BD engagée, BD fait de société, BD fantastique

Un certain Cervantès

UN CERTAIN CERVANTÈS, par Christian Lax (Futuropolis, 2015)

2008. Mike Cervantès est un homme solitaire, qui fait le cow-boy dans un village pour touristes au fin fond des Etats-Unis. Arrêté par la police pour plantations de marijuana, il s’enrôle dans l’armée et se retrouve en Afghanistan, où avec son groupe il saute sur une mine. Il est le seul à en réchapper vivant, mais est capturé par les Talibans qui l’ampute d’un bras atteint de gangrène. Après plusieurs tentatives, il parvient à s’échapper et à rentrer aux Etats-Unis où l’armée, après quelques temps, lui fournit une prothèse adaptée à son handicap. Sortant un temps avec la prothésiste, Mike reste néanmoins un sanguin et pour aider un ami qui lui prête une voiture mais dont l’entreprise vient d’être saisie, il explose une agence bancaire et retourne alors en prison. Là, il se met à lire Don Quichotte de son presque homonyme Miguel de Cervantès. Se passionnant pour les nombreux parallèles entre la vie du Cervantès du 16e siècle et la sienne, il rencontre même l’auteur espagnol et les deux conversent souvent ensemble. Sorti de prison, décidé à vaincre les injustices, Cervantès va aider un migrant qui a traversé la frontière mexicaine, et surnomme l’homme Sancho. C’est le début d’un road movie pour les deux hommes. Cervantès voulant toujours défendre les causes qu’il estime justes, il est toujours recherché par la police, et la cavale va les mener de San Francisco à New-York

J’ai emprunté cet album sans trop savoir de quoi il retournait, il faisait juste partie des nouveautés à la bibliothèque. Je suis ravie de retrouver le dessin de Christian Lax, que je connaissais dans le domaine du cyclisme (Pain d’alouette première et deuxième époque, L’aigle sans orteils, L’écureuil du Vel d’Hiv’), dans cette très jolie histoire se déroulant sur 200 pages. En effet, le dessin est toujours au top, et les personnages croqués de manière toujours juste. Le héros Mike est sanguin, utilisant plus facilement les poings plutôt que sa tête pour combattre les injustices (les banques qui revendent les biens de leurs clients à la suite de la crise des subprimes, les bibliothèques qui censurent certains titres de manière qu’il juge arbitraire…) et fréquente à plusieurs reprises les prisons. Ce côté rebelle et voulant combattre toutes les injustices de l’Amérique des années 2000 rend le personnage attachant, et le côté fantastique avec les dialogues avec le Cervantès espagnol passe tout à fait, tellement les parallèles sont troublants. En effet, les combats contre l’injustice n’ont pas faibli, 5 siècles après… J’ai beaucoup aimé ce côté fantastique, où on pense être dans la tête de Mike qui aurait des hallucinations, revivant les aventures de Miguel au 21ème siècle, comme si cela écrivait sa destinée au présent… Cela apporte une touche très originale et qui, étrangement, ne cloche pas du tout avec l’histoire. Je n’ai pas lu le texte original du 16ème siècle, mais j’ai entendu parler de certains passages, et Christian Lax fournit de nombreuses informations sur Miguel de Cervantès, ce qui fait qu’il est relativement aisé de faire les parallèles entre les deux époques, entre le comportement de Mike et celui de Miguel. J’en ai certainement raté quelques uns, mais ceux que j’ai repérés m’ont fortement plu. Voici donc un album bien original, qui plaira certainement aux fans de Don Quichotte tout comme à ceux de Lax, que je découvre là sur un thème complètement différent. J’aime toujours autant, et vais aller continuer sans trop attendre ma découverte de cet auteur auprès de ma bibliothèque !

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle (beaucoup) sur les blogs : Chroniques de l’invisible, D’une berge à l’autre, Miss Alfie croqueuse de livres, Sin City, Biblio du dolmen, Un amour de BD

Premières planches à voir sur Izneo.

Cet album participe à , cette semaine chez Noukette.

BD polar

Holmes, livre 1 : l’adieu à Baker Street

HOLMES, livre 1: L’ADIEU A BAKER STREET, par Luc Brunschwig et Cecil (Futuropolis, 2008)

1891. Le célèbre détective Sherlock Holmes vient de mourir, en se jetant du haut des chutes de Reichenbach, entraînant avec lui son ennemi le professeur Moriarty. Tout le monde est attristé par cet accident dont personne n’a été témoin. C’est grâce à la lettre écrite par Holmes et retrouvée sur place par son ami le docteur Watson que la thèse du sacrifice du détective s’est présentée. Mais pour son frère Mycroft, qui hérite de tous ses biens, la mort de Sherlock n’est pas celle-ci : à la fin de sa vie, le détective serait devenu accro à la cocaïne, et aurait perdu la raison. Il se serait donc suicidé, seul, dans un moment de conscience. Le professeur Moriarty ne serait qu’une invention pour justifier sa mort. Mycroft décide donc de brûler les documents produits par son frère dans les dernières années de sa vie, pour cacher cet épisode de folie au public, avide des enquêtes de Holmes. La version de Mycroft fait douter Watson : connaissait-il vraiment son ami ?

Voici un album choisi pour son scénariste, dont je sais que Yaneck est particulièrement fan. Je n’ai, je crois, jamais lu d’histoire de Luc Brunschwig, et comme j’aime bien découvrir des choses différentes, je me suis dit pourquoi pas ? Et bien, je ne suis pas déçue. Enfin, si un peu quand même : l’album est trop court. 32 pages seulement, pour donner envie de lire la suite, certes, mais c’est vraiment peu à se mettre sous la dent. L’histoire est très dense, on sent que le scénario recèle plein d’éléments, mais je crois que mon manque de culture sur le personnage de Sherlock Holmes est à l’origine de certaines de mes incompréhensions. Je dois avouer que je n’ai jamais lu une aventure du détective (sauf peut-être le chien des Baskerville au collège, mais je n’en ai aucun souvenir). A un moment dans l’album apparaît le personnage de Conan Doyle, je n’ai pas trop compris ce qu’il faisait là. A la fin des 32 pages, des explications sont apportées et la biographie de Conan Doyle éclaire le personnage de Sherlock Holmes. On y apprend que Conan Doyle a écrit les aventures de son personnage en deux phases, qu’il l’a tué en 1893 (fin de la première phase) car il avait trop de succès (le personnage prenant le pas sur l’écrivain) et que quelques années plus tard en 1901, il a écrit d’autres nouvelles, suite aux demandes des « fans ». J’ai trouvé que ces pages documentaires étaient très intéressantes pour ceux qui comme moi sont novices avec le personnage et son auteur. Au niveau du dessin, je ne connaissais pas le trait de Cécil, et j’ai été charmée. Les dessins sont magnifiques, l’Angleterre de la fin du XIXème siècle est parfaitement retranscrite, l’ambiance victorienne est particulièrement bien rendue. Les couleurs sont très travaillées, avec de jolis dégradés bleu gris. J’ai particulièrement aimé les portraits, qui ressembleraient presque à des photos. Par contre, j’ai eu un peu de mal à déchiffrer la typographie parfois. J’ai trouvé certaines écritures manuscrites assez illisibles, même si ça permet de faire comprendre au lecteur qui parle. Ce changement de typo m’a un peu dérangée dans ma lecture, mais ce n’est pas grand-chose. J’ai tout de même apprécié cette lecture, dont la couverture ne m’attirait pas plus que cela au premier abord.

Avec un scénario si riche, et des dessins si précis et si méticuleux, il ne faut pas s’étonner que les auteurs mettent beaucoup de temps à produire chaque tome. En effet, depuis 2006 (1ère édition de cet album), seuls deux autres volumes sont sortis pour cette série qui devrait en compter 9… Bref, il va falloir prendre son mal en patience… Il me reste encore les tomes 2 et 3 à lire, ouf !

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Chroniques de l’invisible (Yaneck), Littexpress, Les lectures de Léo, Le jardin de Natiora, Dans la bibliothèque de Cléanthe

Les premières pages à lire sur Iznéo.