaucoup plus enthousiaste sur ce tome que sur le premier ! Le scénario est beaucoup plus clair même s’il se densifie, tout se relie dans ce volume, et on comprend les liens entre les différents personnages, j’ai même enfin compris le titre du diptyque, ce qui n’est pas désagréable ! L’histoire dans ce volume-là est beaucoup plus fluide, et je n’ai pas eu de mal à lire cet album, contrairement au tome précédent où je m’y suis reprise à plusieurs fois. Autant dans la première partie, Naïm semblait insouciant, autant dans cette seconde partie, il devient craintif des esprits et des fantômes. Son comportement est tout autre, il découvre quelque chose qui le dépasse et grandit. J’ai aimé ce changement d’attitude chez le garçon, on s’attache à ce héros ordinaire, qui va être confronté à quelque chose d’extraordinaire. Le dessin arrive particulièrement bien à rendre compte de la violence de la mer lors des tempêtes. Benjamin Flao retrace magnifiquement une ambiance africaine et parvient à nous faire voyager avec son diptyque. Les couleurs lumineuses, les pleines pages et les nombreux portraits relatent une vision de l’Afrique, qui à la fois donne envie mais aussi fait peur (trafics, terrorisme, violence, escroqueries, corruption…). Certains personnages sont en effet peu fréquentables et la violence n’est jamais vraiment loin d’eux. L’album est dense au niveau du scénario et du dessin, ce n’est donc pas un album que l’on lit à la légère, car il y a plein de détails à observer et à retenir (contrairement à certaines personnes qui croient que la BD est un art de 2nde catégorie…).  Kililana Song est une bien jolie histoire qui ne peut laisser indifférent, oscillant entre dénonciation de l’industrialisation grandissante des terrains préservés et atmosphère fantastique (avec les esprits et les croyances africaines). On peut avoir l’impression que le scénario part dans plusieurs directions, ce qui n’est pas faux, mais livre un récit dans lequel chacun pourra retenir ce qui l’intéresse le plus. Cela peut donc permettre de viser un public large. L’épilogue est particulièrement long et apporte pas mal d’informations intéressantes, et le mot tout à la fin de l’histoire nous rappelle que même si l’histoire est inventée, certains passages ne sont pas bien loin de la réalité. C’est donc une BD engagée qui se cache sous un album aux faux airs d’hommage aux enfants aventuriers du style Tom Sawyer. Je ne suis pas mécontente du tout d’avoir lu ce diptyque !

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle (beaucoup) sur les blogs : Sin City, Les coups de cœur de Géraldine, La bibliothèque de Noukette, Samba BD, Livresse des mots, Chroniques de l’invisible

Premières planches à voir sur Izneo.

Cet album a reçu le Grand Prix RTL de la BD 2013.

La vieille ville de Lamu est inscrite sur la liste du patrimoine mondiale de l’Unesco.

Consulter le site Save Lamu (en anglais) qui vise à préserver l’archipel.

Kililana song, première partie

KILILANA SONG, première partie, par Benjamin Flao (Futuropolis, 2012)

Naïm est un petit garçon de 11 ans qui vit dans l’archipel de Lamu, au large du Kenya, dans l’océan indien. Il n’aime pas l’école coranique, où Hassan son frère (ou plutôt fils de sa tante) veut l’envoyer de force. Alors il parvient à échapper aux poursuites d’Hassan, qui le suit partout dans l’archipel. Naïm gagne un peu d’argent en fournissant du Qat, la drogue locale, à un vieil homme, et préfère se promener dans les ruelles seul ou avec ses amis. Il connaît tous les coins et les recoins de l’île, et est particulièrement débrouillard, surtout lorsqu’il s’agit d’échapper à Hassan. Le jeune garçon est observateur et écoute tout ce qui se dit, même les histoires sur les djinns et autres croyances locales. Il sert aussi parfois de guide pour des touristes européens. De leur côté, des européens vivent aussi sur l’île et chercheraient à acheter des terrains…

J’ai attendu que la bibliothèque acquiert les deux tomes de cette histoire pour pouvoir enfin les lire. Après avoir lu le premier tome uniquement, mon avis est mitigé, mais c’est plus à cause du scénario qu’en raison des dessins… Kililana Song est un joli album comme Futuro sait si bien les faire. L’objet en lui-même est de qualité : la couverture et les pages sont soignées. Les dessins de Benjamin Flao sont magnifiques. Il utilise la technique de l’aquarelle d’une manière très maîtrisée, alternant les paysages lumineux en pleine page et les cases plus traditionnelles. Il y a certaines pages qui comportent beaucoup de texte, et je dois avouer au départ que j’ai eu des difficultés à lire les bulles : l’écriture manuscrite est particulière et originale. Il y a quelques fautes d’orthographe qui dénotent et c’est un peu dommage, mais c’est un détail comparé aux magnifiques paysages et portraits que nous trace Benjamin Flao. C’est vraiment très joli, et les couleurs renforcent encore cette impression. C’est grâce à un album comme celui-là qu’on peut dire que la BD est un véritable art… Par contre, comme je l’ai annoncé plus haut, c’est au niveau du scénario que ça coince : il se développe très lentement, trop lentement pour moi. Il n’y a pas de fil conducteur clair pendant un long moment, et ce n’est que vers la fin de l’album qu’on commence à voir un lien entre Naïm et les hommes blancs qui vivent eux aussi sur l’île… Les deux histoires restent parallèles trop longtemps à mon goût. Bref, un scénario un peu trop étiré en longueur, mais qui est sauvé par les magnifiques dessins de l’auteur qui nous offre de sublimes cartes postales d’une région éloignée. Des paysages idéaux pour partir en vacances depuis son fauteuil, même si la situation en Afrique est loin d’être réjouissante… Un album à savourer, avant de se lancer sans hésiter vers le second tome.

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle(beaucoup) sur les blogs : Mille et une frasques, Chroniques de l’invisible, La bibliothèque de Noukette, La tanière du champi, Suivez mon regard, D’une berge à l’autre, Sin City

Le début de l’album à voir sur Izneo, même si ce ne sont pas les plus belles planches…

Cet album a obtenu le prix Ouest-France Quai des Bulles en 2012.

Consulter le blog de Benjamin Flao.

Le singe de Hartlepool

LE SINGE DE HARTLEPOOL, par Wilfrid Lupano et Jérémie Moreau (Delcourt, 2012, coll. Mirages)

1814, Napoléon est en guerre contre le reste de l’Europe. Une partie de sa flotte vogue près des côtes de l’Angleterre, et un navire fait naufrage. A son bord l’équipage et aussi un singe, mascotte et souvenir du passé de marchand d’esclaves du capitaine du bateau. Alors que la mer est déchaînée, tous périssent, sauf le singe et un jeune mousse bilingue. Le jeune garçon s’échoue sur une plage, et arrive à passer pour un anglais, tandis que sur la plage du petit village de Hartlepool, le singe s’échoue, habillé en soldat français. L’ignorance des habitants et leur haine des mangeurs de cuisses de grenouilles conduit à un procès factice contre le singe, que tout le monde prend pour un véritable français, pour espionnage. D’ailleurs, pourquoi ne répond-il pas à leurs questions ?

J’ai réservé cet album en bibliothèque suite à son apparition sur les blogs de lecteurs, et dans le top BD des blogueurs. Je ne pense pas sinon que j’aurais repéré cet album, pourtant sorti récemment. C’est un album sur l’ignorance et la bêtise humaines ainsi que sur le racisme. Il est basé sur une légende qui court toujours en Angleterre. Les personnages anglais sont bien retranscrits, les dialogues montrent bien leur méconnaissance des autres. On sent l’hystérie qui monte dans le village, leur volonté de faire la peau à un personnage qu’il prenne pour un français à cause de son uniforme. C’est vraiment très drôle, comment les certitudes d’un groupe peuvent se transmettre et se développer, jusqu’à atteindre le summum du ridicule. Seuls les enfants relèvent un peu le niveau, car eux ne se basent pas sur des souvenirs d’un vieux fou, ancien combattant des Français lors de la bataille de Québec. On peut même dire que les enfants sont les plus ouverts d’esprit : ils jouent avec le fils du médecin, venu d’une autre région de l’Angleterre (lui aussi plus évolué que les habitants) et avec le mousse, qui se passe bien de dire qu’il parle français et était sur le bateau naufragé. Bref, l’histoire cherche à dénoncer la bêtise e le racisme, et mêle les clichés sur les français à l’ignorance des habitants de Hartlepool qui ne sont pour la plupart jamais sortis de chez eux et donc ont par défaut peur de l’inconnu. Le dessin aide aussi à restituer ce climat de défiance vis-à-vis des étrangers : il est très expressif, on sent presque les personnages bouger. Il faut dire que le dessinateur vient du monde de l’animation, et cela se ressent lors de la lecture. Le singe de Hartlepool est donc un album très original, très drôle, sur un thème inattendu. Une belle découverte !

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Chroniques de l’invisible, Yspaddaden, Sylire, Miss Alfie croqueuse de livres