Des cailloux à ma fenêtre [roman]

DES CAILLOUX À MA FENÊTRE, par Jessie Magana (Talents hauts, 2016, coll. Les héroïques)

cailloux fenetre

Marie est une adolescente qui vit sur l’île de Sein. En juin 1940, le général De Gaulle lance son fameux appel depuis Londres, et 128 hommes de l’île partent en Angleterre le rejoindre. Marie reste sur l’île avec sa mère, son frère aîné étant prisonnier sur le continent. Les hommes sont presque tous partis, il ne reste plus que les femmes, les enfants et les vieillards. Marie n’en peut plus d’attendre. Avec son amie Yvette, elle va accepter de mener des missions pour la résistance sur le continent. Au départ, les risques sont infimes, mais au fil du danger, les dangers encourus sont de plus en plus grands… Mais c’est aussi la rencontre avec Paul, breton originaire du Conquet et qui fait partie du même réseau de résistants… Pendant ce temps-là, Jean, un jeune Sénan qui fait partie du groupe d’hommes partis, attend à Londres d’être envoyé sur un bateau chasseur de sous-marins… Lire la suite

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Le travailleur de la nuit

 LE TRAVAILLEUR DE LA NUIT, par Matz (scénario) et Léonard Chemineau (dessin) (Rue de Sèvres, 2017)
travailleur nuitRécit de la vie d’Alexandre Marius Jacob, né dans un milieu modeste à Marseille à la fin du XIXe siècle. Bercé par les récits de Jules Verne, il s’engage à 11 ans comme mousse à bord d’un bateau et voyage pendant quelques années sur les mers du monde, avant de revenir sur terre pour déserter, puis de vivre une vie de bandit, dépouillant de manière non-violente, avec sa bande, des rentiers, hommes d’église, et autres personnages qui profitent de la société… Après avoir étendu son activité sur toute la France, il a été capturé et envoyé au bagne. Son procès en 1905, fil rouge du début de cet album, permet de retracer la vie de cet homme aux croyances anarchistes, peu en phase avec la société de la première moitié du XXe siècle, et au destin hors du commun jusqu’à sa mort en 1954…

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Vive la marée

VIVE LA MARÉE, par David Prudhomme et Pascal Rabaté (Futuropolis, 2015)

Récit décousu, façon kaléidoscope, de quelques jours de vacances à la plage, du côté de la station populaire de Polovos… Tous les types de population s’y côtoient, des jeunes et des vieux, des familles et des jeunes fêtards, des naturistes et des « habillés »… non sans difficultés parfois !

Voici un album complètement de saison en ce mois de février, un album qui sent bon le mois d’août, la plage, le sable chaud… Du moins c’est l’idée que je m’en faisais en l’ouvrant… Je ne savais trop à quoi m’attendre, et à vrai dire, au bout de quelques pages, j’ai été décontenancée par l’absence de fil conducteur : il n’y a pas de héros bien déterminé, pas de personnage central qu’on suit au long des 120 pages… Mais les auteurs, qui ont écrit et dessiné ce récit ensemble, ont plutôt fait un album en sautant d’une situation à l’autre, en utilisant le plus souvent des angles intéressants, souvent un détail graphique ou un changement de prise de vue. Les situations décrites sont assez souvent amusantes, et décrochent un sourire tellement cela sent le vécu : entre bouchons à l’approche de la plage, espace naturiste, jeux dans et sur le sable, pêche aux coquillages, séjour au camping… chaque lecteur a forcément un jour ou l’autre connu l’une ou l’autre de ces situations, et c’est ce côté humain, très réaliste qui m’a plu dans cet album. Les auteurs en profitent pour égratigner certaines fois des caractères un peu forts, parmi lesquels les beaufs de tout âge ou encore les quinquagénaires qui se croient tout permis, mais je dois dire que plusieurs jours après cette lecture, il ne m’en reste pas de fortes traces non plus. Vive la marée est une lecture bien plaisante sur le coup, originale par sa forme de narration assez inédite, mais ce n’est pas non plus un coup de cœur. Le dessin est facilement reconnaissable, les couleurs claires et lumineuses, ce qui en fait tout de même un album que l’on parcourt d’une façon agréable et légère. Pour autant, j’ai préféré La Marie en plastique des deux mêmes auteurs, qui maniait aussi l’humour, mais d’une façon que je trouvais plus fine et plus déjantée…

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Chroniques de l’invisible, Blog à part, Bibliothèque du dolmen, Carnets d’une libraire, La ronde des post-it

Premières planches à voir sur Izneo.

Cet album participe à , cette semaine chez Un amour de BD.

Un été en apnée

UN ÉTÉ EN APNÉE, par Max de Radiguès (Sarbacane, 2014)

C’est l’été et Louise, en vacances à Montpellier, vient de rompre avec son petit ami Simon. Enfin c’est plutôt sa cousine Manon qui lui a changé son statut Facebook de « en couple » à « célibataire »… Manon l’entraîne alors à la chasse aux garçons. Par hasard, les deux ados croisent la route de Quentin et Luca, et les couples se forment, entre soirée au cinéma, cabane dans les arbres et baignade. Mais Louise n’est pas vraiment amoureuse de Quentin et ne se laisse pas faire quand celui-ci est un peu trop entreprenant ou l’appelle « bébé ». D’autant plus qu’Arthur, un ami des deux garçons et qui traîne avec eux, est souvent déconsidéré par Quentin. Louise supportant de moins en moins la situation précipite Quentin dans un bassin d’eau. Elle va sortir grandie de cette expérience estivale…

Voici l’album miroir de 520 kms. Cette fois, on a la vision de Louise, et je dois dire que cela change totalement mon opinion sur cette fille qui passait vraiment pour la méchante dans le premier tome. Là, elle est plutôt une ado influencée par sa cousine, et qui hésite dans ses décisions amoureuses : parfois elle regrette Simon, parfois non et se sent bien avec Quentin. Ce sont les premières amours adolescentes et Max de Radiguès a su mettre en scène une histoire aux apparences légères mais qui cache aussi un vrai fond : sont abordés les sujets de l’abus, de l’homosexualité, des familles recomposées… C’est donc aussi un album pour faire réfléchir, ce qui n’est pas toujours le cas dans les BD estampillées jeunesse. A noter aussi un passage très actuel, lorsque Luca parle des « Zanonimous » qui ont manifesté contre la crise, j’ai trouvé cette référence sympa, car elle ancre encore un peu plus l’histoire dans la réalité. Justement, en parlant de réalité, j’ai trouvé que cette histoire sonnait très juste, et que les hésitations de Louise paraissaient vraiment réalistes. Elle est particulièrement mature (bien plus que sa cousine Manon), mais en même temps, c’est une ado comme les autres, qui se pose de nombreuses questions de son âge. Max de Radiguès a réussi à capter et retranscrire avec tendresse et justesse les premiers émois adolescents. Son trait est toujours aussi reconnaissable et lisible. Les couleurs particulièrement claires donnent un album très agréable, qui sent le soleil et les vacances. Il est plus facile de comprendre l’histoire en ayant lu d’abord 520 kms : par exemple on repère facilement Simon dans la cabine téléphonique, alors que si on n’a pas lu le premier volume, on aurait plus tendance à se demander qui est ce personnage… Mais je pense aussi que cet album peut se lire de façon indépendante. C’est donc une très bonne surprise que cet album, qui apporte une vision toute autre que celle à laquelle je m’attendais. Je ne doute pas que les collégiens vont se ruer sur cet album dès qu’il sera sur le présentoir des nouveautés !!

Non mentionné sur l@BD, mais à partir de 10 ans je pense.

On en parle sur les blogs : La courte échelle, Chez Canel, Une autre histoire, La bibliothèque de Noukette, Comme dans un livre

Quelques planches sur le site de l’éditeur.

Paola Crusoé, tome 2

PAOLA CRUSOE,  tome 2 : LA DISTANCE, par Mathilde Domecq (Glénat, 2013, coll. Tchô !)

Suite du tome 1. Paola est toujours sur une île déserte avec son père, son grand frère Yoann et sa petite soeur Bénédicte. Ils ont appris à survivre depuis déjà plusieurs semaines sur cet îlot isolé, en construisant des pièges pour les poissons, un poulailler et une cabane et en mettant en place un jardin. De son côté, la mère de Paola est sans nouvelles d’eux, mais elle ne se résigne pas à les croire morts. Alors elle est partie à leur recherche, et deux mois après son départ de métropole, elle se retrouve en Guyane sans le sou. Embarquant clandestinement dans un bateau, elle va parvenir à convaincre l’équipage de l’aider.  Mais de leur côté, la saison des cyclones approchant, Paola et sa famille décide de tenter de quitter l’île…

Ce tome 2 est un album globalement agréable, car on retrouve Paola et sa famille avec un certain plaisir, même si un petit résumé du tome précédent n’aurait pas été inutile, histoire de se remémorer les actions principales du volume précédent. L’album est toujours de petit format, mais compte 90 pages tout de même, pour une histoire qui mêle l’histoire des naufragés sur l’île et les recherches de la mère/épouse. Le scénario est sympa, mais sans plus, car on pense que les retrouvailles vont avoir lieu dans ce tome, mais on sent bien au fur et à mesure que ça ne va pas être le cas… De plus, il y a des petits éléments irréalistes chez la mère qui m’ont moyennement plu, lors des passages dans le bateau en tant que clandestine. Ce tome 2 est donc un volume intermédiaire (j’espère !), avec les inconvénients inhérents à ce type de volume. Cependant, les couleurs utilisées sont toujours aussi vives, parfois même un peu trop, mais en même temps, cela reflète une nature luxuriante et ça reste aussi un album jeunesse. Je ne suis pas très fan des dessins, un peu trop étirés pour moi, mais ceci n’est purement qu’une question de goût.  La fin est bien trouvée, un peu frustrante au départ, mais finalement, après réflexion, c’est la bonne option qu’a prise l’auteur, pour donner envie de lire la suite, qui n’est pas encore sortie. Dommage que la couverture ne soit pas une scène représentée dans l’histoire, car c’est un peu trompeur. Pour conclure, quelques petits bémols cités précédemment me font dire que ce n’est pas ma série jeunesse préférée, mais que cela reste tout de même une série de qualité qui revisite de façon moderne l’histoire de Robinson.

A partir de 7 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Les chroniques de Madoka, Une autre histoire, La boîte à histoires

Premières planches à voir sur Izneo.

Visiter le blog de l’auteur, plus mis à jour depuis mai 2013.

Une épatante aventure de Jules, tome 5 : la question du père

UNE ÉPATANTE AVENTURE DE JULES, tome 5 : LA QUESTION DU PÈRE, par Emile Bravo (Dargaud, 2006)

Jules est un ado qui n’aime pas les cours de sport. Avec son meilleur ami, il décide de sécher ce cours pour se rendre au cinéma. Tout semble se passer pour le mieux, même si la salle de projection est quasi vide et que le film Moby Dick ne l’emballe pas du tout. Mais les bobines du film prennent feu, et il faudra l’intervention des pompiers pour sauver les jeunes garçons des flammes. La punition ne se fait pas attendre : dans le bureau du directeur du collège, les deux ados avec leurs parents à leurs côtés apprennent qu’ils vont devoir faire un stage de voile pendant un week-end, dans un centre nautique en Bretagne… Peu enthousiaste à l’idée de ces deux jours à la mer, Jules ne rêve que de revoir son amie Janet dont il est secrètement amoureux et avec laquelle il discute via internet… Mais avant, son père décide de l’emmener, lui et son frère, à la chasse, pour en faire un homme, mais un accident malencontreux va ternir la sortie familiale. Jules se rend ensuite en Bretagne, où avec Joris, il est pris en charge par le jeune et dynamique père Antoine. La première sortie en voilier ne va pas non plus se passer comme prévu…

Voici une nouvelle aventure de Jules, après le tome 6 lu l’an dernier.. Je ne les lis pas dans l’ordre (aucun numéro n’est indiqué sur la première de couverture et sur la page de titre), mais cela n’empêche pas de comprendre. Le personnage de Jules est agréable, il a des préoccupations de son âge, tout en étant également très mature sur certaines questions. Ses réflexions sont parfois très justes ou très drôles. J’ai aimé lire cette histoire (moins tordue que le tome 6, car plus réaliste), assez réaliste pour y voir certaines vérités : on sent qu’Emile Bravo veut dénoncer certains éléments de la société (au départ par exemple sur les établissements scolaires catholiques), les piques étant plus ou moins dissimulées dans les bulles. Par contre, l’histoire contient toujours autant de texte, et il faut vraiment être concentré pour lire, car ce n’est pas une lecture légère. De plus, et c’est là plutôt un avantage, le scénario est parfois très pédagogique, mais sans pour autant être désagréable à lire ou faire trop cours de collège. Bref, j’ai appris pas mal de choses sur la voile, car il y a bon nombre de vocabulaire spécifique, et avec parfois des explications de vocabulaire. Il y a aussi des passages très drôles, avec des jeux de mots par exemple, et ceux qui aiment la voile seront ravis de voir la large part accordée au stage nautique. Bref, cet album mêle le sérieux et l’humour, d’une façon très agréable, les thèmes abordés sont divers (la religion, la famille, la voile, l’amitié…) et le lecteur ne s’ennuie pas avec les aventures de cet ado touchant et qui parle vrai. Le dessin d’Emile Bravo est reconnaissable, simple mais efficace : je ne suis pas en terrain inconnu et j’apprécie toujours autant ce trait. Je pense continuer avec les autres volumes, car ça m’a l’air d’être une bien bonne série jeunesse…

A partir de 10 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Bullles, Le génépi et l’argousier, Les lectures de Marie

Deux planches originales à voir sur le site non-officiel de l’auteur.

A bord de l’Etoile Matutine, librement adapté du roman de Pierre Mac Orlan

A BORD DE L’ETOILE MATUTINE, librement adapté du roman de Pierre Mac Orlan, par Riff Reb’s (Soleil, 2009, coll. Noctambule)

Un homme vieillissant fait la lecture du roman de sa jeunesse au début du XVIIIe siècle. Il y raconte un premier meurtre alors qu’il n’était que jeune adolescent puis sa participation au monde des « gentilshommes de fortune », autrement dit les pirates. Il embarque à bord de l’Etoile Matutine, et évoque tour à tour les abordages et les pillages, le sort d’une diva abandonnée sur une île, la menace de la peste noire à Veracruz, les « naufrageurs » bretons (pilleurs d’épaves)…

C’est le 2ème album de Riff Reb’s que je lis, après le très réussi « Le loup des mers« , qui était lui adapté d’une oeuvre de Jack London. A bord de l’étoile Matutine a été publié 3 ans avant Le loup des mers, le dessin est le même, les personnages ont vraiment des visages particuliers et reconnaissables, les pirates ont des visages torturés par le sel et l’aventure sur les océans. Certains font vraiment peur et correspondent tout à fait à l’image qu’on se fait des pirates au XVIIIème siècle. Le trait de Riff Reb’s est réaliste, complexe et très agréable à regarder, car il faut chercher les détails. Il alterne les gros plans sur les visages avec les paysages, sur terre ou sur mer, ce sont vraiment des dessins magnifiques. Au niveau des couleurs, comme pour Le loup des mers, il y a une couleur principale par planche, ce qui participe à l’ambiance de l’album. Bref, rien à dire sur le dessin, toujours au top. Par contre au niveau du scénario, j’ai été moins conquise, car l’histoire est beaucoup plus décousue : il s’agit de tranches de jeunesse du narrateur devenu vieux, alors que suite à ses méfaits sur terre, il s’est engagé comme pirate à bord de l’Etoile Matutine. Chaque chapitre aborde un moment différent, et j’ai trouvé que tout cela était assez décousu : on passe d’un épisode à l’autre, certes avec des personnages en commun, mais c’est à chaque fois une nouvelle petite histoire. J’ai donc eu du mal à lire cet album en une seule fois, je n’ai pas été spécialement emportée par l’histoire, d’autant que le jeune garçon narrateur de l’histoire est assez effrayant (avec ce qu’il a fait sur la terre ferme avant de suivre les pirates). Il y a vraiment trop de cruauté et de violence pour moi dans cet album. Je place donc cet album en dessous du Loup des mers, mais j’espère bien continuer ma découverte des œuvres de Riff Reb’s…

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Les riches heures de Fantasia, Temps de livres, Ivres de lecture, Bulles picardes