Goupil ou face

GOUPIL OU FACE, par Lou Lubie (Vraoum, 2016)

goupil ou face

Autobiographie d’une jeune femme prénommée Lou, qui a tout pour réussir, amour, amis, famille, travail…, mais n’y arrive pas pleinement. Elle déprime sans en comprendre les raisons et a ensuite des périodes d’euphorie et de motivation Au fil du temps, et après consultation de nombreux spécialistes, parmi lesquels des psychologues et des psychiatres, elle découvre qu’elle est bipolaire, plus précisément cyclothymique : son tempérament, représenté sous la forme d’un renard, varie du tout au tout très rapidement, de façon parfois incontrôlée. Il va falloir que Lou apprenne à vivre avec, et si possible à domestiquer ce renard pour qu’il prenne moins d’emprise sur sa vie. Elle nous raconte ce combat dans ce roman graphique. Lire la suite

Ma mère, le crabe et moi [roman]

MA MÈRE, LE CRABE ET MOI, par Anne Percin (Rouergue, 2015, coll. DoAdo)

mère crabeTania vit seule avec sa mère depuis que son père a quitté le foyer pour une femme plus jeune. Les deux femmes tiennent chacune un blog sur lequel elles s’inventent un univers, plus ou moins éloigné de la réalité dans laquelle elles vivent… Alors lorsqu’un jour la mère découvre qu’elle a un cancer du sein, elles vont encore plus se souder. Tania nous raconte les différentes étapes pour lutter contre la maladie : l’opération, la chimiothérapie et ses conséquences… La jeune fille va alors sans trop s’en rendre compte grandir et gagner en autonomie pour aider cette mère au caractère optimiste mais que la maladie veut terrasser… Pour passer cet épisode douloureux, Tania se lance des défis insensés au premier abord : se raser la tête, courir et remporter des courses… Lire la suite

Fantômes

FANTÔMES, par Raina Telgemeier (Akileos, 2016)

fantomesCatrina, 11 ans, et sa famille déménagent dans le nord de la Californie, dans une petite ville en bord de mer appelée Bahia de la Luna, surtout connue pour le soleil qui n’y serait présent que 62 jours par an… Autant dire que pour Catrina, habituée au soleil de la Californie du sud, c’est la déprime assurée… La jeune fille accepte tant bien que mal ce déménagement dû à la maladie de sa jeune sœur Maya, atteinte de mucoviscidose. Elles s’installent dans leur nouvelle maison, et décident d’explorer les alentours. Au fil de leurs déambulations, elles découvrent une tradition propre à Bahia de la Luna, le retour des fantômes le 1er novembre, sur la colline qui domine la ville. Catrina, froussarde, prend peur, d’autant plus que Carlos le voisin qui lui explique cette tradition a l’air d’adorer les fantômes. Pour Maya, qui a une approche différente de la mort, cette nouvelle la réjouit, et elle se dit même qu’elle va pouvoir retrouver sa grand-mère, disparue quelques temps auparavant…  Alors que la date fatidique approche, Catrina est de moins en moins rassurée, tandis que l’état de santé de Maya ne s’améliore pas vraiment…

Lire la suite

Le captivé

LE CAPTIVÉ, par Christophe Dabitch (scénario) et Christian Durieux (dessin) (Futuropolis, 2014)

1880, Albert Dadas est un cas à part à l’hôpital Saint-André de Bordeaux. Il est atteint depuis son adolescence d’une drôle de maladie encore indéfinie, qui le fait fuguer de façon intempestive sans qu’il ne puisse se contrôler, comme pris en otage par son idée de voyager. Pris d’une envie furieuse de marcher, il se rend parfois très loin, jusqu’à Moscou, Constantinople ou Alger, mais amnésique, il ne sait jamais où il atterrit, à un tel point qu’il est parfois emprisonné, maltraité, hospitalisé ou alors au contraire aidé par des compatriotes français pour rentrer chez lui. Son cas particulier va devenir l’objet d’étude de Philippe Tissié, interne en médecine qui va tenter l’hypnose pour libérer Albert de son absence de volonté qui le rend captif de toute nouvelle idée qu’il a en tête et l’empêche de mener une vie sociale normale…

J’ai été très agréablement surprise par cet album, dont j’aime beaucoup la couverture. Tout d’abord les dessins sont magnifiques, très précis et délicats, j’aime vraiment beaucoup ce style-là. Les jeux de gris sont aussi très jolis, donnant de la profondeur au dessin. C’est un vrai régal que de lire les 110 pages de cet album. L’histoire racontée par Christophe Dabitch est réelle, et il est intéressant de suivre le parcours de cet homme atypique à travers les témoignages de ceux qui l’ont côtoyé : son médecin Philippe Tissié, mais aussi d’autres médecins de Bordeaux ou d’ailleurs, comme le docteur Pitres qui dirigeait le docteur Tissié, un médecin de Limoges ou encore le consul de France à Alger… Ainsi, cela permet de reconstituer le puzzle de la vie de cet homme hors du commun et très sportif, capable de marcher des kilomètres sans s’arrêter. Le récit est construit en variant les points de vue, ce qui ne ralentit pas le rythme. Bien sûr, la relation entre le docteur Tissié et Albert occupe la majeure partie de l’histoire, mais je n’ai pas trouvé le récit longuet, car les lieux et les situations sont variés. L’album est déjà intéressant en soi, et en bonus il se complète par un intéressant dossier documentaire bien fourni, documents d’époque à l’appui, qui permet d’en savoir plus sur le parcours d’Albert Dadas et la fin de sa vie. Pour une fois qu’un tel dossier ne fait pas de redondance avec le propos dessiné, ça fait du bien ! Un thème original et un dessin magnifique, voilà un album à ne pas rater !

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Chez Canel, SambaBD, Une autre histoire, Depuis le cadre de ma fenêtre, Blog BD Sud-Ouest, Cynthia et ses contes défaits

Premières planches à voir sur Digibidi.

C’est ma deuxième participation à la bd de la semaine(cette semaine chez Yaneck).

Amorostasia, tome 2 : pour toujours

AMOROSTASIA, tome 2 : POUR TOUJOURS…, par Cyril Bonin (Futuropolis, 2015)

Suite du tome 1. Cela fait désormais trois ans que l’amorostasie frappe la planète, après avoir commencé à sévir à Paris. De puissants laboratoires pharmaceutiques se sont lancés à la recherche de l’antidote et ont aussi mis en vente l’Anamorax qui bloque les sentiments et limite le risque de se figer. Pour tester ses recherches, un laboratoire décide de faire des tests sur un humain, un prisonnier amorostasié sans famille : il s’agit de Kiran, le jeune homme qui s’était fait arrêter pour vol de bijoux, dont Olga avait fait connaissance et était tombée amoureuse. Cela fait désormais trois ans que les deux tourtereaux sont figés, et alors que les tests commencent sur le jeune homme, Olga, qui a été placée chez ses parents dans le bordelais, se réveille. Troublée par ce retour dans un monde qui a changé, elle va chercher à retrouver Kiran pour de nouveau se figer avec lui et retrouver ce bonheur absolu dans lequel elle a vécu pendant trois années… Elle se rend à Paris, découvre les adaptations de la société pour affronter l’amorostasie et se retrouve recherchée par la police. Heureusement que son ex-ami Thomas et un réseau clandestin d’hommes et de femmes qui n’ont pas peur de l’amorostasie vont l’aider à retrouver Kiran…

Cyril Bonin a repris du service pour nous proposer la suite de son aventure fantastico-sentimentale publiée il y a un an et demi. Autant le dire tout de suite : j’ai retrouvé avec plaisir cette ambiance si particulière servie par ce joli dessin. J’ai beaucoup aimé ce second tome, même si là l’histoire n’est plus centrée sur Olga et Kiran. En effet, on a pas mal d’informations sur une société qui s’adapte comme elle peut à l’épidémie, avec l’Anamorax (malgré ses effets secondaires importants), ou encore avec l’interdiction de tout ce qui peut éveiller les sentiments : films, livres, œuvres d’art… La psychose n’est pas loin, la société semble parfois anesthésiée par l’absence de sentiments, et la science ne parvient pas à expliquer et à endiguer ce phénomène. Ce sont les personnages du réseau clandestin, refusant de prendre les médicaments conseillés, qui donnent véritablement de l’épaisseur au récit. Je les ai trouvés intéressants, plein de vie et de philosophie (par exemple Marthe et ses proverbes). On en vient même parfois à sourire des dialogues et des situations. Petit bémol cependant sur ce tome 2 : il n’y a pas de rappel de l’histoire du premier tome, ce qui fait qu’on peut être un peu perdu au départ ; personnellement je ne me rappelais plus de la fin alors qu’elle m’avait pourtant émue lors de ma première lecture. Voilà pourquoi j’ai relu le volume 1 avant de me lancer dans sa suite et cela constitue un bien joli récit quand on lit tout à la suite. En plus, cela permet de se rendre compte que le dessin reste toujours le même, doux et agréable, avec des couleurs dans les tons gris qui ne dénotent pas dans ce récit poétique et bien mené. La fin de l’album fait qu’on peut tout à fait en rester là ou alors avoir une autre suite. Seul l’avenir nous le dira…

Non encore mentionné sur l@BD (le tome 1 était à partir de 15 ans).

On en parle sur les blogs : Un amour de BD, B.O. BD, Bulles picardes, D’une berge à l’autre

Premières planches à voir sur le site de l’éditeur.

Le blog de l’auteur, où il dévoile une partie de son travail.

C’est ma première participation à la bd de la semaine (chez Stéphie cette semaine)

Sémaphore

SÉMAPHORE, par Sandrine Bon et Christophe Bon (Paquet, 2005, coll. Blandice)

Jean, le père de Serge, vient de mourir. Il a laissé à son fils une vieille boîte en fer, avec à l’intérieur des photos jaunies et des lettres provenant d’une certaine Héloïse qui vivait en région parisienne. Les courriers font toujours référence à l’année 1964, et Serge sent que quelque chose n’est pas évoqué clairement. A la recherche d’indices, il retourne donc avec la boîte dans son village natal, au bord de la mer, quelque part en Charente Maritime, où il retrouve Alphonse, un ami de longue date de son père. Sur place, il y rencontre aussi Mathilde, fille de la fameuse Héloïse, qu’il a retrouvée après une longue enquête. Celle-ci est internée dans un institut pour une maladie mentale inconnue. Quelle serait donc la raison de ce comportement ? Aidé de l’étrange Mathilde, Serge enquête…

J’ai lu il y a peu de temps Les mauvais coups, que j’avais assez aimé, et j’ai repéré que la bibliothèque avait un autre livre de ces deux auteurs, leur première publication. Ce livre, le voici, avec sa jolie couverture estivale. Je ne savais pas à quoi m’attendre, mais dès le départ, j’ai été mal à l’aise avec l’histoire, qui a trop de facilités. Serge et Mathilde ne se connaissent pas plus que ça, mais font les magasins ensemble, vont à la plage ensemble comme de vieux amis. Les dialogues entre les deux personnages ne sonnent pas globalement plausibles, pour deux personnes qui ne se connaissaient pas auparavant. De plus le scénario est déséquilibré, par exemple lorsque Mathilde et Serge voient Alphonse à l’institut mais que celui-ci ne les voit pas, cela paraît trop gros pour sonner vrai. J’ajouterais également lorsqu’Alphonse donne les clés de réponse à Serge, cela paraît également trop facile et tout est dévoilé en même temps, ce qui gâche un peu le dénouement. A propos de ce dernier justement, j’ai trouvé que c’était de la surenchère dans la violence, et qu’au final ce pessimisme ambiant n’apporte pas grand-chose à l’histoire. Le dernier tiers de l’histoire est vraiment très violente, avec la mort à chaque case ou presque. Ce déchaînement de violence met le lecteur mal à l’aise, et j’ai eu du mal à comprendre les réactions vraiment disproportionnées et irréfléchies des protagonistes. Le dessin ne m’a pas beaucoup plus plu : en effet, j’ai eu parfois l’impression que les planches avaient été faites en petit format qui avait été ensuite agrandi, car les traits sont vraiment parfois très gros, trop épais pour faire réels. Par exemple, les photos en noir et blanc reviennent plusieurs fois dans le récit, mais elles ne sont pas redessinées, mais simplement agrandies, ce qui a accentué mon sentiment négatif sur le dessin. Certains portraits sont assez inexpressifs, surtout pour Mathilde, mais on sent que l’auteur s’est fait plaisir à dessiner sa plastique… Par contre, j’ai aimé les découpages originaux et les cases qui se superposent, mais pas certaines cases au dessin trop peu détaillé à mon goût (il y a par exemple trop peu de décors lorsque les personnages sont en plan rapproché). Sémaphore est une lecture coup de poing, dont je suis ressortie un peu sonnée par un tel déchaînement de violence. J’ai un sentiment très mitigé sur cet album, irréaliste, au point que je ne saurais le conseiller à d’autres lecteurs…

Album non mentionné sur l@BD, mais sur l’exemplaire de ma bibliothèque, il est mentionné « BD strictement réservée aux adultes »…

On en parle sur les blogs : Le blog de Véronique D., Calou l’ivre de lecture, Planète BD..

Tea Party

TEA PARTY, par Nancy Peña (La boîte à bulles, 2009, coll. Contre-jour)

A Londres à la fin du XIXème siècle, Victor Neville est un cookery counseller, conseiller culinaire au service d’un Lord. Lors d’une tea party où se rencontrent son employeur et un autre Lord prestigieux, du thé rare est goûté, mais trouvé infect. Alors le défi est lancé : rendez-vous dans deux mois avec le thé le plus fin du monde. Victor doit donc se lancer à la recherche de feuilles très rares. Le pari est intenable, le thé réputé le plus fin étant dans des régions trop éloignées pour être à Londres à la date prévue. Souffrant en plus de narcolepsie, un mal encore inconnu à l’époque, il va rencontrer de nombreuses difficultés pour mener à bien sa mission. Il va tout de même essayer de soudoyer la fille du Lord adversaire pour connaître les plans de l’ennemi… Celle-ci est étrange : elle porte un kimono avec des chats imprimés qui parfois prennent vie…

Voici un petit album en noir et blanc, que j’aurais pu lire en une seule fois vu sa longueur (80 pages) et son format (plus petit qu’un A4). Il s’agit en fait du tome 2 d’une série qui s’intitule « le chat du kimono », mais sans avoir lu le tome 1, je crois être parvenue à comprendre l’histoire. En plus au départ, on a une présentation brève mais intéressante des différents personnages et de leurs liens avec le kimono tant convoité. Le scénario est original, partant sur une base réaliste mais avec des touches fantastiques qui ont un rôle dans l’histoire, avec les chats du kimono. Par contre, comme c’est le second tome de la série, il doit certainement y avoir des références au premier tome, mais je dois avouer que cela ne m’a pas dérangé pour comprendre l’histoire. Je ne suis pas fan de thé, donc j’ai moyennement accroché au scénario, mais ceci est purement une histoire de goût. Les drôles de rêves que fait Victor sont assez dérangeants, avec cet oiseau à l’air malfaisant qui vient le hanter… Je ne sais donc pas quoi penser de cet album, qui explore plusieurs pistes sans vraiment les creuser, en se concentrant sur l’histoire du thé. Peut-être que les tomes précédent et suivants apportent plus de réponses. A voir si un jour je les trouve, mais pour l’instant mon avis est mitigé… Par contre au niveau du dessin, il est agréable, le personnage de la fille du Lord est très joli, avec son large kimono et le personnage de Neville intéressant. C’est une auteure que je découvre, je pense continuer avec d’autres de ses productions, car son univers est particulier et m’a l’air bien à elle.

Album non mentionné sur l@BD.

On en parle sur les blogs : Le blog de Luna, Tuurngait, Chaplum, Livraddiction, L’autre tigre

Consulter le blog de l’auteure.

Les premières planches à lire sur Digibidi.