Papeete 1914, tome 2 : Bleu horizon

PAPEETE 1914, tome 2 : BLEU HORIZON, par Didier Quella-Guyot (scénario) et Sébastien Morice (dessin) (Emmanuel Proust média, 2012)

Suite et fin du tome 1. L’enquête se poursuit sur l’île de Tahiti, où des morts suspectes surviennent en même temps que la guerre mondiale se rapproche avec le bombardement de Papeete par un navire allemand.  Simon Combaud fait face à une communauté polynésienne soudée, et va devoir mener l’enquête seul ou presque…

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Stern tome 1 : le croque-mort, le clochard et l’assassin

STERN tome 1 : LE CROQUE-MORT, LE  CLOCHARD ET L’ASSASSIN, par Frédéric et Julien Maffre (Dargaud, 2015)

Kansas, 1863, une ville est ravagée par un groupe d’hommes armés, les femmes sont violées et tuées, les hommes tués par arme à feu, les enfants ne sont pas non plus épargnés. 19 ans après, toujours dans le Kansas, Stern, croque-mort de profession, est appelé pour chercher le corps de Charles Bening, un homme alcoolique mort dans la chambre d’un bordel. L’abus d’alcool est sans conteste la cause de la mort de l’homme, et la veuve, membre d’un mouvement anti-alcool, demande au croque-mort, malgré l’interdiction, de disséquer son mari pour en conserver les organes dans du formol et ainsi montrer les ravages de l’alcool sur l’organisme. Moyennant un gros billet, le croque-mort, discret et taiseux, s’exécute, et découvre des poumons montrant des signes d’asphyxie. Bening n’est pas mort suite à son ivresse, il aurait été tué… Stern, qui héberge provisoirement l’unique ami du défunt, va aider le shérif de la ville à retrouver l’auteur. C’est alors qu’arrive en ville le beau-frère du mort, qui est battu à mort le lendemain… Ces morts étranges cachent quelque chose, que Stern va chercher à découvrir. Lire la suite

Papeete 1914, tome 1 : Rouge Tahiti

PAPEETE 1914, tome 1 : ROUGE TAHITI, par Didier Quella-Guyot (scénario) et Sébastien Morice (dessin) (Emmanuel Proust média, 2011)

En 1914, à Tahiti, loin de la métropole, on se soucie bien peu de la guerre qui menace en Europe. La vie suit son cours à Papeete, entre métropolitains et vahinés. Arrive par bateau Simon, un jeune homme venu de Paris pour des motifs qu’il ne dévoile pas au départ. Seul son carnet de notes est la preuve qu’il recherche quelqu’un. Simon découvre le mode de vie à la tahitienne, avec les vahinés qui jouent de leur corps pour séduire les hommes, des métropolitains qui tiennent les commerces, un peintre exilé pour les couleurs de la Polynésie (mais pas que…), un missionnaire très sévère sur les mœurs locales… C’est alors que la guerre bien lointaine se rapproche avec deux croiseurs allemands qui menacent l’île, et le gouverneur décide de réarmer l’île, mais cela prend du temps et les militaires sont peu nombreux… En parallèle, une première vahiné est découverte morte, tombée depuis un chemin qu’elle connaissait pourtant parfaitement… Ce décès sur l’île paradisiaque, en plus du siège et du bombardement par les navires allemands, va secouer l’île, surtout lorsqu’une seconde vahiné disparaît de la même manière…

Voici un album au sujet que j’ai trouvé très original, et dont je n’avais jamais entendu parler avant : la première guerre mondiale dans les îles polynésiennes. Ici, pas de tranchées, mais une attaque de la ville de Papeete par deux navires allemands. Il est important de préciser qu’il s’agit d’un fait historique réel, comme il est expliqué dans le dossier documentaire à la fin de ce premier volume. Car oui, il s’agit d’un diptyque, et je ne vois pas trop pourquoi l’histoire n’a pas été publiée en un seul et même volume, tellement la fin de ce tome est en plein milieu de l’action… Bref, mis à part ce point de détail frustrant, j’ai beaucoup aimé ce premier tome, grâce à l’aspect historique bien développé. On a plusieurs personnages importants, même si on suit principalement Simon le parisien qui a atterri sur l’île et n’a pas l’air très déterminé à résoudre l’énigme pour laquelle il est venu, plus préoccupé par sa relation amoureuse avec la belle Mareta. Dans cet album, l’événement historique côtoie l’histoire d’amour, et le tout se lit plutôt bien, avec un scénario assez dense et détaillé. Le dessin est agréable, très ligne claire, et servi par des couleurs paradisiaques qui donnent envie de se rendre sur place. Les décors sont magnifiques et les personnages sont bien représentés, avec nombre de détails. L’album est graphiquement très joli, on passe un agréable moment : déjà dès la couverture, on est séduit par l’aspect graphique. Par contre, dernière chose, j’ai eu des difficultés avec certaines typographies manuscrites : lorsque Simon écrit dans son journal, il a une écriture assez illisible, qui nécessite de se pencher véritablement sur les caractères. Cela a ralenti ma lecture, et ne l’a pas rendu toujours agréable… Mais il n’en reste pas moins que cet album mérite qu’on s’y attarde grandement…Alors bon voyage !

A partir de 13 ans selon l@BD.

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Premières planches à voir sur Digibidi.

Visiter le blog du scénariste (jusqu’en 2013), et celui du dessinateur, tous deux également auteurs de Facteur pour femmes (lu mais pas (encore ?) chroniqué sur ce blog)

Retour sur le bombardement de Papeete sur le site officiel de la ville tahitienne.

Cet album participe à , cette semaine chez Jacques (un amour de BD).

Chicagoland

CHICAGOLAND, d’après le texte de R.J. Ellory, par Fabrice Colin (scénario) et Sacha Goerg (dessin) (Delcourt, 2015, coll. Mirages)

A la fin des années 1950, un homme est condamné à mort pour le meurtre de Carole, une jeune femme d’une vingtaine d’années. L’exécution a lieu en prison, sous les yeux de la sœur de la victime, qui souhaite voir disparaître celui qui a ôté la vie à sa sœur qu’elle considérait comme sa jumelle. Mais alors qu’il va être exécuté après s’être exprimé une dernière fois, le meurtrier a soudain un éclair, mais ne peut plus rien dire. On assiste alors à un retour en arrière avec trois témoignages, pour tenter de comprendre ce qui s’est passé : tout d’abord la sœur de la victime retrace la vie de la défunte, puis le policier qui a mené l’enquête raconte comment le meurtre a été résolu, et enfin le tueur lui-même explique sa version des faits…

Voici un album que j’ai emprunté pour son dessinateur, déjà lu dans La fille de l’eau et Le sourire de Rose, dont j’avais apprécié les traits élégants. Là, c’est toujours le cas, j’ai trouvé le dessin de Sacha Goerg encore une fois très agréable, surtout les portraits. Légèrement rétro, le trait est simple mais efficace et facilement lisible, magnifié par les couleurs claires. Cela fait une jolie ambiance vintage. L’album, scénarisé par l’auteur de romans adultes et jeunesse Fabrice Colin, est construit d’une façon qui n’est pas nouvelle : trois chapitres au total, avec un narrateur par chapitre, qui expose ce qu’il sait des faits ou des personnages. Cela commence par la sœur de la victime, qui raconte l’histoire de son point de vue, ses relations depuis son enfance avec Carole. On a ensuite le récit du point de vue de Robert, l’inspecteur en charge de l’enquête, qui va questionner l’entourage de la décédée, et qui se rend compte qu’il y a quelque chose qui cloche, que ce n’est pas la bonne personne qui a été accusée du meurtre. Enfin, le troisième narrateur, Lewis le condamné, apporte la résolution de l’énigme, en révélant le véritable meurtrier. On comprend bien au fur et à mesure qu’il n’a rien fait, et ce sont les explications déroulées par ce dernier qui vont permettre de comprendre cette erreur judiciaire. J’ai eu un peu de mal sur cette résolution du meurtre, que j’ai trouvée assez irréaliste, même si on s’en doute de plus en plus sur la fin. Cet album, au niveau du scénario, m’a surtout plu sur sa première partie, avec les deux premiers narrateurs, car j’ai trouvé la résolution du meurtre un peu tirée par les cheveux. Heureusement que le dessin et les couleurs sont agréables, car cela m’a permis d’aller jusqu’à la fin de cette lecture qui m’a laissé un goût d’inachevé difficile à expliquer. Il serait intéressant de voir si le roman de l’américain R.J Ellory dont est issu cet album est construit de la même façon…

Non mentionné sur l@BD, je dirais à partir de 15 ans.

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Cet album participe à , cette semaine chez Stéphie.

La chute d’un ange

LA CHUTE D’UN ANGE, par Didier Daeninckx (scénario) et Mako (dessin) (Casterman, 2014)

1948, en Seine-et-Oise, deux policiers sont appelés dans un orphelinat où un jeune garçon a été retrouvé gisant au fond d’un trou. Ferdinand, l’un des deux inspecteurs, remarque qu’il a été battu, mais son collègue Pasquet minimise ce fait. Peu de temps après, à Paris, un directeur de journal est assassiné chez lui. L’enquête sur ce meurtre sordide est menée, sans établir de lien entre ces deux affaires. Ferdinand, affecté par la mort de l’enfant, va tâcher de démêler les fils de ces histoires, alors que son collègue, le commandant Pasquet, va trouver un coupable idéal : Kozor, artiste de cirque d’origine hongroise, qui va être condamné à mort suite à un procès à fort retentissement médiatique.

J’ai un avis mitigé sur cet album, pour plusieurs raisons. Tout d’abord le scénario est étrangement bâti : l’histoire s’ouvre sur la mort du jeune garçon à l’orphelinat, puis on passe sans trop de transition à l’assassinat du directeur du journal et l’enquête qui s’en suivit, sans plus aucun lien avec la première affaire. Ce n’est qu’à la toute fin que cela se relie, et cela m’a donné la mauvaise impression que c’était rajouté au dernier moment, que cela avait presque été oublié. Les explications sont assez longues, j’ai trouvé cela lassant même si cela répondait à pas mal de questions sur la mort du directeur du journal. De plus, elles sont parfois assez survolées : je n’ai pas bien compris celles sur le passé trouble du directeur de journal, qui sont simplement évoquées mais sans plus. Il y a un côté injuste dans cet album : la vie de l’homme médiatique vaut bien plus cher que celle de l’enfant orphelin et cet esprit malsain m’a un peu dérangée… Celle du contorsionniste vaut également bien peu face aux enjeux de l’Etat, qui cherche à étouffer des actions bien peu avouables. C’est donc un esprit complètement polar que l’on a là, mais je n’ai pas été conquise, d’autant plus que le dessin ne m’a pas charmée plus que cela. Le trait est classique, sympa mais sans plus. Les décors sont parfois passés à la trappe, les personnages occupant pleinement les cases. Les couleurs ajoutent encore à l’ambiance polar. Tous ces ingrédients font de cet album une lecture agréable mais pas mémorable, à cause du suspense non maintenu pendant les 80 pages et quelques impasses sur le dénouement.

Âge non mentionné sur l@BD, je dirais à partir de 13 ans.

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Mon ami Dahmer

MON AMI DAHMER, par Derf Backderf (Editions ça et là, 2013)

Récit de la jeunesse d’un tueur en série américain, Jeff Dahmer, qui a assassiné pas moins de 17 jeunes hommes entre la fin des années 1970 et son arrestation en 1991. Assassiné dans sa cellule par un autre prisonnier trois ans plus tard, il était cependant connu pour avoir coopéré avec la police. Dans sa jeunesse, entre une mère névrosée et un père absent, Dahmer a grandi seul, sans amis ni famille. Son comportement étrange n’a pas éveillé les soupçons des profs et autres personnes qui l’ont côtoyé. Ses réactions parfois disproportionnées l’ont éloigné des autres adolescents (on comprend pourquoi lorsqu’on sait qu’il faisait dissoudre des animaux morts dans de l’acide…) et son addiction à l’alcool n’a pas non plus été remarquée. Backderf nous livre donc un récit basé sur ses souvenirs et les différents témoignages qu’il a pu recueillir des personnes qui comme lui ont connu Jeff Dahmer avant qu’il ne soit surnommé « le cannibale de Milwaukee ».

Voici une biographie originale, car elle traite d’un serial killer d’un point de vue inédit : à partir de ses souvenirs d’enfance, l’auteur retrace le parcours et la jeunesse d’un futur tueur en série qu’il a fréquenté au lycée. Cette histoire n’aborde pas donc les meurtres commis par Dahmer, sauf le tout premier qui a eu lieu peu de temps après avoir terminé le lycée, et dont il est question sur la fin de l’album. Le nom de Jeff Dahmer ne me disait rien avant d’avoir lu cet album, et j’ai apprécié d’avoir une préface qui explique qui était ce personnage. Cela permet de mieux comprendre les raisons d’un tel album. Étonnamment, il n’y a pas de haine de l’auteur, mais plus de l’incompréhension et une recherche des causes qui ont pu engendré un tel monstre. Mis à part ses propres souvenirs, l’auteur s’est aussi aidé de sources extérieures : coupures de presse, entretiens enregistrés en prison avec le tueur en série, écrits des deux parents de Dahmer… D’ailleurs, il cite très précisément toutes ses sources à la fin du livre. Le récit se veut donc très proche de la réalité. Même si certains éléments sont forcément plus fictionnels que d’autres (au niveau des dialogues notamment), on sent l’implication de l’auteur, sa volonté de raconter au plus près l’enfance du serial killer, pas pour l’excuser mais plutôt pour montrer un autre aspect du personnage. Puisqu’il n’y a pas de meurtres montrés dans cet album, l’histoire n’est pas si glauque qu’on pourrait le penser au départ, même s’il y a certains passages assez insoutenables de violences sur les animaux sur lesquels Dahmer « s’entraîne ». L’auteur n’a pas d’empathie pour le personnage de Dahmer, et ne cherche pas à nous en faire ressentir non plus. Il y a plus là un côté documentaire, pour comprendre comment une vie familiale et sociale plus que compliquée a pu mener à de telles extrémités. L’histoire se lit bien, le trait en noir et blanc n’est pas difficile à lire. Je ne suis pas adepte du dessin, mais là encore c’est une histoire de goût. Il n’empêche qu’il convient bien à ce type de récit noir. Cela donne un livre intéressant, qui n’est jamais complaisant avec Dahmer, mais qui peut s’avérer troublant, déroutant et dérangeant pour les lecteurs que nous sommes…

A partir de 15 ans selon l@BD.

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Premières planches à lire sur Izneo.

Cet album a reçu plusieurs prix : le prix Révélation à Angoulême en 2014 et le prix SNCF du polar catégorie bande dessinée.

Biographie détaillée sur ce serial killer sur un site spécialisé sur ce sujet.

Red bridge, tome 2

RED BRIDGE : tome 2 : MISTER JOE AND WILLOAGBY, par Maryse et Jean-François Charles (scénario) et Gabriele Gamberini (dessin) (Casterman, 2009)

Suite et fin du tome 1. Elie Miller et ses anciens camarades de classe se sont tous retrouvés. Tous, enfin tous ceux qui ne sont pas morts d’une façon suspecte. D’ailleurs, un mystérieux corbeau annonce la mort prochaine de plusieurs d’entre eux… Qui va être le suivant ? Et parviendra-t-on à trouver le tueur avant que l’infernale série ne se poursuive ? A Red Bridge, petite commune sans histoire, de nombreux secrets vont devoir se révéler pour éviter une fin tragique… Elie et ses camarades en savent plus qu’ils ne le disent au FBI qui est aidé par monsieur Willoagby toujours flanqué de son chat…

Fin de l’histoire dans cet album, sorte de « dix petits nègres », où tous les membres du groupe semblent devoir mourir les uns après les autres dans d’atroces circonstances. A l’origine, j’ai choisi cette série pour cet album, car j’avais flashé sur le pont couvert rouge représenté sur la couverture, un type de pont qu’on ne trouve qu’en Amérique du Nord. Ce n’est qu’une fois l’album en main que j’ai vu qu’il y avait un pendu dessous, et j’ai emprunté les deux albums sans trop savoir de quoi il en retournait. Grand bien m’en a pris, cette histoire est très bien racontée, à un rythme juste, ni lent, ni rapide, et on ne sait pas grand-chose sur l’auteur des meurtres et sa motivation avant la fin de l’histoire. L’ambiance dans la ville s’alourdit, chacun soupçonnant ses voisins, mais sans aucune preuve. En tant que lecteur, on pressent bien quelque chose, un secret dissimulé par le groupe ou une partie de ses membres, mais on ne sait pas trop lequel. Seule la fin donne les explications qu’on attendait. Bref, j’ai adoré être menée en bateau dans cette histoire à suspense, et ne m’attendait pas au dénouement final. Sinon, le dessin est toujours aussi agréable, les portraits magnifiques et les paysages donnent envie de voyager… Que demander de mieux ? Si, un seul bémol que je pourrais apporter : l’histoire des chats qui disparaissent mystérieusement est une histoire annexe et n’apporte rien au récit principal. Dommage de se perdre dans de tels méandres. Mis à part cela, si l’occasion se présente à vous de croiser ces deux albums, n’hésitez pas !

A partir de 13 ans selon l@BD.

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Quelques planches à voir sur le site de l’éditeur.

Red Bridge, tome 1

RED BRIDGE : tome 1: MISTER JOE AND WILLOAGBY, par Maryse et Jean-François Charles (scénario) et Gabriele Gamberini (dessin) (Casterman, 2008)

Quelque part en Amérique du Nord, Elie Miller est représentant en parapluies. Jusque là, il avait toujours réussi à éviter de retourner dans son village d’origine, mais suite à des défections de ses collègues, il se voit contraint d’y retourner, dans ce village qu’il a quitté il y a longtemps… N’ayant pas son permis de conduire, il s’y rend grâce au car, et discute avec son voisin, Monsieur Willoagby, un vieil homme à la retraite, ancien archiviste qui vient pour une affaire assez déroutante : plusieurs morts suspectes ont eu lieu en peu de temps dans cette commune en apparence paisible… Elie connaissait les personnes décédées : il s’agit de personnes de sa classe… Avec une ancienne connaissance avec laquelle il avait vécu une histoire d’amour des années plus tôt, Elie se demande si toutes ces morts n’ont pas de lien…

J’ai choisi cette histoire en deux volumes pour ses auteurs, dont j’avais apprécié le magnifique Far away, qui se passait entre Canada et Etats-Unis. Là encore on reste de ce même côté de l’Atlantique, pour une histoire qui se passe dans les années 1950, dans un milieu clos. Les personnages ont chacun leurs particularités, et ce volume prend le temps de les présenter : Elie, monsieur Willoagby et son chat mister Joe, le policier, les deux gays de la chambre d’hôte où réside Elie, la jeune veuve pas si éplorée que cela… Le dessin est magnifique : ce sont des peintures, qui ne vont pas forcément dans les détails, mais qui représente bien les personnages. Ce sont surtout les décors qui sont magnifiés par la peinture : l’été indien est très bien retranscrit, avec une large palette de couleurs chatoyantes qui nous plongent dans cette atmosphère étrange, sorte de huis-clos dans un village isolé où tout le monde se connaît. On se doute presque dès le départ qu’il s’est passé quelque chose autrefois, qu’Elie a des mauvais souvenirs qu’il aurait préféré oublier et que son retour dans son village d’origine ne lui fait pas spécialement plaisir… On sent bien qu’il y a quelque chose qui cloche, même si le rapport entre les morts semble difficile à déterminer. Seule la fin de l’album donne plus d’informations et accélère le récit, avec de nouvelles morts suspectes et originales et en annonçant aussi d’autres morts prochaines… Ce tome pose pas mal de bases pour l’histoire, en présentant le lieu et les personnages, l’action avance véritablement sur la fin, et on n’a qu’une seule chose en tête : savoir qui tue les habitants, et quelle est sa motivation. On se demande aussi quel est le rôle joué par l’ancien archiviste Willoagby, qui a un drôle de comportement. Bref, cela donne vraiment envie de lire la suite !

A partir de 15 ans selon l@BD.

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Quelques planches à voir sur Izneo.

De briques & de sang

DE BRIQUES & DE SANG, par Régis Hautière (scénario) et David François (dessin) (Casterman, 2010, coll. KSTR)

1938, Ada vient d’assister à l’enterrement de son père. Elle adresse une longue lettre à une amie, dans laquelle elle raconte ses souvenirs d’une époque lointaine. En 1914, alors qu’elle vivait dans le familistère de Guise, une série de meurtres plus sordides les uns que les autres a interrompu la paisible vie de ses habitants. L’enquête a passionné les journalistes de l’époque, et dans un contexte politique tendu, la vie en communauté dans cette structure bien particulière et quelque peu utopique va être bouleversée… C’est l’occasion d’en apprendre plus sur les différentes familles…

Voici un album emprunté pour son scénariste, le même qui avait écrit le diptyque Abélard, mais pour le coup, ça ne joue pas du tout dans le même registre. Là, c’est très noir, l’enquête policière est très bien menée, et en même temps on apprend pas mal de choses sur le familistère de Guise (Aisne), c’est donc une lecture à la fois « distrayante » et instructive. Le familistère de Guise est un lieu unique (ou presque) en son genre, construit au milieu du XIXème siècle par Jean-Baptiste Godin, patron d’une usine de poêles en fonte du même nom, pour loger et faire vivre ses ouvriers, qui deviennent au final propriétaires de leur logement. (Cette situation particulière a tenu jusqu’en 1968, avant de venir un lieu classé en 1991.) Le scénario de Hautière amène l’occasion de présenter en détail le familistère, lorsque le journaliste parisien arrive pour mener son enquête en parallèle des instances officielles et qu’Ada lui explique le mode de fonctionnement de la communauté. Et dans une deuxième partie, c’est véritablement l’enquête qui prend le pas sur la partie historique. Le scénario est très bon et tient en haleine, j’ai aimé le fait de ne découvrir le dénouement qu’à la fin et que l’explication soit si compliquée (je ne suis vraiment pas douée pour deviner les fins d’histoire), mais alors par contre le dessin est pour moi assez illisible : à certains moments, je n’arrivais pas à différencier des personnages, donc cela n’aidait pas à comprendre l’histoire. Cela m’a même parfois embrouillée et obligée à retourner en arrière pour tenter de démêler le fil de l’histoire. Je n’aime pas ça, donc le dessin me laisse vraiment un goût amer, et aurait presque tendance à gâcher un scénario si bien mené. Mais bon, au fil de la lecture, en se forçant un peu, on se fait à ce trait au pinceau si particulier, à ces visages presque caricaturaux, à ces moustaches si ressemblantes… Les couleurs particulièrement soignées aident à entrer dans ce récit, mais il n’en reste pas moins que ce trait très particulier m’a un peu gâché le plaisir de ma lecture…

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle (beaucoup) sur les blogs : Noukette, Le blog des bouquins, Des mots et des notes, Critiques de Colimasson, D’une berge à l’autreAction-suspense

2 planches à voir sur le site de l’éditeur.

Consulter le site de David François et celui de Régis Hautière.

Exposition sur cet album à voir sur le site amiénois « La Bulle Expositions ».

Le site du Familistère.

Vidéo de la rencontre avec les deux auteurs sur les lieux du crime, à voir sur CultureBox.

Un léger bruit dans le moteur

UN LÉGER BRUIT DANS LE MOTEUR, par Jonathan Munoz (dessins), Gaet’s (scénario), d’après le roman de Jean-Luc Luciani (Physalis, 2012)

Quelque part on ne sait où, dans un endroit perdu où on ne s’arrête que si on est en panne, vit une petite communauté : deux ou trois familles qui vivent des pensions du gouvernement, un curé, une épicière, une vieille qui fait office de maîtresse d’école, une catin qui vit dans les bois… Il y a aussi quelques enfants, parmi lesquels le héros de l’histoire dont la mère est morte à sa naissance. Son père s’est remarié et il a depuis un demi-frère, mais il les déteste tous… D’ailleurs, il projette de tuer tous les habitants de son village, comme il croit qu’il a tué sa mère lors de sa venue au monde. Alors il va user de tous les stratagèmes possibles pour faire disparaître tout le monde , sans pour autant se faire prendre : poison, trou pour braconner les sangliers, couteau de cuisine, équerre d’école, sables mouvants… Mais il l’a décidé : c’est Laurie, la jolie fille du village qui n’a jamais été heureuse dans la vie, qu’il tuera la dernière.

Quel album ! Je ne m’attendais pas à ce genre d’histoire lorsque je l’ai emprunté, pourtant on est mis dans le bain dès la 2ème page, avec le titre du premier chapitre : « je suis un enfant qui tue les gens » (c’est aussi indiqué sur la 4ème de couverture, mais comme là encore, j’ai réservé ce livre sur catalogue, je n’avais pas ces infos). Au bout d’une dizaine de pages, il y a déjà plusieurs morts violentes. C’est assez étrange, les morts s’enchaînent et on pressent toute la cruauté et le côté psychopathe du gamin, capable de jouer le garçon triste alors qu’il vient de tuer son demi-frère. On est donc sur un album où le massacre de toute la communauté va avoir lieu, on sent la détermination du garçon à tuer tout le monde, et en même temps, on voit qu’il n’est pas spécialement mature, car il utilise un vocabulaire très enfantin, très imagé (par exemple « la maison en bois avec la croix sur le toit » : c’est l’église), parfois avec quelques erreurs d’expression. Cet album aborde aussi de nombreux sujets de société : la religion, l’abus de pouvoir, le mensonge, la prostitution, l’inceste, le racisme, la vengeance… Bref, rien de réjouissant dans cet album que je qualifierais de malsain, où il n’y a pas un adulte mieux qu’un autre, et on comprendrait presque pourquoi le gamin veut supprimer tout le monde… C’est un sentiment assez étrange… Le chapitrage est fait de telle façon qu’on s’attend un peu à ce qui va se passer ensuite, mais sans savoir vraiment de quelle manière. Cela ressemblerait presque à un journal intime du gamin, à ses pensées pour que son plan puisse se passer : c’est terrifiant et glauque, mais c’est aussi sacrément bien mené et efficace comme histoire ! J’ai aimé frissonner avec cette lecture, même si je ne me suis pas toujours sentie à l’aise avec les dérangeants propos.

Quant au dessin, il est magnifique : il s’agit là du premier album de Jonathan Munoz, un auteur pas encore trentenaire. Le trait est rond, un peu gras et charbonneux. Les personnages ne sont pas lisses, mais Munoz marque bien les détails (nez, rides…), il accentue parfois même un détail (par exemple au début de l’album, la main du gamin qui désigne son demi-frère), ce qui n’est pas réaliste mais permet de guider notre lecture. Les couleurs sont subtilement ajoutées pour donner du relief au propos, dans les tons jaunes comme les vieilles photos. Bref, le dessin correspond pile poil à l’ambiance terrible de cet album, tout en apportant une touche de légèreté assez difficile à expliquer : peut-être parce que le héros a une bouille et des yeux ronds, il n’est pas répugnant, mais lorsqu’on sait ce qu’il pense et toute la haine qu’il porte aux autres, on change bien vite d’avis sur lui… Un album très sombre mais qui fait l’effet d’un coup de poing, à ne pas manquer mais à ne pas lire avant de dormir…

A partir de 15 ans selon l@BD, je rajouterais même : « pour lecteur avertis ».

On en parle sur les blogs : Audouchoc, 110 livres, La bibliothèque de Noukette, Le grenier à livres de Choco,  Les lectures de Marion, Mille et une frasques

Premières planches à lire sur le site de l’éditeur.

Consulter le site de Jonathan Munoz. Voir aussi le site de Jean-Luc Luciani, l’auteur du roman qui a été adapté en BD.

Cet album a reçu le prix SNCF du polar 2013, catégorie bande dessinée.

Un bon aperçu de l’ambiance de cet album, à travers la bande-annonce ci-dessous :