BD fait de société

Sémaphore

SÉMAPHORE, par Sandrine Bon et Christophe Bon (Paquet, 2005, coll. Blandice)

Jean, le père de Serge, vient de mourir. Il a laissé à son fils une vieille boîte en fer, avec à l’intérieur des photos jaunies et des lettres provenant d’une certaine Héloïse qui vivait en région parisienne. Les courriers font toujours référence à l’année 1964, et Serge sent que quelque chose n’est pas évoqué clairement. A la recherche d’indices, il retourne donc avec la boîte dans son village natal, au bord de la mer, quelque part en Charente Maritime, où il retrouve Alphonse, un ami de longue date de son père. Sur place, il y rencontre aussi Mathilde, fille de la fameuse Héloïse, qu’il a retrouvée après une longue enquête. Celle-ci est internée dans un institut pour une maladie mentale inconnue. Quelle serait donc la raison de ce comportement ? Aidé de l’étrange Mathilde, Serge enquête…

J’ai lu il y a peu de temps Les mauvais coups, que j’avais assez aimé, et j’ai repéré que la bibliothèque avait un autre livre de ces deux auteurs, leur première publication. Ce livre, le voici, avec sa jolie couverture estivale. Je ne savais pas à quoi m’attendre, mais dès le départ, j’ai été mal à l’aise avec l’histoire, qui a trop de facilités. Serge et Mathilde ne se connaissent pas plus que ça, mais font les magasins ensemble, vont à la plage ensemble comme de vieux amis. Les dialogues entre les deux personnages ne sonnent pas globalement plausibles, pour deux personnes qui ne se connaissaient pas auparavant. De plus le scénario est déséquilibré, par exemple lorsque Mathilde et Serge voient Alphonse à l’institut mais que celui-ci ne les voit pas, cela paraît trop gros pour sonner vrai. J’ajouterais également lorsqu’Alphonse donne les clés de réponse à Serge, cela paraît également trop facile et tout est dévoilé en même temps, ce qui gâche un peu le dénouement. A propos de ce dernier justement, j’ai trouvé que c’était de la surenchère dans la violence, et qu’au final ce pessimisme ambiant n’apporte pas grand-chose à l’histoire. Le dernier tiers de l’histoire est vraiment très violente, avec la mort à chaque case ou presque. Ce déchaînement de violence met le lecteur mal à l’aise, et j’ai eu du mal à comprendre les réactions vraiment disproportionnées et irréfléchies des protagonistes. Le dessin ne m’a pas beaucoup plus plu : en effet, j’ai eu parfois l’impression que les planches avaient été faites en petit format qui avait été ensuite agrandi, car les traits sont vraiment parfois très gros, trop épais pour faire réels. Par exemple, les photos en noir et blanc reviennent plusieurs fois dans le récit, mais elles ne sont pas redessinées, mais simplement agrandies, ce qui a accentué mon sentiment négatif sur le dessin. Certains portraits sont assez inexpressifs, surtout pour Mathilde, mais on sent que l’auteur s’est fait plaisir à dessiner sa plastique… Par contre, j’ai aimé les découpages originaux et les cases qui se superposent, mais pas certaines cases au dessin trop peu détaillé à mon goût (il y a par exemple trop peu de décors lorsque les personnages sont en plan rapproché). Sémaphore est une lecture coup de poing, dont je suis ressortie un peu sonnée par un tel déchaînement de violence. J’ai un sentiment très mitigé sur cet album, irréaliste, au point que je ne saurais le conseiller à d’autres lecteurs…

Album non mentionné sur l@BD, mais sur l’exemplaire de ma bibliothèque, il est mentionné « BD strictement réservée aux adultes »…

On en parle sur les blogs : Le blog de Véronique D., Calou l’ivre de lecture, Planète BD..

BD fait de société, BD fantastique

La fille de l’eau

LA FILLE DE L’EAU, par Sacha Goerg (Dargaud, 2012)

Damien est un adolescent qui s’est perdu alors qu’il faisait du pédalo sur un lac, et a atterri dans une grande maison contemporaine, perchée sur une falaise donnant sur ce lac. Là vivent une mère et son fils Mattew, qui sans lui poser trop de questions aident Damien, en attendant qu’il puisse repartir. En réalité, Damien n’est pas arrivé là par hasard comme il le prétend. Il cherche à rencontrer la femme de son père, qui vient de décéder. Damien n’est pas non plus qui il affirme être : il est en réalité une fille, Judith, que son père, sculpteur et artiste, avait abandonnée pour sa nouvelle femme. Damien/Judith va donc s’immiscer dans la vie de cette autre famille qu’il ne connaît pas et faire connaissance, entre autres, avec son demi-frère… Son père lui apparaît dans certains moments, sous la forme d’une boule d’eau ou je ne sais quoi, et la raison secrète du passage de Damien/Judith dans la maison va être révélée aux autres membres de la villa…

J’ai acheté cet album cet été dans une librairie BD de Bruxelles, sur les conseils enthousiastes d’une jeune libraire qui me l’a bien vendu. La couverture de cet album est très jolie et donne déjà le ton de cette histoire. Je me suis laissée convaincre par cet achat, car je ne connaissais pas l’auteur et puis l’histoire me paraissait intéressante. Une fois ma lecture faite, je ne sais pas quoi penser de cet album si particulier. L’aquarelle et l’encre de Chine ont un rendu très agréable, et confèrent une ambiance particulière, un peu onirique, parfois hors du temps à cet album. Cela est accentué par l’absence totale de cases dans cet album, ce qui allège considérablement le visuel. Les dessins sont agréables, même si le trait de Sacha Goerg est un peu particulier au début. C’est plus au niveau du scénario que j’ai des doutes, je ne sais trop quoi penser de cette histoire dont le synopsis est pourtant intéressant. De nombreuses thématiques sont abordées dans l’histoire : l’homosexualité du fils, l’art contemporain, le deuil familial, la quête du père et de sa propre identité… Pourtant, j’ai eu du mal à croire à l’histoire. Les personnages sont assez bizarres : Damien/Judith est accueilli trop facilement par la dernière épouse de son père, qui lui pose vraiment trop peu de questions sur sa situation. La relation entre le fils (demi-frère de notre héros) et la mère est très distendue. La mort du père est assez peu abordée, alors que j’ai cru comprendre qu’il était décédé peu de temps auparavant. Les amis de la mère qui arrivent à un moment sont aussi bizarres, avec la femme qui fait de drôles de propositions au fils. Il y a donc une ambiance étrange dans cet album, c’est difficile à expliquer et cela mériterait une seconde lecture pour mieux s’imprégner de l’esprit particulier de cette histoire, pas simple à comprendre mais pas inintéressante pour autant. Même si je pense ne pas avoir tout saisi, c’est une expérience à essayer tout de même.

Non mentionné sur l@BD, mais je dirais pas avant 15 ans.

On en parle sur les blogs : Chroniques d’Asteline, Maxoe, SambaBDVu des yeux doliBD, Hop BD, Adepte du livre

Premières planches à voir sur le site de l’éditeur.

Aller voir du côté du blog de l’auteur.

Interview de l’auteur, un des fondateurs de la maison d’édition belge indépendante L’employé du moi, à lire sur Samba BD.

BD polar

Rosko, tome 1 : Per Svenson doit mourir aujourd’hui

ROSKO, tome 1 : PER SVENSION DOIT MOURIR AUJOURD’HUI, par Zidrou (scénario) et Alexei Kispredilov (dessin) (Delcourt, 2014)

Dans un futur proche où les médias dominent la société, Rosko Timber est un policier jeune retraité, qui travaillait pour l’agence privée P.Pol. Six ans auparavant, il était parvenu à mettre la main sur un dangereux tueur en série complètement fou, Per Svenson, recherché activement. En prison, ce dernier est condamné à mort, mais ce sont les téléspectateurs qui doivent choisir comment va se terminer la vie du serial killer : mort par combustion ou douche d’acide ? Les pronostics vont bon train… L’exécution doit même être diffusée en direct, et les producteurs font tout pour augmenter leur audience… Tout se passe comme leur plan l’avait prévu, jusqu’au moment où, en direct à la télévision, Per Svenson prend en otage des surveillants de sa prison et s’échappe, quelques minutes avant l’heure prévue de son exécution… Rosko est rappelé en renfort, pour sauver la situation, mais cela fait partie du plan…

Je continue ma découverte du scénariste Zidrou, auteur multi-facettes s’il en est, avec cet album bien noir et magistralement mené. L’histoire est réellement haletante, et parvient à faire monter le suspense. Il n’y a pas de temps mort dans cette histoire qui commence par l’arrestation du tueur lors de ses derniers assassinats. Les auteurs montrent ensuite les dérives liées à l’ultramédiatisation et au libéralisme à outrance, avec la société de production qui détient un sacré large pouvoir sur le peuple : la police est privée et donc ne protège que ceux qui ont leur cotisation à jour, elle cherche les scoops et autres scandales juste pour satisfaire ses objectifs d’audience et croit pouvoir maîtriser la situation, jusqu’au moment où celle-ci lui échappe réellement et où tout dérape… Cet album est donc très riche et dense : le rythme est maintenu au long des 96 pages, entre les médias omniprésents, la recherche du tueur et la vie de famille du policier Rosko qui apaise l’aspect trépidant de la quête de Svenson. Concernant le dessin, c’est là que je suis un peu plus nuancée, car le trait du jeune Alexei Kispredilov est assez particulier. On n’entre pas si facilement dans son trait : des portraits sont parfois seulement esquissés, et j’ai eu quelquefois l’impression que certaines cases n’étaient pas terminées, un peu comme pour les couleurs, un peu trop unies à mon goût. Par contre, le découpage est intéressant : il est changeant, donc particulièrement dynamique. Nerveux, il convient tout à fait à ce genre de récit noir, même si je n’en suis pas super fan. On s’y fait sans problème au bout de quelques planches, mais je n’ai pas un coup de cœur pour ce type de dessin. Un seul vrai regret sur cet album : c’est dommage qu’il ne s’agisse que du tome 1, car on n’a qu’une envie une fois parvenu à la fin, c’est savoir la suite, et elle n’est pas encore sortie !

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Samba BD, Chroniques de l’invisible, La bibliothèque de Noukette, Un amour de BD, A voir à lire, Sin City

Premières planches à voir sur Izneo.

Biographie du dessinateur à voir sur le site de la Cibdi d’Angoulême, où il a été auteur résident.

BD polar

Green Manor

GREEN MANOR,16 CHARMANTES HISTORIETTES CRIMINELLES, par Fabien Vehlmann (scénario) et Denis Bodart (dessin) (Dupuis, 2010)

Dans un hôpital psychiatrique de Londres, à la fin du XIXème siècle, un vieil homme vient d’arriver, et prétend être le club. Semblant délirer, il parle du Green Manor, un club de gentlemen passionnés par le crime, et va raconter comment ces hommes de la bonne société anglaise passaient le temps en se racontant des nombreuses histoires de meurtre, ou encore en se lançant des défis pour savoir qui est le plus grand chasseur…

J’ai passé un bon moment de lecture avec ce recueil de 16 nouvelles, avec en point commun un lieu. Ce volume regroupe les 3 tomes parus initialement au début des années 2000, soit 16 histoires. Pour commencer, on a là un bel objet, avec une couverture à l’aspect cuir vieilli, comme un vieux livre qu’on aurait déniché dans une étagère poussiéreuse… Cela met déjà dans l’ambiance avant d’avoir commencé la lecture. Je n’ai pas pu lire toutes les histoires à la suite, mais j’ai vraiment apprécié de pouvoir lire une ou plusieurs nouvelles, et de reprendre ma lecture ensuite sans problème. Je n’ai pas souvent lu de nouvelles en BD, et là j’ai vraiment bien aimé. En effet, à chaque fois, il y a une chute surprenante, Fabien Vehlmann (scénariste de la série jeunesse Seuls) maîtrise à tous les coups ses scénarii et parvient à se renouveler pour éviter l’écueil de la redondance, qui aurait été facile ici. Sur le nombre important de nouvelles, je n’ai en tout cas pas eu l’impression d’avoir deux histoires pareilles : les situations de départ sont diverses et variées, les hommes du Green Manor étant parfois personnellement impliqués, et d’autres fois, ils ne sont que les narrateurs. L’esprit de Conan Doyle et de Sherlock Holmes, un esprit très victorien, règne dans toutes ces histoires, et souvent je n’ai pas réussi à trouver la fin, car fréquemment, les retournements de situation ou les explications vraiment tordues constituent la chute de l’histoire, qui m’a souvent agréablement surprise. L’humour noir est souvent présent dans les histoires, j’ai vraiment adhéré à toutes les nouvelles ou presque. Le dessin est quant à lui aussi très agréable, alternant les cadrages, rendant les historiettes fluides. On n’a pas de souci à distinguer les personnages, ce qui est là encore un aspect positif. Les jolies couleurs de Scarlett complètent la liste des points positifs de cet album, qui est vraiment pour moi une bonne découverte. Seul point négatif que je pourrais noter : le prix de l’album, pas donné, mais au final on en a pour son argent, au vu de la qualité du recueil…

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Tête de lecture, Soupe de l’espaceCecile’s blog, Hannibal le lecteur, Madimado’s blog, Le blog BD de C., Blog brother

Quelques planches à voir sur le site de la librairie Dialogues.

BD fait de société, BD historique

Malpasset (causes et effets d’une catastrophe)

MALPASSET (CAUSES ET EFFETS D’UNE CATASTROPHE), par Corbeyran (scénario) et Horne (dessin) (Delcourt, 2014, coll. Mirages)

Le 2 décembre 1959, près de Fréjus dans le Var, le barrage de Malpasset, construction pourtant récente, a rompu. Des quantités inimaginables d’eau se sont abattues sur la ville en aval, avant d »atteindre la mer. Sur son passage, la vague a causé la mort de plus de 420 personnes et laissé 7000 sinistrés. Le paysage a été dévasté : des maisons, des entreprises, des routes, des vergers… ont disparu sous la violence de l’eau, ne laissant plus que mort et désolation. C’est à travers les témoignages d’une quinzaine de personnes ayant vécu la catastrophe parfois de très près que Corbeyran, habitué de la région, retrace les causes et les conséquences à différentes échelles d’une catastrophe qui a traumatisé la France à la fin des années 1950…

Voici encore un album qui figurait sur les présentoirs des nouveautés à la bibliothèque. Sorti en mars dernier, je dois avouer que je n’avais pas vu passer ce titre parmi les nombreuses sorties. Le nom de Malpasset ne me disait rien du tout, j’ai donc ouvert ce livre sans aucun a priori ni aucune attente. Il s’agit du récit d’une catastrophe qui a endeuillé une région entière, il y a près de 55 ans maintenant. L’album de 160 pages est bien construit, amenant des éléments d’informations sur la catastrophe et d’explications sur les raisons au fur et à mesure des témoignages des survivants. On commence avec une situation banale en janvier 1960, dans un pressing, puis on a le retour en arrière sur la catastrophe, avec la représentation du barrage qui se rompt (alors qu’aucune image n’existe de ce moment-là, il s’agit donc d’une reconstitution). Puis le récit est constitué de témoignages plus ou moins longs de rescapés qui ont vécu ces heures tragiques. On a plein de détails qui nous plongent plus de 50 ans en arrière : les occupations des gens étaient différentes (ils écoutaient la radio, se parlaient plus…), il y avait moins de téléphone pour communiquer, l’information n’était pas immédiate : l’annonce de la catastrophe ne s’est pas propagée tout de suite et les secours ont parfois tardé à arriver. Le panel de témoignages est large et s’entrecoupe parfois : cela va de ceux qui ont vécu la catastrophe alors qu’ils étaient enfants à celui qui est né la veille du drame, en passant par des personnes plus âgées qui ont vécu la rupture du barrage en tant qu’adulte. Ces récits sont dramatiques et bouleversants, les témoins ayant souvent perdu des membres de leur famille ou des amis, les corps n’ayant pas été retrouvés tout de suite. Les causes de la rupture du barrage sont aussi expliquées par des habitants, avec des traces écrites : économies budgétaires, insuffisance des études géologiques préalables… Il n’y a pas de volonté de revanche, mais plutôt de transmettre l’histoire. On apprend plein de choses en lisant les témoignages, et ce n’est pas facile de lire l’album sans s’arrêter, les histoires étant fortes. Il m’a seulement manqué un plan pour situer les lieux mentionnés par les rescapés, mais sinon l’album se lit très bien, et n’occulte aucun détail.

Par contre, au niveau du dessin, je suis mitigée : il n’a rien d’exceptionnel. Souvent, on dirait des photos redessinées (comme on peut le faire avec des logiciels informatiques), qui donne une impression de réalisme intéressante, mais un peu surfaite. Il en est de même pour les portraits, et on s’en rend encore plus compte sur la fin, avec les photos des témoins et l’explication de Corbeyran : le dessinateur n’a pas rencontré les survivants, et s’est donc uniquement servi des clichés pour dessiner au plus près et au plus juste possible les récits. J’ai trouvé que les témoignages des personnes étaient très intéressants, mais je suis déçue du traitement par le dessin, qui est uniquement en noir et blanc. En effet, parfois, certains dessins sont inutiles et ne sont là que pour éviter d’avoir trop de texte sur une même page. Je m’explique : on nous parle du procès qui a eu lieu après la catastrophe pour déterminer les responsabilités, et pour illustrer est dessiné un gros dossier rempli de papiers. On nous indique que Fréjus avant la catastrophe était encore rural et qu’il y avait des chevaux et donc un cheval de trait est dessiné… Il y a plein d’exemples comme cela dans l’album, ça m’a parfois donné l’impression de remplir des cases pour illustrer, car le dessin n’apporte parfois pas d’information complémentaire. Cet ouvrage constitué de témoignages aurait tout aussi bien pu être un livre documentaire classique, constitué de photos et/ou de dessins, mais surtout de textes. Peut-être que la BD permet de faire connaître plus largement la catastrophe, à un public différent qui n’aurait sinon pas lu un livre documentaire, mais je doute que les choix du dessinateur aient toujours été pertinents dans cet album : à faire trop simple ou trop illustré pour « remplir », on en oublie le principal : le témoignage des victimes. C’est juste un bémol que j’émets sur le dessin, mais sinon, je dois dire que les témoignages des survivants sont toujours forts et émouvants. Certains éléments du récit m’ont fait pensé à ce qu’ont dû vivre des familles qui ont affronté la tempête Xynthia dans le sud-Vendée et en Charente Maritime en 2010, lorsque l’eau montait et dévastait tout sur son passage. Les causes de la tragédie ne sont pas les mêmes, mais la peur ressentie face à la puissance de l’eau devait être semblable.

Malpasset est un album documentaire pas facile à lire, mais un témoignage très utile pour ne pas oublier ce qui s’est passé et éviter la reproduction de telles erreurs.

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : BD passion, Climaginaire, Murmures, Hop blog, L’attrape-bulles

Les premières planches à lire sur Izneo.

Interview des deux auteurs à lire sur Bah alors ?

BD polar

Tyler Cross

TYLER CROSS, par Fabien Nury (scénario) et Brüno (dessin) (Dargaud, 2013)

Tyler Cross est un braqueur qui doit voler de la drogue au neveu d’un parrain du Texas pour la lui rendre. Mais le plan ne se déroule pas comme prévu : le braquage se termine en carnage, le vieux parrain meurt par accident, et Tyler se retrouve les bras chargés de 17 kg d’héroïne au fin fond du Texas. Il arrive alors à Black Rock, une petite ville dirigée par les Pragg : le maire, le shérif, le banquier… tous sont de la même famille, dirigée d’une main de fer par le patriarche. C’est là aussi que vit Stella, la fille du garagiste, qui doit épouser William, le maire et fils aîné des Pragg, alors même que son père s’oppose à l’union. Bloqué à Black Rock car en attendant l’argent qui lui permettra de s’acheter une voiture et de quitter ce « bled de péquenauds », Tyler Cross va assister à l’union de Stella et William mais les plans des Pragg vont être perturbés…

Quelle claque cet album ! J’ai suivi l’histoire de Tyler Cross avec intérêt, car le scénario est sans temps mort sur les 92 pages et les personnages sont développés juste comme il faut. C’est vraiment un album que j’ai eu du mal à lâcher, un très bon polar dont le scénariste utilise toutes les ficelles du genre. Rien de neuf certes, mais c’est diablement efficace et bien mené. Le héros est un « méchant », mais on ne s’attache pas pour autant à cet homme élégant qui est seulement motivé par l’appât du gain et ne s’encombre pas de détails lorsqu’il s’agit de faire disparaître des ennemis qui se mettent sur son chemin… Tyler Cross et la morale, ça fait deux… Et c’est ce côté incorrect qui est plaisant dans cet album. Les scènes violentes ne sont pas masquées, on voit des corps transpercés, des têtes exploser… et le dessin parvient à rendre compte de la violence extrême de ces fusillades. Rien de réjouissant donc, mais rien d’exagéré non plus dans le dessin. Par contre, seul détail qui m’ait gênée, l’album est un brin misogyne, lorsqu’on voit la considération de la femme dans l’histoire, qui n’est qu’un accessoire pour les hommes tout puissants, qu’il s’agisse de la famille Pragg ou du héros de l’histoire. Mais pour rendre hommage aux grands films du genre, il fallait peut-être ce côté machiste, comme dans les films… Le dessin de Brüno (déjà vu dans Junk ou Atar Gull) m’a beaucoup plu, alors que lors de ma découverte de ce dessinateur, je n’aimais pas du tout son style, surtout sur le premier album lu, Atar Gull. Le dessin m’a immergée dans l’histoire. Le trait simple mais efficace de Brüno, qui ne s’encombre pas de détails inutiles, rajoute une ambiance noire à l’histoire, c’est fou comme on peut changer d’avis sur un dessinateur ! Les couleurs de Laurence Croix sont tout à fait appropriées pour cet album, peut-être que ça a aidé à me faire changer d’opinion… Mention spéciale pour les cadrages qui ne dévoilent pas dès le début des scènes ce qui se passe (par exemple chez l’avocat, lorsqu’il est au téléphone), c’est un bon moyen pour garder le lecteur en haleine, et ça ressemble beaucoup aux cadrages dans les films. Enfin, j’ai beaucoup aimé les clins d’œil des dessinateurs amis des auteurs, qui chacun dans leur style, réinterprètent les personnages de cet album. Tyler Cross est un album qui fait partie des meilleurs que j’ai pu lire ces derniers temps et une suite est prévue, chouette nouvelle !

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Chroniques de l’invisible, La ronde des post-it, A propos de livres, Cannibales lecteurs, Miss Alfie croqueuse de livres, Sin City

Premières pages à lire sur Izneo.

Interview de Brüno à lire sur le site « Un amour de BD ».

Cet album a été récompensé à plusieurs reprises : Prix BD Fnac 2014, Prix de la BD du Point 2013.

Bande annonce de l’album ci-dessous :

BD fantastique

Les derniers jours d’un immortel

LES DERNIERS JOURS D’UN IMMORTEL, par Fabien Vehlmann (scénario) et Gwen de Bonneval (dessin), (Futuropolis, 2010)

Dans un monde futuriste, à une époque inconnue, la mort n’existe plus ou presque. Les différentes civilisations cohabitent ensemble avec plus ou moins de succès. Elijah travaille à la police philosophique pour l’Union, pour améliorer les relations entre les civilisations en utilisant la diplomatie face à des espèces souvent très différentes. Mais comme on fait souvent appel à lui et qu’il ne peut s’occuper de tout, il a accepté d’avoir des échos, sortes de clones qui effectuent sa mission. Cependant, en contrepartie de sa démultiplication, Elijah oublie certains de ses souvenirs, alors il limite l’utilisation de ses échos. Philosophe, il essaie d’arranger tout le monde, ne haussant jamais la voix, tentant toujours de comprendre le comportement de l’autre. Mais lorsqu’une mission compliquée va lui être confiée (tenter de faire s’entendre deux espèces d’une même planète qui ne peuvent pas communiquer), il va falloir qu’Elijah use de toute la diplomatie possible pour éviter qu’une guerre éclate au sein de l’Union, qui mettrait en péril toute la communauté.

Voici un album complètement fou que je n’aurais certainement pas lu si je ne l’avais pas vu sur des blogs de lecteurs, avec des avis plus que positifs. La couverture est très épurée et ne donne pas d’indices sur l’histoire, les couleurs froides ne donnent pas spécialement envie d’ouvrir cet album de 150 pages. Pourtant, j’ai passé un très bon moment de lecture, moi qui ne suis pas une adepte de la science-fiction. L’histoire est simple à comprendre, même pour qui n’est pas un habitué du genre. C’est un autre monde, mais c’est expliqué vraiment simplement, il n’y a pas de concepts étranges, à condition bien sûr d’accepter ce monde totalement éloigné du nôtre, avec ses concepts propres. Le fait que le personnage soit dédoublé avec des échos n’est pas dérangeant, puisqu’il ne s’agit que d’une seule et même personne, on n’est donc pas décontenancé de le savoir à plusieurs endroits en même temps… C’est difficile à expliquer dans un article de blog, mais ceux qui ont lu l’album comprendront sûrement ce que je veux dire. Ce dédoublement (ou plus) de personnalité ne choque pas du tout, et je me suis même dit que ce serait bien pratique dans la réalité, pour éviter certains moments désagréables par exemple ! Il y a plein de réflexions complètement actuelles sur l’amour, la mort, le rapport à l’autre, la mémoire, la sexualité… Ce dialogue parfois philosophique est bien intéressant pour intéresser et captiver le lecteur, car ce n’est pas une simple histoire futuriste déconnectée de notre réalité du XXIe siècle,  Il y a une ambiance vraiment particulière dans cet album, une ambiance douce même lorsque la situation entre les peuples est tendue. Sans doute cette impression est due au dessin et aux couleurs froides utilisées : quelques nuances de gris et du noir et blanc uniquement. Le trait quant à lui est simple et épuré, avec peu de décors et des personnages aux traits fluides. Bien agréable, totalement en adéquation avec le propos futuriste, j’ai beaucoup aimé, et cela a aussi aidé à ma lecture.

Bien sûr, je pense être passée à côté de certaines choses, par exemple je ne me suis rendue compte qu’au bout d’un moment que les personnages étaient habillés différemment lorsqu’ils étaient dehors, qu’ils avaient comme une combinaison ultra-couvrante, mais je n’ai pas bien compris à quoi ça servait. Cela ne m’a pas empêché de passer un excellent moment, dépaysant je dirais même, avec cet album dont je n’attendais rien au début, mais qui a su me conquérir, alors que pourtant, la S-F et moi, ça fait 2 !! C’est un album que je conseillerai volontiers à d’autres non-lecteurs de science-fiction, c’est dire…

Non répertorié sur l@BD, mais je dirais à partir de 15 ans.

On en parle sur les blogs : Chroniques de l’invisible, La bibliothèque de Noukette, MicMélo littéraire, La tanière du champi, Imaginelf

Cet album a fait partie de la sélection à Angoulême en 2011 et a reçu le prix du meilleur album de BD de science-fiction au festival des Utopiales de Nantes en 2010.

Consulter le blog de Fabien Vehlmann.

Premières planches à voir sur Digibidi.

BD fantastique, BD sentimentale

Hôtel particulier

HÔTEL PARTICULIER, par Guillaume Sorel (Casterman, 2013)

En plein hiver, dans un immeuble sans particularité, une jeune femme prénommée Émilie se suicide dans son appartement. Elle devient alors un fantôme, invisible aux yeux de tous sauf du chat du voisin avec lequel elle parvient même à parler. Pouvant traverser les murs, elle passe d’un étage à un autre, et découvre ses voisins sous un autre angle bien plus inattendu. Ainsi, elle va assister aux ébats d’un couple illégitime, découvrir son voisin du dessus, artiste séparé doté d’une armoire au miroir magique, rencontrer une vieille femme qui martyrise des chats, mais aussi apprendre l’histoire d’une petite fille qui aurait disparu derrière une porte qui n’existe pas, ou encore suivre les aventures d’un homme qui rend vivants les personnages de fiction… Autant de tranches de vie qu’elle n’imaginait pas voir alors qu’elle était vivante…

J’avais tellement adoré Les derniers jours de Stefan Zweig que j’ai acheté cet album les yeux fermés, et là encore c’est un gros coup de cœur pour le travail de cet auteur. Les dessins au lavis sont magnifiques et les couleurs dans les tons marrons rose donnent une certaine ambiance à l’histoire. L’histoire n’est pas spécialement suivie, mais il s’agit plus d’épisodes distincts, avec en fil rouge la visite de la jeune femme fantôme. On retrouve certains habitants de l’immeuble plusieurs fois, et cela confère tout de même une cohérence au récit. Le côté fantastique est assez marqué, et j’ai trouvé ça bien amené, très poétique. Les couleurs et l’ambiance du récit font que les aspects paranormaux passent complètement dans l’histoire d’une petite centaine de pages. Les couleurs peuvent paraître assez ternes au premier abord, mais collent tout à fait à cette histoire sombre mais pas triste pour autant. C’est une jolie chronique de vie quotidienne dans un immeuble où se côtoient des gens d’horizons différents avec leurs histoires particulières, avec une touche de fantastique qui donne la part de mystère à l’histoire. Il y a de nombreuses citations littéraires (Baudelaire, Rimbaud, Pouchkine…) qui sont utilisées dans les bulles, et heureusement que les références sont placées dès le départ, cela met déjà dans l’ambiance et aide aussi à comprendre. Le texte et le dessin sont intimement liés dans ce récit qui transporte littéralement. Un très beau moment de lecture, qui ne peut que m’encourager à poursuivre mes découvertes de cet auteur !

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle (beaucoup) sur les blogs : Au milieu des livres, E-maginaire, D’une berge à l’autre, La bibliothèque de Noukette, Bulles et onomatopées, Pause Kikine

Premières planches à lire sur Izneo.

BD fait de société, BD fantastique

Tsunami

TSUNAMI, par Stéphane Piatzszek (scénario) et Jean-Denis Pendanx (dessin) (Futuropolis, 2013)

Romain a la vingtaine. Sa sœur Elsa a disparu peu après le tsunami qui a ravagé le sud-est de l’Asie en décembre 2004. Elle était médecin et s’était engagée volontairement pour aider les populations dévastées après la catastrophe. Romain n’a reçu des nouvelles de sa sœur que jusqu’en 2005, et après plus rien. Avec ses parents, il a vécu dans l’attente de revoir celle qui avait 16 ans de plus que lui. Son père est décédé en 2012, et comme sa mère vit de plus en plus mal de ne pas savoir ce qu’il est advenu de sa fille, il se décide à partir avec un sac à dos en Indonésie, à Banda Aceh, là où le tsunami a frappé au plus fort 9 ans plus tôt et où sa sœur avait agi après le passage de la vague. Au cours de son périple, il va rencontrer des personnes qui ont côtoyé sa sœur des années plus tôt, et en apprendre plus sur celle qu’il a au final peu connu…

Quel magnifique album, me suis-je dit une fois ce livre refermé ! Les dessins sont magnifiques, ce sont de véritables photographies dessinées de paysages lointains. L’Indonésie et ses nombreuses îles sont magnifiquement retracées à l’aquarelle par Jean-Denis Pendanx, et les flash-backs avec les scènes post tsunami sont impressionnants eux aussi de détails. Les couleurs de l’Indonésie de 2013 sont lumineuses, de véritables cartes postales qui incitent au voyage, surtout avec les grandes cases ou les planches entières. Le récit fait aussi la part belle à la recherche de Romain, qui rencontre de drôles de personnages au cours de son périple : un jeune garçon à la parole facile et prêt à tout pour de l’argent, une jeune femme papoue non dénuée de mauvaises intentions non plus mais à laquelle Romain va s’attacher, un ancien parisien tenant un restaurant sur une île isolée… Le jeune homme est un européen comme tout le monde, il ne cherche qu’à retrouver sa sœur, et ne connaît pas du tout le pays ni ses traditions. Je l’ai trouvé attachant et réaliste. Il ne part pas à l’aventure comme un fou, mais est plutôt raisonnable, motivé qu’il est pour retrouver sa sœur et ainsi aider sa mère, déprimée de ne pas savoir. On découvre l’histoire d’Elsa au fil de la lecture, tout en se doutant de la fin sans vraiment y croire. On retrace en même temps que Romain ses moments en 2004. Les passages fantastiques sur la fin passent bien, ils vont avec l’esprit et les croyances populaires de l’Indonésie. Cela rend la scène émouvante, et cela mêle l’histoire de Romain avec celle du tsunami de 2004. J’ai vraiment passé un agréable moment de lecture !

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Hop blog, Livresse des mots, Sin City, Samba BD, A chacun sa lettre, Le jardin de Natiora

Quelques planches à admirer sur le site de l’éditeur.

BD aventure, BD historique

La grande évasion, tome 5 : Diên Biên Phu

LA GRANDE ÉVASION, tome 5 : DIÊN BIÊN PHU, par Thierry Gloris (scénario) et Erwan Le Saëc (dessin) (Delcourt, 2013, coll. Conqusitador)

1954, la France est en train de perdre la guerre d’Indochine. L’armée française est de plus en plus encerclée par le VietMinh. Retranchée sur les collines de Diên Biên Phu au nord du pays, l’armée met en place une route pour ravitailler les hommes dans cet endroit hostile, mais si l’ennemi parvient à couper la route, c’en sera fini de cette région coloniale française. Certains militaires français, légionnaires d’origine allemande, parachutiste normand ou engagé originaire du Maghreb, ne veulent pas finir dans la nasse de Diên Biên Phu, et décident donc, pour refuser la défaite qui s’annonce, de tenter de percer la ligne ennemie, pour fuir cet enfer…

Voici un album historique dans cette série ayant pour thème en commun l’évasion. J’avais déjà lu le tome précédent (Fatman), et là, ce n’est pas du tout dans le même registre. Là, il y a un contexte historique réel, mais les auteurs prennent le soin de préciser que l’histoire demeure une fiction, au niveau des faits, des personnages et des suppositions. On suit l’histoire de plusieurs militaires, aux origines différentes, qui vont tenter de s’évader pour échapper à la défaite qui s’annonce. Cette évasion prend au final assez peu de place dans l’album, tout le début étant consacré à la vie des militaires, et à la mise en place du camp retranché dans les collines de Diên Biên Phu. Malgré le fait que je ne crois pas avoir tout saisi, car les passages alternent trop entre les différents personnages pour pouvoir s’y attacher, j’ai trouvé que cet album retranscrit bien l’enfer de la guerre, dans un pays inconnu pour beaucoup de soldats , et le scénariste ne veut pas dissimuler la violence du conflit, l’usage des lance-flammes et autres ‘techniques’ effroyables de guerre. La fin de l’histoire montre bien le côté impitoyable de la guerre, où au final aucune issue n’est possible. Historiquement, on le sait, Diên Biên Phu fut une sacrée défaite pour l’armée française et a constitué le début de la fin pour l’empire colonial français. Concernant le dessin, il n’est pas désagréable, mais j’ai eu du mal quelquefois avec son côté peut-être un peu trop lisse, et il m’a été parfois difficile de distinguer les deux camps de belligérants. Les couleurs réhaussent agréablement le dessin, avec des tons chauds. Bref, c’est un album qui plaira à ceux qui aiment les films et albums de guerre, pour les autres, vous pouvez sans conteste passer votre chemin.

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Le blog BD de Madmoizelle, Samba BD, Krinein,

Plus d’infos historiques sur le siège de Diên Biên Phu (du 3 février au 7 mai 1954) sur le site Herodote.net.