Tyler Cross, tome 2 : Angola

TYLER CROSS, tome 2 : ANGOLA, par Fabien Nury (scénario) et Brüno (dessin) (Dargaud, 2015)

On retrouve le bandit Tyler Cross après un tome 1 déjà ultra violent. Cette fois, l’homme vit paisiblement avec sa compagne lorsqu’on lui propose de participer à un braquage arrangé, sorte d’arnaque à l’assurance, en lui promettant qu’il n’y a pas de risques. Mais cela ne va pas se passer comme prévu et tandis qu’une braqueuse parvient à échapper à la police et qu’un de ses camarades est tué, Tyler Cross est attrapé et condamné 20 ans de bagne, dans un endroit isolé de Louisiane nommé Angola, au milieu des marais et dirigé par un capitaine sans pitié. La violence y est omniprésente, tout comme la corruption. Le braqueur tente de survivre parmi ces fauves, en achetant une semaine de vie supplémentaire auprès d’un gardien, ou encore en faisant des alliances de circonstance. Il apprend qu’il est quasi-impossible de s’évader d’Angola, mais va tout de même tenter sa chance…

J’ai mis du temps à me décider à lire la suite des aventures de ce braqueur qui use de la violence comme il respire. L’ambiance est ultra-glauque, accentuée par les couleurs simples mais très judicieuses de Laurence Croix. Le scénario ne comporte pas de temps mort, et la violence est présente à chaque recoin de case ou presque, bref, c’est vraiment très noir. Les clins d’œil au cinéma américain sont nombreux, avec certains plans et certaines scènes. Celle où la braqueuse se retrouve au soleil au bord de la piscine de l’hôtel est particulièrement flagrante. Au niveau des personnages, ils sont tous pires les uns que les autres, et on n’est pas amené à ressentir de l’empathie pour l’un ou l’autre. Les portraits brossés ne donnent en effet pas envie de prendre en pitié de tels personnages, qu’ils soient principaux ou secondaires d’ailleurs. Cela démontre un scénario vraiment aux petits oignons, comme souvent chez Nury. Le dessin de Brüno est quant à lui reconnaissable entre mille, et même si au départ de ma découverte de cet auteur (Junk, Atar Gull), j’étais réticente, désormais je trouve que ce dessin aux traits simples est très approprié pour des histoires complexes. Les cadrages sont très variés, et même parfois inattendus, comme par exemple lorsqu’on a le canon d’une arme juste en face de soi. Cela met vraiment dans l’ambiance et contribue à maintenir une ambiance très particulière sur cet album. J’ai passé un bon moment de lecture, et ai aimé suivre ce héros calculateur et bien peu sympathique. Je ne sais pas si un tome 3 est prévu, mais toujours est-il que s’il sort un jour, je crois que je ferai partie de ses lectrices…

A partir de 15 ans selon l@BD.

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Premières planches à lire sur Izneo.

Aller voir le blog du dessinateur Brüno.

Cet album participe à , cette semaine chez Stephie.

Les 3 fruits

LES 3 FRUITS, par Zidrou (scénario) et Oriol (dessin) (Dargaud, 2015)

Après quarante ans de règne, le roi sent qu’il arrive à la fin de sa vie, mais il éprouve toujours une seule et même peur, celle de mourir. Il convoque alors les trois plus grands savants du royaume et leur demande tour à tour ce qu’il doit faire pour ne pas mourir. Devant leur absence de réponse qu’il juge satisfaisante, il les fait tuer chacun leur tour. C’est alors qu’un inconnu demande à rencontrer le roi, et lui promet la vie éternelle, . En échange, il demande la main de la fille du roi et fait signer pour cela un parchemin au roi. Une fois la feuille signée, pour que la vie éternelle se produise,l’inconnu demande alors au roi de manger la chair du plus valeureux de ses trois fils. Prêt à tout, le roi met alors en compétition ses trois fils et leur explique le challenge… Pour échapper à la mort, le roi est prêt à faire mourir sa famille et à devenir un monstre…

Encore une nouveauté à la bibliothèque, qui est en ce moment mon fournisseur officiel de lecture. J’y trouve beaucoup de bons albums, et celui-là ne déroge pas à la règle. Cette histoire est un conte très noir, très macabre, où le roi est prêt à tout pour survivre, même à sacrifier la vie de ses proches. Le scénario emprunte les ficelles classiques du conte, il n’y a pas spécialement de surprises de ce côté-là, mais Zidrou sait tout de même comment rendre les personnages attachants, hormis le roi bien sûr qui se transforme en monstre au fur et à mesure de l’album, capable des pires atrocités. Seule la fin est un peu décevante à mon goût, avec la fille du roi qui prend une drôle de décision, et termine ce récit sans vraiment le terminer… Le dessin d’Oriol (que j’ai déjà vu dans La peau de l’ours, lui aussi scénarisé par Zidrou) est complètement en adéquation avec le propos, et accentué avec les couleurs très foncées utilisées. Les personnages sont tout en longueur, les cadrages utilisés en font des personnages parfois maléfiques, et le graphisme correspond à l’ambiance glauque de l’histoire. Les couleurs jouent dans le registre foncé, éclairées parfois de touches de rouge qui mettent un peu de couleur à ce récit très sombre et loin d’être optimiste. Graphiquement c’est très beau, et scénaristiquement c’est bien mené. Voilà un conte à ne pas mettre entre les mains des plus jeunes, mais qui ravira les plus grands qui ont gardé leur âme d’enfant.

A partir de 13 ans selon l@BD.

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Premières planches à voir sur Izneo.

Un long destin de sang

UN LONG DESTIN DE SANG, intégrale, par Laurent-Frédéric Bollée (scénario) et Fabien Bedouel (dessin) (12bis, 2012)

Au coeur de la première guerre mondiale, en avril 1917, un soldat français revient dans sa tranchée et découvre ses compagnons d’armes morts, sans en comprendre la raison. C’est alors que les mortels gaz toxiques arrivent et tuent ce dernier survivant de ce régiment d’infanterie qui a juste le temps d’enfouir en terre son appareil photo, avant que les corps ne soient évacués par des inconnus portant des masques à gaz. Un an plus tard, en mars 1918, alors que Paris est bombardé par un canon allemand à longue portée, un scandale impliquant l’armée et son rôle dans la mystérieuse disparition du régiment est prêt d’éclater grâce à l’obstination d’un journaliste qui a analysé les photos retrouvées dans cette fameuse tranchée où a péri le régiment maudit. Mais ces révélations ne plaisent pas à tous, et les embûches vont être nombreuses avant de pouvoir rétablir la vérité sur ces soldats sacrifiés…

Cet album d’un peu plus de 100 pages regroupe les deux tomes parus initialement en 2010 et 2011. Je l’ai emprunté pour son scénariste, dont j’avais apprécié le travail dans Deadline. Et bien, cette fois non plus, je ne suis pas déçue : le scénario est très bien construit, à la façon d’un film. On saute d’un personnage à l’autre de façon très rapide, parfois trop, si bien qu’on ne sait plus trop où on se trouve. L’histoire commence en avril 1917, se poursuit en mars 1918, et revient ensuite à la veille. En bref, la révélation du scandale tient sur deux jours, ces deux jours de mars 1918. Les personnages sont nombreux, heureusement qu’ils sont présentés au début de l’album, à la manière d’une pièce de théâtre. Le récit est fort bien mené, servi par un dessin agréable, même si parfois je le trouve un peu trop brut et sec. Les couleurs sont assez ternes, mais cela ne contraste pas avec les propos : bien au contraire, elles parviennent à entretenir l’ambiance très noire de cette histoire. Les personnages se différencient bien les uns des autres, et on comprend facilement le rôle qu’ils jouent. Chaque caractère est suffisamment creusé pour que le lecteur se sente impliqué dans l’histoire. Au final, tous les personnages et toutes les situations présentées finissent par converger vers la résolution de l’énigme de la mort des soldats du régiment un an auparavant, et toutes les pièces du puzzle se replacent. Par son scénario sacrément efficace et son dessin réaliste et simple, j’ai passé un très agréable moment de lecture, même si certaines cases sont difficilement supportables au départ, ne dissimulant pas l’horreur de la guerre. Un long destin de sang est un album qui mérite véritablement le détour.

A partir de 15 ans selon l@BD.

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Premières planches du tome 1 et du tome 2 à lire sur Izneo.

Cet album participe à la-bd-de-la-semaine-150x150, cette semaine chez Noukette.

Un thé pour Yumiko

UN THÉ POUR YUMIKO, par Fumio Obata (Gallimard, 2014, coll. Bayou)

Yumiko est une jeune femme japonaise qui vit depuis quelques années à Londres, ville qu’elle apprécie beaucoup. Elle partage sa vie avec son ami britannique Mark et s’éclate dans son travail. Un jour, son frère l’appelle du Japon et l’informe du décès de son père. Yumiko prend alors seule l’avion pour se rendre aux obsèques de son père ; c’est l’occasion pour elle de retrouver sa famille et de se rendre compte du décalage culturel entre son pays d’origine et son pays d’adoption. Elle en profite aussi pour retrouver ses racines et rendre visite à sa mère qui l’a toujours poussée à croire en ses rêves.

Voici un album qui était passé sur des blogs de lecteurs il y a quelques temps, et que j’avais noté. Dernièrement, il faisait partie des nouveautés à la bibliothèque, et je me suis donc laissée tenter par cette histoire mêlant deux cultures. Tout d’abord, je dois dire que j’ai beaucoup aimé le trait de l’auteur ainsi que la méthode de l’aquarelle qui confère à ce récit une agréable touche poétique et légère. Le trait est simple, sans superflu, parfois presque naïf, et il passe très bien dans cette histoire réaliste. J’ai aimé que le dessinateur ne représente pas la famille de Yumiko avec des traits typiquement japonais, car cela universalise le récit.. L’histoire se lit facilement, les pages se tournant presque parfois trop vite (il y a assez peu de textes et beaucoup de choses passent par l’image). Le récit est pourtant lent, il faut dire qu’il ne se passe pas énormément de choses dans cette histoire, sans pour autant que le lecteur s’ennuie. La relation de Yumiko avec sa famille n’est pas facile, et on la suit sans déplaisir dans son introspection et son retour aux sources. Un thé pour Yumiko est une histoire toute sensible sur la famille ainsi que le deuil tel qu’il peut se vivre au Japon. L’histoire comporte beaucoup de non-dits, et on sent l’héroïne entre deux cultures, n’étant plus vraiment japonaise sans pour autant être complètement européenne. C’est un point de vue intéressant, mais je suis restée un peu sur ma faim tout de même, il m’a manqué un petit quelque chose que je ne saurais décrire. Peut-être est-ce la fin un peu abrupte, où Yumiko se dit en revenant à Londres que rien n’a changé et reprend le cours de sa vie… Il n’en reste pas moins que cet album est une jolie histoire poétique avec de magnifiques dessins aux tons pastels, même si ce n’est pas pour moi un coup de cœur.

A partir de 13 ans selon l@BD.

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Premières planches à voir sur Izneo.

Aller voir le site (en anglais) de l’auteur, qui vit comme son héroïne en Grande-Bretagne.

Little Tulip

LITTLE TULIP, par Jerome Charyn (scénario) et François Boucq (dessin) (Le Lombard, 2014, coll. Signé)

1970, à New-York, Paul est un tatoueur talentueux réputé, qui collabore aussi parfois avec la police pour établir des portraits-robots à partir des dépositions des témoins. En ce moment, un tueur déguisé en père Noël viole et assassine des jeunes femmes dans des ruelles de la ville, mais sans témoin, impossible pour Paul d’établir le portrait du tueur. Paul a un talent inné pour le dessin, d’ailleurs c’est ce qui l’a sauvé dans sa jeunesse, alors qu’il vivait avec ses parents artistes à Moscou, et qu’ils ont été arrêtés et envoyés au goulag. Séparé de sa famille à l’âge de sept ans, Paul (alors nommé Pavel) va connaître l’enfer du goulag, avec la main-mise des gardiens sur les enfants, mais aussi les gangs et la violence incessante. Seul son don pour le dessin pourra le faire sortir de cette situation, en le mettant sous la protection d’un chef de gang, où il découvre un mode de vie bien cruel.

Voici une des nouveautés de ma bibliothèque que j’ai choisie car j’avais repéré cet album dans la dernière sélection officielle à Angoulême. Sa couverture est particulière avec ce torse et son tatouage imposant mêlant une rose, des barbelés et une tête de mort à l’intérieur d’une tête de loup. J’ai donc sauté sur l’occasion quand j’ai vu cet album parmi les derniers arrivés. Pour tout dire, je ne connaissais pas du tout ces auteurs, mais j’ai lu quelque part sur Internet qu’ils ont déjà collaboré il y a 25 ans pour un album qui avait fait date. Moi pour le coup, je découvre complètement, donc je n’ai pas d’éléments de comparaison. Finalement, j’ai beaucoup aimé le trait de François Boucq (grand prix à Angoulême en 1998), dessin très détaillé surtout au niveau des portraits. Il est certes assez classique avec ses couleurs un peu pâles, mais très expressif. Les nombreux tatouages sont magnifiques, et c’est un sacré tour de main que d’en avoir reproduit autant. Réaliste comme il faut, le dessin est vraiment très agréable à l’œil. Il sert un scénario complexe de l’américain Jerome Charyn, très bien construit, alternant de façon très fluide entre les années 1950 en Sibérie et les années 1970 à New-York. C’est noir, cruel, sanglant, violent, mais c’est sacrément bien fait, entre enquête américaine et survie au goulag. Cet album fait très masculin au premier abord, mais je dois dire que j’ai été touchée par l’histoire de Paul/Pavel qui s’est forgé dans un univers de violence. La fin de l’album, sans la dévoiler, est un peu facile à mon goût, mais elle passe quand même, car le reste de l’album tient sacrément la route. Ce que je retiendrai surtout de cet album fort, ce sont le scénario tout de même bien construit aux multiples détails ainsi que le dessin ultra précis, presque chirurgical parfois. Maintenant, je vais aller voir si la bibliothèque a d’autres albums de ces auteurs…

A partir de 15 ans selon l@BD.

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Premières planches à lire sur Izneo.

Interview de François Boucq à lire sur un amour de BD.

Portrait du dessinateur français à lire sur Libération.

C’est ma septième participation à la bd de la semaine, cette semaine chez Noukette.

Fatale

FATALE, par Doug Headline (scénario) et Max Cabanes (dessin) (Dupuis, 2014, coll. Aire libre), d’après le roman de Jean-Patrick Manchette.

Une jeune femme veuve qui se fait appeler Aimée Joubert arrive à Bléville, petite ville portuaire sans histoire. Elle vient de quitter une autre ville, où elle portait un autre patronyme, et dans laquelle elle a tué de sang-froid un chasseur. A Bléville, seule, elle vit dans son appartement, et au fil du temps, parvient à s’insérer dans la bonne société des notables de la ville. Elle observe les faits et gestes de chacun, prend des notes et attend le moment où la crise va éclater parmi cette micro-société. Elle pourra alors en profiter pour les faire chanter et leur extorquer leur argent, surtout qu’elle est prête à tout pour atteindre son objectif…

Fatale, album noir, adapté d’un roman des années 1970 que je ne connais pas, est une bande dessinée épaisse de la bonne collection « Aire libre » : 136 pages sur une femme qui cherche à profiter de la situation. Je dois avouer que s’il n’avait pas fait partie de la prochaine sélection polar à Angoulême, je ne l’aurais pas emprunté, la couverture trop noire ne m’aurait pas donné envie. Je n’ai pas été spécialement emballée par cette histoire qui démarre lentement : on suit la jeune femme qui se fait appeler Aimée Joubert, sans qu’on en sache trop sur sa vie et les raisons de sa venue dans la ville. C’est une situation assez intrigante, qui au départ a fait que j’avais envie de savoir, et donc de continuer à lire cet album. Mais une fois cette question posée, l’intrigue n’avance pas assez. Le rythme de l’histoire est lent, il n’y a vraiment que sur la fin que cela s’accélère vraiment. Cette fin d’ailleurs est troublante, avec les retournements de situation, le carnage et la violence présente à chaque page. Le dessin est agréable, un peu classique mais pas trop : j’aime bien les portraits des personnages, avec des traits souvent secs, qui donnent du caractère aux personnages. Les couleurs sont un élément de plus pour mettre une ambiance particulière, tendue, dans cette histoire, mais cela n’est pas parvenu à combler les aspects désagréables. En effet, une chose m’a fortement perturbée dans ma lecture : ce sont les cartouches descriptifs qui font redondance avec le dessin. Peut-être que cela est dû au fait que c’est une adaptation d’un roman, mais j’ai trouvé ça particulièrement désagréable. Pour moi, cela est inutile, n’apportant rien de plus à l’histoire. Fatale est clairement un album noir qui me laisse une drôle d’impression : je ne le décrirais pas comme inintéressant, mais pour autant ce n’est pas le meilleur polar que j’ai pu lire, même si ce n’est pas mon genre de prédilection…

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Du noir du polar, Un polar-collectif, Marie rameau, Bédépolar, Quand le tigre lit

Premières planches à lire sur Digibidi.

La patrouille des invisibles

LA PATROUILLE DES INVISIBLES, par Olivier Supiot (Glénat, 2014, coll. Mille feuilles)

1914. Hubert Lessac est un jeune homme de bonne famille, qui s’engage dans la guerre en tant qu’aviateur, contre l’avis de sa famille. Se formant au début du conflit, il passe ensuite en tant que chasseur, en poursuivant et abattant des avions ennemis. Sa fiancée lui annonce par courrier qu’elle rompt avec lui, ayant trop peur qu’il lui arrive malheur. Désespéré, le jeune homme veut voler une dernière fois et mourir à bord de son avion. Touché par l’ennemi, il tombe au beau milieu des tranchées, où il est recueilli par des poilus qui constituent un groupe original, formé entre autres d’anciens bagnards de Cayenne qui ont accepté de combattre pour quitter la Guyane. Hubert va découvrir la vie aux côtés de ces hommes dont l’un, répondant au surnom de Titan à cause de sa carrure, est une vraie brute avide de tuer et crainte par tous les ennemis. Il s’avère qu’un lourd secret est caché au sein de cette patrouille, et Hubert ne le découvrira que bien plus tard…

Je continue ma lecture d’albums sur la première guerre mondiale, car la production dans ce domaine a été nombreuse à l’occasion de la commémoration des 100 ans du début du conflit. La couverture, au début de ma lecture, m’a paru trompeuse, car il est question dès le début de l’histoire d’un aviateur qui s’engage dans le conflit, dans une escadrille d’aviateurs. On a le récit de plusieurs de ses combats, et de la rencontre avec d’autres aviateurs, c’est d’autant plus intéressant que l’armée de l’air n’en était qu’à ses débuts. Ce one-shot commençait fort avec l’aviateur et au final il change de registre, en revenant sur terre, avec une vue quotidienne des tranchées et des hommes engagés plus ou moins volontairement, surtout pour échapper au bagne. L’histoire est vraiment bien construite, et la fin tragique est surprenante, faisant référence à des faits d’avant-guerre. J’ai été surprise par cette fin à laquelle je ne m’attendais absolument pas. Bref, malgré ma réserve au départ de la lecture, j’ai adoré ce scénario fort bien construit sur 92 pages. Le dessin est particulier, mais dans le bon sens du terme, car il est très expressif. Souvent cela m’a fait penser à des peintures, surtout quand l’auteur dessine en pleine page. Olivier Supiot, auteur angevin, maîtrise complètement sa technique pour faire passer de sacrées émotions à travers son dessin. Le dessin est très joli et agréable à regarder, malgré le sujet dur. Il ne montre pas tout, mais représente très bien les horreurs de la guerre sans les dissimuler, en usant d’une large palette de couleurs, qui varient selon les pages : certaines ont des tons plus claires que d’autres, selon l’humeur de la scène. C’est vraiment du joli travail, qui m’incite à aller voir les autres productions de cet auteur. A noter enfin le cahier graphique qui conclut l’album, regroupant esquisses, croquis et autres recherches préparatoires. C’est très sympa de partager avec les lecteurs cette partie non-négligeable du travail de dessinateur. La patrouille des invisibles est une histoire que je conseillerais sans hésiter sur la Première Guerre Mondiale, car j’ai eu un joli coup de cœur pour cet album !

Non mentionné sur l@BD.

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Premières planches à lire sur Izneo.

Article sur la création de l’album à lire sur AngersMag.

La faute au midi

LA FAUTE AU MIDI, par Jean-Yves Le Naour (scénario) et A. Dan (Bamboo, 2014, coll. Grand angle)

Août 1914, la France est mobilisée. Tous les jeunes hommes sont appelés à combattre l’ennemi en allant à l’est. En Provence, on n’échappe pas à la règle. Ces soldats forment le XVème corps d’armée, envoyé en Lorraine annexée pour combattre l’ennemi. Mais les officiers ne voulant pas suivre les conseils des locaux accusés de trahison ou d’un aviateur parti en repérage, les soldats français sont massacrés par l’artillerie allemande. Pour se dédouaner de cette défaite, le général Joffre, alors à la tête des armées françaises, accuse les soldats du sud-est de la France de trahison et de lâcheté. Plusieurs soldats passent alors en cour martiale soupçonnés de mutilation volontaire suite à la bataille pour défendre Nancy, et pour l’exemple, deux sont condamnés à mort sans la moindre défense possible : Auguste un varois et Joseph un corse ne comprenant pas bien le français. Exécutés par d’autres soldats français, il se révèle par la suite que leurs mutilations n’étaient pas volontaires mais consécutives à la bataille. Mais c’est la guerre et pour ne pas saper le moral des troupes, la nouvelle n’est pas ébruitée. Ce n’est que 4 ans plus tard, à la fin du conflit, que la situation pourra se rétablir pour les deux soldats exécutés…

Voici un album portant sur un épisode peu connu de la première guerre : les exécutions sans fondement, soi-disant pour faire des exemples et motiver les troupes. Nous avons donc là un album qui a la vocation de sortir de l’oubli un épisode jusqu’alors méconnu. Le récit est assez linéaire, alternant entre voix off qui raconte les décisions militaires et extraits de lettres du soldat Auguste à sa mère restée au pays. Le racisme intérieur et les clichés envers les Provençaux sont très bien montrés, témoins de l’absence d’unité de la nation en 1914, et de la supériorité des officiers qui dissimulent leurs erreurs stratégiques en faisant payer de simples soldats. Cet côté « pot de fer contre pot de terre » est clairement exposé, on sent que les soldats ne peuvent rien faire, leur défense étant totalement négligée. Le scénariste se base sur des archives d’époque, ce qui accentue un peu plus le réalisme de cette histoire touchante. Pourtant, il m’a manqué un je-ne-sais-quoi pour être totalement emballée par cet album. D’abord le dessin est assez conventionnel, même si je reconnais qu’il est totalement adapté à ce type de récit. Il y a la volonté de reproduire avec exactitude les faits et les personnages, ce qui est une bonne idée pour une BD historique, surtout quand elle est une demande des archives départementales des Bouches-du-Rhône. Cet album est instructif, exposant les faits de façon précise et le fonctionnement de l’armée française, mais je trouve la fin un peu trop abrupte, lors de l’épisode des excuses officielles, mais aussi auparavant lors de la réhabilitation de deux exécutés. De plus, le dossier de 8 pages qui suit la bande dessinée est moyennement intéressant : on n’en apprend pas beaucoup plus sur l’histoire, les événements sont une nouvelles fois exposés, mais on ne sait pas quelles ont été les sources qui ont servi à l’élaboration du scénario. Bref, impression mitigée sur cet album à la thématique pourtant intéressante pour remettre en lumière une période noire de l’armée française.

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Miss Alfie croqueuse de livresA voir à lire, The frenchbooklover, Historicoblog

Premières planches à voir sur le site de l’éditeur.

Interview des deux auteurs à lire sur Ligneclaire.info.

Consulter le site de l’historien scénariste de cet album, spécialiste du XXème siècle.

Consulter ce site (perso ?) spécialisé sur le XVème corps d’armée.

Sémaphore

SÉMAPHORE, par Sandrine Bon et Christophe Bon (Paquet, 2005, coll. Blandice)

Jean, le père de Serge, vient de mourir. Il a laissé à son fils une vieille boîte en fer, avec à l’intérieur des photos jaunies et des lettres provenant d’une certaine Héloïse qui vivait en région parisienne. Les courriers font toujours référence à l’année 1964, et Serge sent que quelque chose n’est pas évoqué clairement. A la recherche d’indices, il retourne donc avec la boîte dans son village natal, au bord de la mer, quelque part en Charente Maritime, où il retrouve Alphonse, un ami de longue date de son père. Sur place, il y rencontre aussi Mathilde, fille de la fameuse Héloïse, qu’il a retrouvée après une longue enquête. Celle-ci est internée dans un institut pour une maladie mentale inconnue. Quelle serait donc la raison de ce comportement ? Aidé de l’étrange Mathilde, Serge enquête…

J’ai lu il y a peu de temps Les mauvais coups, que j’avais assez aimé, et j’ai repéré que la bibliothèque avait un autre livre de ces deux auteurs, leur première publication. Ce livre, le voici, avec sa jolie couverture estivale. Je ne savais pas à quoi m’attendre, mais dès le départ, j’ai été mal à l’aise avec l’histoire, qui a trop de facilités. Serge et Mathilde ne se connaissent pas plus que ça, mais font les magasins ensemble, vont à la plage ensemble comme de vieux amis. Les dialogues entre les deux personnages ne sonnent pas globalement plausibles, pour deux personnes qui ne se connaissaient pas auparavant. De plus le scénario est déséquilibré, par exemple lorsque Mathilde et Serge voient Alphonse à l’institut mais que celui-ci ne les voit pas, cela paraît trop gros pour sonner vrai. J’ajouterais également lorsqu’Alphonse donne les clés de réponse à Serge, cela paraît également trop facile et tout est dévoilé en même temps, ce qui gâche un peu le dénouement. A propos de ce dernier justement, j’ai trouvé que c’était de la surenchère dans la violence, et qu’au final ce pessimisme ambiant n’apporte pas grand-chose à l’histoire. Le dernier tiers de l’histoire est vraiment très violente, avec la mort à chaque case ou presque. Ce déchaînement de violence met le lecteur mal à l’aise, et j’ai eu du mal à comprendre les réactions vraiment disproportionnées et irréfléchies des protagonistes. Le dessin ne m’a pas beaucoup plus plu : en effet, j’ai eu parfois l’impression que les planches avaient été faites en petit format qui avait été ensuite agrandi, car les traits sont vraiment parfois très gros, trop épais pour faire réels. Par exemple, les photos en noir et blanc reviennent plusieurs fois dans le récit, mais elles ne sont pas redessinées, mais simplement agrandies, ce qui a accentué mon sentiment négatif sur le dessin. Certains portraits sont assez inexpressifs, surtout pour Mathilde, mais on sent que l’auteur s’est fait plaisir à dessiner sa plastique… Par contre, j’ai aimé les découpages originaux et les cases qui se superposent, mais pas certaines cases au dessin trop peu détaillé à mon goût (il y a par exemple trop peu de décors lorsque les personnages sont en plan rapproché). Sémaphore est une lecture coup de poing, dont je suis ressortie un peu sonnée par un tel déchaînement de violence. J’ai un sentiment très mitigé sur cet album, irréaliste, au point que je ne saurais le conseiller à d’autres lecteurs…

Album non mentionné sur l@BD, mais sur l’exemplaire de ma bibliothèque, il est mentionné « BD strictement réservée aux adultes »…

On en parle sur les blogs : Le blog de Véronique D., Calou l’ivre de lecture, Planète BD..

La fille de l’eau

LA FILLE DE L’EAU, par Sacha Goerg (Dargaud, 2012)

Damien est un adolescent qui s’est perdu alors qu’il faisait du pédalo sur un lac, et a atterri dans une grande maison contemporaine, perchée sur une falaise donnant sur ce lac. Là vivent une mère et son fils Mattew, qui sans lui poser trop de questions aident Damien, en attendant qu’il puisse repartir. En réalité, Damien n’est pas arrivé là par hasard comme il le prétend. Il cherche à rencontrer la femme de son père, qui vient de décéder. Damien n’est pas non plus qui il affirme être : il est en réalité une fille, Judith, que son père, sculpteur et artiste, avait abandonnée pour sa nouvelle femme. Damien/Judith va donc s’immiscer dans la vie de cette autre famille qu’il ne connaît pas et faire connaissance, entre autres, avec son demi-frère… Son père lui apparaît dans certains moments, sous la forme d’une boule d’eau ou je ne sais quoi, et la raison secrète du passage de Damien/Judith dans la maison va être révélée aux autres membres de la villa…

J’ai acheté cet album cet été dans une librairie BD de Bruxelles, sur les conseils enthousiastes d’une jeune libraire qui me l’a bien vendu. La couverture de cet album est très jolie et donne déjà le ton de cette histoire. Je me suis laissée convaincre par cet achat, car je ne connaissais pas l’auteur et puis l’histoire me paraissait intéressante. Une fois ma lecture faite, je ne sais pas quoi penser de cet album si particulier. L’aquarelle et l’encre de Chine ont un rendu très agréable, et confèrent une ambiance particulière, un peu onirique, parfois hors du temps à cet album. Cela est accentué par l’absence totale de cases dans cet album, ce qui allège considérablement le visuel. Les dessins sont agréables, même si le trait de Sacha Goerg est un peu particulier au début. C’est plus au niveau du scénario que j’ai des doutes, je ne sais trop quoi penser de cette histoire dont le synopsis est pourtant intéressant. De nombreuses thématiques sont abordées dans l’histoire : l’homosexualité du fils, l’art contemporain, le deuil familial, la quête du père et de sa propre identité… Pourtant, j’ai eu du mal à croire à l’histoire. Les personnages sont assez bizarres : Damien/Judith est accueilli trop facilement par la dernière épouse de son père, qui lui pose vraiment trop peu de questions sur sa situation. La relation entre le fils (demi-frère de notre héros) et la mère est très distendue. La mort du père est assez peu abordée, alors que j’ai cru comprendre qu’il était décédé peu de temps auparavant. Les amis de la mère qui arrivent à un moment sont aussi bizarres, avec la femme qui fait de drôles de propositions au fils. Il y a donc une ambiance étrange dans cet album, c’est difficile à expliquer et cela mériterait une seconde lecture pour mieux s’imprégner de l’esprit particulier de cette histoire, pas simple à comprendre mais pas inintéressante pour autant. Même si je pense ne pas avoir tout saisi, c’est une expérience à essayer tout de même.

Non mentionné sur l@BD, mais je dirais pas avant 15 ans.

On en parle sur les blogs : Chroniques d’Asteline, Maxoe, SambaBDVu des yeux doliBD, Hop BD, Adepte du livre

Premières planches à voir sur le site de l’éditeur.

Aller voir du côté du blog de l’auteur.

Interview de l’auteur, un des fondateurs de la maison d’édition belge indépendante L’employé du moi, à lire sur Samba BD.