Les morts ont tous la même peau

LES MORTS ONT TOUS LA MÊME PEAU, par Jean-David Morvan (scénario), German Erramouspe, Mauro Vargas (dessin), Hiroyuki Ooshima (couleurs) (Glénat, 2020), d’après Vernon Sullivan, alias Boris Vian.

morts

Dan Parker est videur dans un club new-yorkais dans les années 1940. Mariée à Sheila, il est le père d’un jeune enfant. Il n’a jamais révélé à son épouse, blanche, qu’il a du sang noir dans les veines par son grand-père maternel. Son histoire est insoupçonnable car il est blanc de peau, et cela lui ferait bien du tort dans le New-York de cette époque, où le racisme est omniprésent (même si bien moins que dans le sud du pays). Mais un jour, son frère Richard, qui lui est noir, vient le voir depuis Chicago et le fait chanter, menaçant de révéler ses origines à son patron et surtout à sa femme. Ne pouvant s’y résoudre, Dan tue son frère et s’enfuit, mais le geste fatal a été vu par une témoin qui a lancé la police à ses trousses. Traqué, Dan va tout faire pour survivre, mais l’attitude de Sheila change totalement quand elle apprend que son mari a du sang noir… Comment Dan va-t-il s’en sortir ? Lire la suite

Basquiat

BASQUIAT, par Julian Voloj (scénario) et Soren Mosdal (dessin) (Soleil, 2019)

basquiat

Biographie dessinée de l’artiste américain d’origine haïtienne Jean-Michel Basquiat, qui a fugué de chez lui à l’âge de 15 ans, a fréquenté Andy Wahrol, Keith Haring et d’autres artistes célèbres de son époque. Connu sous le pseudonyme de Samo, il se fait connaître très jeune dans le milieu de l’art et ses toiles partent comme des petits pains. Mais il est victime de ses excès et meurt d’overdose à l’âge de 27 ans en 1988.

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Le petit prince de Harlem [roman]

LE PETIT PRINCE DE HARLEM, par Mikaël Thévenot (Didier jeunesse, 2018, coll. Romans)

prince harlem

Sonny est né en 1913 à la Nouvelle-Orléans. Six ans plus tard, à la mort de son père, sa mère et lui, accompagné de son oncle et de sa tante, ont déménagé à New-York, à Harlem, le quartier réservé aux noirs. Là, le racisme est bien moins présent que dans le sud du pays, mais les couleurs ne se mélangent pas. A quatorze ans, un saxophoniste vient habiter dans son immeuble, c’est une révélation pour l’adolescent qui se révèle très talentueux, et c’est aussi l’occasion d’en savoir plus sur son père. Alors que ses amis vont à l’école, lui décide de monter une arnaque avec son oncle pour subvenir aux besoins de sa famille, sa mère étant de plus en plus malade et ne pouvant plus travailler à l’usine… Lire la suite

New-York trilogie, tome 3 : les gens

NEW-YORK TRILOGIE, tome 3 : LES GENS, par Will Eisner (Delcourt, 2008, coll. Contre-bande)

Suite et fin du tome 2. Ce volume-là regroupe trois histoires : « Sanctum », « Le pouvoir » et « combat mortel ». « Sanctum », c’est l’histoire d’un homme dont la publication par erreur de l’avis nécrologique va constituer le début de sa descente aux enfers : perte de son logement, perte de son travail… Personne ne veut le croire lorsqu’il affirme qu’il est vivant, sa seule famille qu’il ne fréquentait plus va s’intéresser à l’héritage, tel un vautour, et finalement il va mourir par accident et celle qui a écrit par erreur l’avis de décès va être récompensée pour son sérieux !! « Le pouvoir » retrace l’histoire de Morris, un homme qui a un pouvoir de guérison et s’en sert sans trop savoir comment ni pourquoi il fonctionne. Il vit de petits boulots, un temps avec une diseuse de bonne aventure, quelque peu arnaqueuse, alors que lui croit en l’humanité et en l’honnêteté. Lorsqu’elle le jette dehors, il erre, SDF, mais rencontre un pasteur qui lui remet le pied à l’étrier. Son pouvoir revient, mais le pasteur le met dehors, n’appréciant guère. Il met en place son commerce de guérisseur, qui marche bien, les voisins se demandent ce qui se passent, mais voient les effets. C’est le retour du succès jusqu’au retour de son ex-femme… « Combat mortel », dernière histoire, retrace la vie d’une femme qui a passé les 40 années de sa vie à s’occuper de son père, et qui une fois celui-ci décédé, elle décide de vivre pour elle. Elle rencontre à son travail Herman, un cinquantenaire qui vit avec sa mère. Les deux passent de plus en plus de temps ensemble, jusqu’à ce que Hilda parle de mariage. Hermann s’y oppose : comment ferait sa mère ? Il invite tout de même Hilda chez lui, et la rencontre entre les deux femmes se passe mal. La mère met au point un plan machiavélique, qui vire au drame pour elle. Mais même handicapée, elle parvient à ruiner les espoirs d’Hilda…

Le troisième tome de la trilogie regroupe de vraies histoires développées. Ce ne sont plus des instantanés de la vie en ville, mais bien trois situations bien différentes, dont certaines pourraient être vécues ailleurs qu’en ville d’ailleurs. La première, « Sanctum » est ironique et tragique à la fois. L’auteur montre la solitude,l’individualisme et le chacun pour soi, dans une situation inextricable, qui va mal finir pour l’intéressé. La seconde n’est pas plus joyeuse, là encore, l’homme est seul la plupart du temps. Il y a un petit côté fantastique (le pouvoir) intéressant, lié aussi aux croyances. Eisner souligne dans cet épisode le rythme frénétique de la vie en ville, avec des cases où il dessine les gens qui marchent dans la rue (ou qui courent presque, pour certains), et la situation de beaucoup de personnes pendant la grande dépression. Enfin la troisième histoire marque l’égoïsme de la mère qui veut garder son fils à la maison coûte que coûte. Cette histoire est là encore dans le registre tragique, avec la fin que je n’attendais pas aussi soudaine. Des trois albums, je crois que j’ai préféré ce dernier, car les histoires sont bien développées, alors que les autres albums avaient plus tendance à donner une vision de la ville par petites touches, ce qui n’était pas inintéressant non plus. Avec New-York trilogie, je découvre un auteur que je ne connaissais pas, et son dessin très agréable, réaliste, sans exagération et parfois empli de poésie, me donne envie de continuer avec d’autres titres de cet auteur décédé en 2005…

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Critiques libres, Carnets de sel, Chaplum, IDDBD

New-York trilogie, tome 2 : l’immeuble

NEW-YORK TRILOGIE, tome 2 : L’IMMEUBLE, par Will Eisner (Delcourt, 2008, coll. contre-bande)

Suite du tome 1. Récit autour d’un immeuble new-yorkais. Les histoires de quatre personnages décédés sont toutes liées à un immeuble, qui s’est tenu pendant 80 ans à l’intersection de deux avenues, avant d’être démoli et remplacé par un autre building à l’allure plus moderne, tout en verre, mais avec moins d’âme. Un homme bon mais seul voit un accident se dérouler juste devant l’immeuble, et cela va changer le cours de sa vie. Un autre homme vit une histoire d’amour avec une femme qui le quitte pour épouser une meilleure situation, avant de revenir vers lui, une fois malade. Une violoniste jouait tous les jours devant l’entrée de ce même immeuble, même pendant sa démolition. Enfin, le dernier homme est celui qui va faire démolir l’immeuble pour en faire un nouveau et moderne à qui il va donner son nom, avant de mourir en ayant fait faillite…

J’ai beaucoup aimé ce récit d’environ 80 pages intitulé « l’immeuble », car finalement les histoires des 4 personnages se recoupent à la fin. Il y a aussi un petit côté fantastique intéressant et subtil. Chaque personnage a eu une vie particulière qui l’a amené auprès de ce bâtiment, qui est finalement le héros de l’histoire. Les destins des quatre personnes sont au final assez tristes, et peuvent être représentatifs de la vie en ville. J’ai trouvé que Will Eisner mettait l’accent sur la solitude, le chacun pour soi, l’égoïsme. Il dessine donc un récit assez grave, qui peut nous faire prendre conscience que la vie citadine n’a pas que des avantages. La seconde partie de l’ouvrage s’intitule « carnet de notes sur les gens de la ville ». On voit Will Eisner et son carnet de dessin, il observe ce qui se passe dans la rue et « croque » les bonnes situations, en quelques cases ou quelques planches. Il y a peu de textes, dans ces historiettes qui font parfois sourire, et cela se lit pourtant très bien, à condition d’être observateur. Le trait est toujours aussi agréable, toujours aussi expressif. Bon nombre de situations se retrouvent dans n’importe quelle ville, comme par exemple la double page où un homme circule sans problème dans un quartier assez animé, et où le soir, dans cette même rue,avec les mêmes personnages secondaires, il rase les murs et essaie de la traverser le plus vite possible, de peur d’une mauvaise rencontre. J’ai aussi beaucoup aimé l’histoire où l’homme ne fait que regarder sa montre toute la soirée avec sa compagne, au restaurant, au spectacle… et la chute qui s’en suit lorsqu’il doit se lever le lendemain matin. La scène avec les odeurs de ville est aussi bien trouvée, l’auteur parvient presque à nous les fait sentir à travers son dessin, c’est impressionnant ! Bref, j’ai préféré ce second tome au premier, un peu trop décousu pour moi. On va poursuivre prochainement avec le troisième et dernier volume !

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Stemilou books (seulement sur la nouvelle « le building »), Blog Bd de Mediapart, Yozone, Carnets de sel

Consulter le site officiel de Will Eisner (en anglais)

New-York trilogie, tome 1 : La ville

NEW-YORK TRILOGIE, tome 1 : LA VILLE, par Will Eisner (Delcourt, 2008, coll. contre-bande)

Chronique de la vie quotidienne à New-York, ville dans laquelle est né et a vécu l’auteur. Il nous montre ses habitants, ses lieux plus ou moins visibles, des instants de vie… pour montrer tout l’amour qu’il porte à sa ville.

J’ai choisi cet album pour son auteur, je savais qu’il était réputé comme étant un maître de la BD américaine, j’ai donc emprunté ce tome sans même l’ouvrir, en me disant que vu la jolie couverture, la suite ne pourrait être qu’intéressante. Et bien j’ai été quelque peu décontenancée par cet album, qui ne contient pas une histoire mais bien des histoires. Eisner aime tellement sa ville qu’il en a observé et retranscrit les moindres détails : les perrons, les fenêtres des immeubles, le métro, les ordures… Il raconte donc en une case ou plusieurs planches des mini-aventures autour de ces lieux, par exemple les gens qui passent au-dessus d’une bouche de métro, chacun avec leur histoire, et qui perdent un objet, que des enfants s’empresseront de remonter ensuite… Vous l’aurez compris, ce fut une lecture un peu compliquée au départ, mais finalement une bonne découverte. Les personnages sont en effet très bien dessinés, très expressifs (sans pour autant être exagérés), et le crayonné est magnifique, changeant souvent d’angle de vue, pour dynamiser le récit. Souvent il n’y a pas besoin de bulles pour faire passer le message, j’ai trouvé ça très agréable, car il faut observer pour comprendre, on prolonge donc le plaisir de la lecture. De plus, Eisner met l’accent sur du mobilier urbain ou des éléments de la ville qu’on ne regarde même plus ; après la lecture, on ne se promènera plus en ville de la même façon. Je pense donc continuer avec les deux autres tomes prochainement… 

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : La biblio de Silvi, Pause Kikine, Carnet de voyage New-York, Littexpress

Sherman, tome 1 : La promesse. New-York

SHERMAN, tome 1 : LA PROMESSE. NEW-YORK, par Stephen Desberg et Griffo (Le Lombard, 2011, coll. Troisième vague)

Dans les années 1950, aux Etats-Unis, le presque-candidat démocrate à la présidence Robert Sherman, fils du banquier réputé Jay Sherman, est assassiné après un meeting politique. Le père reçoit ensuite un coup de téléphone, comme quoi ce n’est que le début de la fin pour lui : après son fils, on lui prendra sa fortune et sa fille… Une de ses résidences secondaires est détruite par de violentes explosions, son appartement à Manhattan également… Sherman est protégé par le FBI qui lui alloue un agent, Eva Cruz. L’homme va lui raconter son histoire personnelle, pour pouvoir comprendre qui lui en veut à ce point. Jay Sherman est un symbole du rêve américain, il est parti de rien : son père était un clochard, mort dans ses bras pour quelques dollars. Il a gravi les échelons grâce à sa bonne tête, son intelligence et son culot…

Voici le premier tome d’une série terminée de 6 volumes. J’ai dévoré cet album, car l’action est y très présente. Cela commence fort, avec l’assassinat du candidat démocrate, alors qu’il vient de rendre hommage à son père dans son discours. Ensuite, on suit le père, dont on sent bien qu’il n’a pas toujours été blanc comme neige pour gravir les échelons et devenir l’homme d’affaires respecté. J’ai beaucoup aimé le scénario, très bien construit, qui donne quelques éléments de réponses sur la raison du meurtre du fils tout en posant de nouvelles questions. Bref, il n’y a pas de temps mort dans ce volume, de nombreux personnages sont présentés, qui ont tous des liens plus ou moins proches avec le héros Jay Sherman. J’ai aimé les changements de couleurs pour signifier s’il s’agit d’un souvenir raconté par Jay (dans les tons marron, jaune et ocre), cela donne un certain cachet au dessin, et évite de nous perdre dans le récit (car sinon, il n’y a aucun autre moyen pour distinguer le passé du présent). Je n’ai pas été spécialement fan du dessin, parfois assez imprécis, par exemple lors des représentations des groupes de personnes, seules celles aux deux ou trois premiers rangs ont un visage dessiné. Par contre, le trait correspond bien à ce genre d’histoire à suspense. J’ai très envie d’en savoir plus sur ce Jay Sherman, je ne peux donc que lire la suite…

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Le monde de Miss G., Le grenier de Choco, Bulles et onomatopées

Le début de l’album est à lire sur Izneo.