Romans jeunesse

Robin des graffs [roman]

ROBIN DES GRAFFS, par Muriel Zürcher (Thierry Magnier, 2016, coll. grands romans)

robin des graffsSam est un jeune adulte qui vit grâce à des bons plans : le jour, il chante dans une chorale lors des enterrements des SDF et joue aux échecs chez une vieille dame qui l’héberge contre ce service, la nuit, il orne la ville de Paris de ses graffs d’animaux. D’ailleurs, pour cette raison, il est recherché par la police, le capitaine Nora Laval en tête. Un jour, alors qu’il se rend au commissariat pour savoir si des sans-domiciles sont inhumés dans la journée, il rencontre « Bonny », une petite fille à la répartie hors du commun, légèrement affabulatrice et très fugueuse. Pendant qu’elle le sort d’un mauvais pas, elle en profite d’ailleurs pour partir avec lui, alors que Sam ne souhaite pas le moins du monde s’encombrer d’une petite fille. C’est le début des ennuis pour lui, car il lui reste peu de graffs à faire pour terminer sa « mission »… Lire la suite « Robin des graffs [roman] »

BD fait de société

Un bruit étrange et beau

UN BRUIT ETRANGE ET BEAU, par Zep (Rue de Sèvres, 2016)

William est devenu Don Marcus il y a 25 ans quand il est entré dans l’ordre des Chartreux. Il a fait vœu de silence et de vivre hors de ce monde dans lequel il ne se sentait pas bien. Sa famille ne le comprenait pas, mais fut bien obligée d’accepter cette mise à l’écart volontaire du monde. Ses souvenirs de sa vie d’avant se sont effacés avec les années, et sa nouvelle vie de prières et de travail lui convient bien. Mais lorsqu’un jour, le Père supérieur lui annonce qu’il doit aller à Paris pour un héritage familial, Marcus refuse. Ne pouvant faire autrement malgré sa demande, Marcus/William quitte provisoirement le monastère pour monter à la capitale. Il y découvre un monde bruyant, qui vit à toute allure. C’est dans le train qu’il rencontre Méry, jeune femme pleine de vie et de bonne humeur qui s’avère être en fin de vie… Commence alors un dialogue sur la vie, la mort, la foi… Arrivé chez le notaire avec ses cousins, il découvre sa part d’héritage et reste quelques jours avec sa famille, mais surtout avec Méry.

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BD historique, BD sentimentale

Collaboration horizontale

COLLABORATION HORIZONTALE, par Carole Maurel et Navie (Delcourt, 2017)

collaboration horizEn plein milieu de la seconde guerre mondiale, Rose vit seule à Paris avec son jeune fils, son mari étant prisonnier de guerre. La jeune infirmière est très dévouée et aide ceux qui vivent dans son immeuble, dont son amie juive Sarah. En intervenant auprès d’un officier allemand chargé d’enquêter sur les juifs, Rose va tomber amoureuse de cet ennemi, francophile et francophone, qui la séduit petit à petit… Cet amour interdit, caché aux yeux de tous, va pourtant être deviné par certains habitants de l’immeuble, et la solidarité féminine qui existait commence à se craqueler…

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BD historique

A la dérive

À LA DÉRIVE, par Xavier Coste (Casterman, 2015)

1910, Paris est totalement inondée. Un jeune couple d’Américains, Eddie et Agatha, est criblé de dettes de jeu, suite aux addictions du jeune homme. Le délai pour rembourser est court : la jeune femme se prostitue mais cela n’est pas du goût d’Eddie, qui projette alors de profiter de la situation exceptionnelle de chaos dans laquelle est plongée la capitale française pour cambrioler les coffres d’une banque, l’American Express… Il recrute alors une petite équipe spécialisée, mais précipité, le braquage ne va pas se passer comme prévu et le couple fuit vers la Grande-Bretagne, avant qu’Eddie ne soit repéré et jugé avec ses comparses…

Encore un album emprunté au hasard à la bibliothèque parmi les nouveautés. Je ne pense pas être une lectrice compliquée, mais pour ce coup-là, je n’ai pas spécialement aimé cet album, car à mon goût, l’auteur passe trop vite sur les événements, et il effleure bien trop les situations pour que je me sois sentie impliquée dans la lecture. Les personnages ne sont pas assez creusés pour qu’on s’attache à eux. La seconde partie consacrée à Eddie est encore plus légère, un peu engluée dans le romantisme : Eddie se languit de sa belle et n’aspire qu’à s’évader pour la rejoindre, et il est arrêté net par un courrier d’Agatha qui semble refaire sa vie sans lui. La fin de l’album est très ouverte et offrirait la possibilité d’une suite alors qu’il n’est pas fait mention dans l’album qu’il s’agirait d’un tome 1. De plus, je n’ai pas aimé savoir (après la lecture) que l’auteur s’était basé sur certains faits réels qu’il a replacés dans une chronologie différente pour que ça colle avec son scénario : en effet, il s’est inspiré d’un couple d’Irlandais qui a bien cambriolé l’American Express, mais en 1903. Ce mélange de deux faits réels alors qu’ils ne sont pas proches historiquement m’a dérangée, il aurait mieux fallu à mon sens utiliser le contexte de l’inondation, mais calquer dessus une histoire complètement fictionnelle. Bref, j’ai des regrets sur le scénario, trop léger et superficiel pour vraiment m’intéresser. Par contre le dessin lui est très agréable, même si je n’avais pas reconnu le trait de l’auteur d’Egon Schiele. Sur certaines doubles pages, les cases disparaissent au profit de peintures particulièrement jolies, faites en peinture, parfois avec des découpages façon art déco très adéquat avec l’ambiance de l’album. Certaines planches sont construites de façon originale, et j’ai bien aimé cette construction, ainsi que le choix des couleurs souvent claires et pas uniformes, travaillées. Alors certes A la dérive est un album graphiquement joli, mais cela s’arrête là pour moi. Dommage…

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Biblio du dolmen, Blog BD Sud-Ouest, Le calamar noir, Une case en moins, u lost control, Les belles histoires de l’oncle Hermès, Samba BD

Premières planches sur Izneo.

BD fait de société, BD fantastique

Aux heures impaires

AUX HEURES IMPAIRES, par Eric Liberge (Futuropolis / Musée du Louvre éditions, 2008)

Bastien est un jeune homme sourd qui attend pour un rendez-vous pour un stage dans une salle du musée du Louvre, un sandwich à la main. Un gardien lui indique qu’il est interdit d’introduire de la nourriture dans le lieu, mais leur conversation est difficile, puisque le jeune homme ne communique pas oralement mais uniquement par écrit. Pensant à un canular, le gardien lui demande de quitter les lieux, et Bastien, furieux, tombe nez à nez avec un gardien âgé, d’origine asiatique, qui se présente sous le nom de Fu Zhi Ha. Ce dernier aussi est sourd, et communique facilement avec lui grâce à la langue des signes. Il lui propose un stage, dans un endroit habituellement inexploré. La nuit, il garde les œuvres, mais surtout il les écoute et les anime, en utilisant des instruments de musique pendant d’étranges rites…

Voici un album commandé par le musée du Louvre, dans sa désormais célèbre série où le musée est mis en scène par des auteurs de BD très différents. Là, je ne connaissais pas l’auteur, je découvre donc son trait et son approche du célèbre lieu culturel parisien. L’angle d’approche est original : un jeune homme sourd et rebelle initié par un vieil homme aux œuvres d’art qui prennent vie lors de rituels plus ou moins étranges. Une fois cet aspect fantastique intégré, l’histoire passe bien. On est aidé par le dessin parfois très vaporeux, où les œuvres se superposent dans un ballet fantastique. Le trait est très fin, et offre un album graphiquement très joli. Pour moi, c’est une nouvelle découverte d’un auteur C’est plus au niveau du scénario que j’ai eu plus de difficultés : à certains moments, l’histoire est complètement folle, elle part complètement en vrille sur la fin, au point que j’ai eu parfois du mal à voir où l’auteur voulait en venir. Les rapports humains sont un peu trop survolés à mon goût. Bref, un album vraiment original, peut-être un peu trop pour moi. J’aurais aimé en savoir plus sur les œuvres d’art reprises par l’auteur, qu’elles soient toutes citées en fin d’ouvrage. L’angle du handicap est intéressant, puisqu’on a en fin d’album des explications sur l’adaptation du musée aux malentendants, mais l’aspect des œuvres passe un peu trop au second plan à mon goût… Mes attentes n’ont pas été comblées, mais cet album reste tout de même intéressant par son approche originale.

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Doucettement, L’appétit vient en lisant, Carnets de sel, Avis de Vicklay, La culture se partage

Premières planches sur Digibidi.

Aller voir le site de l’auteur, avec de nombreux liens vers des planches originales.

BD polar

La Mondaine, tome 2

LA MONDAINE, tome 2 par Zidrou (scénariste) et Jordi Lafebre (dessin et couleurs) (Dargaud, 2014)

Suite du tome 1. 1942. Voilà cinq ans qu’Aimé Louzeau travaille à la brigade parisienne des mœurs. Professionnellement, il participe à la collaboration avec l’occupant, comme toute la police parisienne et mène son enquête pour retrouver Eeva la tahitienne arrêtée en 1937 lors d’un effeuillage… Personnellement, sa situation est compliquée : il entretient des relations avec Valentine, une prostituée qui ne veut pas s’engager avec lui, et par dépit, demande à sa concierge transie d’amour pour lui de l’épouser. Mais ses plans vont totalement changer lorsqu’il va retrouver la trace d’Eeva… Ses relations avec les femmes sont bien compliquées…

Voilà la fin du diptyque écrit et dessiné par les mêmes auteurs que Lydie. Je ne sais quoi penser de cet album, que j’ai trouvé plus décousu et aussi plus noir que le premier. Peut-être aurais-je dû relire le volume 1 pour me faire une idée plus globale de l’histoire. De nombreux propos sont abordés dans ce second volume : la relation entre Aimé et Valentine la prostituée, la situation difficile de la mère d’Aimé qui héberge son mari atteint de démence, la recherche d’Eeva, la collaboration de la police française avec l’occupant nazi avec la rafle du Vél d’Hiv, la pression antisémite de plus en plus forte… Beaucoup de thématiques, qui parfois se croisent, mais au final je sors de cette lecture un peu dubitative : qu’a-t-on voulu faire passer comme message ? J’ai une impression confuse sur cet album, à cause du trop grand nombre de thèmes. Cependant, j’ai été touchée par plusieurs d’entre eux : la rafle du Vel d’Hiv et Valentine qui retrouve un Aimé rancunier qui ne va pas bouger le petit doigt pour l’aider à sortir avec sa fille de cet enfer, la relation entre la mère et le père d’Aimé se terminant tragiquement… Mais je n’ai pas bien compris ce que venaient faire dans l’histoire le docteur Gheldman et sa famille, un exemple supplémentaire de personnes raflées au Vel d’Hiv…  Enfin, la fin de l’album m’a encore déconcertée, avec un épilogue qui laisse à penser que les personnages ont existé… J’adore cependant toujours autant les dessins, qui nous transportent dans une autre époque et une autre ambiance, et sont si réalistes et expressifs au niveau des portraits. Au final, je suis circonspecte quant à cet album, au dessin et aux couleurs certes magnifiques, mais au scénario un peu trop décousu pour moi…

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : La bibliothèque de Noukette, Un amour de BDBulles et onomatopées, Les sentiers de l’imaginaire, D’une berge à l’autreBouquinovore

Premières planches à lire sur Izneo.

Aller voir du côté du blog de Jordi Lafebre.

BD polar

La mondaine, tome 1

LA MONDAINE, tome 1, par Zidrou (scénario) et Jordi Lafebre (dessin) (Dargaud, 2014)

1944, à Paris, Aimé Louzeau est inspecteur à « la Mondaine », la brigade des mœurs, et est coincé dans un refuge pendant un bombardement allié, juste après avoir arrêté une prostituée. Retour en 1937, alors qu’Aimé vient d’être nommé dans ce service si particulier de la police de Paris, localisé au 36 quai des Orfèvres. Célibataire vivant chez sa mère avec une servante, il va découvrir des méthodes peu orthodoxes d’interrogatoire et des histoires plus glauques les unes des autres. Agneau innocent, il va plonger dans un monde jusque là inconnu pour lui, entre maquereaux et prostituées, virées à vélo avec le chef du service… Sa vie n’était déjà pas simple au départ : son père était un prêtre défroqué, depuis à l’asile. Aimé va découvrir la vie mouvementée de la Mondaine, à des lieues de sa vie personnelle.

Quel album ! Mais pourquoi donc ne l’ai-je pas lu plus tôt ? Je l’ai dévoré d’une traite, et maintenant j’attends impatiemment que la bibliothèque acquiert le second volume… Ce fut une joie de retrouver le duo gagnant de Lydie, avec un scénario toujours aux petits oignons, mêlant humour, délicatesse et bons mots, et un dessin magnifique, avec juste ce qu’il faut de réalisme mais aussi d’humour, servi par des couleurs très représentatives de l’époque. Le personnage d’Aimé est attachant, homme pur et innocent au milieu d’hommes qui sont parfois loin des enfants de chœur, même s’ils cachent eux aussi leurs secrets. Aimé est propulsé dans cet univers inconnu, dans lequel les petits arrangements pas toujours très catholiques et les blagues rarement de bon goût sont monnaie courante. Le scénario de Zidrou est, comme toujours, très bien construit : plein de rythme, alternant les personnages typiques, et avec des dialogues extras. Bref, j’ai adoré l’histoire et quant au dessin, Jordi Lafèbre parvient à tracer des portraits hauts en couleur. Son trait vif donne une sacrée ambiance à ce Paris coquin des années 1930. Cette alliance du scénario et du dessin donne un album incontournable pour qui aime la bonne BD…

Pour les adultes selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Chroniques de l’invisible, La bibliothèque de Noukette, Positive rage, Un amour de BD, La ribambulle, Mille et une frasques

Premières planches à voir sur Izneo.

Une émission radiophonique en 4 épisodes sur l’histoire de la Mondaine est à écouter sur France Culture.

BD fait de société

Le chien qui louche

LE CHIEN QUI LOUCHE, par Etienne Davodeau (Futuropolis / Le Louvre éditions, 2013)

Fabien est agent d’accueil et de surveillance au Louvre depuis une quinzaine d’années et est passionné par son métier. Depuis quelques temps déjà, il est en couple avec Mathilde Benion, une jeune femme originaire de la campagne mais qui adore vivre à Paris, où elle est intérimaire. Un jour, Mathilde décide de présenter Fabien à son père et à ses frères, qui dirigent un magasin de meubles. La famille de Mathilde réserve un accueil assez rustre à Fabien, mais lorsqu’ils apprennent le métier de leur nouveau beau-frère, les deux frères de Mathilde lui présentent un tableau peint par un ancêtre au 19ème siècle, représentant un chien qui louche. Fabien a beau affirmer qu’il ne peut rien y faire, les Benion sont persuadés que leur tableau mérite sa place au Louvre. Fabien ne réussit pas à refuser de prendre en charge le tableau, et va donc amener la pseudo-oeuvre d’art à Paris, où il va la présenter à un mystérieux comité secret où participe un visiteur habitué du célèbre musée parisien…

J’ai profité de l’été pour piocher un peu dans les albums qui m’attendaient depuis plusieurs mois dans mes étagères. Et un peu par hasard, dans ma lancée de BD sur le thème de l’art (cf Moderne Olympia), je suis tombée sur cet album, acheté le jour de sa sortie l’an dernier, et je me suis lancée avec plaisir dans cette lecture. J’ai reconnu au premier coup d’œil le style de Davodeau, avec ses personnages si caractéristiques. Il n’utilise que du noir, blanc et gris dans cette histoire, mais cela passe bien dans l’histoire, il n’y a pas besoin de couleurs pour évoquer un lieu si prestigieux. L’auteur réussit en effet à raconter une histoire autour du Louvre, tout en mêlant une histoire de famille. Ainsi plusieurs œuvres du Louvre sont présentes dans l’histoire, je pense par exemple à la victoire de Samothrace et aux Cariatides. D’autres sont simplement évoquées dans les dialogues, mais cela montre l’extrême diversité des œuvres du musée. En tant que lecteur, on a l’agréable impression de passer de l’autre côté, de ne pas être simple visiteur,et j’ai trouvé cela  c’est intéressant. L’auteur interroge aussi sur la question de l’art : Qu’est-ce que l’art ? Toute production mérite-t-elle sa place dans un musée ? La situation de Fabien est étrange, car il sait très bien que le chien qui louche est une croûte qui ne mérite absolument pas sa place dans un musée, mais en même temps, pour s’intégrer dans sa belle-famille un peu beauf, il essaie de faire plaisir à ses beaux-frères et à son beau-père en accédant à leur demande. Finalement, entre le professionnel et le privé, Fabien ne sait trop quoi faire n’osant pas contrarier sa belle-famille, et cette situation prête à sourire. Davodeau manie bien les ficelles de la comédie, il suffit de lire les dialogues entre Mathilde et Fabien pour s’en rendre compte : les dialogues entre eux sont souvent drôles, et ceux avec la belle-famille aussi, mais pas de la même façon (car ces derniers sont quand même particulièrement « beauf »). Bref, j’ai bien aimé lire cette histoire, qui a pour cadre le magnifique musée du Louvre. Même s’il s’agit d’une demande du musée, je trouve que Davodeau a réussi à y insérer sa patte et à montrer le lieu sous un angle différent, c’est donc pour moi une réussite. Maintenant, y’a plus qu’à aller sur place pour voir les œuvres en vrai…

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle (beaucoup) sur les blogs : My little discoveries, Lecture de RichardChroniques de l’invisibleLa bibliothèque de Noukette, Lettres exprès, Mille et une frasques, Sulli raconte sa BD, Le blog de Véronique D

Premières planches à lire sur Izneo.

Interview radio de l’auteur à écouter sur France Culture.

BD historique, BD sport

L’écureuil du Vél d’Hiv

L’ÉCUREUIL DU VÉL D’HIV, par Christian Lax (Futuropolis, 2012)

1940, à Paris. Sam et Eddie Ancelin sont deux frères. Sam est coureur cycliste, pistard spécialiste au Vélodrome d’Hiver (surnommé « Vél d’hiv »), tandis qu’Eddie, handicapé d’un bras, n’arrive pas à s’affirmer vis-à-vis de son père qui ne voit qu’à travers les yeux de Sam, qui remporte toutes les courses cyclistes. Le père, médecin, est accro au jeu et fréquente des hauts-dignitaires nazis lors de soirées poker qui lui coûtent cher…  Eddie rêve de percer dans le journalisme, et parvient à publier certains de ses papiers dans des journaux parisiens contrôlés par la censure. Signant « l’écureuil » en hommage au surnom de son frère, il parvient à publier des articles de plus en plus incisifs envers le pouvoir en place et ses alliés. De plus en plus menacé, il est contraint de passer dans le journalisme clandestin, puis en zone libre. Sam quant à lui court au Vél d’Hiv lorsqu’il n’est pas réquisitionné en mai 1940 comme lieu de regroupement des femmes fuyant le nazisme, comme lieu de réunion de la légion des volontaires français pro-hitlériens en juillet 1941 ou encore lors de la rafle de plus de 12000 juifs en juillet 1942. Le temple du sport parisien est parfois utilisé pour d’autres buts que celui de départ, mais les courses cyclistes ont toujours lieu pendant la guerre, même si l’enjeu politique est bien plus présent qu’auparavant…

Voici l’album qui clôture la trilogie de Christian Lax autour du cyclisme, après les très beaux L’aigle sans orteils et Pain d’alouette tome 1 et tome 2. Il s’agit là d’une autre époque, celle de l’Occupation, et les personnages sont encore différents. La grande histoire se mêle à la petite. La famille Ancelin n’est pas très unie : le père a clairement une préférence pour son fils aîné et il fricote avec l’occupant. Les fils, eux, sont dès le départ plutôt du côté de la résistance, et la mère oeuvre dans une association de charité pour les enfants juifs. Le cyclisme occupe une bonne place dans leur vie, mais ce n’est pas la majeure partie de cet album. Christian Lax parvient à distiller des informations sur le cyclisme à l’époque, mais les lecteurs qui ne s’intéressent pas au sport ne seront pas pour autant inondés d’informations. Le côté historique est aussi présent, avec par exemple les usages autres que sportifs du stade : lieu de réunions politiques et surtout lieu de rafles d’ennemis du régime en place. Le narrateur est extérieur aux personnages, c’est une sorte de voix-off, qui parle en utilisant parfois le futur. C’est le seul bémol que j’ai envers cet album, car cette narration ne m’a pas rendu les nombreux personnages très proches. J’ai eu du mal à m’intéresser à eux au départ. Puis Christian Lax explorant plusieurs pistes en parallèle qui s’entremêlent parfois (le sport, l’histoire, la famille), on trouve forcément une piste ou une autre qui nous intéresse plus et on ne peut que s’intéresser à cet album, pas transcendant, certes, mais riche d’informations. C’est un bel hommage rendu à un lieu depuis disparu et principalement connoté comme lieu de rafle. On oublie souvent qu’il y a eu de nombreux spectacles sportifs dans ce lieu, et Lax sait utiliser ce lieu mythique pour retracer quelque chose de bien plus large. Le dessin est intéressant, les couleurs travaillées pour nous immerger dans cette période sombre. Les scènes de cyclisme sont bien représentées, et on entendrait presque le public s’exprimer lors des victoires de Sam Ancelin, c’est dire si l’auteur parvient à faire une histoire réaliste ! J’ai beaucoup aimé cette histoire vraiment très riche, je crois être passée à côté de certaines choses, mais je suis contente d’en avoir appris plus sur cette période historique…

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Un amour de BD, Sulli raconte sa BDPromenades et méditations, Miss Alfie croqueuse de livres, Chroniques de l’invisible

Quelques planches sur le site de l’éditeur.

BD historique

Pablo, tome 2 : Apollinaire

PABLO, tome 2 : APOLLINAIRE, par Clément Oubrerie et Julie Birmant (Dargaud, 2012)

Suite du tome 1. Picasso est peu connu dans le milieu, et travaille dans son atelier. Heureusement qu’il est financé par les Stein, des mécènes américains, car les galeries d’art parisiennes ne veulent pas de son travail… Le jeune peintre vit donc quelque peu dans la misère. Il veut reconquérir Fernande, et son ami Max Jacob ainsi que Guillaume Apollinaire, jeune poète qu’il vient de rencontrer par un de ses amis, vont l’aider.

Je suis moyennement convaincue par cet album, qui tourne plus autour de Fernande, l’amante de Picasso, que d’Apollinaire, qui fait quelques apparitions. L’histoire n’est pas spécialement palpitante, et finalement le titre de l’album porte assez mal son nom, il suffit de voir qui est représenté sur la couverture pour voir qui est vraiment l’héroïne de ce tome.

Le dessin est toujours aussi particulier, sans lignes droites, un peu brouillon. Les couleurs sonttagréables. Les pages à fond noir contrastent avec celles à fond blanc, et donnent une certaine ambiance à l’histoire. Mais je n’ai pas été emportée par cette histoire, il a fallu que je m’accroche pour la terminer… Bref, lecture mitigée, même si ça a l’air de bouger un peu sur la fin avec le départ en train, il faudra vraiment que je lise de bons avis sur le tome 3 pour me lancer dans sa lecture !

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : blog de Mango, chez Lavinia, le jardin de Natiora, MadiMado’s blog, Thé lecture et macarons

Extrait à lire sur Iznéo.